UN APPEL QUI EXIGE D´AUTRES ACTIONS PARALLÈLES.

COMMENTAIRE DU 5 NOVEMBRE 2007 SUR AFRIKARA.

Je ne peux que m´associer au premier commentant de cet article. Et n´en déplaise à Théophile Obenga pour lequel j´ai une grande admiration, son appel, pour être tangible et crédible, doit être soutenu par une réforme politique conséquente répondant aux questions : un appel contractuel social pour quel idéal de libertés, pour quels objectifs ? On ne peut pas faire appel aux jeunes, à leurs sacrifices et leur sens du devoir sans leur garantir que leurs efforts seront protégés, et que surtout, l´idéal de leur réalisation est l´intérêt principal de la société et du pouvoir public. Car nous ne savons que très bien que ceux qui exercent actuellement le pouvoir public africain ne brillent ni par leur bonne gouvernance, ni leur intégrité, encore moins leur engagement à défendre valablement les intérêts des leurs. Alors ? Ferait-on de grands appels aux jeunes tout en ne leur donnant pas les moyens nécessaires à remplir efficacement leurs devoirs et ambitions ?

Parce que, parlons-en : si les écoles ne sont pas construites, les livres scolaires pas imprimés, l´agriculture et l´élevage pas entrepris pour donner une alimentation décente à la population…si ni médicaments ni médecins n´étaient mis en emploi pour soigner les gens; n´exigeait-on de cette jeunesse, au XXI siècle, qu´elle aille au front sans fusil ? De même, si les parents de ces jeunes gens n´ont pas d´emplois et de revenus…On le voit : ce sont les économies africaines qu´il faut remettre sur pied parallèlement. Or ces économies sont, suite à la mainmise occidentale, à la corruption et au fonctionnarisme incapable et sans imagination qui sévit en Afrique, corrompues à leurs propres sociétés ! Les systèmes bancaires sont inféodés et dévoyés, ce qui a pour conséquence que les taux d´emprunt du capital varient entre 80 à 97 %. Quand l´inflation, elle, avoisine les 3000%. Par la fuite officialisée du capital, l´Afrique investit en occident plus que celui-ci n´investit chez elle ! Fallait-il continuer sur ce pied; quel avenir, quel résultat pouvait-on attendre de telles conditions ? Cela ne fait-il pas 600 ans que nous vivons cet état des choses ?

Si tous ces effets négatifs n´étaient pas rapidement combattus, si de nouvelles politiques économiques et sociales ne changeaient pas les choses rapidement sur le continent, ce n´est ni les appels quelques consciencieux qu´ils soient, qui conduiraient à la réussite. Cette jeunesse trompée et abusée, qui a depuis longtemps fait l´expérience du manque, de la misère et de la pauvreté la plus rance travaillerait pour rien pendant que des despotes et des incapables leur épuisaient les accumulations nécessaires à l´avenir ? Quel est l´être humain de bon sens qui se prête joyeusement à une telle escroquerie ? Exigerait-on cela des jeunes africains ? Non, n´est-ce pas. Il faudrait peut-être se demander : comment regagner leur confiance et leur fidélité ; comment les établir et les intéresser á changer les choses ?

Et n´en déplaise à tous ceux qui croient qu´il ne s´agit que de vouloir et de marcher à l´aveuglette : advienne que pourra ; les conditions structurelles politiques, morales, sociales et intellectuelles doivent être garanties par des gouvernements dont on sait qu´ils seraient hors de soupçon. Que ces gouvernements délogeraient la francafrique qui s´était engluée sur les intérêts et l´avenir des leurs, et qu´ils feraient diligence pour instaurer la connaissance, l´instruction et la formation professionnelle permanente dans la société afin qu´elle aille de l´avant au lieu de la confiner à l´importation ou à l´oisiveté.

Cet appel utile et nécessaire soulève aussi, à mon avis, un devoir de crédibilité, autant qu´il en appelle à la confiance. Mais comme on le sait, la confiance ne se donne pas ; elle se mérite. Et de par la proximité immédiate de la concurrence et des intérêts occidentaux largement opérant sur le continent africain, la tâche d´autonomie et de souveraineté des économies et des politiques locales n´en est que des plus ardue. Et cependant, il n´y a pas un autre chemin que celui d´aller au feu. Contourner les obstacles comme on le fait avec l´absence d´une critique objective et rigoureuse du pouvoir africain actuel, ou croire encore naïvement qu´avec un occident corrompant et exploitant ce continent en l´épuisant de ses finances, de ses matières premières, de son avenir sans le moindre contrepartie valable…qu´on pouvait faire des miracles...Désolé, c´est tromper lourdement cette jeunesse et nuire irréparablement à la confiance qu´on attend d´elle.

Encore une fois, la question est froidement et légitimement posée : appel à l´effort, à la confiance, pour quelles politiques, pour quel avenir ? Et le mieux serait que nous répondions tous à cette question avant d´exiger des autres qu´ils nous fassent confiance. Lénine disait en son temps : « La confiance c´est bien ; le contrôle, c´est mieux ». Et à ce point de vue, il avait complètement raison. La jeunesse d´aujourd´hui a le droit d´exiger des conditions sociopolitiques qui lui permettent de contrôler et d´interférer, dans un enjeu social intègre et confiant, sur la destination de ses efforts et de son avenir. Il ne faut pas donner l´impression, après l´esclavage et la colonisation, oui, après des siècles de tutelles islamistes et occidentales toutes néfastes à la liberté et l´éclosion des cultures africaines, que sa jeunesse d´aujourd´hui ne sait pas de quoi il s´agit. Ou que ses intellectuels vont appel à elle sans lui offrir le meileur d´eux: un idéal et un système social dans lequel ils ne seront pas toujours la dinde de l´occident, ou de quelques dictateurs ensanglantés ou bornés. Oui, cet appel en appelle bien d´autres ! Et que personne ne se cache ou ne se gêne ; après tout, ce sont nos seuls enfants.

Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

Forum Réalisance.