Commentaire sur Afrikara de l´article du 02.04.07 : Cheick Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique «Je suis un soldat du développement de l’Afrique »

Inutile de réinventer la roue !

Excellente interview. On ne peut que féliciter cet esprit malien objectif et profond parce qu´au-delà de ses déductions,  arrive réellement à saisir contexte africain et ses problématiques. Et hélas, ils sont, malgré tout, bien épuisants. Ce que j´ai aimé dans cette interview de Modibo Diarra, c´est qu´il attire l´attention sur le fait que les africains doivent gagner leurs vies, et que cela est tout à fait normal. J´irai plus loin : c´est la clé même de l´avenir économique ; car ce qui freine le développement des sociétés africaines et leurs économies, c´est le faible pouvoir d´achat. Cela restreint le bon fonctionnement des affaires, et c´est dire que cela empêche de fructuer les investissements.

Et c´est en réalité là que commence le problème car l´élite actuelle n´arrive pas à accumuler pour investir dans les infrastructures génératrice à leur tour de possibilités et de moyens économiques. Et pour ne prendre que le domaine électronique ; celui-ci ne peut être employé ou utilisé efficacement sans électricité et sans un coûteux réseau conducteur. En Afrique, à force d´importer, de ne pas s´atteler au principal, à force de vouloir construire des routes avant de construire la voiture ; on détruit ses maigres moyens sur le macadam périssable tandis que le principal, lui, c´est la voiture ou le camion. Par ailleurs, le chemin de fer : le plus grand facteur de développement économique est cruellement négligé !

Une logique à la renverse, à notre avis, parce qu´elle engloutit définitivement des moyens qui ne reviennent pas. Et avec l´automobile ou le camion importé, c´est la même chose : le capital servant á l´achat de ces moyens de transport quitte le pays pour l´étranger et ne revient pas enrichir ni le bien être, ni l´emploi, ni les investissements africains. Il faut donc recourir à un fonctionnement économique d´auto financement résolu. Or – et c´est l´autre côté de la médaille – les occidentaux détenteurs actuels de technologies de production veillent jalousement à ne pas investir ou l´exporter en Afrique (notons que ce n´est pas le cas en Chine, par exemple, ou en Europe de l´est), à moins, comme en Afrique du Sud, qu´ils aient les rênes du pouvoir économique. Pour la plupart des occidentaux, l´Afrique est un marché de consommateurs, pas un centre de production. On peut leur en vouloir ou pas, toujours est-il que chaque pays, chaque nation se doit de développer sa propre technologie de développement. Et c´est dire aussi des voies et moyens d´y parvenir.

Personne ne peut dire qu´il n´y a pas de cerveaux en Afrique, ce serait faux et gratuit. Ce qui retarde le développement africain et le rend ardu, c´est cet effet de défensive, d´attentisme ou de suivisme plutôt consommateur que créateur face à un monde rapidement changeant et diablement antagoniste. Convaincre les populations de la meilleure direction à suivre ? Mais la population a toujours suivi ; ceux qui n´ont pas de vision, ceux qui se vendaient aux intérêts occidentaux, c´étaient hélas leurs élites en mal d´imagination et d´ambition. Et soyons francs, si les écoles techniques étaient délaissées, l´instruction bâclée sur un bas niveau ; comment diable croyait-on créer des spécialistes de haut niveau conceptuel et créatif ? On avait plutôt l´impression qu´il y avait deux mondes dans les sociétés africaines : la traditionnelle attardée et plutôt reniée, et la moderne plutôt citadine et fausse, parce qu´elle vivait sur l´imitation et l´aliénation à l´importation au lieu d´être créative et intégrative des deux visages de sa propre identité. Et même si la traditionnelle était prête et décidée à œuvrer au progrès parce qu´elle a déjà compris que celui-ci mettrait plus de moyens à sa disposition ; si les investissements à la production, les écoles, les emplois : si l´économie pataugeait sur place, ruinait ses substances dans des immédiatetés aliénantes, à qui donc revenait la faute ? Il ne faut pas toujours voir le mal à l´étranger…eux, ils n´ont ni été élu par les africains, ni ne possédaient avec eux des liens patriotiques.

Il faut changer, il faut encourager la renaissance de l´Afrique, entendait-on partout. Cependant que la plupart de ceux qui s´égosillaient ainsi n´étaient ni capables de reconnaître les erreurs et les errements du passé, ni de se motiver sincèrement et valablement aux nécessités d´un avenir positif. Et on n´était pas surpris que derrière ces illuminés, ne se cachaient qu´une nouvelle vague de parasites aux visions toutes aussi courtes et aliénées qu´on se demandait s´ils n´étaient pas simplement des tonneaux vides qui ne reproduisaient, dans leur désarroi, que la chosification et l´exploitation occidentale comme modèle existentiel. Et pourtant, que ce soit la technologie des sources d´énergie ou celle des structures de gestion et de finalité des moyens sociaux, tout était en train de changer à une vitesse incroyable. Autant que tout semblait curieusement s´accrocher à des spécificités régionales, à chaque caractère dominant de milieu existentiel.

Beaucoup parlent d´investissements, mais s´ils ne viennent pas du peuple, de son travail, de sa créativité, de son épanouissement imaginaire et matériel; d´où viendraient-ils donc, du ciel ? Comment voulait-on avoir accès, se créer la liberté ou la réaliser tout court, si on n´était as prêt á commettre les efforts logiques et structurels pour réaliser ce but ? Biens de questions. Car, ne nous faisons aucune illusion : il faut en Afrique des pouvoirs tels que ceux-ci, pendant qu´ils investissent dans les leurs intensivement, ils les protègent jalousement contre les rapaces et les crocodiles étrangers.

Et il faut le dire clairement que des valeurs comme la monnaie doivent être contrôlées par le peuple souverainement représenté plutôt que par l´étranger. Sans cela, la monnaie et son milieu d´exercice : l´économie et le marché commercial national étaient sournoisement vidées de leurs vitales substances. Qui croit donc que pendant que l´étranger consommerait à gorge déployée nos matières premières, et nous polluerait l´air et la santé de nos enfants avec une écologie indigeste et criminelle, que nous serions-nous obligé de ruiner notre avenir imaginaire et créatif, en agonisant à l´aide internationale et à la pire des pauvretés ; qu´alors nous faisions ou célébrions notre liberté ?

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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