07 octobre 2007
L´Allemagne promet une aide de 3 milliards € à l´Afrique !
La ruée vers la générosité allemande ? Hourrah, pourrait-on dire, vive la St Nicolas ; l´Allemagne aurait-elle plus de cœur pour l´Afrique que la France, par exemple ; ou assistons-nous à une guerre de chiffres ayant pour but de souligner le retour allemand en Afrique ? La politique paternaliste de la France en Afrique serait-elle dépassée ?
L´Afrique : un gouffre sans fin parce qu´irresponsable et inconscient ?
Angela Merkel, la chancelière allemande, lors de son actuel voyage en Afrique, a promis à l´Union africaine en Ethiopie, que son pays était disposé d´aider l´Afrique dans un ordre de 3 milliards. Quoiqu´on ne sache comment cette aide sera répartie, ainsi que les conditions sous jacentes à son obtention, en Afrique cette déclaration a soulevé une véritable ruée d´intérêts parmi les gouvernements et organisations non gouvernementales du continent. On se demande cependant dans les milieux avertis si cette déclaration numérique ne serait-elle rien d´autre que l´ouverture de la campagne néocolonialiste envers l´Afrique. Avec un coup bas à Sarkozy qui s´était contenté, comme par le passé, à aller jouer le missionnaire et le professeur des sciences du développement ou de la bonne gestion de ses adeptes de la francafrique ?
Cet argent ou plutôt cette promesse d´aide soulève, néanmoins, bien plus de questions que de soulagement. Pourquoi ? Mais parce que comme le disait l´historien Bwemba Bong, et avant lui Tibor Mende (De l´aide à la recolonisation) ou même Thomas Sankara et Patrice Lumumba, toute aide à l´Afrique est la bien venue, mais ce genre d´aide conditionnée et obligeante est tout de même vicieuse, si pas dangereuse à la liberté et au libre développement du continent africain. Parce que les pays donateurs exigent toujours qu´on achète chez eux, et sont à même d´obliger les preneurs à acheter ceci, se parer de cela, agir dans ce sens et non dans celui-là…bref, véritable diplomatie et conditionnement économique et politique du portefeuille. Et ceci, sans ouvrir réellement leurs marchés aux produits africains, ce qui limite les investissements en Afrique !
Mais les incapables avaient-ils le choix ? Quand on trépigne et on se roule depuis des décennies dans la boue, et qu´on vit de l´aumône occidentale pour financer ses petites aises, ses pompeux voyages, et engorger ses comptes financiers à l´étranger au détriment de son peuple ; cet argent n´est-il pas le bienvenu ? Certainement. Mais hélas, cette aide employée de la sorte, comme nous en avons si souvent fait l´expérience, ne mènerait nulle part. Il n´y a d´aide véritable que celle qui t´aide à concevoir et produire toi-même tes propres moyens d´existence en donnant du travail à tes techniciens, tes chercheurs et en répondant aux besoins et aux ambitions des tiens. Dans quelques années nous reviendrons à cette place et nous parlerons encore de la misère et de la stagnation en Afrique. Ceci dit, tout cela n´est que le scénario que nous vivons depuis 47 longues années postcoloniales ! Incroyable. A se demander : à quand la liberté et la fin de la pauvreté ? A quand la prise de conscience et le sérieux politique en Afrique ?
Quand les pays africains ont assez accumulé pour entamer les premiers pas de leurs développements, tout l´occident accoure et comme une armée de sangsues, avec lice et malice, ils s´emparent de toutes les réserves monétaires qui se transforment rapidement en bibelots, en routes pour les limousines étrangères, en usines clé sur porte qui rouilleraient bien vite sans pièces de rechange…Déjà vu et revu. A s´en mordre les doigts. Et pourtant, on est toujours surpris de voir à quel point l´illusionnisme a grande conjoncture sous les tropiques, et subjugue tapageusement le bon sens, la science et la raison. Peut-être n´a-t-on pas appris à rêver, à concevoir ou à s´aimer soi-même en se donnant cette part de confiance qui ose et respecte la liberté au dessus de tout ?
Ces trois milliards aussi conditionnée que soit cette aide, elle ne sera efficace que si la malversation financière, la corruption, l´illumination débile et incapable d´une élite bornée, en manque d´imagination et d´ambition pour leurs peuples ; que tout ce marasme cessera et que cette aide sera enfin employée à inventer et créer les moyens utiles de foisonnement. Sinon, rien ne changera. L´occident qui n´avait hier fait aucun cas du développement de l´Afrique donne tous les avant signes de changer lentement de logique. Dans son intérêt, bien sûr. Si hier il ne s´agissait que de ramener les moyens de paiement en occident avec un corollaire désintéressé d´appauvrissement et de mystification pour l´Afrique ; sa surproduction, sa saturation commerciale actuelle ainsi par ailleurs que la concurrence de la Chine et de l´Inde sur les marchés des produits finis, tout cela pousse l´occident soudainement à se guérir d´une cupidité malsaine et plutôt inhumaine que respectueuse de la démocratie et de la liberté envers l´afrique noire.
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Ce pas, ce changement est plus dur et plus ardu qu´on ne le pense parce que tout son système monétaire, économique, financier et même la logique politique existentielle est fondé sur l´exploitation des faibles. Et particulièrement des africains. Depuis des siècles. La question : cette culture occidentale saura-t-elle enfin se départir de son complexe prédateur de supériorité est bien d´actualité, ou s´agissait-il de tromper et d´user des apparences pour mieux piller, encore une fois ? Qui sait. C´est pour cela qu´il ne faut pas se croire au paradis avec l´aide; elle doit plutôt servir à autre choses qu´à reproduire la misère et la pauvreté de demain.
Et si cette aide n´avait pour but que de créer artificiellement de nouveaux acheteurs pour l´industrie allemande en mal de clients, ce ne serait qu´une courte étape vers une nouvel appauvrissement des africains dans un tout proche avenir. Et ce faisant, ni le développement de l´Afrique n´aura lieu, ni la fin des invendus des pays industriels surproducteurs. Mais qui sait, peut-être ne s´agissait-il pas d´aider…mais tout simplement de gagner du temps…en exportant ce qui ne trouvait plus preneur…pour éviter le collapse dangereux du chômage à domicile en faisant d´une pierre deux coups en se frayant financièrement l´accès aux matières premières indispensables à leurs industries. Mais tout le monde a compris, l´impasse est un cul de jatte; parce que les produits ainsi réalisés doivent être vendus.
Mais alors il revenait aux africains de le comprendre et d´employer cette aide dans un sens qui servirait à tous : au développement africain autant qu´au foisonnement des échanges économiques et commerciaux prochains avec les donateurs. Tout est-il dit ? Non, bien sûr. Cette armée africaine d´élites corrompues et dévoyées de leurs devoirs, saura-t-elle revenir à meilleurs sentiments ? Il doit bien y avoir en Afrique des gens de meilleures vertus que ces aliénés et dictateurs de la francafrique ! Car ne nous égarons pas, trois milliards, ce n´est qu´une goutte d´eau dans la mer des besoins de financement et d´investissement en Afrique. Mais les négliger comme par le passé ou les brader dans des projets plus tapageurs qu´efficaces et rentables à l´avenir et au développement des nôtres ; ce serait manquer de sérieux à tous les points de vue. Et nous suicider sans retour. Faut-il vraiment croire que l´Afrique n´a pas marre de la misère et de la stagnation ? Je le pense bien...alors ?
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Forum Réalisance
Commentaires
Très bien dit.
A mon avis je suis convaincu que cet argent même multiplié par 10 ne servira à rien tant que les sociétés civiles africaines et les populations n'auront pas pris conscience de leurs choix (Etre ou Posseder?)d'un côté.
Et de l'autre surtout tant qu'elles n'auraient pas encore la volonté de croire en leurs propres forces et convictions.
Les Africains sont contraints à se définir par rapport à eux-mêmes et à définir ce qu'ils veulent Etre ainsi que du quel type d'existence qu'ils souhaitent pour eux et leurs descendances. Faire l'impasse sur ces questions c'est accepter un non futur possible.
N'oublions pas que l'argent, c'est l'Homme qui le fabrique. Ce n'est pas de l'aide que l'Afrique en a besoin, mais de Liberté d'Etre, de Liberté de penser et de faire et de réalisation totale d'Autonomie socio-politique authentique(stricto sensus).
La politique du bâton français et celle de la carotte allemande… ?
Voilà où nous en sommes…voilà où l´occident nous accule de jour en jour si nous ne comprenons pas, comme le remarque largement notre ami le « pangolin » que pour résoudre le dilemme qui nous entredéchire entre l´érection de structures de développement et l´exercice d´un idéal organisé permettant d´asseoir et de développer notre sens existentialiste, qu´il est plus que temps de se décider et de se mettre rapidement à l´oeuvre. Actuellement, et on le voit avec la proposition d´aide allemande, ce ne sont pas les encouragements à changer les choses au mieux qui manquent. Et quand bien même l´aide allemande serait orientée ; sans structures et idéal convaincu d´exercice politique, ces aides ne serviront à rien. Elle s´engouffreraient dans un vaste trou sans fin. Qui croit encore en effet qu´en ne mettant pas nos ingénieurs, nos techniciens, nos médecins et chercheurs au service de la production de nos propres moyens de réalisation, cette réalisation se ferait toute seule ?
Il suffit de regarder l´Afrique actuelle pour pleurer des larmes de sang : des générations et des générations d´enfants et d´ adultes sont, faute d´instruction et d´organisation sociale élaborée, voués à eux-mêmes. Le train et les rails, les instruments premiers du développement économique sont encore méprisés ou négligés en Afrique noire, par exemple. L´Algérie, cependant, construisait son métro ! Ailleurs les choses semblaient marcher, mais en Afrique noire…on se demandait ce qui faisait la fierté de ses gouvernements et de ses hauts commis ? Le niveau technique, les résultats de la production dans ces Etats était tellement bas et qualitativement bazardé qu´on avait l´impression que ceux qui s´hasardaient à proposer à leurs peuples des écoles sans bancs, sans livres, aux toilettes douteuses…une alimentation, un élevage quasi inexistant si pas à la hauteur de produire des résultats de bonne qualité ; que ceux-là aient le toupet, oui, le courage et l´effronterie de prétendre faire leurs devoirs et servir leurs sociétés adéquatement…Sont-ils aveugles ou simplement bornés ? N´ont-ils pas devant les yeux les résultats et les performances des autres sociétés avec lesquelles nous concourrons inévitablement à la liberté et à la réalisation sensible ? Quant ils allaient se faire soigner en Afrique du Sud, en Europe, n´appréciaient-ils pas le haut niveau hygiénique et médical qu´on mettait à leur disposition ? Bien sûr, et c´est même pour cela qu´ils revenaient en masse eux et leurs familles. Mais pourquoi ne pas défendre et organiser à domicile, pour le peuple qui payait ces soins médicaux sans en profiter, des soins qui leur permettaient aussi de se faire soigner décemment ? N´y avait-il pas injustice et escroquerie flagrante et tendancieuse ?
Le travail en Afrique, la mise en place de structures adéquate au meilleur développement de ce continent, s´alourdit de jour en jour et devient, si on ne s´attelle pas rapidement à changer cet état stagnant et méprisant des choses, insupportable. Ce retardatisme saupoudré de fausse africanité ne conduit qu´au désastre le plus nu.
Et chose curieuse : dire la vérité, en appeler au bon sens et au changement des choses est devenu une sorte d´injure que biens d´africains se préservent, parce qu´elle met à nu leur réelle incapacité à concevoir et produire le meilleur d´eux-mêmes. On se cachait donc et on continuait à nourrir ou à acclamer faussement un africanisme qui était plus défini par le déni de soi-même et l´incapacité qu´il n´était, comme les pères de l´africanité l´avaient défini dans les années ´60 au prix de leur sang, un lieu ambitieux et fier de l´exercice le plus conscient et le plus affirmé de notre plus belle et profonde philosophie sociale. L´occident serait-il parvenu à faire de nous des fantômes sans âme et sans ambition qui gambadaient ou se contorsionnaient l´histoire durant au gré des intentions et buts qui leur étaient imposés, plutôt que de se réaliser eux-mêmes, de servir et d´entretenir leurs propres rêves de liberté ?
Produire dans le monde d´aujourd´hui, c´est aussi résoudre le problème de l´énergie, celui de la pollution, celle de la finalité de la production et de son contenu réalisant. Or, en Afrique, en passant devant l´énergie solaire sans la mettre au centre actif de la société, les gouvernements actuels et leurs fonctionnaires prouvent qu´ils n´ont rien compris ni de leurs devoirs, ni de ce que leurs peuples attendent réellement d´eux. Et curieusement, les chercheurs, techniciens et ingénieurs refusés d´embauche en Afrique étaient rapidement intégrés en occident ; s´ils étaient incapables, pourquoi donc brillaient-ils à l´étranger ? Non, il faut se l´avouer, c´est le pouvoir africain malade de vision et incapable d´ambition qui ne savait pas employer ses propres enfants dont l´intelligence était cependant indiscutable. Pauvre de nous ! Combien de temps encore allons-nous nous permettre ce dilettantisme injurieux ? Il faut bien savoir ce qu´on veut : ou être libre, ou se livrer, comme par le passé, aux chaînes esclavagistes autant occidentale qu´arabes. Est-ce bien là l´avenir que nous réservons à nos enfants, à tous les nôtres ? Eh, bien… !
Shaka Bantou, j´ai dit et je vous remercie pour votre patriotisme.
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