La campagne internationale (surtout occidentale) faite actuellement contre Mugabe est-elle crédible ? Fuir les élections comme l´a fait Morgan Tsvangirai afin de pousser les forces occultes occidentales à lui offrir le pouvoir, cela témoigne-t-il d´un courage ou d´une saine conviction démocratique ?

Le Zimbabwe entre le mal de soi et la fausseté

Curieux. Lorsque je disais que Mugabe avait épuisé ses chances et qu´il devait se retirer, toute l´Afrique et la plupart des africains me le reprochèrent. Et maintenant ? Faut-il aujourd´hui offrir le pouvoir gratuitement à un Morgan Tsvangirai qui allait se cacher à l´ambassade des Pays-Bas en se retirant du seul instrument reconnu pour légitimer un leader politique, le vote ?

Morgan Tsvangirai peut aujourd´hui arguer ce qu´il veut ; qui peut le vérifier ? Et ceux qui se cachaient derrière lui, et qui lui avaient conseillé à jouer ce jeu afin qu´ils aient l´opportunité d´intervenir militairement en Afrique, se rendaient-ils compte qu´ils avaient donné à Mugabe et à toute l´Afrique une nouvelle occasion de décrier l´impérialisme occidental et son néocolonialisme borné ? Si l´opposition avait refusé d´aller aux votes, pourquoi cette opposition serait-elle secourue au nom de valeurs démocratiques ?

Bien sûr on argumentera que Tsvangirai avait été menacé, ses adhérents poursuivis, intimidés et mêmes abattus…les images qui couraient le monde actuellement étaient mêlées d´images anciennes, d´images déplacées ou décousues de leur contexte réel. On voulait à tout prix traîner Mugabe à l´échafaud, cependant que ceux qui jouaient à ce jeu oubliaient le véritable enjeu politico économique au Zimbabwe. Il s´agissait plutôt de noyer son chien et par la même occasion de faire main basse sur le Zimbabwe que de permettre à ce pays de promouvoir et d´entretenir son indépendance économique et politique. Parce que sinon l´occident concerté n´aurait pas levé envers ce pays un embargo économique qui le repoussait à la pauvreté.

Tout le monde est d´accord que Mugabe doit partir. Mais pas en abandonnant ce pays aux crocodiles occidentaux de l´exploitation internationale. Or, selon toutes les apparences, c´est ce que Morgan Tsvangirai cache derrière lui. Les élections en Afrique, et on l´a vu au RDCongo avec l´aide de Louis Michel ou au Kenya dernièrement, sont toujours passibles d´orientation voulues. Mais on peut les mettre en cause et exiger que l´opposition, comme au Kenya, soit reconnue et adjointe à la gestion et à l´exercice du pouvoir. Mais pour cela, il faut une entrée aux urnes afin de savoir quelle est la valeur réelle des forces en présence. Et naturellement habituer ces prétendants au pouvoir à respecter l´instrument démocratique premier qu´est le vote. Sinon, ils risquent, et cela malgré leur notoire incapacité, à siéger le pouvoir à vie. Et ne l´oublions pas, comme au Burkina Faso de Campaoré, au Gabon de Bongo, au Tchad…etc, avec l´assistance et la protection tacite des puissances occidentales !

Mais, revenons à Mugabe qui est pour nous le prototype à la fois incompris et défaillant d´une Afrique qui, après une lutte de libération cruelle et pleine en inhumaines et méprisantes énergies (On se rappellera que l´Afrique du Sud de l´Apartheid développa un Anthrax sélectif qui ne s´attaquait qu´aux noirs et le mit à la disposition de Ian Smith alors premier ministre de la Rhodésie aujourd´hui Zimbabwe. Celui-ci empoisonna les terres agricoles, le bétail dans tous les territoires fréquentés par les partisans de Mugabe.). C´est d´ailleurs pourquoi Mugabe se saisit de terres appartenant aux grands propriétaires blancs qui s´étaient d´autorité et par la violence, donnés les meilleures terres du pays. Et on peut dire ce qu´on veut, Mugabe avait bien raison d´avoir agit de la sorte comme il avait raison de lutter contre l´indépendance de ce pays. Sa lutte était non seulement légitime et humaine, elle était fondée vu tous les injustices et les exactions que les rhodésiens blancs s´étaient permis, avec l´aide et au vu et au su de tout l´occident, à perpétrer sur les africains dans leurs propres pays.

Faudrait-il citer l´exemple de l´Afrique du Sud et de l´Apartheid, du RDCongo, son caoutchouc rouge et toutes les exactions que Léopold II avait commis sur les populations congolaises afin que les gens qui aujourd´hui, tout en ayant la mémoire courte, s´abaissent à réclamer le retour du néocolonialisme en Afrique ? Et à propos, il n´y a pas longtemps de cela les sud africains s´en prenaient aux africains étrangers sur leur territoire, est-ce là la preuve qu´abandonner son économie aux occidentaux comme l´Afrique du Sud, le paradis n´était garanti. Les noirs en Afrique du Sud, et malgré qu´ils livraient leurs matières premières á tout l´occident, souffraient aujourd´hui de 40% de chômage ! Et le pouvoir politique sud africain n´avait pas les moyens de changer les choses parce toute l´économie était aux mains de leurs ténébreux bourreaux d´hier aujourd´hui riches, influents et à l´abri de toute poursuite ou responsabilité pénale…

Ce qui me dérange, et beaucoup d´africains sont de mon avis c´est qu´on demande toujours aux noirs, que ce soit aux Etats-Unis ou en Afrique, à accepter de ne pas se révolter ou traîner en justice tous les blancs qui s´étaient permis des crimes les plus vils sur la race noire. Bien au contraire, on attentait du noir qu´il pardonne, qu´il sourie, et efface de sa mémoire les douleurs et les exactions psychiques que les blancs, au nom d´une idéologie raciale bancale, leur avaient infligé. Passe encore, mais là où le vase débordait, c´était que les occidentaux veillaient toujours à ce que l´économie resta en leurs mains et en celui de leur race. Et cela, c´est inadmissible, parce que socialement les choses n´ont pas changé. A la longue, et on le voit aujourd´hui aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, la confrontation et le déséquilibre social est programmé. La justice sociale reste un vain mot.

Maintenant, la grande erreur de Mugabe est, comme bien d´arrivistes politiques en Afrique actuellement, de ne pas avoir eu le talent d´organiser et de structurer sa société pour aboutir à l´industrialisation. Parce qu´il n´y a que là que la société est vraiment libre. Notamment parce que la science et la technique efficacement cultivées et épuisées, donnent à la société de multiples instrument et moyens de libre et véritable réalisation. Toute l´Afrique noire, sur ce point de vue, cafouille énormément tout brillant dans la superficialité et le paraître. Or ce domaine est exigeant d´efforts rationnels et créatifs aux limites les plus précises et détaillées de ses résultats. Et n´ayant eu ni saisi, ni réalisé ou mis effectivement en chemin ce train social, Mugabe et son pays sont encore dépendant de ceux contre lesquels ils se sont si bravement battus jadis. Et ceux-ci veulent reprendre les choses en main…

Et maintenant, voyant venir la fin de sa vie et ne sachant plus comment il pouvait changer les choses (après tout il a eu plus de 30 ans pour le faire !), il n´a d´autre issue que de mourir au pouvoir ; d´autant que l´occident entier, dans ses habitudes, aime à condamner en Grande Cour tous ceux qui se sont imposés à elle. Les raisons sont toujours vite trouvés. Même si on se demande quand les criminels blancs historiques et connus envers les noirs seraient traînés devant les tribunaux et jugés. Eux pouvaient se promener de par le monde et continuer à servir l´ordre blanc, Mugabe, cependant, ne buterait certainement pas devant la même compréhension comme, par exemple le président Georges W. Bush pour son agression en Irak. Ah, oui, lui était puissant…et blanc.

L´organisation de l´Unité Africaine aurait déjà dû intervenir dans cette affaire qu´on ne se trouverait pas dans cette situation pourrie d´aujourd´hui. Cette organisation, plus ambitieuse qu´effective, se trouve elle aussi confrontée au dilemme d´identification et de réalisation que pose l´avenir de l´Afrique. Et s´il passe inaperçu aux incurables occidentaux que les africains, eux aussi, comme toute race sur cette terre, a droit à la liberté et à la réalisation ; ni dans les institutions africaines, ni dans ses peuples les incessantes intrigues économiques occidentales afin de chosifier ou, du moins, de garder la mainmise sur ce continent en l´assujettissant à leurs intérêts et leurs étroites priorités, la liberté ou la souveraineté africaine n´est mise à disposition. Seulement, seulement, l´infantilité, l´incompétence, la naïveté avec laquelle les élites africaines défendaient ou organisaient les doits et l´avenir des leurs laissaient aujourd´hui encore à désirer. Ce qui ouvrait toutes les portes à la corruption, le découragement, l´aliénation suicidaire et l´exploitation économique, financière, culturelle. Exactement ce dont on voulait se garder !

Certes, on ne peut ni vivre éternellement dans le passé, dans la haine ou la révolte ; tout le monde le sait. Pour redevenir positif, il faut cependant que ceux qui ont toujours été préjudiciés recouvrent le sentiment que la justice humaine existe et que leurs efforts ne servent pas à enrichir ceux qui, aussitôt puissants et riches, les privent de légitime bien être social et d´avenir à eux et à leurs enfants. Dans cette histoire Mugabe nous sommes tous impliqués. Et ceux qui croient aujourd´hui être en mesure de donner des leçons de démocratie ou de justice sociale aux autres, devraient relire leurs propres histoires sociales ; ils seraient surpris, s´ils sont objectifs, de découvrir des actes répétés et volontaires de la plus grande bassesse envers les autres peuples. Et le pire est que ces actes d´hier répercutent leurs effets encore aujourd´hui pendant qu´eux parlent si bravement de liberté, de démocratie, de justice sociale !

Accepter ou emménager un changement salutaire à tous, ce n´est certainement reproduire les erreurs d´hier sous d´autres fallacieuses intentions. Ni repousser les légitimes revendications de ceux qui ont toujours été lésés : les faibles, les discriminés, les exclus. Sans cela nous ne donnons qu´à des gens comme Mugabe le sentiment qu´ils n´ont d´autre alternative que…de persister dans leur lutte infructueuse. Et cela, ce n´est pas une victoire pour tous, mais bien une défaite cuisante à la liberté dont nous portons tous la responsabilité. Une chose doit cependant être comprise, surtout des occidentaux : nous en avons marre d´être traités comme des gens, comme une race à qui on n´offre qu´une liberté vide de vagabond de l´histoire voué à toutes les chosification, sans bien être ou sans droit à une réalisation culturelle, sociale, économique. Qu´on se le dise. 

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

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