On parle de la « rancunière » et on lui reproche à tort d´avoir dit lors de son discours à Milwaukee (Wisconsin) en février dernier « pour la première fois dans ma vie d'adulte, je suis réellement fière de mon pays » pour saluer la victoire effective de son époux en tant que candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis.

Au plus embusqué de la fausseté

Cette attaque, pour peu anodine qu´elle soit ne peut laisser personne indifférent parce que derrière elle, à défaut d´argument et vu la puissante popularité qu´a soulevé derrière lui le sénateur de l´Illinois, l´establishment blanc cherche en vain à combattre un phénomène qui surprend toute l´Amérique et embrase le monde entier : la sympathie et l´encouragement à la victoire d´Obama.

Même les démocrates ont été surpris par le succès de cet austère sénateur et sympathique dont la vie et le discours politique, de jour en jour, rallie en masse derrière lui les électeurs américains de toutes les couleurs, de tous les âges. Pour gagner les élections, on s´était habitué à mentir, à impressionner et à manipuler les gens en leur donnant des promesses qui, aussitôt les élections engrangées, se transformaient toutes par des guerres gratuites et ruineuses pour les finances publiques à l´étranger, une gestion économique bancale qui ne créa ni nouveaux emplois, ni de nouvelles perspectives aux chômeurs dont le chiffre, depuis 20 ans, croissait irrésistiblement. Obama, lui, avec son slogan « yes we can » exhortait les électeurs américains à participer à changer les choses au mieux. 200px_Michelle_Obama_Cropped

Et devant l´intelligence et la justesse avec laquelle la campagne d´Obama avait été entreprise, et surtout le succès qui s´en suivit, la presse de l´establishment blanc se voyant perdre pied dans une course dont elle avait toujours dicté et influencé les règles, s´attaque à Michelle Obama, comme le dit la chroniqueuse conservatrice Michelle Malkin en qualifiant Michelle Obama de "moitié amère" de son mari. Myra Gutin, historienne spécialisée dans les premières dames de la maison blanche et auteur de The President's Partner: The First Lady in the 20th Century dit, pour sa part :

"Elle a besoin de se détendre, de montrer qu'elle a le sens de l'humour et qu'elle est capable de se moquer d'elle-même". Si ce n´était pas ici l´incitation à jouer la femme simple et bêtement domestique ! Ou était-ce une injonction du genre : la politique c´est pour les hommes ; tais-toi donc, tu sorts des normes usuelles ?

On reprochait aussi au couple Obama d´avoir, en signe de satisfaction lors de la fin des préliminaires démocrates qu´ils avaient gagnées, de s´être félicité en se touchant du poing : un geste courant de nos jours dans la jeunesse américaine et même mondiale, mais taxé de terroriste par le New York time ! Apparemment, et cela était indéniable, on cherchait la bête noire partout. Vainement, à notre avis ; parce que le Train Express Obama avait déjà embarqué ses passagers et à toute allure roulait vers la Maison Blanche. Et à chaque arrêt, un nombre impressionnant de nouveaux adhérents se bousculaient à ses portes pour encourager et soutenir le mouvement.

Cette attaque, si on peut y revenir, que cachait-elle réellement ? Une presse qui s´était laissé abusée, ridiculisée et instrumentée par l´administration Georges W.Bush lors de la guerre d´Irak en fermant les yeux sur des mensonges flagrants et cousus de fils blanc ; cette presse se réveillerait-elle pour gaffer de nouveau en cherchant une aiguille dans le foin ? Nous ne croyons pas qu´il s´agisse d´un relent de ressentiment raciste ou, ce qui revenait au même, l´expression jalouse d´une presse blanche qui avait encore difficile à accepter qu´une femme noire intelligente et ambitieuse devienne la First Lady américaine ?

J´ai personnellement suivi les pas et les discours de Michelle Obama qui sont, comme ceux de son époux, brillants et engagés. Et je crois que ce qu´on reproche à cette femme, c´est qu´elle n´est pas, comme on voudrait bien le voir et l´entendre, une femme bête et banale tout simplement comme l´establishment blanc l´a toujours souhaité pour ses noirs (Des bêtes de somme, en fait ; sans caractère, opinion personnelle ou même volonté réellement libre que de suivre et d´accepter le sort que leur avait prescrit le maître). Les américains et leur médias ont pris l´habitude de tresser autour de leurs First Ladies des contes de fée aussitôt arrivées au pouvoir pour faire la galerie, malgré que ces bonnes dames n´y comprenaient rien du tout et se contentaient à jouer un rôle dont le protocole avait était minutieusement écrit et dicté par des spécialistes de la propagande du pouvoir. Ce genre de parodie était-il valable pour tous ? Le rêve américain n´était-il pas un rêve réel, vrai, qui devait être porté par des gens vrais et sincères ?

Michelle Obama, elle, ne semblait pas tomber bassement dans cette catégorie du surfait ; quoiqu´issue de conditions sociales modestes, elle s´était élevée dans la société et l´estime de son époux par son intelligence, son amour du travail, sa fierté d´elle-même et son engagement soutenu pour la société qui était la sienne. Et à l´heure de cueillir les meilleurs fruits du parcourt de sa vie aux côtés de l´homme qu´elle aimait et avec lequel elle faisait campagne, elle se rend compte qu´elle est le meilleur vœu du rêve américain ouvert à tous. Et ceux qui, aujourd´hui, essayaient de la diminuer ou la discriminer, prouvent par là que pour eux ce fameux rêve américain n´était rien d´autre qu´une fausse illusion qui ne devait être vraie que lorsque les candidats étaient de l´establishment attendu !

Si cette histoire, au coin de tous les détours, ne sent pas le racisme et la discrimination pernicieuse ! Mais toute la société américaine, sa jeunesse, ses intellectuels, le monde entier ; tout le monde avait déjà compris que le glas, pour le bête conservatisme américain dépassé à la Georges W. Bush avait sonné. Qui pouvait donc de nos jours aller prétendre que Dieu était blanc et qu´il avait donné le droit à la race blanche à dominer toutes les autres races en leur imposant quid l´esclavage, le meurtre gratuit, l´exploitation asociale et criminelle, quid en les maintenant dans la pauvreté tout en prétendant à gorge déployée être démocrate et aimer la liberté ? Existe-il de liberté dont on pouvait se réclamer avec tous les moyens légaux et illégaux sans la reconnaître aux autres ? Existe-t- il de véritable démocratie dans une société lorsqu´un groupe, une part entière de cette société étaient sciemment et systématiquement privée de défendre et d´entretenir légitiment ses droits et ses libertés ? Quel est ce genre de Dieu qui autoriserait, malgré sa Bible, qu´on parjura des siècles durant à ses règles tout en se réclamant de lui ? Un Dieu factice ou un Dieu vilement abusé ?

Toutes ces questions, on le voit, font déjà mal à l´establishment blanc qui se voit pour la première fois confronté, au plus haut siège du Pouvoir Blanc, avec ses propres contradictions évidentes. Et si Al Gore dit en rejoignant le camp d´Obama que l´élection de ce dernier à la tête des Etats-Unis va changer le cours de l´histoire de la planète, il n´a pas tort. C´est la fin d´une drôle d´époque où le mensonge, le crime et l´abus de symboles et de contenus de valeurs humaines a conduit le monde entier à suivre et accepter des normes unilatérales et sourdes de la domination blanche tout en reniant les siennes propres. Demain, pourtant, de nouveaux contenus de valeurs (plus justes et plus équitables) sont requis pour maîtriser la crise économique mondiale et les divers conflits hérités de confrontations abusives pour les équilibres écologiques de notre planète autant que pour les droits et libertés auxquels bien de peuples avaient été, des décennies entières, privés.

Et en ce sens on devrait plutôt saluer la prochaine entrée à la Maison Blanche d´une femme noire intelligente, forte de caractère et d´engagement pour le rêve américain ; au lieu de vouloir l´enfermer dans un corset conservatif comme l´ont été toutes les First Ladies blanches. Tout le monde ne peut pas se fabriquer une légende et vivre sa vie écrite sur un script de mise en scène propagandiste. Nous sommes tous les produits de nos expériences et de nos ambitions individuelles, autant que nous sommes le produit de l´idéal de société qui se cultive dans notre milieu de naissance. Mais le plus important est la grandeur et la beauté du rêve auquel nous aspirons et pour lequel nous nous préparons toute notre vie en espérant pouvoir le réaliser. Et à ce titre, et au nom d´une véritable liberté, d´une vraie démocratie, l´Amérique devrait être fière d´avoir été capable de germer en elle une fière famille Obama. C´est la preuve que ce peuple américain est de haute destinée humaine, et qu´envers et contre tout, son sens de la liberté et de la démocratie est sain et généreux.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

N.B : mes lecteurs liront ici le meilleur article français du Net sur Michelle Obama : http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/332315.FR.php

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