Autour du livre allemand angoissant et combien révélateur des crimes et intrigues cruelles des multinationales : « Das neue Schwarzbuch Markenfirmen » de Klaus Werner et Hans Weiss. ISBN 3-216-30715-8. Edition 2005, Deuticke, Vienne.

Ou quand la vérité crie, déprime, accuse

Défendre la liberté ne signifie pas seulement qu´on doit se contenter de se lamenter ou encore se noyer dans l´impuissance ou la faiblesse dans lesquelles les injustices et l´inhumanité des vautours nous oppriment et nous repoussent ; il faut aussi avoir le courage, comme envers une chancre menaçant notre vie, de l´arracher sans hésitation de notre corps social et existentiel. Savoir ne suffit plus, il faut vouloir guérir ; et c´est dire entretenir et soutenir énergiquement une éthique sociale, un esprit de sens des affaires et des relations internationales qui respecte ou du moins se réfère à un codex ne méprisant pas le droit et les intérêts légitimes des autres. Et comme le disait le philosophe Antoine Nguidjol : « …prouver que nous ne sommes pas des animaux »

Quand on a lu ce livre au détail impressionnant et patient ; c´est à peine si tout être doué de saine raison et de bon sens ne sent monter en lui une immense révolte, tandis qu´un mépris douloureux, quasi déchirant ne s´adresse autant à l´égard de ceux qui commettaient ces crimes, que ceux qui fermaient les yeux pendant que ces criminels en cols blancs ravageaient le tiers monde. L´accusation de refus d´aide à personne en danger immédiat ne s´adressait pas seulement aux multinationales eux-mêmes ou à leurs managers sans scrupule, mais aussi à ceux qui, du Nigeria au Brésil se laissaient corrompre ou abuser pour que ces marchands de la mort et de la désolation accomplissent, en toute impunité leurs œuvres déshumanisantes et profondément injustes pour l´avenir des sociétés et des peuples concernés.

Qui ne dit mot, consent. Et l´idiot qui se laisse abuser ou corrompre sans appréhender ou saisir le danger grandissant de ses manquements est la pure des crapule, et cela pas seulement envers son propre avenir, mais aussi envers celui des autres. L´analphabétisme, l´infantilisme politique jouent un rôle prépondérant dans ces iniquités, mais pire encore est l´acharnement de l´illuminé et celui du  parvenu incapable et roturier à l´exercice du devoir du pouvoir. Parce qu´il suffirait à un procureur général de se procurer dans toute librairie européenne ces ouvrages critiques et dénonciateurs écrits par d´excellents journalistes pour rendre justice aux siens et au sens moral et éthique éminent de toute société humaine respectable. Aux accusés de prouver qu´ils étaient inculpés à tord. Ou alors ils ne leur resteraient qu´à écoper d´amendes et de réparations lourdes et exemplaires. Car si nous nous assimilons tous à combattre le terrorisme, celui qu´on exerce sur nos femmes et nos enfants ne doit pas souffrir de négligence. Et c´en est un de taille.

Les africains savaient-ils que 50% des médicaments vendus en Afrique étaient des faux inefficaces, par exemple ? Et que la Chine y était largement mêlée par des plagiats discrètement autorisés par le gouvernement chinois ? Tout cela était inquiétant.

Il est assez douloureux, pour les intellectuels avertis d´apprendre que la vérité de tous les maux dont souffre l´Afrique noire était plus accessible en occident ; fallait-ils qu´ils se cachent ou se taisent pendant qu´on assassinait les leurs, qu´on les pillait vilement en entravant dangereusement leurs accumulations et leurs avenirs ? Etre noir, africain, à quoi cela revenait-il ? A la traîtrise sociohistorique permanente ou à la désertion socioculturelle ? Certes, personne ne reproche aux immigrés de s´expatrier afin de s´exercer, de parfaire leurs connaissances ou d´améliorer le niveau de leurs vies menacées en Afrique par des conditions infamantes ; mais pour changer les choses, ne fallait-il pas exercer la lutte contre ces graves méfaits ? Je le pense bien. Sinon…les choses ne changeraient pas, et ceux qui hier assassinaient Patrice Lumumba, Ruben Um Niobé, Amilcar Cabral…persistaient tout en nous gavant de faux discours sur la liberté tout en méprisant le droit que nous avons à entretenir et jouir de la nôtre. Et cela, c´est pour le moins criminel et …cochon.

Je rends donc hommage à ces journalistes occidentaux qui, infatigablement, dévoilent et dénoncent les pratiques inhumaines et primitives que leurs propres multinationales entretiennent tout en affirmant : nous défendons votre liberté et votre bien-être. Et quant aux africains qui croient encore que la liberté leur serait offerte pendant qu´ils se tairaient ou participeraient à l´appauvrissement et à l´assassinat des leurs, permettez que je n´aie pour eux qu´un dégoût révulsé et haineux. Car si nous aspirons à la liberté, nous devons aussi avoir le courage et la fierté de la défendre dans toute sa profondeur. Il s´agit, après tout, de notre existence, de notre réalisation sensible : de ce droit humain irrécusable et légitime à tout être humain. Et de cela, personne ne peut prétendre le contraire.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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