La 12ième conférence de la Cnuced a ouvert ses portes à Accra dans une atmosphère économique et écologique se dégradant chaque jour pour les économies africaines sous développées. Et on se demande si, encore une fois, cette conférence serait positive pour les africains ou ne resterait, comme toutes les conférences où l´Afrique était invitée, un grand spectacle institutionnel de sourds et de muets.

Au-delà du discours et du cérémoniel

Encore une fois se rassemblait-on au chevet d´une Afrique malade. Malade d´elle-même, malade d´un système économique international dont elle n´arrivait pas à appréhender les nécessités et les intrigues ou tout simplement malade de ce qu´elle ne parvenait pas encore à motiver et concerter ses forces positives pour sortir de ses manques et de ses manquements. 

Et malgré que plus important soit à l´ordre du jour, notamment la paupérisation des africains malgré leurs croissances relativement positives, ou encore le prochain choc imminent de la détérioration écologique mondiale se répercutant sur l´agriculture et les économies africaines avec des conséquences négatives énormes; on est tout de même surpris d´être confronté avec des problèmes de culture politique du Zimbabwe, par exemple, où Mugabe ayant perdu sa réélection, se refusait à céder le pouvoir au gagnant. Peut-être savait-il déjà que ses ennemis occidentaux se promettaient déjà de le traduire en justice. Quant au Darfour, on se demandait bien comment revenir à une paix sociale équitable pour tous; mais selon toute évidence, le Soudan musulman voyait les choses autrement.

Plus urgent, cependant, est la discussion ou concertation sur les problèmes réels endiguant dangereusement l´avenir des pays africains. Car ces problèmes ne se guérissent pas d´eux-mêmes, bien au contraire, ils s´enveniment et risquent de coûter aux africains tous leurs efforts actuels en les replongeant dans une plus grande précarité. Ce sont d´une part les excédents criminels occidentaux qui, avec l´aide de la Banque Mondiale et du FMI, détruisaient sournoisement l´agriculture et les marchés nationaux de production et de commercialisation des denrées des pays tels que le Ghana, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, les Congo Kinshasa et Brazzaville, en fait presque toute l´Afrique était touchée et menée discrètement à l´agonie jamaïcaine ou haïtienne avec un sarcasme commercial des plus inhumain.

Et même si toutes ces exportations occidentales en Afrique étaient légales, elles n´en étaient pas moins criminelles, parce qu´elles étouffaient ce continent ou le repoussaient à la servitude économique la plus injurieuse et de ce qu´elles détruisaient les emplois et les fondements primaires des économies sous développées. Ce faisant, elles entravaient sciemment au sain et paisible développement des africains. Mais, ne soyons pas aveugles, ne pas produire soi-même et assouvir ses besoins le plus fidèlement que possible, n´est-ce pas se livrer ouvertement aux tentations suicidaires de l´importation ? Les matières premières n´étaient pas éternelles, or, avec la concurrence internationale grandissante, ces matières premières étaient consommées à gorge déployée et plutôt abusivement que sagement. Lorsque ces matières premières auront disparue, et si à ce moment-là l´Afrique n´avait pas réalisé son industrialisation, de quoi donc vivrait-elle ? D´aumône et d´eau fraîche ? 

Parlera-t-on à cette conférence de l´aspect crucial et non moins antagoniste des rapports Afrique-Occident sous la francafrique ? Ou se taira-t-on sous la pression financière habituée des donneurs d´aide à des élites corrompues, incapables auxquels l´Afrique devait non seulement son retard technique et rationnel, mais aussi son manque criant d´organisation et de structures institutionnalisées de la production de moyens de réalisation ? Oui, parlons-en. Comment expliquer que sous pavillon du Portugal et de l´Espagne, des forteresses industrielles navales pêchaient à vides les côtes ouest africaines, affamant ainsi tous les pays riverains ? Avait-on, par hasard octroyé des licences aveuglement aux étrangers afin que ceux-ci affament les siens à loisir ? Ce genre intensif de pêcherie à vide des réserves poissonnières africaines, étaient-ils tolérables ? 

Aucune conférence, quelque brillante qu´elle soit, ne peut se substituer au refus ou aux manquements de devoirs que les pays, ainsi que leurs élites, sont tenus d´entretenir envers eux-mêmes. Cela est une vérité sans conteste. Ceux qui croyaient qu´à ces conférences ils trouveraient la ou les solutions à leurs propres erreurs se trompaient bien. En Afrique, comme sur tous les continents, les africains doivent accepter qu´une certaine Afrique, celle qui ne savait ni résoudre ses problèmes par elle-même, ou rendre justice à la réalisation de ses propres enfants et les défendre efficacement contre tous les dangers qui les guettent ; que cette Afrique-là devait mourir pour laisser place à une Afrique plus motivée et moderne. hélas, le malade se confondant avec sa maladie, beaucoup d´africains apeurés croient que la mort de cette vieille Afrique serait leur mort propre. Un reste blessant et offensant d´interminables siècles d´oppression musulmanes et chrétiennes (du 7-8 siècle au 19- 20 siècle), sans doute.  

Si les africains savaient, par exemple, que sous de fausses allégations de solution agraires, les généticiens américains et européens, avec l´aide de la Monsanto (Banque du Vatican), des laboratoires voulaient, comme avec l´eau, les asservir définitivement à l´industrie occidentale ; que diraient-ils ? Vandana Shiva s´était battue avec acharnement pour préserver le libre accès de tout indien à la culture de son propre riz. Les africains, avec la pauvreté, la corruption et le manque d´organisation qui les gangrenaient, ne risquaient-ils pas de vendre ou de concéder leurs richesses génétiques agricoles, ce qui les rendrait définitivement esclaves de multinationales avides sans foi ni loi ?

L´Afrique doit choisir si elle va continuer à se tromper elle-même tout en nuisant inévitablement à son avenir et au devenir de ses propres enfants, ou si elle accepte de tuer l´Afrique incapable et rétrograde en elle pour enfanter, comme une mère aimante, une Afrique moderne et responsable. Car la liberté a un prix d´efforts mentaux, physiques et intellectuels qu´il faut accepter de payer si on y tient. Et afin de jouir d´une liberté qui ne soit pas acquise de seconde main, ou celle qui n´était rien d´autre qu´un avatar d´une autre dominante et gratuitement hégémonique. Celui qui cherche toujours à se dérober envers ses obligations historiques, ou à se cacher de porter consciemment et volontairement le poids de sa propre liberté, de son propre bonheur, des rêves et attentes de ses propres enfants…celui-là ne doit pas être surpris si sa vie ne se transforme simplement en prison ouverte et que ses rêves ne soient perpétuellement peuplés de cauchemars et de frustrations.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu" 

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