Le Sénateur américain peut-il éviter l´odieux piège conservateur sur lequel ses adversaires le verraient avec plaisir trébucher ?

L´idéal américain, un idéal égal pour tous ?

Depuis que le Sénateur de l´illinoi a conquis les masses dans sa campagne électorale pour la présidence américaine, que le monde entier est sombré dans une véritable obamanie, tous les moyens sont bons à ses adversaires politiques pour le faire trébucher sur quelques sujets anodins au possible. Racisme ! Douteuse religiosité ! Absence de patriotisme ! Manque d´expérience ! Or, les problèmes américains actuels sont principalement d´ordre économique. L´Amérique, en effet, se trouve dans la crise économique la plus douloureuse que ce pays depuis 1929 n´a eu à encourir. Pire, après avoir vendu des hypothèques douteuses aux banques étrangères, les américains risquent d´entraîner l´économie mondiale dans un refroidissement de confiance et des pertes dont les conséquences seraient, si on n´arrivait pas rapidement à en restreindre les dégâts, considérables. Particulièrement pour les pays pauvres sans réserve pour lutter contre les pertes sèches ou la restriction des crédits commerciaux.

Devant un tel désastre, les forces conservatives américaines, au lieu de reconnaître leurs erreurs et leurs manquements et de changer de politique; celles-ci persistent malgré tout à entretenir des guerres et des dépenses militaires aventureuses et gratuites. Visiblement, personne de ces gaffeurs ne voyait que ces guerres coûtaient 1 milliards $ par jour au contribuable américain auquel on refusait une assurance maladie invalidité de commune solidarité, et qu´on envoyait, avec deux à trois jobs éreintants gagner durement son pain. La criminalité était aux etats-Unis la plus élevée du monde, l´instruction publique dégradée, l´éducation des jeunes en grave crise parce que les parents se débattant pour gagner leur vie n´avaient pas le temps de s´occuper de leurs progénitures. Et même si cela ne touchait que les pauvres et surtout les noirs, tous ces problèmes affectaient l´idéal social américain au plus profond de ses ambitions et de ses structures. Et ce n´était pas seulement Obama qui se posait la question : "Etait-ce réellement cela, l´idéal américain de l´Etat le plus riche et le plus puissant de la terre ?". Les riches, eux, on le sait, ils étaient à l´abri de ces désavantages et inconvénients: de jour en jour ils réclamaient de plus en plus de réduction d´impôts de tout gouvernement qu´il fut Démocrate ou Républicain. Et ainsi, ils s´enrichissait sans vergogne, tandis que de l´autre côté, les pauvres eux, s´appauvrissaient de plus en plus.

Ce bilan, même si il est rapide, n´est pas moins vrai. Et pour ne faire appel qu´à ceux qui prétendaient avoir de l´expérience; ce débâcle actuel de la société américaine n´était-il pas le résultat de gestion de ceux qui se prétendaient être "très expérimentés "? Commencer une guerre comme celle de l´Afghanistan en brusquant L´ONU et le monde entier sous la prétention d´exercer son droit de suite et de représailles, passe encore. Mais, en grande nation militaire et prétentieuse de sa suprématie, s´y embourber au point d´en venir à quémander l´aide et l´assistance de pays alliés tiers dont on avait ignoré le conseil de modération...personne ne voyait à quel point l´honneur américain avait été égratignée par un Bushisme jusqu´auboutiste et maladroit ? Autre chose: prétendre être le pays leader de la démocratie et de la liberté et se laisser entraîner à envahir, sous des prétextes fallacieux et aventuriers un pays indépendant et souverain comme l´Irak, y faire des victimes innocentes et détruire ses structures sociales au point que ce pays sombrait aujourd´hui dans un désagréable islamisme, dans la pauvreté et l´insécurité...Etait-ce vraiment là les agissements d´un leader idéal respectueux de valeurs démocratiques et de la liberté des autres ?

L´hérésie d´avoir créé, organisé et instauré des horreurs aux droits tels que Guantanamo, Abu Ghraib, d´instituer ou de maintenir par veto présidentiel la torture de prisonniers, ou encore de faire des arrestations arbitraires en employant les aéroports d´alliés complices ou pas sous le prétexte de lutte acharnée contre le terrorisme ; tout cela dénotait d´une méthodique, d´un sens éthique et moral culturel brusquant pour un grand pays qui se prétendait être le leader du monde libre ou le garant de la liberté et de la démocratie sur l´échiquier international. Et aujourd´hui plus qu´hier, l´Amérique risquait de perdre le respect et la confiance de la plupart de ses alliés, parce que si le monde admirait la puissance et la richesse, il n´en était pas moins vrai que ce monde aimait à protéger des valeurs de justice, de paix, d´entente et de respect mutuels. Parce que celles-ci portaient en elles les fondements nourrissants d´une véritable convivialité humaine. Et même si on arrivait à la conclusion que c´était Georges Bush qui était responsable de ces bévues et pas le peuple américain, ces bourdes cependant avaient été faites sous son drapeau et en son nom. Autant dire que d´une façon ou d´une autre ce peuple en portera les désagréables retombées. Tout cela, pour le peuple américain fier et respectueux de ses valeurs, pousse ce peuple à y réfléchir à deux fois pour choisir prochainement celui qui doit le mieux représenter ses espoirs et les protéger. C´est tout à fait légitime: chat échaudé craint le froid.

Un éminent psychologue américain a dit à propos d´Obama: "Depuis que cet afro-américain brigue avec succès l´investiture des démocrates à la présidence de l´Etat américain, je suis encore plus fier d´être américain et je souhaite qu´il gagne les élections et devienne le premier président noir de l´histoire américaine." Pourquoi, lui a-t-on demandé ? "Parce que cela nous permettra de guérir, par cette réconciliation politique, bien de nos complexes et conflits raciaux en démontrant que l´Amérique est véritablement une démocratie." Ceci pour dire que même si, par tactique électorale, Obama évite de banaliser ou de ravaler cette campagne électorale au racisme, sa nomination a une incidence raciale malgré tout. Et ses ennemis ne le savent que trop bien. Pire: ils veulent, comme par le passé, employer une sournoise méthode qui consiste, lorsqu´ils sont acculés ou en danger de perte de privilège, à projeter sur leurs victimes leurs propres complexes racial en exigeant de celui-ci qu´il leur laisse la préséance pour confirmer sa neutralité. Cela a commencé chez les Clinton avec la proposition de junior allié à Obama dans une campagne conjointe et, évidemment le poste de vice-président aussitôt les élections gagnées. Un subterfuge à la fois méprisant et rabaissant parce qu´il voulait dire: un noir ne peut pas gouverner l´Amérique en premier, il doit toujours être second; c´est cela notre démocratie. Ou encore on fit appel, à tord, aux dires du pasteur d´Obama: Jeremiah Wright, qui s'est déjà demandé en 2003 (!) si les Noirs des États-Unis ne devraient pas chanter God Damn America (Que Dieu damne l'Amérique) plutôt que le traditionnel God Bless America. Qu´est-ce que les paroles d´un homme libre (même pasteur) avait avoir avec ceux d´un autre ? Rien du tout. On voulait simplement éveiller le racisme dormant dans chaque américain blanc. Ce qui aurait pour conséquence de miner l´élection d´Obama par la voie bien connue du nombre.

C´est curieux ce que la démocratie, apparemment, ne soit valable chez certains américains blancs, que lorsqu´ils décident et gouvernent. Sans cela, leur semble-t-il, il n´y a pas de démocratie. Et surtout ne pas leur rappeler que la fameuse démocratie américaine dont ils se galvaudaient aujourd´hui avait été emprunte et noyée dans le sang et les larmes autant d´indiens que de noirs. Plus encore, que cette fameuse démocratie avait précieusement veillé à ce que tout autre que les blancs soient toujours les perdants et logent au plus bas de l´échelle sociale. Celui qui acceptait cela, c´est un véritable démocrate. Mais Obama pouvait-il se laisser aveugler ou enfermer à ce point dans une inversion savante dans laquelle les noirs, mêmes arrivés au niveau de faire entendre les voix emmurées des leurs, se taisaient sous prétexte qu´ils risquaient d´être...racistes ! Cette fausseté, n´est-ce pas ? Le racisme n´était-il pas le fait de refuser aux noirs tous les droits et les libertés de la démocratie américaine égale à tous et pour tous ?

Aujourd´hui les noirs, que ce soit dans la guerre du Vietnam, celle de l´Irak ou celle d´Afghanistan, se battaient et mettaient leurs vies au service d´un idéal dont ils attendaient toujours qu´ils leur rendent justice. Or comme on l´a vu par le passé, et les chiffres sociaux actuels le crient, les noirs sont toujours ceux qui tirent à la courte corde: ceux qui vivent dans les ghettos, qui sont le plus emprisonnés, qui gagnent le moins que leurs collègues blancs. Obama peut-il réellement devenir président de tous les américains et ignorer ces évidences ? J´en doute. Et s´il le fait pour satisfaire à l´establishmen blanc, c´est qu´il n´est pas meilleur que ces blancs qui violèrent, fouettèrent et assassinèrent les noirs par plaisir ou au travail...pour avoir le droit de clamer d´une démocratie et d´une liberté qui n´étaient, en réalité, que la préséance sociohistorique des blancs.

Or l´homme qui brigue la présidence américaine est d´un acabit averti et intelligent. Il exhorte au changement et prétend que ce changement est imminent, salubre et inévitable. Pour le bien de tous. Et c´est cela qui fait de lui un candidat précieux, n´en déplaise à Hillary Clinton ou à qui que ce soit. Parce que lorsqu´on se prétend être démocrate et défendre la liberté, ces deux valeurs s´étalent aussi sur les salaires, l´éducation, l´influence sociale, le passé comme l´avenir. Il ne faut pas qu´ils s´arrêtent à la couleur de la peau ou à quelque complexe gratuit de supériorité. Ces temps-là, qu´on se le dise, sont résolus. Il est temps de réconcilier la société américaine avec l´autre visage de sa propre face, et ceci veut dire qu´on ne continue pas à entretenir un système ou des valeurs truquées à priori ou perpétuant l´injustice sociale la plus primitive. Celui qui prétend qu´Obama n´est pas patriotique, celui-là doit bien ouvrir les yeux ou se guérir de sa cécité. Etre patriote ne signifie pas seulement avoir participé à des guerres gratuites ou criminelles de par le monde en tuant le plus d´innocents que possible ; mais aussi de défendre à domicile un idéal beau et grand qui donne à chaque enfant de la Patrie le sentiment d´être aimé et protégé, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion, son nom de famille ou ses origines sociales. Dans l´intérêt d´une vraie démocratie.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

Forum Réalisance