Le général Mohamed Ould Abdel Aziz a évincé son président : Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui était devenu le premier président de Mauritanie élu démocratiquement depuis l’indépendance du pays en 1960. Mais on se rappelle que cette même junte militaire, en 2005, prétendant comme aujourd´hui agir pour sauver les intérêts de la nation et du peuple, cette armée renversa le président élu de jadis : Maaouiya Ould Taya.

Le désarroi incapable suivi par l´inconstitutionnalité : le pouvoir africain en déroute face à ses responsabilités temporelles.

Le parlement mauritanien, selon ce qu´on sait, a approuvé ; la communauté politique internationale, elle, condamne et se réserve. Et nous nous associons au malaise indécent qui nous gagne, car ne pas respecter la constitution et les instruments politiques appropriés à déloger un président incapable comme il y en a plein en Afrique, c´est malgré tout verser de l´huile sur le feu. Parce que ce qu´on croyait gagner d´un côté, on le perdait de l´autre. En effet, ce qu´il faut perfectionner et parfaire en Afrique, c´est le jeu démocratique ; pas la violence quelconque militaire ou civile. Parce que ceux-ci ne génèrent pas les forces civiles tranquilles d´où naît et s´entretient la confiance qui est le plus grand facteur de cohésion et d´équilibre d´un peuple. 

Certains dirons : ces incapables, ils ont le bras long, la cervelle têtue, le sens du devoir détourné ; ils usent de tous les subalternes, de tous les moyens que leur offre par trop généreusement le pouvoir en Afrique et leurs complices étrangers pour mourir au pouvoir. Sinon ils entretenaient volontairement des inepties politiques ayant pour but d´établir de fait une succession sanguine en république où ils se relayeraient à loisir de père en fils. Et c´est vrai qu´en regardant le Gabon de Bongo, le Congo Brazzaville de Sassou Nguesso, le Burkina Faso de Blaise Campaoré, le Cameroun…tous ces incapables du pouvoir s´y maintenaient et s´y cramponnaient avec l´aide de leurs alliés occidentaux comme ni l´avenir économique, technologique ou culturelle du peuple n´était en rien important ; seul comptait leur désastreuse présence aux rênes du pouvoir.

Les enfants avaient beau mourir de faim, les écoles et les universités manquer douloureusement dans le pays ou ne pas être à la hauteur de leurs attentes face à un monde industriel et technologique de jour en jour plus exigeant ; tout cela ne semblait pas les toucher, ces minables et renié du talent politique. Et depuis que la démocratie était le cri à la mode en Afrique, ils en profitaient pour vider sa définition de l´alternance, de la césure d´efficacité et de compétence que celle-ci impliquait : avec la corruption, l´intimidation et le culte absolutiste du pouvoir, ils aveuglaient ceux auxquels ils refusaient l´instruction, la critique et la connaissance objective. Il suffisait de lire ou d´entendre le vocabulaire courant dans la presse africaine : le Raïs, l´homme fort, le timonier, le père de la Nation, le guide, le don de Dieu…etc pour se rendre compte que les esprits de ces pauvres étaient drôlement embués dans un dilemme qui prenait des proportions culturelles suicidaires aujourd´hui. Parce qu´on ne réfléchissait plus objectivement ; tout ce qu´on faisait, c´est se servir d´idiomes et de symboles expressifs improductifs d´objectivité pour s´enfermer dans un piège ouvert qu´on considérait comme étant l´avenir et le progrès ! Mais pourquoi l´un et l´autre doivent signifier pauvreté, manque d´emploi, sous développement ou mendicité et dépendance internationale ; quelqu´un s´est-il posé la question ou a-t-il essayé d´y répondre sincèrement ?

Le grand drame en Afrique en ce moment, c´est que ce continent, à force de fausser ses propres valeurs intellectuelles critiques, n´arrive pas à sortir de son cercle vicieux de médiocrité et d´attentisme qui le dévorait depuis de longs siècles. Ce qui lui permettrait, le cas échéant, de procréer des hommes et des femmes doués assez critiques pour appréhender ce qu´il faut logiquement et pratiquement entreprendre pour changer les choses au mieux et sortir du manque et de la dépendance socioéconomique et financière qui les étouffe. On mentait trop, on corrompait, on importait, on se cachait derrière un large complexe victimaire tout en s´endettant soi-même honteusement pour ruiner encore plus les finances du peuples…pour ne pas avoir à affronter la vérité et ses logiques conséquences. Pourtant, il n´y avait qu´elle pour mener à une saisie réelle et réaliste de ce qu´on est, de ce qu´on doit faire, de ce que le monde de demain va imposer ou exiger de nous. Ce putsch militaire est une véritable catastrophe pour la Mauritanie, parce qu´il rétablit la loi du plus fort ou le règne des armes pour aller où au fait, si les sociétés ne se donnaient elles-mêmes pas les moyens et les instruments humains, rationnels et techniques pour se forger soi-même son propre avenir.

Peut-on alors s´étonner que quelques officiers faussement galonnés par l´ennui et la médiocrité qui les entoure se découvrent tout à coup des vertus de faiseurs d´histoire politique ? Après tout, ils avaient été armés gratuitement par le peuple…pour le défendre ou par l´opprimer lui et ses institutions ? Là est la question qui révèle tout le marasme africain. A force de baigner dans la pauvreté mentale et la dépravation logique des valeurs institutionnelles, on en vient à confondre le violentement comme issue du Droit, du bon Droit issue d´un consensus civil ordonnant tout le monde à sa place et exigeant de tous qu´ils assurent leurs responsabilités dans l´intérêt positif et supérieur de la nation et du peuple. L´armée allait sauver le peuple et l´avenir du pays ? Il faut être bien idiot pour encourager ou croire à un tel argument. Les écoles, les usines, le travail, les investissements, les hôpitaux, les inventions industrielles et mêmes les armes des soldats…où diable a-t-on vu qu´ils étaient le produit de l´armée ou d´une gestion militaire quelconque ? L´africain…se laisserait-il de nouveau abuser ?

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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