25 juin 2008
Valeurs humaines et contradictions : le vu et le caché de notre sens de justice
Apparemment juste et évident : l´ONU condamne dernièrement les viols de femmes commis dans les conflits armés. Mais voilà : ne pas empêcher ou condamner le conflit armé lui-même qui a conduit au meurtre de vies humaines (militaires ou civiles), et cependant s´en prendre au viol…celui qui peut tuer pour une raison ou pour une autre, recule-t-il devant le viol d´une femme ?
Justice désaccordée, justice de circonstance ?
Nous sommes tous d´accord que le viol, qu´il soit exercé en période militaire ou civile, est un vil crime et qu´il doit être puni sans la moindre tolérance. Mais disons-le aussi : à toutes les époques humaines, toutes les armées se sont abaissées à de tels crimes parce qu´ils avaient le caractère psychologique de combattre les adversaires dans sa fierté morale. Que ce soit au Vietnam, pendant la deuxième guerre mondiale de tous les côtés, le viol était à l´ordre du jour quand l´occasion et la basse morale du combattant et de ses supérieurs l´autorisaient. L´année passée, les Etats-Unis ont rejeté la motion présentée le 7 juillet 2007 au Congrès américain par le représentant démocrate de la Californie, Mike Honda, élu de la Silicon Valley, qui condamne le Japon et exige que Tokyo assume sa responsabilité à l'égard des «femmes de réconfort», ces 200 000 esclaves sexuelles coréennes, taïwanaises, philippines, chinoises de Malaisie ou néerlandaises d'Indonésie entraînées de force dans les fourgons de l'armée japonaise par la Kampetaï, la police militaire, ou bernées par la promesse d'un travail. Alors, morale de circonstance ? Ces femmes n´avaient-elles pas mérité que les Etats-Unis qui avaient gagné la guerre leur rendent justice ?
Ce rejet de condamnation, pour conciliant qu´il fut à l´égard du Japon, ne cachait-il pas la conscience douteuse d´une Amérique qui, elle-même, et sous des prétextes des plus aventureux de l´interprétation de la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, priva volontairement le droit international reconnu aux détenus en leur faisant subir à Abu Ghraib, à Guantanomo un non droit assaisonné de traitements illicites et douteux pour un pays civilisé et se réclamant des droits des hommes, de la liberté et de la démocratie ? Jusqu´à ce que la Cour suprême américaine reconnut à ces détenus le droit de recours devant des tribunaux civils, ni l´ONU, ni qui que ce soit au monde ne sut leur venir en secours.
Et faisons une petite parenthèse pour apprécier de la dialectique de Nariaki Nakayama, qui fut jusqu'en 2005 ministre japonais de l'Education et des Sciences et qui préside la commission parlementaire chargée d'élaborer un projet de réforme de l'enseignement de l'histoire du Japon rétorquait : “ C'est très bizarre, dit-il. C'est comme si le Parlement japonais adoptait une résolution réclamant à George Bush de s'excuser pour la traite des Noirs. Cela n'a aucun sens !...“ Sur la prostitution forcée que le japon exerça sur ces femmes il disait, cet ancien ministre japonais de l´éducation : «Avant la guerre, la prostitution était légale. Ces femmes étaient des prostituées, en majorité de nationalité japonaise, puisque la Corée était un territoire japonais. Certaines de ces femmes étaient volontaires, d'autres étaient vendues par leurs parents très pauvres. C'est un très grand malheur qu'une vie de prostituée, concèda-t-il, mais c'était aussi une bonne affaire. Le moins qu´on puisse demander est : qu´en était-il de la liberté, des droits civils et humains de ces pauvres femmes ? En temps de guerre, manifestement, ces droits ne valaient rien du tout ; ils étaient soumis au bon vouloir de l´occupant. L´ONU avait beau condamner ceci et cela, si ce même ONU n´était pas en mesure d´empêcher ou d´endiguer les guerres…cette législation n´était applicable qu´aux perdants, ou, comme on le voyait au Darfour, ne se résumait qu´à de chaudes injonctions qui ne changeaient rien du tout pendant que la victime, elle devait vivre et s´accommoder de l´autorité humiliante de son agresseur. Etrange monde, n´est-ce pas… ?
L´ancien ministre japonais de l´éducation, lui, au sujet des exactions commises pendant la guerre par l´armée japonaise, reconnaissait : « le Japon a causé beaucoup de dommages en envahissant des pays étrangers». «Mais cela s'est passé à une époque où l'impérialisme et le colonialisme étaient la norme. Le Japon devait protéger son indépendance et la paix. . . Il y avait la menace d'une descente vers le sud de l'Union soviétique.» ici on avait bien l´exemple de quelqu´un qui se donnait l´absolution sans le moindre remord. Tout était explicable, sinon excusable avec des raisons subjectives bien claires et plausibles.
Au fait, que se passe-t-il dans notre culture humaine où apparemment les valeurs étaient, lorsqu´on était puissant et selon qu´on était, pour une raison stratégique ou politique protégé par des pays puissants; la justice humaine était-t-elle passible d´interprétation subjective hautement compréhensive ? Il n´y avait pratiquement pas de juge capable de juger ou de dire le droit. Et dans ces conditions, et si la justice ne s´appliquait qu´aux perdants, aux pauvres ; cette justice, que valait-elle pratiquement ? N´oublions pas qu´un Kissinger, par exemple, était recherché pour crime contre l´humanité, mais que l´Amérique ne reconnaissant pas le Tribunal International de la Haie, rien ne peut être entrepris contre lui. A moins qu´il ne soit arrêté à l´étranger sans le couvert d´un statut diplomatique qui le mettait à l´abri de toute poursuite. Que se passe-t-il donc ; l´Amérique serait-elle capable d´attaquer volontairement un pays comme l´Irak, par exemple, et y faire pendre son dictateur, mais elle se refuserait à ce que la justice soit faite sur un de ses citoyens présumé coupable de crimes contre l´humanité ? Nous y voilà. Cette Amérique reconnaissait-elle le reste du monde ou ne vivait-elle que d´après ses propres principes ? Et pourquoi le reste du monde devrait-il accepter une justice américaine qui ne le reconnaissait pas ?
Passe encore que la justice internationale soit…relative. A cet inconvénient, nous pouvons opposer le temps et la sagesse humaine. La justice est patiente, mais elle ne dort pas. Un jour prochain sa main de fer s´étendra sur ceux qui se croyaient à l´abri…Et justice sera faite. Non, plus dangereux était le faussement volontaire des valeurs de justice et d´équité afin d´innocenter ou de minimiser les crimes commis envers des victimes de faible lobbysme. Exemple : un De Clercq de l´Apartheid eut le loisir de visiter la France en toute quiétude pendant qu´un Thomas Sankara, par exemple, était assassiné comme un chien galeux avec la complicité de la France. Pourquoi ne l´a-t-on, jusqu´à ce jour, inculpé de crime contre l´humanité, ce De Clercq, lui et ses complices ? L´apartheid serait-il devenu un délit anodin ? Ou cette condamnation mettrait à jour l´ouverte complicité de tout l´occident à cette tragédie humaine cruelle et amorale ?
Autre chose : on arrêtait un Jean Pierre Bemba à Bruxelles pour le juger prochainement contre sur des présomptions de crime contre l´humanité ; ce qui était, s´il est reconnu coupable, une bonne chose. Et cependant, ne pas s´en prendre aux fonctionnaires français, par exemple qui fomentaient des rébellions armées en Afrique pour asseoir des dictateurs sanguinaires envers les leurs et empressés aux intérêts français ou encore s´en prendre aux marchands d´armes dont les engins de mort mettaient, dans l´intérêt de quelques métropoles occidentales, l´Afrique à feu et à sang pour mieux la piller et y déverser leurs excédents appauvrissants…si tous ces actes n´étaient pas délibérément criminels et ne relevaient pas de crimes contre la liberté et les droits des peuples ; qu´étaient-ils donc ?
Dans notre monde où de simples exportations de produits étrangers hautement subventionnés et vendus à vil prix, comme ce fut le cas de la Jamaïque avec le lait de Nestlé et pour le Ghana, le Burkina Faso, le Mali pour les viandes de l´Union Européenne, le sucre, les tomates, les oignons, le poisson, le poulet surgelé et autres denrées agricoles massivement imposées sur ces pays ; ce qui causait la destruction volontaire ou l´écroulement de l´agriculture et de l´élevage de ces pauvres pays sous développés, la justice sociale ou juridique sont devenus d´énormes points d´interrogation. Et on se demandait bien si les gouvernements qui encourageaient leurs exportateurs avec des subventions bienveillantes à étouffer avec des prix de dumping l´agriculture et l´élevage des africains ; si ces gouvernements n´étaient pas complices de la pauvreté et de la misère que l´abattement de ces deux importants secteurs de l´économie de pays en voie de développement ne s´étaient pas rendus coupables d´un terrorisme économique moderne de la pire des sournoiserie.
Business as usually, diront certains; et pourtant, s´époumoner plus tard à l´ONU ou au G8 en faisant appel à l´aide pour les pauvres menacés par la famine ou les agressions militaires gratuites…si tout cela était logique et réellement efficace à combattre les maux de notre époque par la racine. Ou, et c´est la conclusion qui s´en dégage dans notre monde où les valeurs sont trompées ou interprétées au gré des intérêts subjectifs dominants, on essayait de faire bonne figure et beaucoup de bruit, dès lors qu´on s´en prenait aux conséquences, au lieu de combattre le mal à ses racines. Et j´irai plus loin : ces aides qui revenaient sous des formes diverses abonder et enrichir des comptes privés africains ou européens alors qu´ils étaient destinés à sauver des vies humaines contre la pauvreté et la misère la plus écoeurante pour notre époque, tous ceux qui s´adonnaient à cette immonde escroquerie, banquiers et clients ; n´étaient-ils pas coupables de génocide social ? N´avaient-ils pas été coupables, d´escroquerie criminelle, d´abandon et de non assistance à personne en danger imminent ?
Non, il n´existe pas de monde parfait, parce que nous-mêmes, en tant qu´êtres humains, nous ne sommes pas parfaits ; ce qui n´est pas une raison pour fermer les yeux devant des exactions évidentes et répétées. Et si nous voulons vivre dans un monde relativement meilleur que celui d´hier, notre sens de justice doit s´élever à répondre aux exigences complexes et détaillées de notre monde de jour en jour ouvert et changeant. Ce qui veut dire que la justice ne doit pas rester enfermée dans ses chaussures traditionnelles ; elle doit avoir le courage, et cela au nom d´un idéal commun élevé de commune utilité, de faire face aux défis que nous imposent tous la modernité. Nous avons à débattre ou à combattre aujourd´hui les soubresauts insalubres d´un terrorisme islamique indécent ; si à cette perversion de l´islam nous ne savons pas imposer un système de valeurs reposant sur des valeurs intrinsèques, valables et impératives pour tous, ce ne sera pas quelques expéditions punitives militaires qui nous garderont de prochaines flambées. Ce ne sont pas les armes et la répression qui font la grandeur et le bien être respecté d´une culture, d´une civilisation humaine ; mais bien le sentiment de respect et de protection que nous dispense la confiance en des valeurs permettant à chacun de vivre sa vie paisiblement.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Forum Réalisance
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