Pillée, violentée, appauvrie abusivement et finalement enclavée à la misère et au désarroi économique ; l´Afrique ferait-elle l´erreur de confier son avenir à des dinosaures rescapés de la vielle garde déchue et sans éclat ?

Le retour des mammouths sans vision d´avenir, sans concept et sans idées nouvelles ?

«Quand le moteur d´une automobile est en panne, remplacer le chauffeur ne résout pas le problème ! »  Bernardin Mungul Diaka

Avant propos

A la base de cet article, j´ai reçu hier 12 mails de mes lecteurs qui avaient décrié la publication de l´interview avec Samuel Badibanga. Il ressort de toutes ces protestations que mes lecteurs s´étonnaient que j´accorde encore l´honneur à de tels incapables, à ces dinosaures de l´échec. Après tout, ils avaient tous participé et accompagné la débâcle actuelle en l´imposant à l´Afrique comme l´ABC ouvrant sur sa réalisation et son avenir ! Reviendraient-ils aujourd´hui pour se moquer de leurs victimes ou pour les enterrer décemment eux qui n´avaient pas veillé à ce qu´ils vivent et s´épanouissent pleinement ?

Je vous avoue que j´ai été profondément touché par ces remarques. Et même si j´ai répondu que cet article avait été choisi pour permettre le commentaire que je lui réservais ; j´ai, comme mes lecteurs le voulaient, fais disparaître cet article. Mais le commentaire, lui, je vous le livre malgré tout, parce qu´il reste actuel et élucidant.

En haut âge de 65 ans, Samuel Badibanga vient nous enjoindre à nous rassembler. A prime abord, personne d´entre nous ne trouve l´idée nouvelle ou fausse. L´union fait toujours la force, dit-on ; et la cohésion est toujours mieux que la dissension. Mais se rassembler derrière qui, et surtout derrière quelles idées ou quel idéal nouveau ?

Il semble en ce moment une habitude fort prisée par les anciens politiciens déchus ou en retraite de sortir de leurs agréables vacances agrées de pensions qu´ils avaient abusivement soustrait au peuple sans lui donner ce qu´il attendait d´eux, de revenir sur la scène politique pour remettre le coup. Et on se demandait : tiens, ont-ils enfin découvert la vérité, ou seraient-ils à court de moyens financiers ? Qu´est-ce qui les poussaient donc à revenir à la charge, eux qui, s´étaient laissé tourner en bourrique, corrompre et déjouer par le Pouvoir Blanc ? La farouche détermination de réussir ? Ne s´y prenaient-il pas un peu tard ?

En Congo Kinshasa, c´était la même chose : Antoine Gizenga, à 82 ans, est mis à la tête du gouvernement ! On dit souvent que c´est dans les vielles casseroles qu´on fait les meilleurs repas, et cependant, on oublie que pour faire un repas, il faut tout de même des ingrédients ! Soutenu à plus de 57% de son budget par l´Union Européenne, cet état était plus maraude et bancal que fructueux en ce moment pour ses enfants. Par contre, pour les occidentaux qui épuisaient à satiété ses matières premières, pour un petit nombre d´illuminés de la politique profitant de cette alliance contre nature, les choses allaient pour le mieux. Mais le peuple, lui, celui duquel on se réclamait du matin au soir pour mieux le piller, pour le tromper et pour s´enrichir à ses dépends sans lui rendre justice, devait-il continuer à se taire et entériner, sans le moindre objection le retour de ces dinosaures du passé ? Et pendant que, vraisemblablement ces vieux dinosaures dépassés s´étriquaient dans des solutions dénuées de l´exigeant réalisme du monde actuel, des milliers de jeunes diplômés dépérissaient au chômage. Et cela ne semblait inquiéter ni Sassou Nguesso, ni Bongo, ni Campaoré, et tant d´autres incrustés au pouvoir. C´est à se demander: quelle notion d´économie, de gestion de l´intérêt et de l´avenir des leurs ?

Mais, diable, la question est légitime : si hier ils n´étaient pas capables de résister à la tentation, de réussir, de respecter et promouvoir les intérêts du peuple dont ils représentaient le pouvoir ; qu´est-ce qui nous assure qu´ils le sauraient aujourd´hui ?

Mais oui, aujourd´hui où les choses sont devenues plus complexes ; où les lois des sciences économiques classiques sont déjouées ou relevées par la politique, par le systématisme des intérêts géopolitiques ? Au moment où l´imaginaire est soumis à ses épreuves les plus exigeantes, et où il faut plus user d´artifices et d´astuces pour arriver à bonne fin ; que peuvent donc ces mammouths grisonnants et pesant d´esprit ? L´Afrique ne se livrerait-elle pas à un retour aux pierres taillées sur un continent qui boitait à l´arrière du progrès, de la recherche, de la science, de l´instruction, de la production, de la santé… ?

Et à mon avis, tout cet envahissement grisonnant et plutôt étouffant de la scène politique africaine n´est rien d´autre que le signe d´un désarroi sans pareil. Qu´Antoine Gizenga soit un ancien Lumumbiste, et vraisemblablement à la hauteur de sa tâche, cette tendance dinosaurienne est déplorable, parce que sans apporter des idées nouvelles, et vraisemblablement en manquant de réalisme créatif à même d´opposer au marasme actuel africain des solutions fructueuses, modernes et durables, elle lui convie à un statut quo chancelant et sans fraîcheur. Or ce qui caractérisait l´Afrique en ce moment, c´est l´incroyable jeunesse de sa population ! En fait, on passe devant ceux qui doivent exercer au mieux la promotion et la défense de leur avenir pour confier cette tâche au conservatisme croulant qui n´avait rien à faire valoir, ni la constance, ni la réussite; encore moins l´endurance et le sens exigeant du modernisme. N´est-ce pas un peu trop fort ?

Sans une profonde et nouvelle orientation de la capacité des africains à résoudre leurs problèmes en débouchant sur leur indépendance et leur réalisation, tout ce camouflage préhistorique ne mène qu´à la catastrophe. Et il serait grand temps que les africains se destinent à l´emploi résolu de l´imaginaire, plutôt que de rester enfermé à une logique enclavée qui ne reproduit, malgré sa réelle volonté de libération, que la vulgaire chosification du maître. Et cet effort commence par la redéfinition de concepts, d´instruments rationnels, idéels et réels conséquents, dans leurs contenus et leur portée, à la réalisation des rêves, des désirs, de l´avenir des africains d´abord avant d´avoir tout autre but. Vouloir gouverner pour l´honneur et le prestige du pouvoir, presque tout le monde sait le faire, et surtout les idiots et les simples d´esprit. Mais aller au pouvoir pour asseoir et réaliser un idéal élevé, il n´y a que les esprits éclairés et supérieurs qui le peuvent. Parce qu´au préalable, il faut non seulement savoir ce qu´on veut, ce qu´on doit faire, mais aussi avoir les moyens intellectuels et moraux d´y parvenir. En plus, il faut avoir un sens peu commun de la réalité, une vision ambitieuse de l´avenir, et un doigté infatigable de ce qui est possible, de ce qui est faisable, de ce qu´on peut exiger et de ce qu´on attend de l´avenir. Et sans définir et étayer sévèrement le contenu et les valeurs de sa liberté, c´est comme si on allait à la chasse sans fusil.

Je remercie mes lecteurs sincèrement, et particulièrement ceux qui m´ont écrit pour relever ce point de vue qui n´est pas sans intérêt. Et j´espère qu´ils continuerons à me lire, et bien entendu aussi à m´écrire. Avec toute ma profonde considération,

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com