A l´heure où notre équilibre écologique accuse des détériorations graves et menaçantes pour toute vie humaine sur terre, une nouvelle critique universelle fondée et conséquente serait-elle à mesure de pousser les aveugles et les bornés à changer, à voir enfin les choses plus « globalement » qu´ils ne l´avaient jusqu´aujourd´hui fait ?

Les cloches du changement sont-elles audibles pour tous ?

« Quand on n´a pas été nanti, de par son intelligence ou le courant culturel de sa propre société, de largesse de vue critique et objective, entendre les cloches alarmantes de l´appel au changement sonner leurs incessantes complaintes ; c´est sombrer dans le désarroi le plus désappointé, surtout si on n´a pas cultivé l´art de concevoir l´existence comme un lieu de réalisation en harmonie avec les autres acteurs et facteurs de l´histoire humaine. »

Produire, produire et exporter à tout prix. Briser et détruire les autres cultures et civilisation pour les soumettre ou les faire disparaître tout simplement ; tel a été depuis 600 ans, si ce n´est depuis toujours, les buts de l´hégémonisme occidental. Tous les chemins devaient mener à Rome, disait l´adage occidental bien connu. Et tous ceux que cette culture ne put, pour une raison ou pour une autre, pas complètement exterminer pour leur voler leurs terres ou leurs richesses, on les domina et leur enjoignit un sens de l´histoire et de la connaissance qui sanctionnait l´hégémonie et dominance de la culture occidentale. Cela fit d´eux des fantasmes errants en périphérie, entredéchirés entre leur identité réprimée et le masque de celle qu´ils devaient malgré eux porter, sans arriver à renouer avec le vrai visage sociohistorique de leurs âmes. Ce phénomène de négation ou de chosification a été autant pratiqué par l´islam que par la religion catholique et son capitalisme impérialiste.

Les africains, comme les indiens d´Amérique survivants et victimes des épopées conquistadoriennes et l´ère ensanglantée des colonisations connaissent bien cette criminelle escobarderie occidentale. Le pire, c´était cette castration mentale qui décapitait la connaissance dans les sociétés touchées pour imposer celle du maître dont personne n´avait la maîtrise du contenu, du sens, et des buts ; à part lui-même. Cela lui permit, comme on se l´imagine, bien sûr à mieux dominer ses subalternes lesquels, au lieu de poursuivre leur évolution et d´affermir leurs sciences, s´épuisèrent dans la maîtrise et la compréhension de la science et des usages dits « civilisés » de leurs maîtres. Or, par civilisation, on entend bien autre chose ; et pour y convenir, il ne faut pas seulement imiter ou se laisser dominer. Il faut tout autant changer de mentalité, se motiver par et de soi-même, mais aussi concevoir et créer le progrès comme une réalisation de sa propre philosophie existentielle. Pas celle des autres ou celle qui fait paraître comme tel. Chacun doit pouvoir se regarder dans son miroir existentiel et y retrouver son propre visage, pas celui du voisin !   

Aujourd´hui, cependant, et surtout depuis l´annonce de la catastrophe écologique qui pesait sur le monde entier confirmée par l´ONU, le productivisme occidental et bien plus, son hégémonisme centraliste pervers et obligeant est mis à l´indexe. Ce ne sont pas seulement, à notre avis, les méthodes abusives d´énergie, de matières premières, d´abus de pouvoir et de mystifications économiques, financières de l´Afrique noire particulièrement ; c´était aussi, et cela me semble plus important, une flagrante condamnation de la notion, de la définition existentielle de la liberté elle-même. Car on le voit, et même si primitivement ce point de vue a été étouffé et nié par la culture occidentale dominante depuis 600 ans, la liberté est bien une valeur universelle dont le contenu et la portée sont tout autant individuels que collectifs.

Et depuis l´annonce de cet épée de Damoclès qui pesait sur tous, la débandade autant chez les pauvres que les riches est grande : les uns se sentant empoisonnés vilement sans avoir à profiter des bienfaits du productivisme, les autres industrialisés et surproducteurs se demandent bien comment changer les choses pour ne pas avoir à subir les désagréments de leurs cheminées d´usines, de leurs circulations terriennes et aériennes effrénées. Oui, faut-il que les crevettes européennes soient envoyées par air au Maroc pour y être dépecées afin de revenir être vendues et consommées en Europe ? Ou encore : l´hérésie occidentale poussée à l´extrême par les américains dans la constructions de voitures ou d´automobile glouton de l´essence ou du diesel, et c´est dire polluant à loisir ; fallait-il continuer à vivre sur ce pied dépensier et destructeur des matières premières et de l´écologie ? Ou le Paris-Dakar poussiéreux, d´écologie douteuse, était-il encore honorable ?

Depuis quelques années, que ce soit les hurricanes, les inondations, les avancées des déserts ou les Tsunamis ; toutes ces révoltes visibles ou anomalie des équilibres écologiques se font de plus en plus remarquer par une affluence croissante et plutôt désastreuses pour les pays touchés. Et le rapport de l´ONU ne laisse, si aucun effort n´est fait pour endiguer les choses, pas de doute sur une détérioration prochaine grave qui pourrait, dès 2020, précipiter dangereusement les choses.

Pour l´occident aveugle et pris aux accès d´un productivisme aveugle et inconséquent, il s´agit de changer autant de méthodes de production que de sources d´énergie. Angela Merkel, chancelière et présidente en exercice obtint de ses collègues de l´Union Européenne un accord de principe sur la réduction d´oxyde de carbone de 20% jusqu´en 2020 en développant, notamment les sources énergétiques naturelles et la production d´automobiles moins polluants. Tout cela est bien joli, mais la détérioration écologique est mondiale ; qu´en est-il si les autres partenaires les plus pollueurs : USA, Chine, Inde, Russie ne souscrivaient pas à l´effort ? Après tout, l´exemple de Kyoto en disait long sur les bonnes intentions qui restèrent très bonnes, mais ne furent tout de même pas acceptées de tous et signées.

Green Peace, les verts du monde entier et bien d´autres organisations écologiques avaient beau, depuis des années, attirer l´attention sur l´obscurantisme borné du productivisme occidental. Rien n´a changé. On entendait plutôt dire : « cause toujours, mon coco, tu m´amuses » Et maintenant que la facture est imminente, le retour en arrière est tout aussi difficile que le changement. Parce qu´en réalité l´occident se complait ou s´est ancrée de plus en plus dans ses politiques de croissances économiques engendrant une grosse bouffe à la consommation. Se retenir, devenir austère ou se modérer ; est-ce encore possible ? Combien de vacanciers occidentaux se priveraient volontairement de voler ? Un char de combat consommait en moyenne basse 120 litres de diesel aux cent kilomètres…Qui dit que les exportations doivent toujours avoir lieu, au détriment d´une décentralisation de lieux de production ?

Le grand dilemme se trouve entre les africains et les occidentaux, entre les riches et les pauvres, car ceux-là ayant pollué le monde entier depuis des siècles et bradé les matières premières du monde entier à loisir ; ils ne peuvent pas demander aux autres peuples de surseoir leur industrialisation pendant que l´occident, elle, continuait à surproduire et à empoisonner tout l´univers. Le pire était d´avoir fait croire aux africains qu´on invitait à venir faire leurs études en occident, que la technologie occidentale était sans alternative. Or, il faut bien le dire aujourd´hui qu´il faudra produire autrement, et que cette fameuse science ou technologie occidentale du maître est dépassée. Ou inadéquate à répéter si on veut se développer en polluant le moins que possible.

Exactement ce que je laissais entendre avec la critique objective de la connaissance et le rôle de l´intellectualité en société. Car selon toute évidence, on a laissé faire beaucoup trop de cochonneries vantées comme le sens logique et démocratisant des choses. Les pauvres africains ; à force de courir des mirages et de se laisser mener en bateau par la soit disante efficience technologique occidentale, ils semblent toujours chercher une 25ième heure. A peine avaient-ils assimilé quelques notions apparentes de la norme fuyante du maître, que celles-ci étaient déclarées inadéquates et changées ; à peine se croyaient-ils aux confins du progrès que celui-ci s´évanouissait dans un bon en avant. Fallait-il courir incessamment, la langue basse, plus trompé par les apparences que réalisé derrière un faux lièvre qui ne menait nulle part, sinon à l´impasse de l´essoufflé ? A mon sens une bien belle foutaise. Et on le verra bientôt que les sciences humaines autant que les sciences d´applications technologiques vont, Dieu merci, se libérer du dictat occidental et chercher des solutions de mieux en mieux adaptées non seulement à leurs milieux naturels d´exercice, mais aussi au respect de l´écologie mondiale.

C´est pourquoi j´exhorte les africains qui n´ont pas encore saisi la réelle portée des implications écologiques qui s´ouvrent devant nous à ne pas, comme par le passé, croire qu´il suffit de venir en occident prendre quelques diplômes pour rentrer en Afrique appliquer ou répéter ce qu´on a appris ou avalé. La science et la technologie sont des rapports de connaissances qui, tout en restant objectifs, scientifiques et universellement contrôlables, n´en sont pas immédiatement liées à leur milieux naturels d´application. Et il serait temps de trouver et de développer des solutions et des approches scientifiques nous libérant pas seulement du centralisme occidental, mais aussi permettant à notre créativité et nos particularités naturelles d´y trouver des projections rassurantes, conformes, pratiques et usuelles.

Jacques Chirac a, en monarque embué et plutôt conservateur que visionnaire de la liberté, promis aux africains que leurs intellectuels pourraient recevoir des bourses françaises pour étudier et se parfaire dans les universités françaises. Ceux qui croient que cela représente un honneur ou un service rendu à l´Afrique se trompent grandement. Dans cette proposition il s´agit plutôt de faire d´une pierre deux coups : de profiter de la créativité d´une culture fraîche, ne voyant pas nécessairement les choses comme leurs collègues français à bout d´originalité. Cela est un enrichissement pour les professeurs et les laboratoires qui pourraient, devant le nez de ces brillants étudiants, s´approprier de leurs inventions et s´enrichir à loisir au détriment des pauvres.

L´histoire de Cheik Anta Diop est bien connue : on lui refusa la reconnaissance de la découverte du carbone 14 de datation soit disant parce qu´il travaillait sous contrat et que le résultat de ses recherches appartenaient à son employeur. Le résultat, peut-être, mais la découverte en elle-même ? Faut pas être aveugle. Autre aspect non moins astucieux de cette opération d´étudiants africains est …génétique ! Beaucoup d´étudiants en effets restent en France après leurs études ou y font des enfants. Et la France a besoin d´enfants pour lutter contre le vieillissement de sa population. Et avec des intellectuels africains, la France gagnerait en qualité de matériel génétique. N´est-on pas surpris que la France soit le pays le plus métissé de l´Europe ? Ce n´est pas du simple hasard. Comme quoi il faut se méfier des fameuses intentions à la « coopération », surtout si ceux qui les prodiguent soutiennent une méchante et criminelle francafrique envers le continent noir et refusaient à celui-ci ses droits légitimes à l´indépendance économique, financière, politique !

Mais ceux qui croient que pour cela la France deviendra plus clémente ou plus compréhensive envers l´Afrique se trompent royalement. La France, plus encore qu´hier, se bat énormément pour conserver son niveau de vie, sa place et son influence politique au concert des nations occidentales ; et plus la Chine et l´Inde grignoteront leur part du marché mondial des produits industriels, et plus celui-ci se rétrécira pour les anciens acquéreurs. Et étrangement, au lieu de démocratiser les moyens de production, de reconnaître à l´Afrique sa liberté économique, financière, politique, la France semble s´incruster de plus en plus dans la grandeur et l´arrogance passée. Il ne reste qu´en Afrique où cette nation est encore considérée comme une grande nation.

Et comme on le sait, la prétention et l´arrogance françaises ont aveuglé tous les présidents de cet Etat : de De Gaule à Chirac en passant par le socialiste Mitterrand qui y exerça à cœur joie un francafricanisme musclé et perclus d´armes. Faut-il vraiment croire qu´un Sarkozy imbu du pouvoir, ou une Ségolène Royal acculée par sa propre générosité, viendrait se priver de la manne africaine ; de quoi se glorifiera donc à l´avenir la France si elle ne prétendait plus régner sur la juteuse francophonie ? J´ai bien peur qu´il ne faille un jour les chasser au coup de balai, parce qu´ils mentiraient, tricheraient et pilleraient encore plus qu´hier. Ou alors, la liberté et le partenariat ouvrira ses portes en francophonie…les pouvoirs et les industriels français sont-ils déjà mûrs pour ce revirement historique ? 

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, bantu wa Muntu

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