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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

31 mai 2007

La bannière Sarkozy : une collection d´ambiguïtés ?

Essai de commentaire de son discours d´investiture.  (ouvert à tous)

L´homme, sa conviction, ses ambitions…sa vision de la France

" Mesdames et Messieurs,

En ce jour où je prends officiellement mes fonctions de Président de la République française, je pense à la France, ce vieux pays qui a traversé tant d'épreuves et qui s'est toujours relevé, qui a toujours parlé pour tous les hommes et que j'ai désormais la lourde tâche de représenter aux yeux du monde.

Je pense à tous les Présidents de la Ve République qui m'ont précédé.

Je pense au Général De Gaulle qui sauva deux fois la République, qui rendit à la France sa souveraineté et à l'Etat sa dignité et son autorité.

Je pense à Georges Pompidou et à Valéry Giscard d'Estaing qui, chacun à leur manière, firent tant pour que la France entrât de plain-pied dans la modernité.

Je pense à François Mitterrand, qui sut préserver les institutions et incarner l'alternance politique à un moment où elle devenait nécessaire pour que la République soit à tous les Français.

Je pense à Jacques Chirac, qui pendant douze ans a oeuvré pour la paix et fait rayonner dans le monde les valeurs universelles de la France. Je pense au rôle qui a été le sien pour faire prendre conscience à tous les hommes de l'imminence du désastre écologique et de la responsabilité de chacun d'entre eux envers les générations à venir.

Mais en cet instant si solennel, ma pensée va d'abord au peuple français qui est un grand peuple, qui a une grande histoire et qui s'est levé pour dire sa foi en la démocratie, pour dire qu'il ne voulait plus subir. Je pense au peuple français qui a toujours su surmonter les épreuves avec courage et trouver en lui la force de transformer le monde.

Je pense avec émotion à cette attente, à cette espérance, à ce besoin de croire à un avenir meilleur qui se sont exprimés si fortement durant la campagne qui vient de s'achever.

Je pense avec gravité au mandat que le peuple français m'a confié et à cette exigence si forte qu'il porte en lui et que je n'ai pas le droit de décevoir.

Exigence de rassembler les Français parce que la France n'est forte que lorsqu'elle est unie et qu'aujourd'hui elle a besoin d'être forte pour relever les défis auxquels elle est confrontée.

Exigence de respecter la parole donnée et de tenir les engagements parce que jamais la confiance n'a été aussi ébranlée, aussi fragile. Exigence morale parce que jamais la crise des valeurs n'a été aussi profonde, parce que jamais le besoin de retrouver des repères n'a été aussi fort.

Exigence de réhabiliter les valeurs du travail, de l'effort, du mérite, du respect, parce que ces valeurs sont le fondement de la dignité de la personne humaine et la condition du progrès social.

Exigence de tolérance et d'ouverture parce que jamais l'intolérance et le sectarisme n'ont été aussi destructeurs, parce que jamais il n'a été aussi nécessaire que toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté mettent en commun leurs talents, leurs intelligences, leurs idées pour imaginer l'avenir.

Exigence de changement parce que jamais l'immobilisme n'a été aussi dangereux pour la France que dans ce monde en pleine mutation où chacun s'efforce de changer plus vite que les autres, où tout retard peut être fatal et devient vite irrattrapable.

Exigence de sécurité et de protection parce qu'il n'a jamais été aussi nécessaire de lutter contre la peur de l'avenir et contre ce sentiment de vulnérabilité qui découragent l'initiative et la prise de risque.

Exigence d'ordre et d'autorité parce nous avons trop cédé au désordre et à la violence, qui sont d'abord préjudiciables aux plus vulnérables et aux plus humbles.

Exigence de résultat parce que les Français en ont assez que dans leur vie quotidienne rien ne s'améliore jamais, parce que les Français en ont assez que leur vie soit toujours plus lourde, toujours plus dure, parce que les Français en ont assez des sacrifices qu'on leur impose sans aucun résultat.

Exigence de justice parce que depuis bien longtemps autant de Français n'ont pas éprouvé un sentiment aussi fort d'injustice, ni le sentiment que les sacrifices n'étaient pas équitablement répartis, ni que les droits n'étaient pas égaux pour tous.

Exigence de rompre avec les comportements du passé, les habitudes de pensée et le conformisme intellectuel parce que jamais les problèmes à résoudre n'ont été aussi inédits.

Le peuple m'a confié un mandat. Je le remplirai. Je le remplirai scrupuleusement, avec la volonté d'être digne de la confiance que m'ont manifesté les Français.

Je défendrai l'indépendance et l'identité de la France.

Je veillerai au respect de l'autorité de l'Etat et à son impartialité.

Je m'efforcerai de construire une République fondée sur des droits réels et une démocratie irréprochable.

Je me battrai pour une Europe qui protège, pour l'union de la Méditerranée et pour le développement de l'Afrique.

Je ferai de la défense des droits de l'homme et de la lutte contre le réchauffement climatique les priorités de l'action diplomatique de la France dans le monde.

La tâche sera difficile et elle devra s'inscrire dans la durée.

Chacun d'entre vous à la place qui est la sienne dans l'Etat et chaque citoyen à celle qui est la sienne dans la société ont vocation à y contribuer.

Je veux dire ma conviction qu'au service de la France il n'y a pas de camp. Il n'y a que les bonnes volontés de ceux qui aiment leur pays. Il n'y a que les compétences, les idées et les convictions de ceux qui sont animés par la passion de l'intérêt général.

A tous ceux qui veulent servir leur pays, je dis que je suis prêt à travailler avec eux et que je ne leur demanderai pas de renier leurs convictions, de trahir leurs amitiés et d'oublier leur histoire. A eux de décider, en leur âme et conscience d'hommes libres, comment ils veulent servir la France.

Le 6 mai il n'y a eu qu'une seule victoire, celle de la France qui ne veut pas mourir, qui veut l'ordre mais qui veut aussi le mouvement, qui veut le progrès mais qui veut la fraternité, qui veut l'efficacité mais qui veut la justice, qui veut l'identité mais qui veut l'ouverture.
Le 6 mai il n'y a eu qu'un seul vainqueur, le peuple français qui ne veut pas renoncer, qui ne veut pas se laisser enfermer dans l'immobilisme et dans le conservatisme, qui ne veut plus que l'on décide à sa place, que l'on pense à sa place.

Eh bien, à cette France qui veut continuer à vivre, à ce peuple qui ne veut pas renoncer, qui méritent notre amour et notre respect, je veux dire ma détermination à ne pas les décevoir.

Vive la République !
Vive la France !"

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Posté par Musengeshi Kat à 00:03 - Impact de l´actualité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mai 2007

Face au marasme de l´éducation en Afrique

MUSENGESHI KATATA RECOIT MONSIEUR ANTOINE NGUIDJOL

L´éducation : la clé trop souvent négligée de l´avenir

« Il n´est pas exagéré de dire que nous vivons encore dans une situation de terreur intellectuelle où l´interdit du personnel ou du singulier est la chose initiale demandée à tout apprenti philosophe non occidental. La dimension didactique va s´accroissant au fur et à mesure de l´apprentissage, son poids devenant tel qu´il réduit la vocation pédagogique de la philosophie à la portion congrue. »   Dr. Antoine Nguidjol (Le Système éducatif en Afrique noire, pp 77)

Musengeshi Katata: M. Antoine NGUIDJOL, tout d’abord merci d’avoir répondu favorablement à notre demande d’interview.

Antoine Nguidjol : c’est pour moi un grand honneur de répondre à vos questions. J’apprécie beaucoup votre « blog », la pertinence des propos que vous y tenez, votre passion pour l’avenir de l’Afrique et votre rigueur intellectuelle.

MK. : Merci. M. Nguidjol, j’ai présenté un aperçu de votre essai il y a quelque temps. Mais avant d’éclairer nos lecteurs sur son contenu, je vous demanderais de bien vouloir vous présenter brièvement.

AN : C’est une tâche difficile que vous me demandez là ; vous savez, je n’aime pas beaucoup parler de moi. Je préfère que d’autres le fassent à ma place. Je vous rassure toute de suite, cela n’a rien à voir avec de la fausse modestie, c’est un trait de caractère. Au fait, ne croyez-vous pas que les choses les plus brillantes finissent toujours par se faire remarquer ? J’en suis convaincu et ne souhaite donc pas en rajouter...

Mais puisque vous exigez que je me soumette à ce rituel, je dirais juste ceci : je m’appelle Antoine Nguidjol, né au Cameroun il y a quarante huit ans, docteur en philosophie (Paris X), fonctionnaire de catégorie A dans l’éducation nationale française…et, depuis peu, essayiste.

MK : C’est parfait. Venons-en à votre livre, qui est l’objet de cette interview.

AN : avec plaisir !

MK : vous avez récemment publié un essai aux éditions l’harmattan intitulé : le système éducatif en Afrique noire : analyses et perspectives. J’ai beaucoup aimé votre livre pour la richesse de son analyse. Pouvez-vous nous dire les raisons qui ont motivé ce travail sur l’éducation en Afrique noire ?

AN : Ce qui a motivé mon travail, c’est d’abord le fait que la question de l’éducation intéresse tous les pays du monde. Aucun pays sérieux ne peut laisser dériver son système éducatif sans réagir. La question évidemment n’est pas nouvelle bien que chaque époque la problématise à sa manière compte tenu de ses besoins et de ses attentes.

De nos jours, les observateurs avertis (les professionnels de l’éducation en l’occurrence) savent qu’un test international a lieu chaque année qui permet d’obtenir une classification du niveau des établissements du monde entier (collèges, lycées, universités) ; ce qui atteste de la préoccupation des Etats pour leurs systèmes d’enseignement.

En France, des tests nationaux, couplés aux résultats du brevet des collèges et du baccalauréat, permettent d’obtenir une classification nationale des meilleurs collèges ou lycées de France mais aussi des moins bons ; les informations recueillies à cette occasion fournissent de précieux indicateurs pour la détermination des axes fondamentaux de la politique éducative à entreprendre.

On remarquera, en France, que la préoccupation du niveau scolaire est telle qu’elle en devient une question politique posée à tout changement de régime, chaque ministre de l’éducation y allant de sa petite réforme. Aujourd’hui, la politique éducative est à l’acquisition du « socle commun des connaissances ».

Mais déjà une question se pose : qu’est-ce qui au fond justifie cette préoccupation ? Est-ce l’amour de la connaissance, ou autre chose ?

En creusant un peu cette question, on peut se rendre compte que si l’intention affichée par la réforme du système éducatif se veut essentiellement épistémologique ou économique (réformer le système éducatif pour permettre un passage harmonieux entre l’école et le monde du travail), la réalité est tout autre.

En effet, tout système éducatif est une machine politique qui vise essentiellement à produire des conséquences politiques (exemple : l’unité politique par le biais de la culture générale, c’est-à-dire par l’apprentissage de références culturelles ou intellectuelles communes). L’école est un lieu pratique, simple, économique, facilement contrôlable où s’élabore l’unité culturelle et politique.

MK : et la seconde motivation de votre essai ?

AN : la seconde raison, qui concerne plus proprement les africains, c’est le besoin de comprendre. Les africains se posent aujourd’hui la question de leur devenir en tant qu’êtres particuliers jetés dans le monde, pour certains quelque part sur les rivages de la Méditerranée, du Pacifique ou de la Baltique, tandis que d’autres aspirent à y être jetés à leur tour ou meurent de déréliction quelque part en Afrique.

Mais qu’ils soient en Afrique, en Occident ou en Orient, qu’ils soient naturalisés, résidents ou « sans papiers », beaucoup d’africains ont aujourd’hui besoin de comprendre pourquoi leurs aïeux ont été vaincus. Pourquoi leur histoire collective a pris cette trajectoire particulièrement douloureuse. Ils se demandent s’il y a une possibilité pour que cette défaite d’hier (qui se prolonge) ne soit que provisoire ?

Pour changer le cours de leur histoire, il leur a été demandé ces dernières décennies de se rendre massivement à l’école occidentale. Beaucoup y sont allés. Ils sont aujourd’hui sans travail et sans perspective d’avenir…

MK : l’école mérite donc une sérieuse évaluation.

AN : Exactement. Précisons deux choses : premièrement, l’évaluation n’est pas le rejet. Deuxièmement, l’évaluation n’est pas une simple opération technique. Elle est fondamentalement conceptuelle. A défaut de le comprendre, on prend le risque de « tropicaliser » un système éducatif étranger en pensant en avoir inventé un. Les conséquences pour l’avenir sont très sévères.

MK : quel rôle a joué le roman du sénégalais Hamidou Kane dans votre réflexion ?

AN : L’aventure ambiguë est un roman que nombre d’africains scolarisés ont lu. L’étude de ce roman n’est donc pas une nouveauté puisqu’elle figure au programme de la littérature africaine.

Seulement voilà : je considère que l’étude purement littéraire de ce roman n’en saisit que l’écume (pardon pour les professeurs de littérature africaine !). Car le roman d’Hamidou Kane traite de l’angoisse, du sentiment de déréliction de l’africain face à un événement aussi terrifiant qu’incompréhensible : l’occupation occidentale de l’Afrique par les armes. Elle traite de cette soudaine rupture de la temporalité qui fait qu’il y a désormais un avant et un après ; et entre le deux une béance, un trou noir, rien.

L’œuvre d’Hamidou Kane a constitué pour moi un bel angle d’attaque parce qu’elle traite du problème de l’éducation. Cette œuvre, écrite en 1961 au moment où les pays africains accèdent à l’indépendance, est pleine de prémonitions. Elle nous montre à quel point le parcours éducatif occidental est piégeux et ravageur pour les Africains s’ils ne le réévaluent sérieusement.

Permettez-moi de vous lire un passage suggestif de cette œuvre que je trouve aussi importante que les Lettres philosophiques de Voltaire ou les Essais de Montaigne et que l’on devrait mettre au programme des études philosophiques en Afrique noire.

« il arrive, confie Samba Diallo, que nous soyons capturés au bout de notre itinéraire, vaincus par notre aventure même. Il nous apparaît que tout au long de notre cheminement, nous n’avons cessé de nous métamorphoser, et que nous voilà devenus autres. Quelquefois, la métamorphose ne s’achève pas ; elle nous plonge dans l’hybride et nous y laisse. Alors, nous nous cachons, remplis de honte. »

L’africain honteux de lui-même, c’est peut-être l’image stéréotypée à laquelle nous avons affaire encore aujourd’hui.

Tout est parti du savoir, comme l’indique Hamidou Kane. L’africain peut-il se lancer dans la quête du savoir occidental sans se perdre, sans s’oublier ? Cette question, je la récupère dans mon essai pour la généraliser de la manière suivante : peut-on concevoir une démarche pédagogique innocente ? Toute démarche pédagogique n’est-elle pas soumise a priori à un projet politique ?

MK : voulez-vous dire que la finalité du système éducatif n’est pas la formation des esprits et la liberté ?

AN : Il ne faut pas se leurrer. De même que la soumission ne peut engendrer la liberté, l’école coloniale n’est pas faite pour aider les colonisés à penser pour soi. L’école africaine n’est donc pas un endroit où l’africain pense pour soi, mais un lieu où l’on impose sur son esprit par l’incitation à l’automutilation intellectuelle ; un lieu où la culture se dilue dans l’obéissance à l’autorité.

L’affirmer, ce n’est pas dire que l’instruction organisée par l’Etat colonial est forcément un endoctrinement ou un conditionnement par des méthodes explicites de propagande, mais que derrière le savoir qu’on « offre » il y a autre chose, que le pan de l’éducation l’emporte sur celui de l’instruction ; que cette éducation est la finalité absolue qui annihile tout le reste ; autrement, que l’instruction n’est que le début d’une opération qui se termine dans l’assimilation de l’apprenant. Pour parler plus concrètement, l’instruction offerte par l’Etat colonial aux africains vise à instaurer une socialisation des individus conforme à l’appareil d’Etat colonial, c’est-à-dire une disposition à se laisser instruire. Il est facile d’imaginer qu’en se laissant instruire, on se laisse aussi aisément conduire. C’est pour cette raison que le savoir institutionnel abolit le savoir et qu’il fabrique de la soumission. C’est aussi pour cette raison qu’il est essentiellement politique. Parce qu’il n’y a pas d’école sans projet éducatif ; et que tout projet éducatif est essentiellement politique.

MK : cela fait penser à Durkheim…

AN : Oui, Durkheim confirme mon analyse par les exemples suivants : sous le règne de Charlemagne, dit-il, l’école carolingienne se donnait pour mission de créer une élite chrétienne ; pendant la Réforme protestante, les collèges jésuites avaient pour mission de former une élite capable se s’opposer à la propagation des idées luthériennes ; plus près de nous, l’école de la république, (celle dont l’Afrique a hérité), se donnait pour mission de créer un nouveau type de citoyen adapté à la troisième république.

En la transposant en Afrique noire, cette école fabrique non seulement une prédisposition générale à se laisser aisément diriger, mais aussi des élites adaptées à un Etat essentiellement prédateur.

Le savoir scolaire n’est donc pas un but en soi mais un moyen ; le but étant le résultat du projet politique qui sous-tend les savoirs enseignés.

MK : vous parlez de l’insertion de l’école africaine dans l’industrie culturelle occidentale

AN : oui, j’affirme que la culture occidentale est une marchandise, et même une marchandise d’occasion dans laquelle l’Afrique semble s’être spécialisée ; que la marchandise est la catégorie générale de tout ce qui a vocation à s’abolir dans la pure consommation ; « offerte » pour être consommée comme telle, sans que le consommateur ait connaissance de ce qu’il consomme. Sans même qu’il s’en préoccupe.

La consommation fonctionne sur l’a priori de la foi, c’est-à-dire de la confiance absolue dans la bienveillance du producteur ; sur le caractère inimaginable d’un empoisonnement ou d’une destruction massive des consommateurs.

Je vais encore plus loin ; reprenant l’analyse de Jean Baudrillard sur la société de consommation, j’affirme que l’Afrique est l’une des grandes victimes de l’illusion de la donation, de l’idée saugrenue que d’autres pourvoient et pourvoiront toujours à ses besoins ; que le commerce entre les nations relève du miracle et n’exige qu’une simple activité magique de captation.

MK : dans votre essai vous déplorez ce que vous appelez le « triomphe » de l’écriture sur la parole ; sur la parole africaine si je puis dire.

AN : je déplore surtout le déplacement du savoir de la parole à l’écriture. Je montre qu’un tel déplacement n’est pas un simple déplacement d’un lieu épistémologique à un autre. Je veux dire qu’un tel déplacement a des conséquences existentielles et morales.

Car la parole fonde l’autorité morale ; elle confère de l’autorité à celui qui l’énonce ou à celui qui en est le gardien. La parole n’est pas simplement une énonciation : elle est aussi ce qui engage. Donner sa parole, c’est engager son être tout entier, c’est tenir parole, c’est-à-dire agir en conformité avec elle. La parole fait retour sur soi, elle est le symbole et le gardien de l’immanence.

L’écriture est tout autre. Elle fonde une tout autre autorité : l’autorité intellectuelle, l’expertise de celui qui sait déchiffrer les signes. L’écriture entraîne ailleurs, loin de l’individu, loin de son existence propre, vers d’autres univers ; elle est une aliénation dans ce sens qu’on n’y entre qu’en se mettant dans la peau d’un autre, de l’auteur, du personnage, en s’oubliant pour se diluer dans l’universel. L’écriture est donc, contrairement à la parole, le symbole et le gardien de la transcendance.

MK : faut-il donc arrêter de lire ?

AN : absolument pas. Mais il faut se garder de lire innocemment. Toute lecture véritable est un acte politique.

MK : vous critiquez assez sévèrement les intellectuels africains. Est-ce parce que ce sont des scribes ?

AN : oui, il y a un rapport étroit entre l’écriture et le pouvoir. L’écriture est déjà fondamentalement pouvoir, parce que le symbole est un pouvoir en soi qui n’appartient qu’à une minorité. Mais ce que je déplore et critique essentiellement, c’est le rapport entre le militantisme politique et l’enseignement supérieur en Afrique noire. Ce rapport passe nécessairement par l’écriture dont le diplôme est la matérialisation. Les universitaires sont pour la plupart des gens qui professent un enseignement, donc qui écrivent. Analysant cette écriture, on peut en conclure qu’il s’agit d’une écriture d’un type particulier située à mi-chemin entre l’écrivain et le militant ; qui tire du militant « l’image idéale de l’homme engagé », et de l’écrivain l’idée qu’écrire est un acte en soi. Ce scripteur d’un type nouveau milite en écrivant, voire en professant, en enseignant – l’écriture devient ainsi le symbole professionnel de l’adhésion, voire l’acte par lequel le livre (ou l’enseignement) devient la métaphore de la pancarte et la salle de cours celle de la tribune politique.

En sublimant une formule de Barthes, nous dirions que l’intellectuel africain n’est encore, dans la plupart des cas qu’un écrivain mal transformé ou, ce qui est la même chose, un militant fasciné par l’écriture et qui croit pouvoir y trouver une forme raccourcie de militantisme (moins gourmande en temps et en énergie). C’est une écriture institutionnelle qui a la même allure que le pagne à l’effigie du président, qui signale sa présence et pose « son problème » (comme on dit au Cameroun). Bref, c’est une autre forme de « motion de soutien ». Il n’est donc pas étonnant que le pouvoir politique le recrute aussi facilement.

Mais mon analyse va plus loin.

MK : en effet vous parlez de mensonge..

AN : J’attribue le « mensonge » non pas à des individus, mais au système éducatif actuellement en place en Afrique noire. Par mensonge, je n’entends pas le contraire de la vérité au sens moral du terme (bien que ce sens soit implicite). Le mensonge ne qualifie pas seulement une énonciation qui cherche volontairement à tromper. J’entends le mensonge comme la conséquence d’une organisation institutionnelle du savoir qui vise à obtenir une conduite décalée chez l’apprenant, c’est-à-dire un comportement à l’envers de son inclination naturelle ; un mouvement qui pousse l’individu à tourner le dos à ce qui devrait le préoccuper le plus immédiatement, aux objets, aux émotions, aux événements de son univers immédiat.

Il n’y a pas de doute que la scolarité africaine est orientée vers l’imaginaire (non vers les objets alentour), c’est-à-dire, en généralisant, vers le dépassement des limites de la connaissance comme le dirait Kant. Pour le dire autrement, la scolarité africaine est orientée vers les horizons illimités d’un savoir affranchi de l’expérience humaine la plus immédiate. Elle fait de l’Africain un métaphysicien attiré par l’appel du vide. Le système éducatif vise à le couper de ses attaches culturelles, de tout ce qui évoque son enracinement.

J’ai essayé de remonter à la source de cette attitude d’introversion chez l’Africain en étudiant la grammaire française.

La grammaire apprend à l’enfant à dire « je » ; elle lui apprend que le sujet à la première personne est le terme le plus important de la phrase, que tout ce qui l’entoure n’est qu’un agrégat de termes dont la seule fonction est de participer à sa consécration. Apprendre cela à l’enfant, c’est lui donner l’assurance d’une nouvelle naissance par l’écriture, c’est lui dire que la sagesse et le savoir sont ailleurs, dans les livres. C’est condamner d’office la parole du père, de la mère et tout le capital culturel local comme une illusion indigne d’être reçue. C’est signifier que les joies, les peines, les désirs, les espérances, les événements particuliers ne peuvent constituer pour lui une porte d’entrée dans la rationalité ; car, « le « je », c’est l’originaire qui postule qu’il n’y a rien avant et en dehors du sujet. Que l’existence même du monde n’est que le prolongement du sujet. 

MK : une dernière question Monsieur Nguidjol. J’ai été frappé par votre sévérité à l’égard de l’université africaine

AN : je constate que cela ne vous a pas échappé. En effet j’ai parlé de l’université africaine comme d’un « supermarché du savoir minimum ». Une telle expression paraît a priori très sévère. Je me doute que certains étudiants ou enseignants ne s’y reconnaissent pas. Et croyez-moi, j’ai fait mes débuts à l’université de Yaoundé avant de venir en France. Je suis quelque part le produit d’une génération d’enseignants qui malheureusement ont quitté l’enseignement supérieur par dépit.

Ce qui se passe dans les universités africaines est grave. Et parce que ça l’est, il ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt. Tout le monde sait que les diplômes de beaucoup sinon de la plupart des pays africains ne valent plus rien ; que la maîtrise de la langue « officielle » même de nos étudiants est mise en doute à l’étranger. Ce n’était pourtant pas le cas hier.

Les étudiants de ma génération ont porté très haut le flambeau de nos pays devant les enseignants et les étudiants européens médusés qui ne croyaient pas qu’en Afrique on enseignait la philosophie et le français. Tout cela a cessé d’être, hélas !

Les étudiants africains de façon générale ont cessé d’étudier parce que les professeurs aussi ont cessé de professer. L’université africaine est devenue une sorte de « resto du cœur » où l’on va chercher au plus bas prix de quoi égayer son existence fragilisée.

Mon souhait est que l’enseignement supérieur reprenne sa place, que les Etats africains comprennent le rôle qu’il joue dans une nation. Dans cette veine, il me semble que quand l’enseignement supérieur d’un pays va bien ou mieux, le reste de la nation s’en porte bien ou mieux. Mon livre essaie d’apporter quelques réponses à ce sujet.

MK : merci monsieur Nguidjol d’avoir fait le tour de votre brillant essai avec nous ; il ne me reste plus qu’à vous remercier et à le recommander à nos lecteurs.

AN : C’est moi qui vous remercie.

(Interview réalisée le 28 mai 2007)

Forum Réalisance

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25 mai 2007

Un livre intéressant: Sur le système éducatif en Afrique

Lecture de l´analyse d´Antoine Guidjol : « Le système éducatif en Afrique noire » paru chez l´Harmattan. ISBN : 978-2-296-02884-5

Un mal purement africain ou un problème universel ?

Avant propos

Lorsque j´ai eu connaissance de la publication de cette analyse, j´ai été fort intéressé de la lire, et cela, pour plusieurs raisons : l´éducation est un des problèmes fondamentaux, sinon le plus grand de toute société humaine, de toute culture. Ce domaine ou cette vocation de l´existence humaine est devenue d´autant importante que l´organisation des sociétés, la complexité des attentes humaines atteignaient, de par notre vie moderne, des exigences complexes et ambitieuses. Et au fait, parler d´éducation, c´est autant parler de culture, d´us et usages, de conflit de génération, de norme et contenus de valeurs, des buts et de la valeur de l´existence elle-même, de la réalisation individuelle et collective, de mode de vie et d´opinion, de rapport en soi et pour soi de la convivialité internationale, de la connaissance…de philosophie existentielle.

Et en lisant ce petit concentré d´analyse, j´ai été agréablement surpris : tout y était. Et même si, à la fin de la lecture, j´eus le sentiment que le débat restait ouvert, je n´ai pas été déçu, car les bons ouvrages incitent toujours à lire où à ce que l´auteur reprenne sa plume et aille encore plus au fond des choses. Il est vrai que le thème est immense et riche de par le fait que toute notre vie est en fait trempé dans un tissu quelconque de l´éducation, de son manque, de ses défauts et ambitions. Ce qui fait poser les questions au bon sens : éduquer pour quoi faire, à quels buts ; quelles sont les qualités, les repères, les buts et les exigences d´une « bonne éducation » ? L´auteur ne s´est pas laissé piéger à cette discussion sans fin ; il a cependant bien établi le rapport sociohistorique qui avait entaché l´idéal social d´éducation en Afrique. Par rapport à l´occident colonialiste et hégémoniste. Ce qui mettait l´opportunité d´une identité éducative africaine autonome et indépendante des africains à l´ordre du jour. Et c´est excellent, parce que de par la mainmise postcoloniale sur l´Afrique, cet effort n´a, que ce soit de la part du paternalisme occidental outrageant que de la classe dirigeante en Afrique, à notre grand regret, reçu les attentions qu´il mérite. Et bien de déboires actuels de l´Afrique noire s´expliquent éloquemment par-là, parce que l´existence, ses règles, ses nécessités et ses ambitions qu´on nomme implicitement ou explicitement « Culture » se retrouvent toujours ancrés, discutés, encourus, souhaités…dans le système éducatif !

Sur le contenu

Contrairement à ce qu´a divulgué l´occident, croire que l´Afrique n´a rien produit ou rien écrit est de la pure gratuité des plus malhonnête, car les Bâtons d´Ishango le prouvent ainsi que les hiéroglyphes des pyramides d´Egypte ! Croire donc comme le laisse ironiser l´occident que l´identité de l´africain apparaîtrait comme un «dehors sans épaisseur» et comme un «dedans sans profondeur» est de la pure méchanceté. Sinon, pourquoi biens de sociologues admettraient-ils que les valeurs sociales africaines soient plus sociales que les leurs ? (Occidentales et purement mercantiles, bien entendu). Et même si, avec une bassesse honteuse et sans vergogne, ils mirent tous leurs efforts militaires, sociaux, éducatifs, spirituels et même criminels à déraciner et à détruire l´âme culturelle africaine ; pourquoi cette hargne si les africains n´avaient ni culture, ni civilisation ? Et surtout, pour eux qui se réclamaient de haute culture et de haute civilisation tout en ayant pratiqué sur les faibles africains, et ceci pendant 400 ans durant un esclavage des plus barbare ? Qui était en fait le civilisé ; la victime ou le criminel de droit commun ? On le voit : il ne suffit pas seulement d´écrire, de posséder une culture d´expression écrite pour être civilisé ! Car on en oubliait vraisemblablement que même si on traînait ses propres valeurs pertinemment dans la boue par rapacité, par cupidité ou par simple mépris gratuit des autres, tous ces actes restaient écrits pour l´avenir ! Eh oui ; écrire…mais plus tard ne pas vouloir reconnaître ses propres méfaits, et se prêter raison et droits abusifs sur l´existence des autres…C´est à se demander : à quelle genre d éducation ces occidentaux ont-ils donc élevé ? Quels étaient leurs systèmes de valeurs absolues, et pourquoi les africains devaient enterrer les leurs pour adopter un ordre dans lequel on les empêchait sciemment, sournoisement à accumuler, à défendre leurs valeurs propres et leurs sentiments ? Au fait, l´existence se résumait-elle à se réaliser soi-même ou à n´être qu´un pantin, une chosification des autres ? A cette question fondamentale la civilisation occidentale, autant de par son passé, esclavagiste, colonialiste, que par son paternaliste actuel dominateur et affligeant se cassera les dents ; car tout cela ne témoigne ni d´une haute culture de respect humain, ni d´une véritable et réelle philosophie humaine de liberté ou de démocratie.

Sur la portée existentielle réelle de la connaissance

La connaissance est un élément primordial de la culture et ce faisant, de la réalisation collective et individuelle ; son but est, dans toutes ses facettes celui de répondre à la pleine réalisation de nos attentes, de nos ambitions, de nos désirs de réalisation. En Afrique, cependant, on assiste actuellement au faux qui substitue la réalisation africaine (individuelle ou collective) à la satisfaction de l´occidentalité tout court !?! Pourquoi cette psychopathologie de confusion entre l´objet et son but, entre la réalité et l´illusion ? Peut-on se réaliser pleinement soi-même en empruntant, au détriment de ses propres exigences, de ses propres ambitions existentielles, les contraintes étrangères aussi opprimantes, dominantes ou même facilitant qu´elle soient ? Non, car ce qu´on gagne apparemment par la facilité ou le paraître comme le maître le veut, on le perd par la motivation et la mise en œuvre de la réalisation sensible. On est, on devient tout au plus consommateur de la production des autres que maître de sa propre destinée. Et au lieu d´insuffler vie et joies à son propre devenir sensible, on singe et on emploie ce qui, tout en assagissant notre soif ou nos besoin, détruit notre créativité qui est, en fin de compte, la richesse la plus valable de toute vie humaine.

Ce n´est pas la connaissance en soi ou pour soi qui fait de sa culture une jouissance supérieure, fiable, discutable, et en fin de compte un instrument fort utile ; c´est aussi la capacité à user de ses multiples références pour critiquer, rénover, améliorer…afin de se réaliser le plus adéquatement, d´être le plus créatif ; de rendre justice le plus valablement aux valeurs de justice, d´équité, de tolérance, d´émancipation des attentes individuelles ou sociales : au fait, renier l´absolu pour accepter la transparence d´un réel et d´un imaginaire de la multitude de l´équilibre et de l´harmonie individuelle et sociale. Et ici, si l´auteur Antoine Nguidjol dit que Dieu (l´absolu) est la source de toutes les sciences ; il faut dire qu´il s´agit ici d´un absolutisme béat que l´ère primitive de la pensée rationnelle humaine s´est inventée pour avoir un point de départ qui menait autant au mensonge, à l´escroquerie, à l´illumination mentale, qu´à une douteuse spiritualité. Parce que l´absolu, il est décidément plus facile à imposer, à abuser qu´à éclairer la vérité ou la raison. Et la raison veut qu´à son prolongement infini des valeurs et des choses de la philosophie ou de l´existence humaine, que toute spéculation cesse pour laisser place à la réalisation. Et cette dernière doit être libre, consciente, respectant tout un chacun. Parce que non seulement tout individu, toute culture est une qu´on identité propre ; mais on voit mal au nom d´une quelconque universalité (ou philosophie) quelqu´un aurait le droit de priver un autre de droits ou de jouissances existentielles saines et légitimes.

Critiques de l´ouvrage

Ce qui m´a surpris, c´est que tout au long de cet ouvrage, je n´ai pas rencontré un profond débat de liberté ou de réalisation. Or, il s´agit bien de la liberté et de la réalisation ; autant dans leurs valeurs d´organisation que dans celles de projection de la production existentielle qu´est l´art de vivre. Le mot liberté n´est presque pas évoqué dans cette analyse ; est-ce à dessein ?

Sarkozy (eh oui, toujours lui !) a dit à son investiture qu´il était conscient que nous traversions (toute la race humaine) une profonde crise de valeurs. Et je lui donne complètement raison ; tout cela ne date pas d´hier : à force d´imposer aux êtres humains des horreurs telles l´esclavage, la colonisation criminelle, à piller, à violer, à bombarder des innocents surtout s´ils ne savent pas se défendre…l´occident a établi une échelle de valeurs qui, en lieu d´encenser le bien et le cultiver sans la moindre ambiguïté, engendrait, avec ses abus et ses erreurs légitimées une culture de coexistence humaine qui usait par trop allègrement du violentement, de l´exclusion, de l´abus, pourvu qu´on soit puissant ou de facto de ceux qu´on n´arrive pas à punir. Tout cela s´appela civilisation, culture, démocratie ou tout simplement liberté… ! Et maintenant que le système de domination économique, politique et culturel instauré depuis 600 ans sur le monde par l´occident était arrivé à ses limites et se trouvait remis en cause par la montée de la Chine et de l´Inde au firmament de la concurrence industrielle la plus ardue…on avait difficile à s´appuyer sur des valeurs bancales et injustes. Changer les choses, une question d´éducation ? Ou était-il enfin temps de voir les choses comme il se doit, plutôt que confiner dans des définitions vides et oiseuses.

L´économisme de cette analyse laisse à désirer ; ne pas traiter de l´économie laisse toujours l´impression qu´on est plutôt théorique que réel. Or, l´éducation est une production sociale de la plus haute valeur ; il faut non seulement la concevoir, la discuter, l´asseoir dans la société, suivre et améliorer ses résultats, mais il faut aussi la financer !

J´ai été franchement surpris que l´humanisme allemand (Humboldt) eut été cité en exemple par l´auteur, dont on pressent l´admiration allemande de sa formation française. Notez que je ne discute pas cet humanisme ; mais voyez-vous, une société telle que l´allemande qui a, malgré Humboldt et Nietzsche, massacré, entre 1904 et 1907 en Namibie les herero, les nana et les hottentots, et qui, par deux guerres mondiales suivantes causa la mort de près de 100 millions de vies humaines…cet humanisme mérite-t-il qu´on le vante ? Question d´éducation, peut-être ?

Je sais, mes amis disent que je suis très critique, presque inconsolable. Mais faites comme moi, fermez les yeux et repassez en revue tout ce qui a été fait aux africains, et mettez-vous devant les yeux que pendant que tout l´occident renchérissait le prix de nos textiles, de notre café, de notre sucre et de notre coton par des taxes douanières protectionnistes sur leurs territoires qu´ils gardaient jalousement fermé, ils envahissaient avec l´aide la Banque Mondiale et du FMI qui menaçaient les pays africains récalcitrants de résilier leurs crédits auprès de ces institutions s´ils ne pliaient les genoux et ouvraient grands leurs frontières aux excédents agricoles européens de lait, de sucre, de vieux vêtements, de poissons, de riz, de maïs…et de tomates quatre fois subventionnés par le contribuable européen et se vendant en place africaine à des prix de dumping…De quel humanisme s´agissait-il donc ? Vous avez compris ce que je ressens…après 400 ans d´esclavage, 100 ans de colonisation, de mépris et de destruction culturelle…et depuis 46 ans des méfaits d´une francafrique des plus corrompue et dévoyant…Et pendant que tout cela avait lieu, on détruisait l´écologie de ces pauvres en leur parlant de liberté et de démocratie ; question d´Education ? Oui, je crois qu´il s´agit grandement d´éducation, mais aussi de quelque chose de bien plus grand : le respect de la culture, de la liberté et de la réalisation des autres. Votre analyse m´a plu, mais il faut voir et aller au-delà de l´écrit, et produire une liberté saine et franche, plutôt que d´en subir une version criminelle qui n´avait…aucune éducation ! Savez-vous que cette année les attentats racistes ont augmenté de 9,2% en Allemagne ? L´establishment allemand appelle ces délits des délits à raisons politiques. Depuis quand le racisme est-il une cause politique ? Depuis que les radicaux de droite sont devenus une fraction au parlement européen ? Voyez-vous, cher monsieur Antoine Guidjol ; vous avez bon citer de bons penseurs européens…je vous assure que ces gens se conduisent comme les plus bas des incultes, malgré leurs grands penseurs !

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

     

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18 mai 2007

Sarkosy, une chance véritable, réelle pour la France ?

Accrochez vous, l´expresse Sarko va bientôt démarrer !

Une chance nommée Sarkozy pour la France ?

« Trop de liberté nuit à la liberté » Nicolas Sarkozy 

L´homme, si on devait le décrire, est une véritable dynamite. Mais pour qui ? Quand on a suivi son parcourt politique jusqu´à son investiture en tant que Président de France, on a difficile à la fin à le situer tant son discours d´investiture l´a rendu sympathique et raisonné. Je vous avoue que j´ai été séduit, et pas seulement pour la galerie. Mais au devant de tous les problèmes desquels, pour la première fois, j´avais l´impression qu´un président français en comprenait la profonde acuité, et surtout le danger imminent pour l´avenir, ses ambitions de réformes ne sont que légitimes. Et c´est de là que tient en fait ma sympathie : enfin quelqu´un qui, tout en voulant sortir la vielle France enclavée dans le passé ou l´impasse de réformes inefficaces, voulait rendre à cette belle Dame européenne sa parure de Nation de droits et des libertés humaines. Ambitieux, bouillant, parfois polarisant, si pas offensant ? J´avoue qu´on peut lui reprocher tout cela…mais ceux qui s´y abaissent, ce sont souvent des gens qui ne comprennent en rien aux dangers qu´ encourre la France aujourd´hui et demain. Alors, il est toujours facile de tendre la main ou d´exiger des avantages que de participer au foisonnement de chances et de possibilités permettant le maintien et la conservation de la solidarité française dont beaucoup de nécessiteux, de personnes âgées, de jeunes chômeurs ont grandement besoin.

Question de limites. Les limites ont déjà été atteintes ; le système, comme en Allemagne ou dans bien de pays occidentaux, vivait déjà à la pompe de l´emprunt et de l´endettement public qui engloutissait (en Allemagne, en Belgique, en France, en Italie, aux Etats-Unis) des intérêts négatifs énormes ! 40 milliards € par an…L´avenir s´envolait en fumée avant même qu´aie le temps de dire : ouf, l´année touche à sa fin. Au total, l´endettement réel public de la France avoisine les 2500 milliards € ! Le banquier français s´enrichissait plus à prêter à l´Etat qu´à prendre le risque de financer la jeune créativité et les produits nouveaux ! Et tandis que les frais sociaux augmentaient ainsi que le chômage, l´assurance maladie invalidité était à l´agonie. Comment soigner et rendre justice aux pensionnés, au vieillissement (heureux) de société si les coûts croissants ne savaient plus être honoré que par l´endettement ? Ce genre de gouffre conduisait illico à l´inflation, à la faillite, à la restriction du pouvoir politique. Si pas à sa corruption. Rien à faire, celui qui a compris ou sait comprendre la complexité de cette situation ne peut arriver qu´à une conclusion : il faut à tout prix changer les choses, sinon c´est la catastrophe programmée.

Mais quand on a bien entendu le discours de Sarkozy, on ne peut que se demander : mais diable que faisait donc Le grand Chirac ? Se tournait-il les pouces, ou en douze ans ce monarque politique n´avait rien compris ? Il faut le croire, hélas. Mais il n´était pas le seul en occident : tous les gouvernements s´étaient endettés en misant sous une prochaine reprise qui ne vint pas. Et les années passèrent et devinrent dures et ardues, tandis qu´à l´horizon la Chine et l´Inde montaient au front de l´industrialisation…les clients devinrent rares, surtout si, à force d´envahir l´Afrique des excédents et des invendus, d´étouffer ses marché quid avec des tomates, des conserves de viandes, de lait au prix de dumping, on avait sciemment, au nom d´une démocratie douteuse et criminelle, appauvri le Mali, le Ghana, le Burkina Faso, les Congo-Kinshasa et Brazzaville, Haïti, la Jamaïque…et bien d´autres encore. A ces galeux du mépris économique et culturel occidental on corrompit et dévoya leurs élites pendant qu´on assassinait sournoisement leurs paysans dans l´arrière-pays !

Suavement on leur donnait une aide ou des emprunts économiques pour qu´ils ferment les yeux sur le meurtre et l´appauvrissement systématique des leurs… « Africa is back, Africa is back !» ; entendait-on s´écrier à Bruxelles avec emphase. Mais lorsqu´on y regardait de près, on volait aux africains leurs droits de pêches pour piller leurs réserves poissonnières, on consommait à une vitesse effrénée leurs matières premières…pour les obliger perfidement à prostituer leur production en consommant les excédents d´un moloch occidental criminel et aveugle autant sur l´écologie que sur l´avenir et le bien être des africains. Tout pour la culture occidentale, le reste…ce sont des nègres. Eux n´ont pas droit à l´indépendance, à la liberté économique, à entretenir leur culture ou leurs femmes et leurs enfants…à moins que ce ne soit en enrichissant l´occident qui depuis 600 ans les assiégeait. Démocratie, Liberté ? Oh, oui ; celle de l´occident, pas une autre. Le moins qu´on pouvait dire, c´est que ce systématisme était d´un cartésianisme bancal, inhumain, primitif.

Sarkozy allait-il, pouvait-il changer les choses ; faire quitter la France la francafrique, créer ou établir un véritable partenariat avec l´Afrique…cesser de corrompre les élites africaines, convaincre l´Union Européenne à ouvrir sincèrement et ouvertement ses marchés aux produits africains. Y arrivera-t-il, le voulait-il, le pourrait-il ? Ou toutes ses bonnes intentions – du moins celles dont il avait si généreusement pavé son discours du 16 mai – n´étaient que mensonges gaullistes et nuages politiques dans la tradition bien française envers les africains ? Sarkozy était-il le génie dont on parle ; pouvait-on lui faire confiance… ? La confiance, comme on le sait, ne se donne pas : elle se mérite. Et cette précieuse vertu humaine est aussi liée au respect humain, « aux valeurs humaines » comme l´a si bien le prétendu Sarkozy. En politique, cependant, méfiance…tout ce qu´on dit …Les allemands, en tout cas craignaient, avec « l´identité française » appuyée de Nicolas Sarkozy un retour au nationalisme…Ce qui les tranquillisait, c´était cet prompt aveu européen et le souhait ou l´ambition de se reprocher des américains. Voyons voir. Lénine disait : « La confiance, c´est bien ; le contrôle, c´est mieux »

Quant à nous africains, Massa Nicolas Sarkozy, nous en avons vu des vertes et des pas mûres avec la France. Nous avons toujours été de bonne foi ; mais tandis que nous tendions la main, les français nous prirent sournoisement le bras. Autant dire que nous saluerons d´autant mieux un réformateurs épris de valeurs réelles et conséquentes d´humanisme et de liberté. Mais attendre de nous que nous nous faisions baiser à nouveau…en plus des 600 ans que nous avons derrière nous…trop, c´est décidément trop. Vous avez promis de faire appel à toutes les bonnes volontés…nous vous prendrons au mot. Et sur ce, bienvenue au front des vérités, Monsieur le président !

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

Posté par Musengeshi Kat à 00:14 - Acteurs et donnés du combat africain - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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