Après un scrutin largement contesté, le Kenya s´enflamme. Cette révolte, quelles sont réellement ses raison ? Avoir le sentiment d´être ouvertement trompé ou voulait-on sanctionner la gérance de l´autocrate Mwai Kibaki qui n´avait su rendre justice aux attentes des kenyans ?

La colère du peuple kenyan face à la tricherie électorale

Beaucoup voient dans les regrettables troubles qui jalonnent le pays kenyan aujourd´hui de morts et de violences une simple révolte ethnique ou même le rejet du président sortant réélu dans des circonstances plutôt douteuses si le président de la commission électorale le déclare vainqueur avant la  fin du décompte définitif des voix électorales.

A mon sens il y a plus que cela dans cette révolte sanglante : le peuple kenyan, comme beaucoup de peuples en Afrique, s´est rendu compte que le gouvernement précédent n´était ni à la hauteur de ses devoirs, ni capables de rassembler tout les kenyan derrière un idéal national permettant à Tous les kenyans sans distinction à s´épanouir valablement. Ce fut plutôt un pouvoir autocratique qui s´appuya et fit toutes les concessions corruptibles aux occidentaux pour jouir et détenir le pouvoir. Les kenyan, eux, dans leur large majorité, se retrouvèrent comme hier : les poches vides et le ventre creux.

C´est à se demander : où sont donc passés toutes les recettes du tourisme Kenya, de ses exportations de café, de thé, huiles…? Et chaque année ce peuple faisait un constat douloureux : et plus lui devait se débattre avec la misère et la pauvreté, les représentants du parti du président sortant douteusement réélu Mwai Kibaki, eux, roulaient en lourdes limousines étrangères, faisaient pousser de belles villas comme des champignons du sol, possédaient des comptes débordant en Europe. Comment réagirait celui qui aurait devant les yeux cette scandaleuse distorsion et devait s´en contenter ?

On peut bien vivre du tourisme, ou du moins, le tourisme sérieusement entretenu n´est pas une branche économique négligeable ; mais lorsque les autochtones, dans leur misère et leur pauvreté, se sentent face aux nantis qui les visitent et exigent d´eux des services qu´eux-mêmes ne peuvent s´offrir…on se sent esclave dans son propre pays. Mais oui, quelle différence y avait-il avec l´esclave empêché et brimé des plantations esclavagistes américaines, jamaïcaines, haïtiennes…etc ? Le droit d´élir et d´être élu ? Et si ces élections étaient truqués, on n´élisait que sa propre condamnation à mort.

Les africains avaient déjà compris cette version francafricaine à la Louis Michel. Et leur révolte est d´autant grande, par ce qu´ils ont l´impression d´être, comme le veut l´occident, l´éternel dinde de la farce. Et même si on a l´impression cette fois-ci que c´est l´opposant Raila Odinga du Mouvement démocratique orange qui porte l´étendard de la révolte, le mal lui est plus profond autant que la revendication légitime qui y couve.

Il est dommage que ce soit toujours par des révoltes sanglantes et des destructions de biens de ceux qui n´étaient pas les plus riches de la terre que le pus du cancer africain doit être opéré. Mais que diable peut-on faire lorsqu´on se rend compte que ses propres élites du pouvoir, ceux qui se sont donnés pour devoir de défendre les leurs ; que ceux-là vendaient au premier offrant occidental la sueur et la dernière chemise des leurs à bas prix. Pour faire bien et s´enrichir illégalement à l´étranger au détriment des leurs ?

L´Union Européenne a une responsabilité certaine dans l´appauvrissement continu des africains : soit parce qu´elle abrite des capitaux volés et illégitimement escroqués dans ses banques, soit qu´elle permet des transactions économiques, commerciales, financières douteuses mettant à mal volontairement les patrimoines des peuples africains. A ce petit jeu-là on peut toujours venir parler de partenariat aux africains ; celui-ci n´est rien d´autre qu´une version subtile de la colonisation et de l´exploitation économique.

Il est grand temps que les élites africaines cessent de jouer aux sous fifres ou aux incapables aimés et soutenus par l´occident par des élections tout aussi malheureuses que trompeuses. Parce que sinon, les remous en Afrique vont prendre de l´ampleur, et se tourner directement contre ceux qui en sont responsables.

Les africains, contrairement à ce qu´en pensent certains, ne sont ni des animaux, ni des sous êtres humains. Ils ont aussi des aspirations, des rêves, des droits et des désirs ; eux aussi veulent un avenir meilleur pour leurs femmes et leurs enfants. Croire qu´ils sont tenus de se gaver éternellement de misère, de supporter l´escroquerie à leurs biens et à leur avenir, c´est faire montre d´une bassesse d´humanité que l´humanisme contemporain ne peut avaliser. 

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

Forum Réalisance