Cette inversion logique par laquelle nous devions accepter de nous déposséder de nos forces vives, de nos intellectuels, de nos matières premières sans que ceux-ci n´oeuvrent à notre devenir, ou accepter d´enrichir l´occident pendant que nos femmes et nos enfants manquaient de l´essentiel ; cette incongruité nous menait tout droit à l´échafaud !

Sortir et vite de cette ignoble et perverse inversion !

Notre situation actuelle, si personne ne s´en rend compte, nous mène inéluctablement à l´échafaud. Car selon toute vraisemblance, nous tissons nous-mêmes la corde avec laquelle l´occident nous pend haut et court tout en prétendant faussement exercer la liberté ou la démocratie ! Et pendant que trompés, abusés ou tout simplement excédé par la misère et la pauvreté dans laquelle l´Afrique nage depuis bien longtemps sans que cela change, nos techniciens et nos universitaires désertaient leurs pays pour l´occident, nos richesses et nos efforts économiques, comme par tour magique, allaient nourrir un moloch grandissant qui rassasié revenait nous écraser encore plus sournoisement. Personne ne voit, personne ne comprend que cet état des choses nous est foncièrement préjudiciable, et que cela ne peut plus continuer ? Allons donc, et ce génie africain, que diable, à quoi servait-il, à tourner les pouces ?

Mais retraçons, pour ces grands génies qui abondent chez nous, rapidement ce qu´a été notre sort ces derniers 600 ans :

  1. Avec l´esclavage direct des chrétiens qui commença au 15ième siècle (notons que les islamistes, eux avaient, en envahissant le Nord de l´Afrique, exercé l´esclavage des africains dès le 7ième - 8ième siècle jusqu´au 16ième), nous livrâmes malgré nous notre force physique de travail pour l´enrichissement de l´occident et son développement industriel. Cette période, comme on le sait dura environ 450 ans et ne nous catapulta pas au sommet des bienfaits et des richesses auxquels nous avions participé ; bien au contraire, notre statut resta, même après l´abolition de l´esclavage, précaire et repoussé au plus bas des sociétés américaines, guadeloupéennes, antillaises, haïtiennes etc. Et cela veut dire que nous n´avions ni eu l´occasion d´accumuler ou d´être propriétaires de nos propres droits ou de nos biens propres.

  1. A la colonisation, ce fut la même politique, cette fois avec occupation directe

de nos terres restriction de nos droits civils, politiques, ainsi qu´une       exploitation économique assujettissante dominée par un utilitarisme unilatéral des intérêts du colonisateur et de son sens culturel hégémonique. Cette époque dura approximativement 100 ans.

  1. A la décolonisation que nous réclamâmes au prix du sang, les colonisateurs s´empressèrent de liquider tous les noirs qui semblèrent réellement tenir à     l´indépendance et à l´exercer pleinement. Ainsi décapitée de Patrice Lumumba, de Ruben Um Niobé, d´Amilcar Cabral, de Gamal Abdel Nasser… ; on en profita pour établir en Afrique un système d´exploitation économique et financier machiavélique ayant pour but de déjouer toute velléité de véritable indépendance économique, culturelle, financière des ex pays colonisés en les liant définitivement à la prédominance et aux intérêts politiques, culturels et économiques des nations colonisatrices. La francafrique était née. Et depuis 48 ans nous en subissons le joug avec les déplorables résultats qu´on peut admirer aujourd´hui.

    Et il faut bien se demander aujourd´hui, et surtout pour tous ceux de nos génies qui ne se sont pas donné la peine de comprendre ou de réaliser ce qui s´est passé et continuent à se passer : quand aurons-nous compris qu´autant notre liberté réelle que notre réalisation sociohistorique avaient été, depuis des siècles, torpillés ? Faut-il que cela continue en nous faisant de fausses illusions ou de fausses promesses selon lesquelles ça ira un jour ?

    Personnellement, ce qui m´a mis en colère lorsqu´on analyse tous ces faits, et dans la perspective de changer les choses, on se rend compte que toutes nos larmes, toutes les privations de libertés que nous avions subies, toutes nos souffrances ; que tout cela n´aura au fait plus servi aux autres qu´à nous-mêmes. Et que si nous voulions réellement changer les choses aujourd´hui et nous libérer effectivement du joug occidental qui nous a été injustement et inhumainement imposé, nous devons de nouveau souffrir de commettre des efforts immenses pour retrouver notre pleine et entière souveraineté socioculturelle. Le pire est que si les africains, eux tergiversaient et s´abîmaient dans des théories cabalistiques les unes que les autres, l´occident, lui, a déjà compris ce qui se passe et met tout en œuvre pour que toutes nos accumulations se dissipent en fumées pour nous par des importations forcées et étouffantes lesquelles renflouent les caisses de ses sociétés commerciales. Celles sont alors encore mieux armées pour entreprendre des pressions adéquates pour nous repousser dans la misère et la dépendance. Le cercle vicieux est refermé, n´en sortira que celui qui arrivera à en briser les anneaux.

    Maintenant, mes amis les génies, que devons-nous faire pour changer les choses ? Faut-il nous retirer, par exemple derrière les pyramides du passé pour pleurer de grosses larmes sur notre grandeur passée ? Notons que ces pyramides étaient occupées par une gente islamique depuis le 7ième siècle en repoussant les noirs au centre de l´Afrique ou en les vendant comme esclaves.

    Ou alors allons-nous continuer à acclamer et entretenir la francafrique tout en sachant qu´elle nous assassinait avec sa corruption, son exploitation félonne, son assujettissement économique, politique et culturel ?

    Ou allions-nous continuer à jouer éternellement les mendiants médiocres et sans talents qui n´arrivaient pas à quitter les marécages de la dépendance et de la misère chronique parce qu´ils ne se donnaient ni les moyens d´en sortir, ni les idéaux sévères adaptés à changer les choses ?

    Je suis tout à fait d´accord qu´il nous faut une révolution, comme le dit Jean Pierre Kaya dans son livre « Théorie pour une révolution africaine ». Seulement, mes amis, aucune théorie quelque efficace soit-elle n´a jamais changé les choses dans un pays ; ce sont des hommes de vision et de talent qui doivent mettre sur pied le détail minutieux de cette révolution. Et si ceux-ci manquent de réalisme ou sous estiment leurs ennemis ou le contenu et la portée ambitieuse de leurs devoirs…cette bonne révolution ne sera rien d´autre qu´un bel échec qui ne conduira, comme tous les échecs de l´histoire, que peuple encore mieux dans les bras de ses prédateurs naturels. Il suffit de voir aujourd´hui ce qu´est devenue la dernière célèbre communiste du monde, notamment en Russie, pour se rendre compte qu´il n´en restait plus rien. Aujourd´hui quelques milliardaires jetaient des sommes folles par la fenêtre pendant que le petit peuple, lui, vivait dans une croissante pauvreté. A quoi avait servi cette révolution, au fait, si quelques décennies plus tard tout est remis à zéro comme c´est le cas actuellement en Russie ? Et pratiquement dans tout l´Est de l´Europe qui se gargarisait jadis du communisme. Aujourd´hui c´est à peine si on ne les entendait frapper avec frénésie aux portes de l´Union Européenne. Pour jouir allégrement des accumulations qui avaient été faites notamment avec l´exploitation chosifiante que l´Ouest on nous impose depuis des siècles !

    Soyons réalistes, nous nous trouvons devant la situation la plus infamante qui soit : d´un côté un colosse puissamment industrialisé, riche et influent comme adversaire ; de l´autre des peuples peu instruits ou pratiquement analphabètes, sans tradition technique et industrielle affirmées, sans conscience dialectique avertie et affûtée…souffrant d´aliénation culturelle latente plutôt qu´affirmés et conscients de leurs identités sociohistoriques propres. Dites-moi maintenant si cette situation n´est pas déplorable, si pas cruellement inégale ? Et pourtant, il nous faut cette liberté à tout prix, sans cela nous ne serons que des zombies sans âme et sans identité de l´ordre économique et culturel occidental. Au vu et au su de cela, je conseille donc à tous nos nombreux génies à aiguiser leurs talents, à s´épuiser dans la recherche de solutions réelles qui nous permettraient de sortir de notre marasme, plutôt que de se lancer des fleurs indues et prématurées.

    J´avoue sincèrement que n´importe quel être humain de bonne foi se trouverait, devant le tableau désolant du sort ingrat qui est le nôtre actuellement, quelque peu frustré et profondément choqué. Et je sais que selon son éducation et sa perception sensible du problème, chacun réagira différemment. Mais ce que je ne peux vraiment pas comprendre, c´est qu´au lieu de chercher des solutions utiles et adéquates, des gens sensés et apparemment intelligents se donnent tous les prétextes pour tromper les apparences et eux-mêmes en se cachant dans des buissons faussement fleuris. La situation, à mon avis, ne le mérite pas.

    Musengeshi Katata

    „Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu“

    Forum Réalisance