03 janvier 2008
Le Kenya en feu et en larmes
Après un scrutin largement contesté, le Kenya s´enflamme. Cette révolte, quelles sont réellement ses raison ? Avoir le sentiment d´être ouvertement trompé ou voulait-on sanctionner la gérance de l´autocrate Mwai Kibaki qui n´avait su rendre justice aux attentes des kenyans ?
La colère du peuple kenyan face à la tricherie électorale
Beaucoup voient dans les regrettables troubles qui jalonnent le pays kenyan aujourd´hui de morts et de violences une simple révolte ethnique ou même le rejet du président sortant réélu dans des circonstances plutôt douteuses si le président de la commission électorale le déclare vainqueur avant la fin du décompte définitif des voix électorales.
A mon sens il y a plus que cela dans cette révolte sanglante : le peuple kenyan, comme beaucoup de peuples en Afrique, s´est rendu compte que le gouvernement précédent n´était ni à la hauteur de ses devoirs, ni capables de rassembler tout les kenyan derrière un idéal national permettant à Tous les kenyans sans distinction à s´épanouir valablement. Ce fut plutôt un pouvoir autocratique qui s´appuya et fit toutes les concessions corruptibles aux occidentaux pour jouir et détenir le pouvoir. Les kenyan, eux, dans leur large majorité, se retrouvèrent comme hier : les poches vides et le ventre creux.
C´est à se demander : où sont donc passés toutes les recettes du tourisme Kenya, de ses exportations de café, de thé, huiles…? Et chaque année ce peuple faisait un constat douloureux : et plus lui devait se débattre avec la misère et la pauvreté, les représentants du parti du président sortant douteusement réélu Mwai Kibaki, eux, roulaient en lourdes limousines étrangères, faisaient pousser de belles villas comme des champignons du sol, possédaient des comptes débordant en Europe. Comment réagirait celui qui aurait devant les yeux cette scandaleuse distorsion et devait s´en contenter ?
On peut bien vivre du tourisme, ou du moins, le tourisme sérieusement entretenu n´est pas une branche économique négligeable ; mais lorsque les autochtones, dans leur misère et leur pauvreté, se sentent face aux nantis qui les visitent et exigent d´eux des services qu´eux-mêmes ne peuvent s´offrir…on se sent esclave dans son propre pays. Mais oui, quelle différence y avait-il avec l´esclave empêché et brimé des plantations esclavagistes américaines, jamaïcaines, haïtiennes…etc ? Le droit d´élir et d´être élu ? Et si ces élections étaient truqués, on n´élisait que sa propre condamnation à mort.
Les africains avaient déjà compris cette version francafricaine à la Louis Michel. Et leur révolte est d´autant grande, par ce qu´ils ont l´impression d´être, comme le veut l´occident, l´éternel dinde de la farce. Et même si on a l´impression cette fois-ci que c´est l´opposant Raila Odinga du Mouvement démocratique orange qui porte l´étendard de la révolte, le mal lui est plus profond autant que la revendication légitime qui y couve.
Il est dommage que ce soit toujours par des révoltes sanglantes et des destructions de biens de ceux qui n´étaient pas les plus riches de la terre que le pus du cancer africain doit être opéré. Mais que diable peut-on faire lorsqu´on se rend compte que ses propres élites du pouvoir, ceux qui se sont donnés pour devoir de défendre les leurs ; que ceux-là vendaient au premier offrant occidental la sueur et la dernière chemise des leurs à bas prix. Pour faire bien et s´enrichir illégalement à l´étranger au détriment des leurs ?
L´Union Européenne a une responsabilité certaine dans l´appauvrissement continu des africains : soit parce qu´elle abrite des capitaux volés et illégitimement escroqués dans ses banques, soit qu´elle permet des transactions économiques, commerciales, financières douteuses mettant à mal volontairement les patrimoines des peuples africains. A ce petit jeu-là on peut toujours venir parler de partenariat aux africains ; celui-ci n´est rien d´autre qu´une version subtile de la colonisation et de l´exploitation économique.
Il est grand temps que les élites africaines cessent de jouer aux sous fifres ou aux incapables aimés et soutenus par l´occident par des élections tout aussi malheureuses que trompeuses. Parce que sinon, les remous en Afrique vont prendre de l´ampleur, et se tourner directement contre ceux qui en sont responsables.
Les africains, contrairement à ce qu´en pensent certains, ne sont ni des animaux, ni des sous êtres humains. Ils ont aussi des aspirations, des rêves, des droits et des désirs ; eux aussi veulent un avenir meilleur pour leurs femmes et leurs enfants. Croire qu´ils sont tenus de se gaver éternellement de misère, de supporter l´escroquerie à leurs biens et à leur avenir, c´est faire montre d´une bassesse d´humanité que l´humanisme contemporain ne peut avaliser.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Forum Réalisance
Commentaires
Le Kenya et la fausse démocratie de la faim
Cette histoire du Kenya rejoint celle du Congo Kinshasa, la honte du Soudan…biens de remous et de révoltes couvent dans toute l´Afrique noire. Pour le Kenya avancé et organisé par l´Union Européenne en « démocratie africaine » parce que d´une part le pouvoir se succédait par vote, et de l´autre, un terrain économique grand ouvert aux exploiteurs occidentaux et au tourisme à bas prix ; ce Kenya, au plus tard après ces élections du 27 décembre, aura vécu.
Faussement surpris, des journalistes occidentaux essaient d´expliquer ce qui s´était passé ; ce faisant, ils passent volontairement à côté de la vérité. La fameuse démocratie kenyane n´a été nommée ainsi et soutenue par l´Union Européenne que parce que ses dirigeants avaient dès le départ accepté de coucher et de se faire parrainer par l´occident. Or celle-ci ne poursuit que ses propres intérêts et à la longue, croire que le travail, le revenu et les investissements industriels se feraient d´eux-mêmes ou tomberaient du ciel, c´est aller tout droit au collapse. On le voit aujourd´hui : c´est la révolte.
Vouloir enfermer les africains dans un carcan de simples cultivateurs, d´ouvriers agricoles ou serveurs touristiques pour les besoins de l´occident ne conduit, à la longue, qu´à l´impasse économique et sociale. Car ces africains doivent non seulement produire eux-mêmes des articles industriels sophistiqués dont ils ne peuvent plus se passer, mais ils se doivent aussi de concevoir et de protéger quelque chose de plus important : leur avenir culturel, économique et technologique leur permettant de rendre justice à leur liberté et à leur indépendance. Et c´est là que le bas blesse, parce qu l´occident croit que la seule liberté de l´homme noir, c´est celle qu´il lui accorde ! Avec des corollaires qu´on sait : abandon de l´industrialisation au profit des produits occidentaux, ouverture faussement libertaire du marché national, dépense des accumulations sociales en occident en armes et autres bibelots de consommation.
L´exemple type est donné par l´apparition sur la scène internationale de l´Allemagne comme producteur et exportateur de café…grâce au gouvernement kenyan qui a cédé tout son café à l´Allemagne !
A tous ceux des africains qui dorment encore, et même à ceux des occidentaux qui croient encore qu´ils peuvent encore se prétendre de faire la liberté de quelque pays africain que ce soit, cette histoire de révolte kenyane est une cuisante leçon qui prouve que la liberté et l´indépendance économique, financière, culturelle sont étroitement liées. Et qu´on ne peut pas prétendre exercer l´une tout en aliénant les autres. Quiconque aspire à la liberté ou celui qui prétend l´offrir en pièces détachées de prêt-à-porter ou à consommer, ou celui qui, sournoisement embusqués derrières de faux paravents de démocratie, d´aide ou de coopération ; que ces gens devaient cesser de tromper la logique existentielle et leur monde. La vérité est que tous nous avons des devoirs envers notre réalisation et nos cultures respectives et ce genre d´obligations sont incessibles, inaliénables et permanents.
Les africains devraient sortir de leur obscurantisme ainsi que de leur passivité face aux occidentaux qui les trompent et les mènent en bateau depuis des décennies et reprendre leurs destins en mains. En veillant que les erreurs et les manquements du passé, ainsi que les faiblesses de vision et de projection qui leur avaient valu l´esclavage et la colonisation d´hier cessent et se transforment en liberté conçue, exercée, défendue et vécue autant dans ses devoirs les plus détaillés que dans tous ses avantages réalisants. J´ai dit et je vous remercie. Shaka Bantou.
Un brutal réveil, mais un réveil nécessaire
A la fin, on se demande de celui qui trompe l´autre et l´escroque et de celui qui se laisse sciemment escroquer, celui qu´on doit condamner. Notre humanisme moderne, autant que sa définition de liberté condamne les deux. Mais entre la pratique et la théorie…tous les cochons sont libres. Et même si l´Union Européenne n´est pas responsable de l´avenir du peuple kenyan, le nuire et lui porter préjudice n´est pas du respect des libertés et des droits. Loin de là. Ce genre de partenariat, les africains peuvent s´en passer.
On dira ce qu´on veut, on tournera sa langue plusieurs fois sur elle-même qu´on ne peut pas laver le pouvoir kenyan de Mwai Kibaki d´une monstrueuse responsabilité dans les troubles sanglants qui jalonnent son pays de flammes et de morts. Et c´est cependant le mal qui couve dans toute l´Afrique noire où l´Europe et les Etats-Unis, en mal de croissance et acculés par la Chine et de nouvelles puissances industrielles, tentent avec des coups sournois et subtils, de reprendre le pouvoir des africains afin de les utiliser comme bouclier ou bouée de sauvetage de leur hégémonie vacillante.
Et malgré tout, on se demande : où sont donc ces africains organisateurs et architectes avertis de la géopolitique internationale pour encadrer les leurs, que diable ? Depuis l´Afrique du Sud jusqu´au nord de l´Afrique…pas un seul en vue. Le débâcle et le cafouillage dans lequel nage les africains en devient amers et rance d´année en année. Quand on voit à quel point le pouvoir africain méprise et délaisse son capital humain, c´est à peine si on ne peut pas se dire : tous attendent Bwana ou l´esclavage pour se sortir du Ghetto. Incroyable que l´Afrique, et surtout ses intellectuels n´avaient pas appris ni de leur propre histoire, ni de la conclusion rationnelle des buts poursuivis par tout l´occident depuis 600 ans. Eux savent où ils veulent en venir ; les africains, par contre, croient encore qu´ils doivent trouver leur chemin. La liberté, cependant, est un droit universel accessible et exerçable par quiconque en relève et affirme ses droits. Cela pose une question bien pénible aux africains : veulent-ils la liberté ; sont-ils prêts à en payer le prix oui ou non ? Pénible pourquoi ? Mais parce qu´à un être humain doué de bon sens et aimant sa vie et son avenir, ce genre de question est plutôt une injure ! Or, quand on voit avec quelle nonchalance les fameuses élites africaines aliènent et prostitue l´indépendance, la liberté et l´avenir de leurs peuples…on est abasourdi. C´est plus que de la traîtrise, c´est tout simplement du crime volontaire avancé. Ce qui pousse à poser la question suivante : l´Afrique, gouvernée comme elle l´est actuellement, donne-t-elle l´impression qu´elle a des intellectuels et que ceux-ci sont à la hauteur de leurs tâches ? Et si c´est le cas, où sont les résultats ? En quoi consiste leur brillante stratégie et quand comptent-ils la mettre en œuvre ? Après tout, le temps presse.
N´est-ils pas vrai que lorsqu´il y a 600 ans les occidentaux eurent besoin d´esclaves noirs pour accumuler à bas prix, ils vinrent vider sans remord l´Afrique de ses enfants ?
N´est-il pas vrai que plus tard, les mêmes occidentaux en mal de matières premières et de colonies travaillant pour eux, ils revinrent et se servirent en toute quiétude sur toute l´Afrique selon leurs appétits et leurs prétentions ?
N´est-il pas vrai qu´après la vague d´indépendance d´après la deuxième guerre mondiale et celle des années ´60, les africains ayant été incapables d´exercer valablement leurs prérogatives, ces européens en profitèrent pour leur imposer une francafrique les ramenant pratiquement à l´ère précoloniale avec la différence que ce sont des autochtones cette fois qui trompaient et trahissaient les leurs au profit des anciennes métropoles européennes ?
Celui qui parle aujourd´hui d´indépendance ou de souveraineté nationale en Afrique noire ; ne rêve-t-il pas ?
Qu´est-ce qui a bien changé ? Ah, oui, aujourd´hui ce sont les intellectuels qui s´empressaient de quitter les leurs pour aller s´offrir á une nouvelle forme d´esclavage moderne : celui de technicien au système occidental. Et disons-le bien, l´Afrique qui les a formé ne sait pas les employer parce qu´elle n´évolue que trop lentement ou pas du tout vers son développement !
Que faut-il penser, en toute franchise de tout cela ; que tout va bien en Afrique ?
Allons donc ! Faut être né esclave ou sans ambition rationnelle ou intellectuelle pour le soutenir.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
FR
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=69257&pid=7430271
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :