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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

09 mars 2007

Afroréalisme, et quoi encore ?

En commentaire à l´article d´Afrikara du 06.03.2007 : L’Afroréalisme, une dimension nouvelle de la littérature latino-américaine, par Quince Duncan

A l´enterrement tardif et maladroit de la fausseté

Je dois donner raison à Lookot ; à la fin, on est tout simplement sidéré autant par les incessants essayistes que par les nombreuses et plutôt gratuitement spéculatives définitions, approches et points de vue avec lesquelles de nombreux esprits latino américains, d´occidentaux s´ambitionnent à percevoir ou à capter le phénomène de l´africanité dans leurs cultures respectives. Maintenant, on peut se demander à quel but ces épuisements intellectuels menaient-elles ? A la reconnaissance ? Mais, comment fait-on la reconnaissance de ce qu´on a réprimé depuis des siècles, et c´est dire, dont on a refusé à reconnaître autant l´identité du porteur de l´apport culturel, que du contenu conscient et légitime de ce même apport ? Ou n´est-ce qu´une autre forme d´exercer le mépris exigeant, par afroréalisme aux noirs d´accepter l´ordre dominant établi, et c´est dire, d´entériner historiquement et à posteriori l´injustice de l´esclavage et ses conséquences socioculturelles habilement entretenues depuis des siècles par l´exclusion socioéconomique et le racisme occidental ?esclavage

Afroréalisme, qu´est-ce que cela voulait que diable dire ? Encore un de ces mots vides qui, face à l´irréversible sens de l´histoire vers la liberté, voulait se précipiter à la rescousse d´intellectuels embarrassés, pris au piège de la vérité ? Car ne soyons pas aveugles : que ce soit au centre occidental hégémonique ou en périphérie conformée et adepte à celle-ci, le désarroi a pris des allures fondeuses de discours désaccordés, vides, plutôt cabalistiques de la dialectique que conséquent à l´objectivité. Et cela se comprend tout à fait lorsqu´on se rend compte qu´en 600 ans de prétentions civilisatrices, la culture occidentale n´a offert à l´Afrique ni liberté, ni reconnaissance culturelle, ni même partenariat existentiel équitable et respecté. Pire : sous de fallacieux prétextes de culture supérieure, cette culture occidentale a commis et avalisé, en hordes et complicité étroite de français, d´italiens, de portugais, d´espagnols, d´allemands, de suisses, d´hollandais ainsi que leurs cousins américains l´esclavage envers les noirs suivi de maltraitements de la pire des bassesses éthique et morale.

Maintenant, parler de liberté, de démocratie et même de culture ou de civilisation tout en ayant un tel passé et casier judiciaire, cela tenait plutôt de la délinquance criminelle historique que de l´intelligence et de la grandeur culturelle. On a bien essayé d´étouffer la vérité, de faire taire son nègre dans la société en faisant disparaître son indépendance en société américaine, latino américaine, européenne, et même en Afrique où la francafrique déjouait et mystifiait aujourd´hui encore le pouvoir africain. Rien n´y fait. Le sens de l´histoire semble irrévocable, et quasi incorruptible autant dans ses dévoilements, que dans soif d´équilibre et d´équité. Pourquoi ? Mais parce qu´en réalité l´âme de toute culture se conforte et s´affermit par les contenus moraux et éthiques élogieux de ses expressions, de ses ambitions ; mais elle se détruit et s´appauvrit tout autant sous les crimes, l´immoralité que ses acteurs et représentants sociaux se sont permis de cautionner ou légitimer. la_punition

Au demeurant, à quoi jouait-on en tentant de décrire ou de qualifier la littérature latino africaine quand des siècles durant il était interdit aux noirs et descendants africains d´aller à l´école, d´apprendre à lire et à écrire ? Ou encore, qu´attendait-on donc que cette littérature accouche, si on lui avait refusé tous les moyens économiques, intellectuels, sociaux d´épanouissement ? Ceux qui, ayant été de ceux-là qui fouettèrent, massacrèrent, opprimèrent ; s´ils se mettaient aujourd´hui à philosopher, à analyser, à jouer à l´intellectuel faussement objectif et descriptif…on se demandait bien si tout cet engagement tardif n´était pas, en réalité, qu´un recours à un sarcasme hautain et moqueur. Car combien de ces connaisseurs critiquèrent ou même relatèrent du sourd et sanglant cri solitaire de l´homme noir face à sa négation culturelle la plus bornée, la plus criminelle pendant l´esclavage, et même après ? Tous avaient jadis suivi et soutenu la logique et la voix du maître. Et aujourd´hui ils se reconnaîtraient des titres de spécialistes du réalisme africain ? De l´afroréalisme…et quoi encore ?    

Et malgré cela, que ce soit la culture africaine ou une de ses expressions : la littérature, existent bien. Cette culture millénaire africaine a survécu l´une des machinations la plus honteuse de l´histoire humaine. Etonné ? En ce qui me concerne, pas du tout ; son secret se trouve dans l´amour et la conservation de valeurs positives et fondamentales. Ceux qui croyaient que la richesse leur ouvrirait le paradis, se retrouvent dépendants de leurs ventes, et c´est dire des autres ! Et s´ils sont si puissants et suffisants ; pourquoi ne restent-ils pas que diable chez eux ? Pourquoi doivent-ils vendre à l´étranger ? Pourquoi sont-ils dépendants des matières premières des autres ? Prisonniers

Nous, africains, n´avons ni la prétention d´imposer au monde notre culture, notre couleur de peau, nos excédents et nos surproductions envahissantes. Nous ne voulons ni dominer le monde, ni même le civiliser. Ce que nous voulons, et qui nous est légitime, c´est notre droit à nous réaliser selon notre sensibilité et notre sens de l´histoire. Pas plus, mais pas moins non plus. Et avant de vouloir apprendre aux autres ce que c´est que la liberté ou la démocratie tout en pillant, en violant, en massacrant des êtres humains, nous demanderions à ces « civilisés » de prendre compte que ni la liberté, ni la démocratie ou même la civilisation  ne sont des valeurs individuelles ou exclusives à un groupe de pays, à une race ; ces valeurs ne peuvent être absorbées et comprises que dans le respect des réalisations individuelles de tout un chacun de culture et d´identité. Et il faut hélas croire que l´occident a, sur ce fondement culturel précis, beaucoup à apprendre, car à force de violenter et de se projeter abusivement sur la liberté et la réalisation des autres, cette culture nuit et détruit sa propre grandeur morale et culturelle.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

 

Posté par Musengeshi Kat à 23:22 - critique et objectivité - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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