Commentaire sur l´article d´Afrik.com : http://www.afrik.com/article14213.html 

Liberté vide ou liberté pleine ?

En guise de plaidoyer pour la libération de Moussa Kaka

Réclamer la liberté d´expression est une chose, l´exercer dans toute sa responsabilité est, hélas, autre chose. Et au demeurant, que défendait-on donc avec la liberté d´expression ; quelle contenu de liberté et de finalité sociale ? Ces questions, lorsqu´on les posent aux journalistes contemporains, on est souvent surpris de recevoir des réponses les plus évasives. La vérité était que les valeurs sociales ne sont plus nettement défendues par les écrivains des feuilles quotidiennes ou de l´information immédiate. Le sensationnalisme, les contraintes de l´orientation mercantile des employeurs, et disons-le franchement : une crise de valeurs et de discussions de leurs contenus ou de leur opportunité a laissé ses traces silencieuses et compatissantes dans les rangs de ceux qui, tout en se réclamant de la liberté d´expression, trop souvent ne l´employait que pour mieux étouffer les desseins pour lesquels cette liberté d´expression existait réellement.

On se rappelle de la sourde solidarité de la presse américaine envers une guerre qui n´était rien d´autre que le bris criant d´une des valeurs la plus chère de la convivialité internationale. Plus tard, lorsque la vérité vint à jour, on se chercha tous les prétextes pour justifier sa coucherie indécente devant un tel meurtre de droit. Le mal, pourtant, était plus profond que cela : dans un pays qui se targuait de leader puissant et influent dans le monde libre, un de ses instruments les plus valeureux, la presse libre et indépendante s´était atteler à un carrosse sanglant, injuste et hautement délinquant sans user de l´objectivité qu´on avait toujours placé en elle, dont elle-même était fière et s´en réclamait pour justifier son statut social et sa valeur en tant qu´instrument d´opinion et de démocratie.

Non, ce n´est pas depuis la guerre d´Irak que l´engrenage de la liberté d´expression dans le monde avait été ensablé. C´était bien avant, depuis les années ´60 où on fit assassiner les leaders africains comme Patrice Lumumba, Ruben Um Niobé, et qu´on laissa jeter Nelson Mandela aux oubliettes pendant 28 ans par un régime immoral et de basse humanité. Depuis cette époque, le journalisme fit sa descente aux enfers avec un parti pris qui lui fit perdre et le respect de lui-même en tant que haut instrument social de lutte et de prétention démocratique et sa fierté éthique intrinsèque. Parce qu´il apparu déjà à l´époque, ou on le fit sciemment sentir et imposer, que la vérité, autant que les valeurs humaines étaient relatives et dépendantes des intérêts de ceux qui les imposaient.

Il fallu cependant se séparer de l´Apartheid. Cependant qu´entre temps, on fêta à tort la guerre du Vietnam. Et plus sournois. On se tut pendant que l´occident solidaire, avec un machiavélisme des plus sournois, servit et installa la francafrique aux africains en guise d´indépendance. Après toutes ces curieuses condescendances auxquelles on s´empressa, dans tout le monde occidental, à refuser la contestation ou la discussion politique du contenu de valeur, il ne resta plus que l´immédiat, la sensation visuelle ou le scandale pour sauver ou entretenir de hauts tirages de pages où le nu ou le rapportage statistique se donnaient la main sans expliquer aux lecteurs que ces statistiques disaient bien de choses. Raison pour lesquelles, par exemples, les statistiques des dettes publiques, du chômage…étaient bien souvent truqués dans bien de pays du monde.

En Afrique la muselière occidentale faussant la liberté des africains et les valeurs d´indépendance et de démocratie avaient laissé ses traces : pire encore qu´au centre métropolitain du capitalisme, les journalistes croyaient qu´il s´agissait, pour exercer la liberté d´expression, d´étaler le plus savamment la langue du maître tout en faisant autour de la vérité, du contenu des valeurs des cercles concentriques qui ne conduisaient nulle part, sinon à dérouter les gens de la réalité. On n´est donc pas étonné que les africains manquent, comme on le leur reproche par trop souvent, de réalisme. Renié pendant toute l´époque de l´esclavage, castré pendant la colonisation et dévoyés depuis l´indépendance vers de faux paramètres d´interprétation, ce qu´ils clamaient ou défendaient étaient tout aussi vides que le sort qu´on leur réservait : celui de chose économique et politique du maître omnipotent et hégémonique étranger.

Aujourd´hui ce journaliste africain s´est-il rendu compte de la supercherie ? S´est-il rendu compte que l´important n´était pas dans le verbe mais bien dans le contenu et la discussion profondes des enjeux des valeurs ? Ou tournait-il encore en rond, comme ces ONG qui avaient été sorties des chapeaux d´illusionnistes occidentaux pour clamer et réclamer des libertés théoriques alors que ces liberté, pour s´en réclamer ou les exiger, devaient d´abord être produites par de dures labeurs créatives et imaginaires ! Ces messieurs mettaient donc sciemment les bâtons dans les roues aux gouvernements et leurs sociétés en réclamant des droits qui tomberaient…du Ciel ? Certes, certes, ne soyons ni inhumain, ni primitif ; mais celui qui vous donne toutes les libertés et vous refuse le travail, l´instruction, un salaire honorable ; celui qui, tout en fautant des troubles chez autrui, en y vendant des armes aux rebelles pour mieux piller ou exploiter vilement nos marchés …celui-là ne nous trompe-t-il pas ouvertement ?

Mais oui. Et comment ! On avait aujourd´hui en Afrique une curieuse pollution de fameuses démocraties de la faim, celles de l´endettement chronique, du chômage et de l´heureuse exploitation étrangère. Et dans ces mensonges politiques vides et cruels, que valait donc la liberté d´expression aussi grande qu´elle soit ? Ne voyait-on pas que ces fameuses ONG n´avaient pour but que de tromper les gens, et que l´important de l´économie sociale était ailleurs là où le travail nourrissait son homme et le protégeait de la destructive pauvreté ? Pendant que les universités fermaient ou manquaient d´instruments et d´ouvrages, que les écoles professionnels faisaient défaut ; oui, pendant que l´agriculture et l´élevage se mourraient, étouffés par les avalanches incessantes des excédents des pays industrialisés occidentaux…que pratiquement tout le continent noir sombrait, faute d´investissement et de production propre, dans la misère et la pauvreté…ne pas parler de cela ou se taire sur ces vérités importantes pour l´avènement et l´entretien de toute démocratie, ne nuisait-on pas à la véritable liberté d´expression ?

Je le pense bien. Il n´existe pas de démocratie ou de droits humains qu´on réclamerait pendant que manifestement on omettait de faire germer les grains riches et nourrissants de ses fondements réels. La liberté théorique est une bien belle illusion qui ne crée que des enfants affamés, pauvres et dépendants. Et même si des forces occultes veulent nous faire croire qu´il suffit de croire en elles, d´importer leurs produits, de leur vendre jusqu´à notre dernière chemise pour que nous soyons en droit d´obtenir notre liberté ou d´engranger nos droits de réalisation ; nous devons être assez intelligents et pragmatiques pour ne pas nous laisser berner par ces mensonges et nous donner les moyens et les instruments nous permettant d´assouvir par nous-mêmes les profonds tourments que notre culture nous impose, ainsi que ceux qui réalisent les rêves brûlants de nos femmes et de nos enfants. Parce que c´est dans l´assagissement passionné et soutenu de ces rêves que se découvre ou éclôt la véritable démocratie de liberté.

La liberté, comme on le sait, on ne peut pas la réclamer ni du ciel, ni des autres ; elle se fait et se définit selon les attentes profondes de notre réalisation. Attendre qu´on nous l´offre ou qu´on nous la reconnaisse, c´est se prêter naïvement à la recevoir en seconde main, en version écourtée ou tout simplement en un énorme ballon d´illusions qui, toutes s´envoleraient sans apporter satisfaction à nos exigences, en nous laissant un goût amer de vie empruntée et dépendante. La liberté, c´est hélas autre chose ; et ce n´est que la beauté et l´amour de cette vraie et fidèle femme qui guérit vraiment le cœur sincère de tout être humain de bonne foi.

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

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