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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

12 mars 2007

De la valeur et de l´importance de l´instruction pour la réalisation humaine.

Au moment où les anciennes idéologies sociales, politiques et économiques issues du capitalisme dominant semblent remises en cause, Bill Gates, avec les écoles Kipp dans le Bronx, incite à un new deal de la connaissance et de l´instruction. Cela suffit-il à répondre aux inégalités socioéconomiques ou raciales criantes américaines ?

Et après l´école : le chômage, le racisme ou la discrimination ?

A Jones.

Avant propos.

Chers lecteurs, j´avais critiqué Bill Gates pour son fameux engagement envers les défavorisés. Beaucoup de gens n´ont pas compris pourquoi, et quelques lecteurs m´écrivirent pour me dire : si ce milliardaire récoltait des sommes (environ 49 milliards) pour des œuvres de charité, qu´y avait-il de mal à cela ; après tout ne faisait-il pas ce que bien d´autres, et notamment l´Etat américain avait péniblement délaissé ? Certes, certes et si on veut, je ne suis pas tout à fait contre ce genre d´engagement. Si…eh oui, il y a un si. D´abord ces sommes récoltées par une association sans but lucratif légale, on pouvait les faire valoir sur sa déclaration d´impôt ; ce qui avait pour conséquence qu´on payait moins d´impôt, et en réalité, la société finançait indirectement ces entreprises bénévoles. Et après l´école, que deviennent donc ces rescapés du système américain de l´instruction ? Trouvent-ils un emploi, arrivent-ils réellement à se réaliser ? C´est plus important, en ce qui me concerne, d´agir autant sur le capital humain de la société, que sur les structures sociales elles-mêmes, afin qu´elles réservent à tous, indépendamment de leurs origines et leurs couleurs de peaux, une chance réelle de réalisation. Car pour moi, il s´agit bien de réalisation. Pas de bénévolat sans lendemain. Toute société humaine doit bien se rendre compte que chacun de ses membres a droit à une réalisation pleine et entière selon ses moyens et ses capacités. Et autre chose. Je ne crois pas au bénévolat dans le capitalisme. Et cela n´existe pas par principe, lorsque nous recevons quelque aide que ce soit, nous avons le devoir moral de fructifier cette chance, non de la détruire.

J´avoue que j´avais aussi critiqué Oprah Winfrey qui, en 2005 lors de sa rentrée en août, avait offert quelques 283 voitures Chrysler à chacune de ses invitées. Je vous avoue que je ne crois pas beaucoup à ces tapageuses, et pour moi vides illuminations de l´opinion publique. Donner un travail régulier et honorable aux gens est pour moi plus important que ces cadeaux publicitaires incitant plus à la consommation du carburant et des assurances, qu´à éveiller un quelconque sens créatif ou solidaire social. Et pour preuve, cela n´a pas empêché Chrysler d´être aujourd´hui en banqueroute. Ces cadeaux s´expliquent donc par des invendus. Tout cela n´enlève pas à Oprah ni son intelligence, ni la préciosité de son engagement social, bien au contraire ; j´ai eu à l´apprécier lors de l´ouverture de l´école des filles en Afrique du Sud. Et je n´ai pas manqué de l´en féliciter : ce n´est pas tout le monde qui investit 40 millions pour l´instruction et l´avenir de filles défavorisées africaines.

Partout dans le monde actuellement, l´instruction est mise à la révision, pourquoi ?

Oui, pourquoi ? Peut-être parce qu´on s´était rendu compte de son importance ? N´en avait-il pas été toujours le cas ? Je le pense bien. Mais alors, pourquoi ce regain d´intérêt ? Je crois plutôt que nous devons ce retour à la reconsidération du capital humain la crise économique actuelle ; le capitalisme qui avait écroulé le communisme, se trouve aujourd´hui devant sa propre critique. Car le chômage, la criminalité sociale, la paupérisation de la périphérie lui est inculquée, à raison. Après tout, elle s´était donné tous les droits depuis des siècles pour réaliser le meilleur idéal des gens, de tous ceux qu´il avait dominé, soumis ou obligé. Etait-il à même de tenir ses promesses ou se vidait-il lentement de ses ambitions, pour mieux se retrancher derrière un égoïsme décadent de quelques privilégiés et légitimés ?

En Allemagne on faisait actuellement une énorme réforme de l´enseignement, laquelle avait été déclanchée par quelques pénibles résultats aux études de Pisée et dans des comparaisons d´études internationales donnant indubitablement lieu à croire que « le pays des poètes et des penseurs », comme les allemands aiment à se définir, s´abrutissait lentement. Du moins, ses enfants n´étaient plus si intelligents. Les étrangers en seraient-ils la cause ? Preux mensonges que tout cela ; la consommation, dans tous les pays occidentaux, avait eu des phénomènes corollaires de désintéressement à l´effort intellectuel et à la recherche. Ou était-ce la faute à un structuralisme opprimant de suivisme social qui terrassait la créativité et l´intérêt intellectuel en les enfermant à la consommation abrutissante du prêt-à-porter, du prêt à penser social ? Curieux. Dans ce cas, les jeunes seraient plutôt calmes et satisfaits. Or, ce n´était pas le cas : jamais la jeunesse n´a été aussi rebelle, aussi porteuse d´armes et de violences en milieux scolaires. Et même dans la société elle-même. Des phénomènes tels que l´alcoolisme prenaient des proportions inquiétantes en Europe. Les jeunes étaient sans manières, sans idéal individuel affirmé. Et dans un pays comme l´Allemagne où la population s´effondrait avec une démographie négative, chaque enfant comptait. Mais le système social en crise de chômage et d´idéal économique partagé et équitable, dont l´école faisait partie ainsi que la famille divorcée ou éparpillée ; répondait-il aux attentes avides de ces jeunes gens ? Leur donnait-on la possibilité de changer les choses, au besoin, ou les considérait-on comme de simples éléments d´un système économique sans idéal et sans cœur ?

En France, c´était la même chose, et malgré que ce pays accuse encore (combien de temps encore ?) une passable démographie 1,36 enfants tandis que l´allemande n´accusait que 1,23 ; ce pays accusait cependant le chômage de jeunes le plus élevé en Europe, soit 20% ! Et on se rappelle des émeutes de la banlieue qui ont duré plusieurs semaines en 2006. Le chômage et l´endettement public, à quelques petites différences, est tout aussi haut qu´en Allemagne. Et dans la crise économique actuelle, un sensible chômage de jeunes d´académiciens y cause, comme partout en Europe, un malaise social sensiblement grandissant.

Et pour en revenir aux Etats-Unis, dans le pays le plus riche de la terre actuellement, que faut-il en penser si 40 millions de ses citoyens n´ont pas d´assurance maladie invalidité ? Ou alors, que faut-il penser de ces structures sociales qui exigeaient des gens de prendre jusqu´à 3 jobs pour arriver à subvenir à l´entretien de leurs vies pendant que d´autres ne savaient que faire de leurs fortunes ? Un pays endetté publiquement à plus de 7 billions $ et qui entretenait des guerres coûteuses et plutôt superflues, où les écoles publiques tombaient en désuétudes et la criminalité était une des plus élevée du monde ; ce contexte brossé rapidement ne donnait-il pas l´image d´une société problématique si tout cela perdurait ?

Dans ce contexte, secourir ou financer les écoles Kipp est louable, et cependant qu´à notre avis, cela ne suffit pas : il faut une réforme sociale, un nouveau réajustement social de l´idéal américain. Car lorsque ces jeunes gens auront fini leurs études, ils seront autant déçus s´ils ne trouvaient pas d´emplois. Et ils risquaient de retomber dans l´alcoolisme, la drogue, la criminalité.

En Afrique, on voit le plus cruellement le problème de sociétés incapables d´employer leurs propres universitaires, et ceux-ci, bon gré mal gré quittent le pays et s´en vont à l´étranger. Mais qui fera donc le progrès sur ce continent, que diable ? Ces sociétés africaines ne sont pas du tout celles qui s´illustrent par leur brillant développement. Et tant qu´ils auront pas compris que le progrès ne se fait assurément et durablement que par ses propres enfants…on ne peut importer le progrès. Le croire, c´est être le plus grand idiot du village.

L´école est importante, et je dirai même qu´aucune société moderne et ambitieuse pour son avenir ne peut s´en passer ou négliger de rehausser continuellement son niveau. Mais l´école qui n´est que l´antichambre de l´apprentissage de la discipline, de l´ouverture d´esprit et de l´épanouissement des capacités individuelles rationnelles et cognitives autour d´un idéal social assuré, doit aussi être capable de vaincre, au delà de son propre structuralisme et de sa déontologie, les complexes et les barrières sociales. Mais si ces dernières subsistent malgré tout, et commencent déjà par l´école privée de riches ou celui public des pauvres, l´homogénéité sociale est dès le départ truqué. Et j´ai bien peur que ce n´est pas seulement l´école ou la connaissance qui sont mises à l´index aujourd´hui, mais bien les idéaux sociaux pour lesquelles ont va à l´école, et dans quelles emballages ils sont valables ou exerçable plus tard.

Parce que l´école n´est qu´un tremplin aussi haut ou bas soit-il ; le saut ou le bond qu´on fait avec elle a un but social avoué et connu : se découvrir, s´enrichir, se réaliser le plus valablement, le plus créatif que possible en mettant sincèrement ses capacités au service de sa société, de sa famille, de soi-même. Et c´est cela, dans notre monde structuraliste, empressé et changeant actuel, qui laisse à désirer. Peut-être faudrait-il s´atteler à une grande réforme sociale qui agencerait l´école, la société, l´individu et ses ambitions dans un moule plus harmonieux, et c´est dire plus critique et plus ouvert à la créativité autant qu´à l´intégration d´un esprit social sincère et généreux. Car, en définitive, ce dont il s´agit dans toute société quelle qu´elle soit, n´est rien d´autre que la liberté et la réalisation autant de la société que de l´individu lui-même. Et il vaut mieux que l´une soit le rêve et le miroir de l´autre. Pas sa négation, son purgatoire ou sa prison à vie.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

Posté par Musengeshi Kat à 23:46 - Echange d´opinion - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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