Français, certes ; mais pas sans perdre son identité historique. Les français, lorsqu´ils se naturalisaient américains ou canadiens, allemands ; étaient-ils eux aussi soumis au masque rejetant leurs origines ? Non, n´est-ce pas…mais alors !

Le nom propre et la désignation métaphorique : 

La France de Nagy de Bogsa Sarkozy 

La coutume, en France, consistant à proposer aux candidats à la naturalisation de franciser leur nom d’origine et de s’adjoindre un prénom chrétien  obéit à une logique particulière. Les noms francisés et les prénoms chrétiens ne sont rien d'autre que la métaphore par laquelle l’inconnu est désigné, « consigné », assigné presque à résidence dans sa tête ; voire condamné à exhiber son brevet de « francité » à toute occasion comme le fait l'actuel Président français depuis son discours d'investiture. 

La francisation du nom propre en France est une tradition forte à laquelle notre ancien ministre de l’intérieur a souscrit en faisant supprimer la particule « païenne » de son nom d’origine : « De Bogsa ».

Il n’est que l’exemple emblématique de ces immigrés encouragés à supprimer ou à modifier leurs noms d’origine pour montrer patte blanche et jouir  des bienfaits supposés de la filiation métaphorique[1][1].

Changement de nom et droitisation du discours

La « droitisation » du discours de monsieur Sarkozy ne relève pas d'un simple hasard. Il est évident que pour gagner une élection présidentielle en France, il n’est pas besoin s’attirer les faveurs de l’extrême droite. Du reste, le président Chirac y a bien réussi par deux fois.

Pour être honnête cependant, nous dirions que, d’un certain point de vue, les deux élections présidentielles de Jacques Chirac ne se sont jamais présentées dans le même contexte psychologique que la dernière ; personne ne mettant en doute la « francité » de ce dernier, même secrètement.

Dans le cas de l’ancien ministre de l’intérieur, le doute a plané dans la tête de quelques personnes qui se demandaient s’il était vraiment français.

Il y a eu chez Sarkozy deux façons d’échapper au dilemme : récuser sa filiation, réhabiliter le passé colonial de la France ; et combattre plus férocement l’immigration que ne l’avaient fait jusqu’ici les anciens ministres français de l’intérieur.

Plus français que français donc. Le peuple de France pouvait dormir tranquille ; sans risque de se réveiller au milieu de la nuit pour constater que les clés du royaume avaient été confiées à un immigré.

***

Un nom propre, ce n’est pas rien dans un pays comme la France. En effet, le nom francisé permet de passer inaperçu, de ne pas « externaliser » sa présence, d’éviter le soupçon et l’ « interpellation ».

Ce faisant, les individus sont assignés à résidence dans leurs têtes ; ils sont privés d’horizon ; ils ne voient plus large. Ils n’ont plus droit qu’à la perception chrétienne de leur nom devenu simple étiquette ; comme la marque d’un produit de consommation courante.

Par opposition, le nom propre primitif, issu généralement d’une cérémonie d’initiation, reste un véritable trésor. Seul l’initiateur et l’initié le connaissent. Pour l’usage du public, l’initié portera un pseudonyme qui servira à le distinguer des autres ; il s’agit en réalité d’un subterfuge qui protège la relation nécessaire entre l’être intime et le nom propre. Car dans un contexte où le nom est la révélation de l’essence individuelle, livrer le nom revient à livrer l’âme désormais sans défense à la manipulation hostile de l’ennemi. Le nom étant la clé qui ouvre l'accès à l’âme, c’est-à-dire à soi-même.

            Comme l’a si bien remarqué le professeur Gusdorf : “Se situer dans le monde (...), c’est être en paix avec le réseau des mots qui mettent chaque chose à sa place dans l’environnement. Notre espace vital (...) est un territoire pacifié où chaque nom est solution d’un problème.” (G. Gusdorf, La parole, 12è éd., PUF, Paris, 1992, p.41)

La finalité politique de la désignation métaphorique : délinquants, racaille, jeunes, immigrés, polygames, islamistes, sauvageons... 

La désignation métaphorique dans le discours politique scelle le destin de l’inconnu ; c’est une désignation « programmatique ».

Psychologiques (jeunes), sexuelles (polygames), idéologiques (islamistes), criminologiques (délinquants), hygiéniste (racaille), pédagogique (sauvageons) ou autres, les métaphores contiennent en soi une finalité. Leur point commun est d’appartenir à « l’universel punissable ».

S’il est jeune, l’individu devra être éduqué de la manière qu’il faut ; s’il est islamiste, il devra se convertir à la religion « du pays » ; s’il est délinquant, il sera mis en prison ; s’il est polygame, il devra adopter la monogamie.

            L’usage des métaphores ne relève donc pas d’un simple procédé rhétorique,  une façon comme une autre de parler ; car les métaphores induisent une “mission”, des actes, et les justifient par avance, rendant leurs énonciateurs irresponsables, agents malgré eux d’une mission nécessaire à accomplir.

Le peuple adore les métaphores 

Qu’on ne s’y trompe pas, le peuple comprend fort bien les métaphores. Il les comprend au sens où il faut les comprendre, c’est-à-dire essentiellement au sens politique, comme un appel à adhérer aux décisions politiques contenues dans l’énonciation métaphorique. Les hommes politiques le savent aussi, raison pour laquelle ils en font si souvent usage.

La métaphore est un concentré de petite politique dans lequel le mot et l’action se conjuguent... facilement.

Antoine Nguidjol

Paris 

Forum Réalisance Sélection


[1][1] Dans cette affaire, les antillais ont au moins l’excuse de n’avoir pas choisi leurs noms propres, même s’ils le portent parfois fièrement pour se démarquer de leurs cousins d’Afrique. Mais cela même est révélateur de ce qui se cache derrière le nom propre.