L´année touche à sa fin, et pourtant, certaines choses, et surtout celles qui mettent en colère ou révolte, restent les mêmes. En sera-t-il de même l´année prochaine, toujours ?

Au-delà de ma colère et de ma révolte

En fin d´année, on se demande si il n´y a pas de raisons de se réjouir un peu ; et au fond de nous-même de garder espoir que des méandres tourmentées de cette année, jaillira, réconfortante et plus juste et belle, l´année prochaine. En tout cas prometteuse la voulons nous, afin que nos attentes, si pas notre démarche, récoltent leurs victoires. N´est-ce pas le vœux que nous nous faisons tous ? Mais si. Mais si les choses ne changent pas, que ferons-nous sinon continuer à nous battre. C´est la vie.

Ce qui m´a mis en colère et révolté cette année est autant dans des faits que des logiques qui renversaient l´entendement, ainsi qu´ils éveillaient dans les attentes les plus sobres de tout être humain de bonne foi, un regain de dégoût et de mépris. Ainsi, quand on entend ou on voit ceux dont les mères, les sœurs et les frères, et cela au 21ième siècle, se débattaient quid avec le choléra, quid avec la pauvreté et la misère, quid avec le sida, le chômage…de voir ces africains débattre de problèmes futiles, d´aller de conférences en conférences inutiles tout en sachant qu´à ces rencontres ils ne changeront rien à leurs maux. Parce qu´à défaut de leur offrir une justice qui n´existe ni dans la logique du système ni dans les porte monnaies surmenés et avares, on envoyait les éternels quémandeurs se promener au royaume des illusions et celui des compromis autant oiseux que vides.

Quand je vois qu´au lieu d´organiser et de défendre les enfants africains et leurs avenirs en les envoyant à l´école s´instruire sévèrement afin qu´ils viennent relever valablement le défi contemporain qui est le leur ; qu´au lieu d´abattre rapidement la francafrique, créer l´emploi et organiser les sociétés africaines à évoluer rapidement vers le bien être et l´accumulation qui leur permettrait de sortir de la dépendance et de la misère…on tergiversait, ou on se complaisait cahin caha à soigner les apparences plutôt qu´à s´adonner à la lourde tâche de l´industrialisation…cela révoltait et mettait en colère.

L´Afrique s´endettait pour des vétilles ou employait ses moyens pour des buts qui, plus tard, ne s´avéreraient qu´être insuffisants à la mener à bon port. Sa croissance économique atteignait en ce moment une moyenne de 6 %. Trop pour décourager l´espoir, trop peu pour changer les choses fondamentalement au mieux. Pour croire à un bon départ de l´Afrique, il faut à celle-ci une croissance d´au moins 12 % pendant au moins 10 ans ! Et cette croissance doit être résolument réinvestie dans…l´industrie lourde et son infrastructure immédiate. Pas dans la consommation des produits importés. Et cependant, on jubile déjà en Afrique ; en a-t-on vraiment des raisons ?

Ce qui fait l´handicap particulier de l´Afrique, ce n´est pas seulement son dépeuplement d´hier par l´esclavage, c´est aussi son incroyable retard scientifique et technologique par rapport au niveau contemporain moyen de ces connaissances et applications. Et même si par quelques lumières et individualités ce retard n´est plus vrai, le niveau technologique moyen de la population, ainsi que son degré de connaissance reste lui, très humble.

L´autre handicap est celui de l´accumulation et de l´organisation sociale orientée vers ses propres finalités d´accomplissement. Ce défaut a rendu l´Afrique noire moins résistante face à ses ennemis, et cela veut dire plus malléable et dominable par des cultures mieux armées ou mieux organisées et industrialisée. Ces dernières, comme on le sait, ont eu facile à asseoir, par la simple violence ou même par la tromperie,  en Afrique noire leur utilitarisme unilatéral.

Et enfin, le troisième handicap est la promiscuité actuelle de la culture occidentale postindustrielle. Celle-ci n´est pas seulement positive, elle est aussi négative parce qu´elle dicte et a tendance à imposer aux africains ses impératifs autant qu´elle exerce sur eux par la consommation de ses excédents, un facile repaire au refus créatif de l´effort. Tout n´est-il pas, dans les super marchés, mis magiquement à la portée du consommateur ? Il est toujours plus facile de rouler en voiture que d´en élever la technologie qui permet de la construire ! Et plus on consommait, et plus on dépensait ses accumulations qui ne pourraient servir ni aux investissements de production, ni à l´effort technologique d´acquisition et de réalisation d´un moyen de locomotion somme toute incessible au déplacement des biens et des personnes.

La technologie, les paramètres techniques qu´emploie une culture pour réaliser ses besoins, est lié aux moyens et capacités scientifiques possibles. Le mieux est que ces paramètres d´énergie et de matières soient continus ou reproductibles dans l´espace et le temps. Ce n´est ni le cas ni pour le pétrole qui va bientôt faire défaut, ni pour l´air et l´équilibre écologique de notre atmosphère. Tous ceux qui ont eu la chance de se développer pendant que ces matières premières étaient encore en abondance sur terre, ceux-là pourront user de leurs niveaux technologiques et de leurs enrichissements pour changer et mettre à jour leurs nouvelles orientations scientifiques. Les autres doivent se retrouver dans une nouvelle forme de technologie usant de nouvelles dispositions et paramètres de réalisation. Sans se laisser enfermer dans le passé ou les préceptes dépassés.

Et c´est ce qui me met en colère, parce que l´Afrique tout en ayant mis ses matières premières à la disposition de l´occident et de l´avènement de la technologie actuelle, ne pourra ni en profiter, ni avoir eu la chance d´accumuler pour se recycler dans l´évolution que l´avenir nous imposera à tous. A moins que l´enfant noir soit exceptionnellement et consciemment préparé à ces éventualités. Et désolé, je n´en ai pas l´impression.

Quelqu´un m´a écrit en me disant : « tu souffres beaucoup »…Je dois reconnaître que cela est vrai. Mais je me demande si je suis le seul à souffrirà souffrir emande si je suis le seul et consciemment rples dispositions et param quand on voit que les tiens n´ont ni eau de boisson propre, ni suffisamment à manger ou sans travail pour subvenir à leurs brûlants besoins. Dois-je me mettre à danser ou à dire : cela ne me regarde pas ? Certains africains choquent le monde par leur nonchalance. C´est le moins que je puisse dire. Oui, je souffre, mais cette souffrance intellectuelle prouve non seulement que je suis africain mais aussi que j´aime les miens. Et si je ne mettais pas mon intelligence à leur service, à quoi sert-elle donc ? A me faire passer pour un civilisé alors que les miens souffriraient l´enfer, peut-être ; ou à me targuer d´intellectuel en occident alors que cette intelligence ne servirait pas à ceux pour qui elle existe ?

Ne l´oublions pas, l´intellectualité n´a de valeur réelle que si elle aide à résoudre et à répondre aux exigences des problèmes qui frappent le contexte social qui lui a donné jour. Sans cela, l´intellectualité n´est qu´une pauvre et inutile illusion. C´est mon avis. Sans cœur pour les siens, sans lutter avec acharnement à résoudre rapidement les maux auxquels sa société est confrontée afin qu´elle puisse rapidement retrouver son équilibre et s´atteler à se réaliser pleinement, toute intellectualité africaine ne serait rien d´autre qu´un astigmatisme irresponsable.

Ce n´est pas ainsi que j´ai été éduqué. Oui je souffre, mais cette douleur prouve que je suis un enfant profond de ce merveilleux continent nommé Afrique ! Et surtout que personne ne verse de larmes à ma place. Moi je sais qui je suis.

Et malgré tout, bonne année à tous. De tout cœur. J´ai pensé à ces enfants africains pauvres et démunis…surtout ne pas désespérer…surtout ne pas perdre la foi. Croire en l´amour…un jour viendra…Moi en tout cas ne cesserai de vous aimer. Profondément. Sans le moindre compromis. En espérant qu´un jour le sourire reviendra sur vos lèvres.   

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Bantu

Forum Réalisance