En réponse à la lettre d´I. doctorant en Belgique

La nécessité d´un profond changement

Cher ami, 

Tous ce que vous dites-là est tout à fait utile au changement en Afrique. Cependant que le plus important soit, à mon avis, l´assise dans les sociétés africaines d´un nouvel idéal de réalisation existentielle. Et celui ou ceux qui doivent s´en charger, ce sont les intellectuels et ceux qui se destinent à la gestion du pouvoir. Jusqu´aujourd´hui le pouvoir a été considéré comme un fourre tout, un lieu permettant à la fois de se sauver du manque d´imagination que de la pauvreté. Or, ce pouvoir a une toute autre vocation: notamment celui de concevoir et d´organiser la critique du passé, la promotion du présent et la protection de l´avenir !

Il ne faut pas seulement, en Afrique, informer et réorienter le peuple vers ses devoirs et ses obligations envers sa liberté et lui-même, il faut aussi rééduquer et réorienter ceux qui ont la responsabilité de l´organisation et de la conception du pouvoir en Afrique. Il ne suffit plus à mon avis de faire le beau en se substituant au colonialiste pour continuer sur la même voie que lui, mais d´orienter les sociétés rapidement vers leurs finalités propres. C´est un travail ardu, je le sais; mais comme je te le disais, on ne peut vouloir aller au paradis sans monture. En ce moment l´Afrique donne l´impression, en négligeant la formation et l´emploi de son capital humain, par la vente aveugle de ses matières premières servant aux autres plutôt qu´à elle-même; que cette Afrique, après avoir acheté une auto, l´avoir rempli d´essence, va à pied pour traverser le désert ! Est-ce possible !

Des ennemis, nous en aurons toujours car nous sommes tous concurrents dans ce monde et des salauds, il y en a autant en Afrique qu´ailleurs. Mais si nous négligeons sciemment de défendre et protéger nos intérêts, nous sommes nos propres fossoyeurs. Employer la radio, l´Internet; c´est bien joli, tout cela; mon expérience cependant m´a instruit que les africains écoutent ou lisent, mais sans saisir le sens réel de leurs propres intérêts à court ou à long terme, ils se laissent malgré tout entraîner par le courant quotidien aliénant. Pourquoi le changement, se disent-ils, le succès occidental réel n´est-il pas le chemin à suivre ? Ils ne voient pas que cet empire occidental est en crise de valeurs et d´adéquation de système, et que dans son désarroi, au lieu de défendre ses idéaux les plus élevés, ceux qui l´ont rendu crédible et hautement humanisé; il se laisse saborder par un retour à des schémas injustes et immoraux. La démocratie et la liberté dont on faisait et chantait l´éloge hier ne semble plus être valable que lorsque l´occident en profite et reste la norme et la mesure des choses. Mais est-ce là vraiment le sens de la liberté et de la morale ? Réfléchissez bien et vous aller arriver à la même conclusion que moi que ni la liberté, ni la démocratie n´existent réellement si ces deux valeurs sont conditionnés à une quelconque domination ou hégémonisme unilatéral.

Les intellectuels africains, s´ils existent, doivent le comprendre et s´en faire une marche à suivre; sinon, ils se disqualifient intellectuellement face à eux-mêmes, et même face à leurs devoirs. Si tant est qu´ils en ont. Parce qu´à voir comment l´Afrique noire est gouvernée et gérée actuellement, on se demande si l´Afrique ne vivrait pas mieux sans intellectuels ! Peut-être qu´avec uniquement des hommes pragmatiques, les choses iront mieux.

Le travail qui est à faire en Afrique est tellement immense, tellement profond que le mieux serait qu´il se fasse horizontalement à tous les niveaux. Cela permetrait, nomment d´aller plus vite au changement d´une part, et de l´autre de faire profiter à tous de ses avantages. Amitié,

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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