Protégé par une clôture de 12 km, un déploiement de police sans pareil, et dans un luxe cossu et rassurant, le dernier G8 tenu en Allemagne du 06 – 08 Juin 2007 a-t-il fait honneur à ses propres prétentions face aux africains ?

Un théâtre de faux ou une digue insurmontable ?

Remerciements sincères et attentionnés à tous ceux qui, venant de l´Inde, de la Chine, de l´Europe, de l´Afrique, ont tenu à protester à Heiligendamm (la digue sacrée) contre la paupérisation scandaleuse qu´entretient l´occident envers l´Afrique. L´Afrique ne l´oubliera pas. Au fait, bien compris, la liberté et le droit à la libre existence nous concerne et nous loge tous à la même enseigne respectueuse et solidaire des uns et des autres. Nous devons seulement accepter de rester humain.  Musengeshi Katata. 

A ce rendez-vous, tous vinrent : ceux qui se donnaient la prétention de gérer le monde, ceux qui contestaient cette légitimation et attiraient l´attention sur les déséquilibres économiques et écologiques dont les politiques des 7 pays occidentaux les plus riches occasionnaient. Et les autres : ceux qui rapportaient sans comprendre de quoi il s´agissait, ou des derniers, ceux qui avaient pour fonction de défendre ces trois jours du Condor qui coûtèrent, entre autre, la petite pécule de 100 millions €.

L´Allemagne qui recevait, attentionnée, y mit du sien : il ne manqua ni les barbelés, ni une clôture de 12 km séparant les manifestants des gouvernants, ni la violence policière qui fit plus de 1000 blessés dont 400 policiers, ni les appels, les concerts publics, les émissions télévisées et les interviews tentant bien que mal à débattre autant qu´à éclairer le contenu de cet évènement. Et ici j´avoue que j´ai été agréablement surpris par les interviews de Bob Geldof, de Jean Ziegler, de l´Attac, de Greenpeace, de Mohammed Yunus, de l´ancien ministre autrichien des finances : Karl-Heinz Grasser, ainsi que du vice président allemand du Club de Rome. Et je me suis posé la question : si tous connaissaient en détail le problème de la paupérisation de l´Afrique et de ses multiples facettes ; pourquoi diable les choses ne changeaient-elles pas ? Là était la question. Parce que pendant qu´on faisait des concerts, qu´on s´évertuait dans des discussions contradictoires à prouver combien on connaissait les problèmes ; en Afrique par contre, un temps précieux passait, les maux si savamment connus et décriés…étaient cependant, selon une curieuse logique prédatrice, entretenus !

Certains s´évertuaient, dans leur infantilisme pathétique à croire qu´il suffisait de faire une aide massive à l´Afrique. Mais qu´en est-il de lever les barrières douanières occidentales qui empêchaient les africains de vendre leurs produits en occident, et donc d´accumuler pour leur propre développement. Oui, qu´en est-il des excédents subventionnés étouffant et criminels vendus sur les marchés africains par dictat occidental instauré avec la complicité de la Banque Mondiale et du FMI ? Comment diable l´Afrique deviendrait-elle attractive pour les investissements étrangers si elle ne savait pas vendre à l´étranger ? Ceux qui ne pensaient qu´à donner des prêts ou des emprunts aux africains, sans ouvrir leurs marchés aux produits africains, ne cautionnaient, comme le dira Mohammed Yunus, que la corruption des élites. Il s´agissait plus de dévoyer, que d´aider réellement.

Et même si on aidait les universités, ou quelques secteur que ce soit de l´économie, à la fin, ce secteur se trouverait confronté avec les manquements et les insuffisances des autres secteurs qui lui feraient perdre son avancée. L´universitaire qui a terminé doit tout de même être embauché afin de mettre en pratique ce qu´il a appris ! Et si l´embauche alors défaut…n´est-ce pas avoir investi sur le sable infructueux ?

Et d´exemple en exemple, ceux qui ont compris l´économie ont compris que tant que les africains n´auront pas résolu leur problème imminent de manque de structure sociale ; tant qu´il se contenteront à rapiécer ou à boucher des trous de leurs architecture sociale brouillonne, ils vont patauger. A peine auraient-ils fait des progrès dans un secteur donné que de l´autre côté du tissu social un gouffre s´ouvrirait. Et ce n´était pas seulement pas les africains qui mettaient à mal leur propre architecture sociale, les occidentaux s´y exerçaient avec un zèle rapace et sournois. Il faudrait donc que des pouvoirs légitimés et fidèles aux intérêts africains, des pouvoirs capables d´exclure les effets négatifs du monothéisme occidental dominant, autant qu´ils devraient gagner la confiance de l´africain afin de l´orienter vers ses propres intérêts. Et ce n´est ni avec les actuels faux potentats mis au pouvoir au Congo (Kinshasa et Brazzaville), au Nigeria, au Mali, au Soudan, au Burkina Faso…par les intérêts néocolonialistes occidentaux, que la corruption serait combattue et un nouvel idéal saint et conséquent de l´ordre social s´établirait.

Car l´Afrique ne doit pas seulement pas répondre à un défi ouvert mental, intellectuel, technique et conceptuel, il doit aussi savoir en assumer la responsabilité et protéger son avenir et ses intérêts efficacement autant dans l´immédiat que dans les valeurs futures. Il est indécent que la Banque Mondiale ou le FMI aillent en Afrique pousser à fermer les écoles et les universités quant ceux-ci représentent, pour toute nation moderne, 80% de l´avenir !

Quiconque connaît l´Afrique sait que ce continent a un potentiel énorme, quasi incroyable. Mais à force de le négliger, d´attendre que les autres viennent y mettre la main, les africains se préjudicient eux-mêmes. Car l´étranger, lui, ne vient que pour imposer ses vues et ses intérêts. Il faudrait que ce dangereux complexe de passivité cesse. L´Afrique ne peut pas être vue uniquement du point de vue des matières premières, de l´or, des diamants, du cuivre…etc ; c est aussi un merveilleux continent qui abrite le lieu de vie d´hommes, de femmes, d´enfants d´une profonde joie de vivre et besoins à réaliser. L´escroquerie à la monnaie, l´empêchement à l´exportation de la plus value du travail, ainsi que la corruption de leurs institutions politiques qui leur sont imposées par l´occident en ce moment est du plus grand scandale qui soit.

Et ce n´est pas seulement au nom d´une vraie liberté, d´une vraie démocratie économique, culturelle, financière que ce honteux systématisme occidental prédateur envers l´Afrique doit prendre fin, mais au nom tout simplement du respect de la valeur humaine. Vouloir transformer l´Africain en éternel mendiant, l´empêcher de s´épanouir culturellement en l´assujettissant et lui déversant une monnaie de singe en place de lui reconnaître ses droits et ses libertés ; c´est de la pire des injures culturelles qu´on puisse faire à une race. 

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.

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