Utilisées depuis des siècles ou des décennies, ces valeurs devenues désuètes se perpétuaient inlassablement à travers le temps, la pensée et les agissements humains. S´en débarrasser aujourd´hui devient un véritable tour de force...

Et pourtant, nous devons nous en débarrasser pour grandir !

« La liberté sans amour de soi, sans culture propre, sans le sel émancipant de la sueur du travail bien fait et sans le sourire d´une tendre et douce femme qui vous aime, n´est qu´un méchant et honteux piège à rats. » MK

Avant propos.

Joubert disait que « l´existence précède l´essence », et ce n´est vrai qu´en partie, parce que la mémoire de la conscience sociale autant que la morale de l´éthique et de la convivialité humaine, en appelait à abandonner les faux préceptes et les complexes du passé. Au nom de quoi ? Au nom de la liberté et de l´humanisme qu´au fil des temps nous avons acquis grâce à une meilleure ouverture d´esprit dû autant à la connaissance qu´à la justice et au droit qui grandissait ou mûrissait en nous. Culture, civilisation, peut-on appeler ce phénomène sociohistorique. Cependant que, de la nuit des temps reculée, par un curieux biais conservateur ; ce qu´on appelle traditionalisme ou respect des traditions, poussait les gens, les sociétés à s´accrocher à des valeurs dépassées. Et cela était d´autant vrai que ces valeurs aujourd´hui désuètes ou contredites par l´évolution de la pensée et des mœurs sociaux avaient prodigué à leurs maîtres, et cela une longue époque durant, quelques résultats appréciés ou utiles. Ces refuges ou repères de valeurs sociales on en se débarrassait bien difficilement, beaucoup trop lentement parce qu´instinctivement on avait pris l´habitude de s´y abandonner. Changer, ce n´est pas seulement renier une norme de valeurs ; c´est aussi accepter de s´en donner une autre qui convenait mieux ou satisfaisait mieux à l´exercice et à la jouissance de nos libertés, de notre existence. Tout semble facile, quand on le décrit ainsi. Et pourtant, la réalité est tout autre : malgré science, culture, éducation et même évolution de la pensée et de l´organisation des sociétés, ce changement ne se fait ni unanimement, ni simultanément. Ni dans les individus, ni dans les sociétés, encore moins dans le tissu des rapports sociaux qui eux conservent longtemps les réflexes appris ou pratiqués antérieurement.

De l´acte primitif instinctif à l´acte civilisé, conscient et raisonné.

Nous venons, en tant que race humaine, tous de loin : de ces temps rauques et brutaux qui, plus avoisinant de l´animalité que de notre statut social et individuel moderne d´aujourd´hui. Et notre évolution sociale, culturelle, individuelle n´est pas à sa fin, espérons-le, parce que les disparités et les différences qu´on peut observer dans diverses sociétés, et même dans de nombreux comportement individuels (et de rapports sociaux) sont encore à déplorer. Et si ce n´était tout, de nouveaux acteurs institutionnels sociaux, internationaux ou géopolitiques convoyaient des intérêts et des valeurs tendant à conserver et à perdurer les acquis de leurs abus passés…et à en perpétrer d´autres ne tenant compte ni des droits des autres, ni de leurs liberté, encore moins d´une pensée éthique d´équité.

L´esclavage, le colonialisme barbare, ainsi que les inquisitions criminelles ou les guerres rapaces et abusives nous ont donné, dans le passé, bien d´exemples illustrant ces attitudes primitives que nous combattons répugnons aujourd´hui. Et cependant, soyons francs, les choses ne sont pas vues de la même manière sur toute la terre : l´invasion de l´Irak par les américains, par exemple en est la preuve. Et ce n´est pas du tout un peuple analphabète ou retardé, loin de là. Dans le monde islamique conservateur ou fondamentaliste comme en Afghanistan, par exemple, la place ou la valeur d´une femme était encore des plus liée à celle que la religion et l´homme lui accordait, et c´est souvent dire celle d´un vil objet qu´on pouvait brûler ou tuer à loisir. Les chiffres de femmes brûlées ou assassinées par leurs époux dans ce pays le montre. Mais n´avons-nous pas oublié qu´en Chine d´hier et en Inde on tuait les filles dès leur naissance parce qu´elles n´étaient pas productives ? Par ailleurs, on craignait toujours le coût de la dot qu´on devait se défaire lors de son mariage.

En Afrique gangrenée par l´ignorance, l´analphabétisme, les traditions désuètes et le retard industriel, ne voyait-on pas des mères conduire leurs filles à l´excision ? Cette tradition criminelle islamique introduite en Afrique noire, pour peu qu´elle servit les hommes à asservir les femmes, n´a pas moins survécu les temps et le jugement social que parce que les mères jouèrent le jeu de ne pas la combattre. Par respect des traditions ! Aujourd´hui que beaucoup de femmes rejettent cette ignoble mutilation, cette tradition criminelle et injuste disparaissait à grands pas. Il est vrai que l´occident, l´ONU et les gouvernements africains concernés y étaient pour beaucoup.

Les racines de la volonté de changement

On le voit : souvent les traditions désuètes ou rétrogrades sont plus tenaces que le bon sens ou la raison. La violence ou le violentement, comme principes ou moyens sociaux d´exercice existentiel qui gèrent l´individu et sa société (l´un n´étant, la plupart des cas que le miroir de l´autre) ne peuvent être rompus que par l´accession à une pensée supérieure imposant le droit, la liberté et la justice comme fondement de l´existence autant individuelle que collective. En fait, tout peut changer au mieux au moment où on reconnaît que : tout en se baignant dans le bassin social inévitablement ambiant, on a le droit d´en sortir pour être au sec. Croire qu´on est sec tout en restant dans l´eau, est de la pure illusion. Il faut commettre les efforts éthiques, moraux, intellectuels permettant le changement des choses. Ce n´est ni en criant « au voleur ! » ou en faisant du voyeurisme de la pauvreté ou de la prostitution, du sensationnalisme ou de la comptabilité ouverte des iniquités qu´on change les choses, bien au contraire ; on doit avoir le courage non seulement de dénoncer les maux et les injustices, mais aussi de les combattre. Et là commence le grand problème du caractère humain : se battre et risquer de s´opposer à la famille, à la société, à des acteurs sociaux plus puissants ou influents n´est pas donné à tout le monde. Pire : puisqu´il ne s´agit pas seulement de se révolter ouvertement mais de défendre dialectiquement et valablement ses droits lésés, il faut aussi être capable, au besoin, d´en supporter les conséquences…

Tout le monde n´est pas né martyr comme Patrice Lumumba, Simon Kimbangu, Ruben Um Niobé, Steve Bantou Biko, Malcolm X ou Martin Luther King. Or, la liberté est un fait, une vocation active ; il faut la produire et la défendre. Elle ne tombe pas du ciel. Beaucoup l´oublient par trop souvent, ou attendent sournoisement que des martyrs volontaires viennent les libérer en mourant pour des gens qui, à bien y regarder, n´étaient rien d´autre que de vils peureux !

Voilà en fait pourquoi les peureux, les corrompus aux morales basses et douteuses, les incapables et les illuminés partageaient toujours le lit de l´injustice et celui des abus sociaux qu´ils présentaient tous comme étant le sens normal des choses. Et tous les faibles, les malades, les enfants et les femmes ; tous étaient enfermés dans un piège plein de puces et d´exactions. Pour avoir recommandé aux croyants l´excision des filles, Mohammed, en prophète incontesté de l´Islam se garda bien de prêter ses propres filles à cet ignoble et criminelle pratique ! Buvez l´eau, moi je prends le vin, pourrait-on dire dans cette situation. Et de par le monde, cet exemple était suivi à la lettre : ceux qui le pouvaient de par leur richesse, leurs privilèges sociaux ou le pouvoir qu´ils exerçaient dans la vie civile, se gardaient énergiquement de subir la loi commune infamante. Et tant que personne ne levait la main ou s´opposait à cet état des choses, rien ne changeai car il y avait toujours des privilégiés et des gens faussement satisfaits.

Ceci me conduit à mon thème favori : le face à face occident - Afrique. Et celui-ci est tout aussi emprunt de cette phénoménologie de l´exploitation et du violentement qui détruisaient et étouffaient l´Afrique noire accablée tandis que l´occident n´arrivait pas ou ne voulait pas lâcher ses victimes séculaires. D´un côté comme de l´autre il y avait traîtrise et bonne foi, cependant que la logique implacable de l´impérialisme hégémonique occidental, lui, ne voulait lâcher la main. Pire : cet occident mettait tout en œuvre pour déjouer et retarder toutes les entreprises et les intentions motivées menant à la liberté et à l´indépendance réelle de ce continent. Et pour tromper l´esprit des temps contemporains et le droit que les africains avaient à jouir et entretenir leur réalisation qui était, somme toute le support évident de leur liberté ; que ce soit par la francafrique, par l´aide truquée et plutôt malfaisante qu´utile, par la corruption des élites africaines, par l´imposition, à l´aide de la Banque Mondiale et du FMI à obliger les pauvres à ouvrir leurs barrières douanières afin d´y voir déverser à des prix de dumping les excédents hautement subventionnés des pays industrialisés…qui abattaient l´agriculture africaine à la massue !

Afrique, Afrique…terre de nos ancêtres.

Des femmes et des enfants mouraient de faim et d´apathie, des sociétés entières étaient privées de moyens et de pouvoirs de s´épanouir par un pillage éhonté et scandaleux de leurs richesses et de leurs accumulations que leurs élites politiques, mises en demeure d´accepter cet état des choses au risque d´être ou renversé ou privé d´aide au développement, consentaient malgré eux, et peut-être en désespoir de cause, à laisser faire. Il suffisait en effet de rappeler le sort de Patrice Lumumba assassiné 6 mois après avoir été élu librement par son peuple, celui Simon Kimbangu emprisonné pendant 30 ans illégalement…et de bien d´autres victimes de la liberté africaine pour que les plus téméraires des africains redeviennent conciliant et affables. Le temps apporterait-il à ce cruel et inhumain antagonisme occident – Afrique des fruits réparateurs ? Comment ; à qui donc pouvons-nous nous fier ? Pour récolter, il faut bien avoir semé auparavant ! Et si l´occident se gardait jalousement d´autoriser les africains à exporter sur leurs territoires…comment diable s´épanouirait ce continent ; comment diable arriverait-il à accumuler si ses maigres accumulations prenaient régulièrement le chemin des banques occidentales ?

On peut dire ce qu´on veut, mais le mal est immense et grandement malséant. On le voit, par exemple, à la différence entre le prix du prix du café moulu et celui du café brut en provenance d´Afrique, car le café « travaillé » est frappé de taxes douanières répressives afin de pénaliser l´exportation du travail africain ! Un découragement clair et volontaire. Faut-il croire vraiment qu´un jour ceux qui se paraient des diamants, de l´or appartenant aux nôtres, à nos femmes et nos enfants ; ceux qui consommaient avec une vitesse rapace et irresponsable nos matières premières tout en ne nous offrant, depuis des siècles, à nous et aux nôtres que le bas de leur pavé,… que ces gens deviendraient un dimanche sages et respectueux de nos libertés et de notre avenir ? Quand, quelqu´un le sait-il ? En ce qui me concerne, et chaque fois que je vois les enfants mourir en Afrique, je n´y crois pas un seul instant. Et tous ces soi disant intellectuels africains en exil qui, par leur silence ou leur indifférence, s´associaient à cet immense et cruelle injustice, je leur dit : comment arriverez-vous un jour à vous faire aimer des vôtres, à vous faire respecter si vous les abandonnez, si vous les laissiez mourir et souffrir sans mot ? Ou être noir et africain voulait dire qu´on se désolidarisait des siens aussitôt qu´on était à l´étranger ? Certes, on voit même des blancs qui se battent pour les africains mieux que africains eux-mêmes, mais ces larmes…cette faim morbide et sourde…ces rêves douloureux parce qu´irréalisables…si vous ne savez pas voir ce qui se passe dans les yeux des vôtres…croyez-vous que vous sachiez ce que c´est que l´amour ? Ce sont les nôtres…notre sang et nos larmes qu´ils versent esseulés et désespérés tous les jours. Ah, frère… !

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu

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