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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

18 juin 2008

Afrique: ou se développer rapidement ou mourir de faim

A l´instar de mon court voyage au Ghana et au nord du Nigeria, mes craintes les plus repoussées se sont pourtant avérées exactes : l´Afrique tardait toujours à prendre le train régulier et sûr qui le conduirait vers un meilleur avenir. Dans l´arrière pays africain, au cœur battant des pays noirs, tout allait toujours aussi lentement…sans le moindre signe de changement.

Le précieux choix incompris ou naïvement dilapidé

A la fin je me demande quel langage on doit employer pour faire comprendre au pouvoir africain qu´il n´était pas à la hauteur de sa tâche car il ne développait ni les facteurs d´éducation, de formation et d´instruction permettant d´orienter et d´éclairer les mentalités et les esprits vers les exigences modernes du développement, autant qu´il n´investissait pas conséquemment dans la productions d´outils et de moyens relevant l´agriculture et l´élevage de leurs méthodes archaïques de production. Et à mon avis, si l´Afrique se plaignait aujourd´hui d´être laissée en touche par des promesses d´aides vite formulée au G 8 mais apparemment difficile à tenir, l´emploi et l´usage que font les africains de l´aide ne relève pas de la plus grande diligence.

Avec quelques amis érudits africains et étrangers, nous nous sommes donnés la peine de vérifier sur le terrain du fameux optimisme africain selon lequel l´Afrique avait une progression économique de 5,…%. Et à bien y regarder, on se demanderait où est donc passé cette croissance, que diable ? Les écoles étaient toujours aussi austères ; le niveau de connaissance, de publication, l´agriculture et l´élevage étaient encore primitifs…où diable sont passés ces augmentations du PIB si rien de solide et d´organisé pour l´avenir n´en sont les résultats concrets ? Et pourtant, l´Afrique n´est pas pauvre en nécessités à réaliser comme elle ne l´est pas en gens bien intentionnés et diligents ! Alors, que se passe-t-il donc ? Il n´y a qu´une seule réponse à cela : la responsabilité des pouvoirs politiques s´exerce en dehors ou en deçà de leurs devoirs naturels de protéger, promouvoir et défendre le développement de leurs sociétés. Superficialité, dépassement ? Manque de vision adéquate de leurs devoirs concrets ? Ou tout ce marasme auquel on assistait en Afrique n´était rien d´autre que l´expression d´une lourde et néfaste incompétence auxquels la corruption et l´aliénation mentale habillaient d´une fausse et dangereuse parodie du pouvoir ? Le pouvoir, où qu´on soit, a ses devoirs, son rituel et ses obligations. Ne pas être capable de l´exercer valablement en répondant à sa déontologie et à ses exigences ; cela qualifiait-il l´incapable de génie ? Maintenant je me demande pourquoi devrait-on se fier à une telle autorité ?      

Si les africains étaient tous sincères et d´accord sur la dimension et la mesure des efforts que leur culture doit accomplir, ils reconnaîtraient que certaines conditions, certains rapprochements doivent absolument s´emboîter et concourir à un édifice réel et effectif si on veut obtenir des résultats concrets. Et cela sans le moindre mesure de tolérance ou de tergiversation. Il s´agit, après tout, et on l´oublie le plus souvent, de l´avenir et l´amélioration des conditions de vie d´êtres humains dont on pouvait lire dans leurs yeux délavés et leurs soupirs excédés que leurs désirs et leurs attentes les tourmentaient cruellement chaque jour. Et si on voulait réussir à changer les choses dans l´intérêt de tout un chacun, l´efficacité et l´assiduité étaient à l´ordre du jour afin que rapidement chacun y trouve son compte. En Afrique, cependant, je suis toujours surpris que le temps soit considéré comme un ami, or ce temps peut revêtir la peau du pire de nos ennemis. Surtout si d´autres cultures étaient en avance sur nous et, de par l´histoire ou la promiscuité économique internationale, celles-ci nous dictaient ou nous imposaient des paramètres et des conditions existentielles qui n´étaient pas nécessairement ni dans notre intérêt, ni dans le respect de nos libertés et de notre libre et souverain épanouissement.

Pour des cultures et des peuples dont la civilisation n´est pas fondée sur la domination des autres, nous ne voyons pas directement qu on nous consomme les matières premières sous nos terre en nous léguant une écologie criminelle et en nous enfermant, dans un avenir prochain, à une pauvreté et une dépendance dont nous ne saurons sortir de par nous-mêmes ! Se laisser mener par le bout du nez, dans ces conditions ou se laisser détourner de ses intérêts, c´est se condamner soi-même ainsi que les générations futures à un sort des plus cruel. Il est donc temps, à mon avis, de faire diligence autant dans la vente de nos matières premières que dans l´usage et l´utilisation de l´aide économique et financière étrangère. Mais le plus important reste et demeurera toujours l´effort, le prix que nous sommes prêts à offrir ou à nous imposer de nous-même pour nous réaliser le plus pleinement, le plus élégamment que possible.

Et ici une petite parenthèse personnelle : je ne dis pas qu´on doit toujours être de mon avis, tirer les mêmes conclusions, loin de là ; je suis assez rationnel et équilibré pour savoir qu´on peut aborder un problème depuis plusieurs points de départ. Mais je sais aussi que certaines évidences, certaines conclusions, certains résultats sont toujours les points de repère pour juger de la justesse ou de l´efficacité d´une entreprise. En Afrique que j´ai appris à observer objectivement de très près, on se trouve comme une cascade d´eau de plusieurs chutes consécutives représentant les différentes générations d´entrepreneurs politiques, économiques, sociaux et intellectuels aux prises avec les problèmes économiques et culturels de leurs sociétés respectives. Et avant que l´eau ne parvienne à la rivière où on peut la boire et apprécier de sa fraîcheur, elle a été battue, émoussée, séparée de bien d´impuretés. Mais si ces générations successives ne s´émancipaient pas elles-mêmes successivement et impérieusement, l´eau ne serait pas forcément pure et agréable à boire au bas de la vallée des espoirs sociaux. Changer et émanciper l´entrepreneur africain dont je parlais, c´est avant tout l´instruire et lui donner les moyens critiques lui permettant d´avoir accès à l´amour du progrès parce que celui-ci ouvre et promet une meilleure satisfaction des différents enjeux sociaux.

Ce que je voulait dire par-là est ceci : nous nous donnons beaucoup de mal pour discuter et former l´univers rationnel dialectique de l´intelligence africaine, notamment parce que nous sommes en retard rationnel effectif par rapport aux autres cultures ; mais aussi parce qu´ayant, pendant les 600 dernières années par les chrétiens et même à partir du 7-8ième siècles par les hordes islamistes envahissant notre continent (voir Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte islamique..etc) nous avons été empêchés ou interdits par ces domination à développer librement une stratégie dialectique existentielle répondant à nos aspirations culturelles et notre sens sociohistorique. Depuis le 7-8ième siècle en effet notre développement a toujours été interrompu dans son originalité par des envahisseurs étrangers. Et le fait d´avoir sous estimé la tradition écrite et privilégié la tradition orale, notre rationalité a eu difficile à se soumettre assidûment à la critique et à des normes critiques objectives de discussion ; ce qui lui aurait donné un regain assidu en objectivité. Aujourd´hui nous voulons changer les choses et recouvrer le nerf rationnel précieux de nos cultures afin de l´exercer pleinement d´une part, et de l´autre, afin de le mettre à jour afin qu´il soit à mesure de répondre aux exigences contemporaines.

Mais voilà, pour des raisons d´aliénation, de courtes vues et même de flagrante naïveté, nous nous mettons nous-mêmes les bâtons dans les roues ! Résultat : stagnation conduisant à la pauvreté, aux guerres tribales et aux guerres de révoltes sociales comme on l´a vu en Ouganda, au Kenya, au RDCongo, et dernièrement en Afrique du Sud. Tous ces remous sociaux sont les résultats d´une gestion politique qui n´arrivait pas à satisfaire aux attentes de leurs peuples, autant qu´elles n´offraient pas de perspective réelle d´avenir. Les africains, contrairement à ce qu´on pense, ont déjà compris leur situation ; seulement, ils sont surpris que malgré leurs efforts, malgré les promesses de leurs politiciens, les choses ne changent toujours pas. Bien au contraire, après quelques années égales, leurs situations se détériorent irréversiblement. Et en fait ils n´ont pas tort : l´Afrique n´accumule que très peu ou pas du tout ; ce qui ne lui permet pas de résoudre ou répondre aux exigences croissantes de ses sociétés.

Changer les choses ? Bien sûr. Mais si on fait corps avec son mal, cela peut empêcher de voir plus loin que son nez et saisir les solutions utiles et efficaces permettant de changer les choses au mieux. On ne peut pas non plus, et même si ce facteur ne doit pas être ignoré, accuser l´étranger d´être la source de nos maux ; à ce petit jeu mesquin cachant les véritables erreurs et les faiblesses rationnelles des africains eux-mêmes on rejette plutôt aux autres les causes de nos propres malheurs. C´est sans issue, à mon avis, l´Afrique doit accepter de changer autant ses mentalités que sa préparation sociale à assumer, dans un monde exigeant et permanent changement, une destinée qui lui ouvre les moyens et les possibilités de répondre aux besoins de ses propres enfants. Et il ne s´agit pas de crier : nous sommes riches pendant que les richesses de ce continent ne servaient qu´aux étrangers et revenaient, sous formes d´armes, de boites de conserves ou d´importations appauvrissantes ruiner nos accumulations. Ou encore faire des conférences inutiles sur l´origine de la science en Afrique si celle-ci ne trouvait application nulle part en Afrique et que les fils de ce continent devaient s´exiler pour trouver emploi et exercer…la science. Il faut apprendre à ne pas tromper les priorités. Ou cesser de s´enfumer l´esprit avec des illusions qui ne menaient nulle part.

Et pour finir un mot aux attardés de l´esclavage, de la colonisation ou de la francafrique : lorsque nous évoquons ces méchantes péripéties de l´histoire occidentale envers l´Afrique, il s´agit seulement de ne pas laisser à l´oubli un repère important de jugement derrière lequel reposait « la civilisation » ou la fameuse « liberté » occidentale, ainsi que les douteux relents qui ont pavé le parcours de la « démocratie » occidentale. Ceci doit permettre à tout intellectuel africain de se libérer d´un suivisme aveugle et dangereux de la soupe sociale occidentale afin de faire l´effort de retrouver son identité et ses propres valeurs culturelles. Mais cette critique légitime ne doit pas devenir un lieu de pèlerinage intellectuel duquel on ne revenait pas ! La vie continue, dirai-je, sachons nous instruire du passé, mais le présent a son tribut et ses exigences. C´est donc qu´il faut aller de l´avant, et prouver qu´on est plus humain que ceux qui ont fait l´esclavage et la discrimination raciale des africains pour accumuler à vil prix.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

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Posté par Musengeshi Kat à 19:50 - critique et objectivité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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