Le Professeur KÄ MANA : « Il est temps de construire un destin mondial pour la République démocratique du Congo »

Propos recueillis par Freddy Mulumba Kabuayi

Le RDCongo : un pays qui méconnaît ses chances et ses atouts ?

« En cette période des jeux olympiques où tous les pays prennent conscience des liens qui les unissent et se voient les uns les autres dans le contexte d’une mondialité sportive, il est utile d’aller au-delà du sport en vue de regarder notre pays selon des perspectives géopolitiques et géostratégiques. Si nous nous regardons dans le miroir du monde, nous prendrons conscience des problèmes cruciaux qui sont les nôtres selon une dimension qui nous sortira du nombrilisme, du despotisme sans intelligence et de la géopolitique du vide, trois maux sur lesquels il est temps de nous pencher avec sérieux pour affirmer notre présence dans le concert des nations. »

Telle est la substance de l’entretien que le professeur Kä Mana nous a accordé, et que nous publions ici. Il s’agit d’un tour d’horizon utile pour construire une nouvelle conscience congolaise et une nouvelle volonté de changer positivement notre pays.

F.M.K : Professeur Kä Mana, je voudrais aujourd’hui que nous parlions de la République Démocratique du Congo sous un angle différent de celui des préoccupations politiques et économiques internes sur lesquels vous avez l’habitude de réfléchir. J’aimerais que nous parlions de la place de notre pays dans le monde : la place qu’il occupe réellement maintenant et la place qu’il peut ambitionner d’occuper compte tenu non seulement de tous les atouts dont il dispose, mais aussi de tous les problèmes qui jonchent la route de ce que vous avez l’habitude d’appeler son « destin ». La question essentielle que je vous pose est celle-ci : quelle vision avez-vous de la situation globale de notre nation dans la géopolitique mondiale actuelle ?

P.KM : Aujourd’hui, je m’interroge. Je me demande profondément si notre pays a une vision géopolitique et une perception géostratégique de lui-même, si les dirigeants qui nous gouvernent, si les élites de notre espace économique, si les forces de l’intelligence, de la recherche, de la foi, de l’esprit et de la culture de notre nation se préoccupent vraiment de notre destin mondial ou du projet que nous devons bâtir pour être un peuple qui compte dans le monde. Un peuple sur lequel on peut compter comme sur une grande nation capable de peser sur la marche globale de l’ordre mondial actuel. Je me demande si nous savons tous et toutes qu’aujourd’hui, un pays c’est sa capacité d’imposer une certaine image dans l’espace international. Une image de dignité, de respect, de grandeur, de travail constructif et de volonté de changer le monde à partir des dynamiques internes créatives, de l’organisation des forces vives pour résoudre les problèmes cruciaux de tous les jours, proposer des réponses concrètes aux soucis des populations et offrir sur cette base une voie de vie qui puisse servir de modèle aux autres peuples. Compte tenu de ses richesses naturelles et de ses ressources humaines, notre pays a une vocation de nation-phare, une mission de modèle à suivre, un destin de locomotive non seulement pour notre région des Grands Lacs et d’Afrique centrale, mais pour toute l’Afrique et pour l’espace mondial dans son ensemble. Le drame aujourd’hui est que cette mission, cette vocation, personne ne semble vraiment en prendre conscience ni s’en préoccuper, personne ne cherche profondément à les promouvoir. Cela fait qu’en réalité, la RDC n’est aujourd’hui modèle de rien du tout géopolitiquement et géostratégiquement parlant. Elle n’a aucune ambition de dimension planétaire. Elle n’a aucune conscience d’une destinée qui serait réellement et passionnément mondiale. Son poids géopolitique est insignifiant, sinon inexistant, du point de vue de l’invention de l’avenir. Nous ne portons aucun rêve véritablement géopolitique et géostratégique. Nous ne représentons aucune espérance de forte intensité planétaire. Nous n’avons aucune stratégie concrète pour incarner une telle espérance. Notre nation n’est locomotive dans aucun domaine. Plus exactement : elle est la locomotive du vide, pour ainsi dire, une République du vide géopolitique et géostratégique. C’est ainsi qu’elle se donne à voir, si nous la regardons dans le miroir du monde et des rapports de forces qui structurent la vie de la planète actuellement.

FMK : C’est une vision essentiellement pessimiste que vous avez. Comment un tel pessimisme est-il imaginable alors que notre pays attire aujourd’hui d’énormes convoitises et qu’il semble constituer un enjeu géopolitique capital pour les grandes puissances qui se disputent nos richesses ?

PKM : Je ne me situe pas d’un point de vue qui consisterait à nous regarder, nous Congolaises et Congolais, comme des objets de la convoitise des autres. Je veux nous considérer comme des sujets d’une histoire, des énergies d’initiative dans la construction de notre destin et de l’avenir du monde. Si nous acceptons que notre destin ne soit que celui d’un espace des matières premières à exploiter au profit des grandes puissances dont vous parlez, il est sûr que nous pouvons nous considérer comme un enjeu géostratégique d’importance, mais nous ne le sommes qu’en tant que purs objets, non en tant que sujets historiques créateurs. Quand je dis que nous sommes de purs objets d’un enjeu géostratégique, je nous donne d’ailleurs une importance exagérée, une importance que nous n’avons même pas en réalité. En réalité, ce sont notre sol et notre sous-sol qui sont un enjeu de convoitises. C’est notre espace vital dans ses grandes richesses naturelles et géostratégiques qui suscite un intérêt vorace dans le monde. Nous, nous n’existons même pas comme objets d’intérêt. Du point de vue de ceux que nos matières premières intéressent et attirent, nous sommes perçus soit comme des obstacles dont il faut se débarrasser pour mieux exploiter le sol et le sous-sol congolais, soit comme des marionnettes qu’il convient d’utiliser dans ce même but. Je ne vois aucun intérêt pour les Congolaises et Congolais à tirer fierté d’un tel statut. Le seul statut qui compte, c’est celui de nous assumer comme des êtres historiques créateurs, des sujets historiques bâtisseurs d’un grand destin sur un sol et un sous-sol fabuleusement riches. Malheureusement, sur ce sol et sous-sol, nous n’avons pu mettre sur pied qu’une République du vide géopolitique et géostratégique, un pays de farce et de tragi-comédie aux yeux de beaucoup de dirigeants dans le monde. Un pays qui n’a pas une vision mondiale de sa grandeur à construire ni de ses capacités à peser sur les orientations de l’Afrique et du monde. Voilà comment nous sommes vus dans l’ordre mondial d’aujourd’hui. Dire aussi clairement et aussi crûment cette vérité ne signifie pas être pessimiste concernant notre poids géopolitique et géostratégique en tant que sujets historiques. C’est tout simplement nous regarder dans le miroir du monde afin de prendre conscience du vide que nous sommes aujourd’hui.

FKM : Professeur Kä Mana, que mettez-vous concrètement derrière l’expression République du vide et que voulez-vous dire quand vous parlez du vide que nous sommes devenus ?

PKM : Vous avez demandé que nous parlions de notre pays d’un point de vue géopolitique et géostratégique. J’utilise le concept de vide en tant que schème heuristique, comme disent les philosophes, c’est-à-dire une orientation de recherche, un canevas d’appréhension de nos réalités, une grille de lecture de notre situation, un carrefour conceptuel où tout doit passer, si nous voulons comprendre en profondeur ce que nous sommes réellement dans l’ordre mondial actuel. Par ce concept, je cherche à montrer comment nous sommes, géopolitiquement et géostratégiquement parlant, un pays sans substance, sans poids, sans épaisseur en tant que lieu des sujets historiques créateurs de leur propre destinée, des sujets capables de contribuer à forger le monde selon une orientation fondée sur leurs propres valeurs en tant que valeurs fécondes et universalisables. Nous sommes un pays que personne ne prend réellement au sérieux, que personne dans le monde ne considère comme une source d’inspiration ou une force d’impulsion sur les grands enjeux de l’avenir de la planète. Permettez-moi d’insister sur cette notion de grands enjeux de l’avenir de la planète. Ces enjeux sont innombrables : blocages économiques, désordre financier, crises énergétique, alimentaire et écologique, tsunami du terrorisme, insécurité planétaire, violences politiques et sociales de très haute tension, fractures Nord-Sud, menaces nucléaires, et j’en passe. Sur tous ces enjeux, on a l’impression que les dirigeants congolais n’ont rien à dire et qu’ils ne peuvent rien dire : vide politique. On a l’impression qu’il n’existe aucune force économico-financiè re congolaise pour proposer des perspectives en vue de maîtriser les problèmes de fond de la planète à l’OMC, par exemple : vide économique. On a aussi l’impression qu’aucune perspective endogène d’action en matière de réorientation des stratégies mondiales sur les problèmes des crises alimentaire, énergétique ou écologique ne s’ouvre à partir de chez nous : vide socioculturel. On peut aussi parler de vide de pensée géostratégique, de vide d’ambition mondiale, de vide de perspective réelle de transformation du monde. Le plus terrible, c’est que ce vide a tendance à devenir non seulement comme l’espace dans lequel nous vivons et respirons, mais notre être même, notre existence même dans son effarante immobilité, dans son déficit de créativité géopolitique et géostratégique en tant que sujets historiques conscients des enjeux mondiaux de leur destinée.

FMK : Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

PKM : Tenez. J’ai regardé le 30 juin dernier nos grandes chaînes de télévision congolaises : ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, ce que j’ai perçu comme réalités de notre pays m’a sidéré. J’en suis resté pantois plusieurs jours durant. J’ai entendu une rhétorique vide concernant les cinq chantiers de la République dont le destin dépend des engins chinois, essentiellement. Le peuple était heureux d’apprendre que ces fameux engins étaient enfin là et que les Chinois allaient enfin nous construire les routes et tailler le chemin de notre développement dans le roc de nos misères et de nos souffrances. J’ai vu des hommes et des femmes pérorer pendant des heures sur notre histoire sans proposer de nouveaux leviers d’action qui dépendraient vraiment de notre inventivité comme sujets historiques créateurs. J’ai vu d’impressionnants défilés d’un peuple complètement inconscient de son insignifiance géopolitique et géostratégique. Un peuple qui nage dans l’océan de ses désarrois et se noie dans l’alcool et dans une musique délirante, sans même se rendre compte qu’il est en train de dépérir. On brassait partout des slogans creux, une phraséologie insensée, sans qu’aucune utopie nouvelle et crédible, aucune ambition dynamique, aucune vitalité fondées sur nos capacités réelles de créativité et d’inventivité ne soient forgées et proposées à l’Afrique et au monde à partir de chez nous. J’ai été frappé par la manière dont le discours du pays sur lui-même ne portait aucune perspective d’un Congo conscient des exigences géostratégiques de la construction de son avenir. Ce vide géostratégique m’a effaré et j’ai vécu le 30 juin comme une journée de tristesse profonde, une journée qui n’ouvrait aucune perspective d’invention d’un grand avenir. Un théâtre d’ombre et de mensonge, où rien de profond n’était dit à notre peuple sur ce que nous sommes réellement dans l’ordre mondial. En une seule journée, un observateur attentif aurait pu voir le 30 juin dernier le vide géopolitique et géostratégique de notre nation, la tragédie de tout un peuple. J’entends par vide géopolitique notre absence de poids dans l’ordre mondial. L’évocation lancinante des engins chinois comme voie de salut pour la nation avait de ce point de vue quelque chose de pathétique ce jour-là ; elle exprimait à elle seule cette absence de poids à l’échelle planétaire ; elle traduisait, à en pleurer, tout le destin dérisoire et futile de la RDC telle qu’elle est dans le miroir du monde. Par vide géostratégique, j’entends l’absence d’un art, d’une stratégie d’ensemble et d’un sens global de la guerre pour gagner les batailles que le monde nous impose en nous condamnant au statut de petite néo-colonie corvéable à merci dans l’ordre libéral. Statut contre lequel nous aurions dû nous aguerrir pour lutter tous les jours contre les souffrances et les humiliations qui sont notre lot aujourd’hui, afin de nous imposer comme une grande nation sur laquelle l’humanité peut compter dans la construction du futur. N’ayant aucune stratégie pour gagner cette guerre, nous errons dans l’insignifiance et c’est là l’image de notre nation dans le monde. L’image d’une nation misérable et pitoyable, d’un peuple qui erre dans son inconsistance, sans boussole ni perspective de renaissance et de résurrection.

FMK : A qui attribuez-vous la responsabilité de ce vide géopolitique et géostratégique qui nous caractérise à vos yeux et qui détermine toute la vie de la nation maintenant ?

PKM : J’en attribue la responsabilité à nos dirigeants politiques, prioritairement : à leur nombrilisme mortel, à leur étroitesse d’esprit, à leur manque de vision, à leur déficit de rêve, à leur impuissance d’imagination et à leur ménopause géostratégique.

FMK : Pourquoi pensez-vous que c’est aux dirigeants et aux forces gouvernementales qu’il revient prioritairement de construire une vision géostratégique de la nation et un grand rêve géopolitique pour tout un peuple ?

PKM : Je le pense parce ce que je sais que les rapports de forces mondiaux se jouent aujourd’hui à l’échelle du leadership, à l’énergie des leaders qui conduisent les peuples, à leur capacité de peser sur les événements, à la manière dont ils gouvernent, gèrent et administrent leur pays. Les dirigeants des nations ont pour rôle de mener leurs peuples vers des ambitions grandioses à réaliser à l’échelle mondiale. Ils doivent susciter la foi en l’avenir et construire une personnalité collective capable de se donner les moyens de ses ambitions. Si vous regardez avec passion les jeux olympiques qui se déroulent actuellement en Chine, vous verrez à quel point tout le pays est porté par la volonté de ses leaders d’incarner une certaine image de ce pays dans le monde. Ce rêve, cette foi, cette mystique du leadership chinois, fertilisent l’inconscient et la conscience des sportifs et cela donne les résultats que nous voyons. Je ne suis pas sûr que les victoires sportives chinoises seraient ce qu’elles sont sans une volonté politique des dirigeants de l’Empire du Milieu et leur détermination à se tailler une place de choix dans la compétition mondiale. Chez nous, le leadership du vide géopolitique et géostratégique, un leadership de nombrilisme médiocre et d’incompétence en matière de vision et d’organisation pour faire de notre pays un pays qui compte et sur lequel on peut compter. Au fond, nos dirigeants, pour beaucoup d’entre eux, ne rêvent pas, ne pensent pas, n’imaginent pas notre avenir en fonction d’une vision mondiale claire : ils ne peuvent donc rien proposer qui soit de l’ordre de la construction d’un grand pays à l’échelle mondiale.

FMK : Sont-ils les seuls à porter cette responsabilité dans cette situation dans notre pays ? N’y a-t-il pas une espèce de responsabilité collective qu’il nous faudrait avoir le courage d’assumer et de dénoncer ?

PKM : Nos dirigeants ne sont sûrement pas les seuls responsables de notre faiblesse géopolitique et géostratégique. Les forces de l’intelligence, les forces de la culture et les forces de la foi souffrent du même déficit en RDC. Tout le monde connaît depuis longtemps la démission des intellectuels congolais face aux exigences de la production d’idées subversives pour changer le pays. Tout le monde connaît ce que les impératifs du ventre et de la petite sécurité alimentaire ont fait de beaucoup de ces intellectuels : ils ont transformé d’anciens étudiants férus de révolution en caniches au service des pouvoirs politiques successifs sans vision. Tout le monde connaît l’effondrement des structures éducatives congolaises et ses conséquences en matière de syndrome d’imbécillité collective et de fascination du vide. Tout le monde est au courant des faiblesses matérielles et mentales de ceux et celles qui sont chargés de fabriquer des rêves et de brasser des utopies dans un pays : les forces artistiques. A cette échelle particulièrement, tout le monde connaît ce que notre musique comporte de crétinisation des esprits et ce que notre littérature comporte d’impuissance productive face à la férocité de nos conditions vitales. Tout le monde sait ce que la religion est majoritairement en train de devenir en RDC : une puissante catastrophe d’imbécillisation collective. Tout cela fait partie de notre vide. Il est important que nous le disions clairement non pas pour justifier quoi que ce soit, mais pour savoir distinctement contre quoi nous devons nous battre si nous voulons un destin mondial pour notre pays. Nous devons nous battre contre un vide politique, contre l’effondrement de notre intelligence, contre la faiblesse de notre imagination culturelle, contre notre dévoiement éthique et spirituel et contre le déficit de notre vision de nous-mêmes comme sujets créateurs et bâtisseurs d’une grande vision de notre destinée.

FMK : J’ai le sentiment que vous exagérez un peu la situation, professeur Kä Mana. Pourquoi ne voyez-vous pas que le leadership politique congolais est porté aujourd’hui par l’énergie des cinq chantiers de la République et que beaucoup de Congolaises et Congolais se reconnaissent dans cette ambition et en épousent la vision ? Ne s’agit-il pas d’une utopie à partir de laquelle nous pourrons, peu à peu, par petits pas,à petites doses, sortir de la situation épouvantable que la dictature de Mobutu nous a léguée et que nos dirigeants et notre peuple apprendront à transformer ?

PKM : Je ne vois pas quel service nous rendrons aux dirigeants actuels de ce pays en leur faisant croire qu’ils font du bon travail et qu’ils impulsent des changements de fond en vue d’un destin mondial pour notre pays. Je ne vois pas non plus quel service nous rendons à notre peuple en lui faisant croire qu’il est bien dirigé, qu’il a une mentalité de gagneur et qu’il construit un avenir qui chantera jusqu’aux confins de la terre. Vous savez que cela n’est pas vrai et que nous allons dans la mauvaise direction. Le leadership au Congo est un constant siphonage des richesses nationales par notre élite dirigeante, qui nous pille comme nous pillent l’ordre mondial des conglomérats industriels du néolibéralisme sauvage et l’ensemble de nos voisins voraces, tous ceux qui ont compris que nous sommes un pays dont les dirigeants ne travaillent pas dans l’intérêt de leur peuple. Vous savez comme moi que ceux qui ont le vrai pouvoir dans ce pays détruisent le Congo et que ceux qui veulent construire le Congo ne disposent pas du vrai pouvoir. Il n’est pas possible de construire un destin mondial dans de pareilles conditions. Quand au peuple congolais, j’ai tendance à croire qu’il est fatigué dans son être, comme sont de plus en plus fatiguées les forces de l’intelligence, de la foi, de la culture et de la promotion des droits humains. Le vide sème partout un esprit de désespérance. Il ne sert de rien de se voiler la face sur cet état d’esprit et de faire croire le contraire à nos populations, surtout quand la réflexion porte sur le poids mondial et géostratégique de notre pays. Nous devons prendre conscience de la profondeur du gouffre de nos désarrois pour pouvoir construire une espérance concrète et crédible dans le domaine de notre destin géopolitique et géostratégique.

FMK : On peut être d’accord avec vous d’un certain point de vue, professeur Kä Mana. Mais il ne sert à rien non plus de démoraliser notre peuple au moment où il a besoin d’être « boosté » dans son esprit et dans sa foi en l’avenir ?

PKM : Permettez-moi de rappeler que nous parlons de la situation géopolitique et géostratégique de notre pays et des enjeux mondiaux de notre destin. Si tel est l’angle de vue de notre réflexion, souffrez que je rappelle aussi que je ne vois pas un concept plus pertinent que le concept de vide pour présenter notre situation. C’est pour moi une sorte de « hub », comme on dit de certains aéroports par lesquels il faut absolument passer pour pouvoir aller ailleurs : c’est un « hub » épistémologique. Je ne nie pas qu’il y ait dans notre pays des politiciens sérieux, honnêtes, consciencieux et travailleurs. Je dis seulement que ce ne sont pas eux qui décident des orientations de la vie nationale.

Il suffit d’écouter ou de lire les communications d’un homme comme Gilbert Kiakwama Kia Kiziki au parlement congolais pour savoir qu’une certaine élite de qualité travaille en RDC. Je pense aussi à un homme comme Moïse Katumba, dont le dynamisme est tel qu’il peut changer le destin de notre pays s’il est aux commandes de l’Etat ou à la primature de la République. Je cite ces deux hommes comme des symboles utiles. Ils représentent à mes yeux beaucoup d’autres hommes politiques qui ont l’étoffe de grands dirigeants. L’UDPS, le MLC comme le PPRD ont en leur sein de Congolais de grande qualité. J’en connais certains, j’imagine qu’il doit y en avoir d’autres que je ne connais pas. J’affirme seulement que ces hommes-là n’ont pas le vrai pouvoir. Les politiciens contre lesquels je m’insurge, ce sont ceux qui ont le vrai pouvoir : le pouvoir de commander, le pouvoir de siphonage financier et de prédation économique, le pouvoir de violence d’Etat et de répression à grande échelle. C’est à eux que nous devons demander de rendre compte de l’insignifiance géopolitique et géostratégique de notre nation. De même, notre pays, malgré des dérives mentales, éthiques et spirituelles que j’ai déjà évoquées à plusieurs reprises dans la réflexion que je mène depuis longtemps sur notre situation, regorge de grandes forces de pensée, de foi, de créativité spirituelle et de volonté de changer l’ordre des choses.. Vous connaissez comme moi les lieux de résistance congolaise comme la Conférence épiscopale, les militants des droits humains, les intellectuels révoltés et les rêveurs de nouvelle destinée pour notre pays. Inutile de dire que leur pouvoir est celui d’investir dans les esprits, dans les imaginations et dans les consciences pour susciter des initiatives de transformation profonde de la société. Ce n’est pas un pouvoir de coercition, de contrainte ou de prodiges et miracles immédiats dans les changements politiques ou économiques. C’est un pouvoir de résistance, de révolte, d’éclairage, de proposition et de résilience. Ce qu’il peut faire dans les limites de son autorité, ce pouvoir le fait, dans une large mesure, mais il le fait à l’intérieur de notre vide organisationnel et institutionnel que les détenteurs du vrai pouvoir politique et économique ont instauré. Ce vide est doté d’une pesanteur terrifiante, qui fait tomber les bonnes intentions et les bonnes initiatives dans un enfer sans fond. Il a une puissance extraordinaire d’anéantissement de toutes dynamiques de transformation sociale en profondeur. C’est par cette puissance de néantisation qu’il neutralise nos forces de créativité et les réduit au statut de prophètes qui crient dans le désert. Et le désert est tellement vaste que les voix s’y perdent à coup sûr. En plus, face à nos problèmes gigantesques de tous les jours, toutes nos forces de créativité n’ont plus le temps de s’occuper de notre destin mondial, de notre place dans le monde, de notre vision de l’avenir de l’humanité, de notre capacité d’enrichir d’autres peuples à partir de notre dynamique en tant que sujets historiques créateurs. Elles deviennent elles-mêmes nombrilistes, comme nos dirigeants politiques. Et elles ne peuvent penser le Congo que selon une perspective étroite, sans songer à nous imaginer comme nation-phare ou comme peuple-locomotive dans tous les domaines qui comptent pour la destinée de l’humanité. Notre mal, c’est donc le cadre dans lequel nous inscrivons nos actions aujourd’hui. Dans la mesure où il forge un certain type de mentalité nombriliste en nous, il réduit à zéro nos chances de bâtir un destin mondial pour le pays. La rhétorique des 5 chantiers ne change rien à cette situation, ni d’ailleurs le brouhaha que font autour de cette idée des militants zélés qui ne voient pas plus loin que le bout du nez de leur petit militantisme à courte vue. Ce n’est pas avec ce type de personnalité qu’on peut penser le Congo en termes d’enjeux mondiaux.

FMK : Est-ce dire que vous n’avez pas foi en ces 5 chantiers de la République ? Est-ce dire que vous ne croyez pas à la reconstruction du Congo comme grande nation dans le monde à partir de ces travaux d’Hercule congolais ? N’y a-t-il vraiment pas un enjeu géopolitique et géostratégique dans le fait de vouloir nous doter d’infrastructures dignes d’une grande nation en vue de lutter contre les différents maux qui ruinent notre nation ?

Ce que je sais aujourd’hui, c’est que les 5 chantiers sont encore une rhétorique qui tourne en rond, qui tourne à vide dans les contraintes que nous imposent les institutions financières internationales. Institutions qui refusent que nous nous tournions vers la Chine comme nouvelle source d’endettement, tant que nous n’avons pas épongé nos dettes antérieures. Nos chantiers rhétoriques ne peuvent pas, rien qu’avec l’espoir d’un investissement chinois, sans une politique économique interne solide et mondialement crédible, mobiliser tout un peuple pour la construction d’un nouvel espoir. La phraséologie idéologique que l’on développe autour de ces chantiers brasse encore du vent, beaucoup de vent. Elle n’est au mieux qu’une méthode Coué mal ficelée ou un délire masturbatoire, comme dirait l’égyptologue Guillaume Bilolo Mubabinge, au pire, une fausse thérapie à l’opium, qui nous endormira et nous tuera dans notre sommeil.. Une telle rhétorique ne peut rien féconder dans la conscience du peuple parce qu’elle n’a pas une vitalité fécondatrice réelle que le pays pourrait accueillir pour enfanter une nouvelle destinée. Lorsqu’on voit quel scepticisme cette rhétorique suscite auprès des bailleurs des fonds internationaux et quelle ironie elle fait émerger de l’humour populaire où l’on parle de « 5 sentiers », il y a vraiment de quoi s’inquiéter sur les perspectives géopolitiques et géostratégiques de la troisième République congolaise. On ne construit pas un destin mondial avec l’éjaculation verbale jubilatoire ni avec un esprit de mendicité affirmée comme politique de reconstruction. Nous devons avoir le courage de dire cela à notre peuple pour faire comprendre à nos populations que notre situation dépend plus de nous-mêmes que des engins chinois et de l’endettement extérieur. Tant que notre gouvernement n’aura aucune idée sur la manière de mobiliser nos richesses, toutes nos richesses, au service de nos propres ambitions, tout le bavardage sur les chantiers de la République ne sera que de la sodomie intellectuelle, qui ne fécondera pas les énergies créatives de notre peuple pour la construction d’une grande nation au cœur de l’Afrique.

FMK : N’êtes-vous pas un peu excessif ?

PKM : Allez jusqu’au bout de votre pensée et dites-moi que tout ce qui est excessif est inconsistant, selon la célèbre maxime. Je vous réponds tout de suite que j’exagère à peine, ou plutôt que je n’exagère rien du tout. Je vais vous donner des indices qui me semblent édifiants et que vous connaissez aussi bien que moi et qu’il est bon que nous rappelions à nos populations. Ils sont utiles pour ceux qui veulent comprendre le problème dont nous parlons : celui de notre impuissance géopolitique et géostratégique.

1. : lorsque notre président de la République est allé voir le président français en vue de solliciter un soutien et une intervention pour une remise substantielle ou un rééchelonnement conséquent de notre dette de la part des institutions financières internationales, qu’est-il arrivé ? Le président français a eu la jubilation de montrer à Joseph Kabila l’irrationalité de sa démarche : on ne cherche pas la remise d’une dette colossale de la part des institutions internationales quand on s’endette en même temps auprès d’une autre source de financement. En langage clair et peu diplomatique, cela signifie que Nicola Sarkozy n’a pas pris notre président au sérieux. Il ne peut pas nous respecter quand il voit que nous ne maîtrisons même pas les principes élémentaires de la connaissance de l’économie mondiale et de la géopolitique de l’ordre ultra-libéral. Si la France nous a répondu sur le ton ironique et méprisant de Sarkozy, cela devrait nous ouvrir les yeux sur ce que nous valons auprès des bailleurs des fonds aujourd’hui.

2.: nous devrions être très attentifs au discours des hommes politiques belges sur notre pays et à sa signification profonde. Si un homme aussi fantasque que Karel de Gucht a pu dire à notre président et au sujet de notre pays tout le mal qu’il pense de nous avec tant de morgue et d’aplomb, il faut vraiment être aveugle pour ne pas sentir tout le mépris que la Belgique a à l’égard du Congo aujourd’hui. Notre image dans le miroir de la politique belge n’est pas du tout reluisante.

3.: Avez-vous remarqué, comment, malgré ses amabilités diplomatiques à l’égard de notre président, le président américain, George W. Bush conduit sa politique extérieure en Afrique centrale au profit du Rwanda ? Si vous l’avez remarqué, il n’y a pas de doute que vous comprenez ce que nous valons vraiment aux yeux des Américains par rapport à notre voisin direct qui est pourtant moins riche et moins lourd que nous en matière d’opportunités d’affaires. Nous devons nous demander comment il est possible que les Etats-Unis misent plus sur le Rwanda que sur la RDC. La réponse est claire : ils ne croient pas en la capacité de nos dirigeants à résoudre nos problèmes ou à peser sur le destin de l’Afrique ; ils ne croient pas en nous, purement et simplement.

4.: au cas où vous trouveriez que ce que je dis de la Belgique et de la France est trop lesté de contentieux coloniaux et néocoloniaux pour être pris pour monnaie comptant ; si vous croyez que ce que je dis au sujet de Etats-Unis ne vaut pas son pesant d’or dans l’intelligence de notre situation, je vous demanderais d’être sensible à ce qui se dit de nous chez nos voisins : à Kigali ou à Luanda.

FMK : Que dit-on exactement dans ces capitales concernant notre pays ?

PKM : Sur ce que le Rwanda pense de la RDC, la situation de l’Est de notre pays parle plus que tous les discours. Tentons de faire un décryptage sérieux de cette situation. Le Rwanda, qui a clairement fait le choix d’être un despotisme éclairé, croit qu’il est plus intelligent d’avoir un tel despotisme que de se perdre dans le despotisme abscons à la congolaise. Plus grave : le régime rwandais est convaincu que le Congo est un pays tellement bête qu’il se donne le luxe d’avoir des dirigeants dont l’activité favorite est de s’enrichir sur le dos de leur pays sans investir dans le développement de leur nation. Pour s’emparer d’un tel pays, après l’échec de la politique d’installation d’un gouvernement fantoche à la solde de Kigali à Kinshasa au temps de Laurent Désiré Kabila, il faut changer de fusil d’épaule. Il faut harceler le Congo dans une instabilité constante, avec une rébellion toujours présente, qui décrédibilise le gouvernement en place en mettant en lumière son incompétence militaire et géostratégique, ainsi que son manque de sérieux dans les engagements qu’il prend lors des négociations internationales. Dans un tel contexte d’insécurité et de fragilisation, les dirigeants congolais sont obligés de négocier toujours en état de faiblesse, sans compter ni sur l’énergie de leur propre peuple, ni sur les groupes d’intérêt occidentaux que la situation actuelle arrange, ni sur les partenaires internationaux qui observent avec intérêt l’expérience du despotisme éclairé au Rwanda, ni sur l’Union Africaine qui n’a aucun moyen de peser sur les événements dans la région des Grands Lacs. La force du Rwanda, c’est de s’être forgée l’image d’un pays travailleur et sérieux face à un Congo complètement délirant, paresseux et incohérent. En comparant les deux images de ces deux pays à l’échelle internationale, il est difficile de défendre sérieusement les options du régime congolais face à la diplomatie rwandaise, même lorsque le Rwanda a manifestement tort comme lors de différentes agressions contre notre pays. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que notre voisin de l’Est a opté pour un leadership qui, même despotique, est mis au service du développement du pays, et cela se voit à l’œil nu. Ce leadership est accompagné d’un extraordinaire sens du plaidoyer et du lobbying auprès des organisations internationales et des Maîtres du monde. Une telle politique de présence sur la scène mondiale permet d’accréditer l’idée que le Rwanda, malgré l’étroitesse de son territoire et la faiblesse de ses moyens, possède une énergie que la RDC n’a pas. Il a une intelligence géostratégique dont son voisin est dépourvu. En plus, il a une puissance militaire crédible que l’on peut utiliser à l’échelle africaine dans des conflits régionaux pendant que le Congo se noie dans l’impuissance militaire la plus pitoyable, à la limite de l’étourderie. Vous comprenez pourquoi, dans ces conditions, le Rwanda peut afficher l’arrogance qu’il affiche à notre endroit sans que cela choque qui que ce soit. Mais ce n’est pas cela qui m’importe le plus. Ce qui me préoccupe, c’est l’aveuglement du Congo face à la stratégie réelle du Rwanda à l’égard de notre pays. Nous en sommes encore à croire que notre voisin de l’Est ne vise que les richesses du sol et du sous-sol congolais alors que sa visée la plus profonde concerne notre matière grise.

Personne n’a fait attention au fait que l’agression de la RDC par le Rwanda s’est faite par l’utilisation des énergies de la matière grise congolaise, avec des hommes comme Zaïdi Ngoma, Wamba dia Wamba, Kisase Ngandu, Laurent Désiré Kabila, Anselme Masasu et tous les autres Ondekane, Ruberwa ou le commandant Ilunga. Plus grave : notre politique à l’égard de nos compatriotes que l’on nomme Banyamulenge a consisté à fournir nous-mêmes au Rwanda une extraordinaire matière grise congolaise sous prétexte que tout Tutsi est un rwandais réel ou virtuel.

Nous avons offert au Rwanda une arme intellectuelle de premier plan et le Rwanda a joué de cette arme ethnique en insufflant dans nos consciences l’idée que tous les Tutsi congolais sont le cheval de Troie rwandais sur notre territoire. Nous croyons spontanément aujourd’hui que la nationalité réelle de tout Tutsi est rwandaise, que le Rwanda est la patrie naturelle de tous les Tutsi de l’Est de la RDC. Sur la base de cette croyance purement fantasmagorique, nous nous sommes débarrassés de nos propres forces d’intelligence, d’imagination et de créativité. Visitez aujourd’hui l’Université Libre de Kigali, créée et animée par des « ex-congolais »-« nouveaux Rwandais ». C’est un joyau intellectuel de première importance, le symbole même de l’Université du futur, une université ouverte à toutes les forces créatrices et qui mise sur la matière grise venant de partout, particulièrement de la RDC dont les forces intellectuelles de l’Est de notre pays trouveront sans doute là un ancrage plus solide et un espace intellectuellement plus fécond que la terre congolaise aujourd’hui. Du point de vue de l’utilisation des ressources humaines, notre politique d’exclusion ethniciste à l’égard d’une partie de nos compatriotes a fourni au Rwanda non seulement un vivier militaire utile, mais aussi une force intellectuelle et scientifique de premier plan, qui est en guerre contre nous alors qu’elle aurait dû être avec nous face à l’agression de notre pays par l’armée du FPR. Personne n’a pris garde à cette erreur géostratégique de notre part. Nous en payons le prix à l’échelle mondiale maintenant : le problème tutsi en RDC est devenu un argument politique et une justification pour une rébellion dont le but est loin d’être la défense des compatriotes Tutsi dont certains sont dans les hautes sphères du pouvoir congolais et se sentent, compte tenu de leur position, congolais jusqu’à la moelle épinière. Laurent Nkunda use maintenant avec maestria de l’argument d’exclusion « ethnicide » là où l’enjeu est politique.

Mais c’est nous qui lui fournissons des munitions théoriques pour ses mensonges. Notre politique à l’égard des FDLR est significative à ce sujet : elle accrédite l’idée d’un soutien aux « génocideurs » et s’avère ruineuse pour notre image à l’échelle internationale. Face à Nkunda et aux FDLR, nous détruisons notre crédibilité par manque de cohérence. Nous entrons dans l’antagonisme inter-rwandais Hutu-Tutsi sur notre propre sol et nous faisons montre d’un manque manifeste de l’intelligence géostratégique.

FMK : En suivant le développement de votre pensée, je me demande si vous êtes en train de justifier la politique rwandaise à l’égard de la RDC aujourd’hui…?

PKM : Aucun Congolais tant soit peu informé ne peut aujourd’hui défendre la politique rwandaise à l’égard de notre pays. Substantiellement, cette politique agressive, guerrière et criminelle est indéfendable. Je la considère comme telle. J’ajoute seulement que la nôtre à l’égard du Rwanda est idiote et ruineuse pour notre image internationale et nos visées géopolitiques. Par ses mensonges, son double jeu, ses atermoiements, son manque de lisibilité, son absence de crédibilité et son incarnation calamiteuse par un pouvoir qui siphonne les richesses de son propre pays, cette politique s’avère catastrophique. Le despotisme éclairé rwandais en tire plus profit que le despotisme abscons de la RDC. Voilà la réalité qu’il faut voir et à partir de laquelle il convient de penser l’avenir de la région des Grands Lacs, pour l’intérêt géopolitique et géostratégique de notre pays.

FMK : J’aimerais, si vous le voulez bien, que nous parlions maintenant de nos relations avec l’Angola, ce deuxième pays que vous avez cité pour valider votre idée de la faiblesse géopolitique et géostratégique de la RDC.

PKM : L’Angola pèse plus lourd que nous dans l’ordre géopolitique mondial actuel. Son pétrole, son organisation militaire, sa capacité d’intervention dans les conflits en Afrique et une certaine vision de lui-même que déploie sa diplomatie l’imposent à l’échelle régionale comme à l’échelle africaine en tant qu’acteur majeur, un acteur qui compte et à qui nous devons, nous Congolais, la chance d’être encore un pays libre face aux ambitions géostratégiques du Rwanda. Je constate que l’Angola, qui a fait le choix d’être un despotisme presque éclairé, nous regarde de haut. Ses dirigeants parlent des nôtres avec une inacceptable condescendance. Ils ont beau se permettre de remettre en question les frontières entre nos pays, ils ont beau traiter nos compatriotes qui vivent sur leur sol comme des êtres indignes des droits humains, ils savent que nous sommes trop faibles pour réagir. Ne vous y trompez pas : la faiblesse dont je parle n’est pas une faiblesse uniquement militaire, c’est une faiblesse géopolitique et géostratégique, qui nous rend incapables de faire soutenir notre cause par les grands pays qui ont une influence prépondérante sur le destin du monde. Cette faiblesse est une pathologie à laquelle nous devrions être sensibles. Géopolitiquement, nous sommes potentiellement aussi riches, si pas plus, que l’Angola. Si ce pays se permet de nous regarder de haut comme il nous regarde, c’est parce que notre despotisme abscons et corrompu est incapable de se forger une image de marque dans le monde. Ce n’est pas l’Angola qui est plus fort, c’est le Congo qui est faible dans les rapports de forces mondiaux où nous n’avons pas un poids conforme à nos possibilités. Il y a là un problème géopolitique et géostratégique de fond pour notre pays.

FMK : Le sentiment d’impuissance géopolitique et géostratégique de la RDC est-il perceptible dans d’autres pays africains ?

PKM : Si je m’en tiens au discours que j’entends dans les milieux intellectuels et politiques au Cameroun où je vis, la situation du Congo suscite un profond sentiment de tristesse et d’incompréhension. Personne n’arrive à s’expliquer comment, avec un tel potentiel naturel et humain, nous sommes réduits à être ce que nous sommes et comme nous sommes. Nous donnons partout l’image de tragédie morale, d’impuissance politique, d’inintelligence géostratégique et d’incompréhensible dévoiement de l’intelligence. A la longue, nous sommes devenus un contre-modèle que l’on enseigne dans les Instituts des relations internationales, comme l’IRIC au Cameroun. La RDC représente la réalité même de ce qu’il ne faut pas faire, si l’on veut donner de son pays un poids géopolitique et géostratégique.

FMK : Voulez-vous dire que la diplomatie tous azimuts que notre pays a lancée à l’échelle de la CEEAC n’a pas d’impact sur l’image de notre pays dans la région et en Afrique ?

Le problème n’est pas simplement de l’ordre de la diplomatie. Nous avons un excellent ministre des affaires étrangères aujourd’hui, M. Mbuse Nyamuisi. Je suis avec beaucoup d’attention et d’intérêt ses déplacements dans la CEEAC, en Afrique et dans le monde. Je connais ses qualités de diplomate et d’homme politique. Ce n’est pas son art diplomatique sur instructions du Chef de l’Etat que je remets en cause. Je remets en cause l’orientation globale de notre politique internationale, du point de vue de ce que nous devrions avoir comme poids géopolitique et géostratégique. Cette orientation a trois noms : le nombrilisme mortel, le despotisme abscons et la géopolitique du vide. Je situe cette accoutumance, ce nombrilisme et ce despotisme quelque part entre le choix de la démocratie intelligente et vraie d’une part et l’option pour un despotisme éclairé et pragmatique d’autre part. Nos dirigeants ont manifestement refusé la voie de la démocratie intelligente et vraie. C’est clair et net. La manière dont nos élections ont été organisées, le principe de répression systématique qui structure notre appareil sécuritaire, le musellement de l’opposition, le destin politique brisé de Jean-Pierre Bemba, tout montre que c’est la direction du despotisme que nos dirigeants ont choisi de prendre. Seulement, ce despotisme n’a rien d’éclairé, rien d’intelligent, rien de visionnaire pour notre présence à l’échelle mondiale. C’est un despotisme sans grande vision du pays, sans souci de l’intérêt national, un despotisme nombriliste, un despotisme du vide un despotisme de prédation et de siphonage des richesses au service d’une minorité. Le comble est qu’à l’échelle mondiale, tout le monde sait que nous sommes ce que je viens de décrire là. C’est pour cela que les grandes puissances préfèrent à notre inintelligence et à notre corruption le despotisme à la Kagame au Rwanda ou à la Dos Santos en Angola. Ces despotismes ont au moins la qualité de servir quelques intérêts vitaux de leurs pays pendant que le notre ruine toutes nos chances d’avenir en vendant le sol et le sous-sol congolais à des conglomérats internationaux sans aucun souci des générations à venir. Faire le choix du despotisme nombriliste dansant dans un vide géopolitique et géostratégique, comme nous l’avons fait, c’est une erreur éléphantesque. Je ne sais même pas si notre horizon peut s’accommoder des despotismes à la rwandaise ou à l’angolaise. Nous avons trop souffert du mobutisme et de ses errances tyranniques pour accepter de bon gré un quelconque despotisme, aussi éclairé soit-il. Nous aurions dû, avec la troisième République, faire le choix de la démocratie vraie, intelligente, intégrale et maîtrisée dans tous ses enjeux. C’est la seule voie qui peut nous donner un poids géopolitique et géostratégique. Imaginez une grande démocratie en plein cœur de l’Afrique, imaginez une grande puissance démocratique, intelligente, organisée et non corrompue, vous aurez l’image du Congo qui peut compter et sur lequel on peut compter dans le monde d’aujourd’hui. Ce que nous vivons aujourd’hui est pitoyable, dérisoire, comique et sans intérêt. Il y a plus : le refus d’être une démocratie nous a aliéné l’amitié des pays avec lesquels nous aurions pu construire un puissant axe démocratique en Afrique : l’Afrique du Sud, par exemple. Vous aurez remarqué que ce pays, après nous avoir aidé dans le processus de sortie de notre transition chaotique, s’intéresse plus maintenant à la dimension économique de nos relations qu’à la dimension spécifiquement politique. Lui aussi ne nous voit maintenant que comme un espace d’affaires pour ses entreprises, et non comme un partenaire potentiel pour une politique de la renaissance africaine, politique qui est pourtant le cheval de bataille du président Thabo Mbeki. Dans l’état normal des choses, Mbeki aurait dû logiquement trouver dans notre pays un partenaire politique de taille, un géant aux puissants atouts pour construire un grand avenir au continent. Curieusement, aucune initiative sud-africaine de taille ne nous intègre dans le schéma de la renaissance africaine. L’Afrique du Sud préfère s’allier au Nigeria, au Sénégal et à l’Algérie pour des projets politiques d’envergure mondiale : le NEPAD, par exemple. Si elle le fait, c’est parce qu’elle sait que nous sommes géopolitiquement faibles et géostratégiquement impuissants. Nos l’inondons tellement de nos compatriotes en désarroi qu’elle nous considère maintenant comme une nation sans intelligence. Voilà l’image qu’elle a de nous. Quand au monde arabe, je constate qu’aucune perspective de relations politiques solides avec nous ne s’ouvre de ce côté-là. La RDC n’a pas une politique en direction du monde arabe et le monde arabe n’en a pas non plus à notre endroit. C’est tout dire sur ce que nous représentons pour des pays qui sont pourtant riches en potentialités d’investissement. Notre nombrilisme politique est tel que nous n’avons pas encore vu que des investisseurs d’Afrique du Nord ou du proche et moyen Orient commencent à s’intéresser à l’Afrique. Nos relations se limitent au petit commerce avec des libanais qui s’enrichissent chez nous sans nous enrichir, comme si le vaste horizon qu’ouvre l’Arabie saoudite ne nous intéressait pas. Si la Chine n’avait pas pris elle-même la décision d’une offensive diplomatique vers l’Afrique en vue de construire sa propre puissance qui contrebalancerait celle de l’Europe, des Etats-Unis ou de la Russie, je me se demande si nous nous sérions avisés d’aller vers elle pour des relations d’enrichissement mutuel. Que savons-nous de l’Amérique latine et du Pacifique, du point de vue des opportunités politiques et économiques ? Rien apparemment. Nos petits combats congolo-congolais entre nos partis politiques nous accaparent tellement que nous devenons une nation sans ambition ni perspective, et nous sommes perçus comme tels. Je signale aussi que notre présence dans les grandes organisations internationales est d’une faiblesse effarante. C’est en vain que vous chercherez à trouver le nom d’un Congolais à la tête ou dans les hautes sphères des institutions qui dirigent le monde. Nous n’avons même pas de politique pour investir ces institutions et nous y affirmer comme une grande nation dont la parole doit être entendue. Ces institutions, dont l’ambition est d’avoir de représentants des nations qui ont un certain poids international, ne nous courtisent pas non plus. Nos compatriotes qui y réussissent à certains échelons respectables le doivent plus à leurs qualités et à leurs mérites individuels qu’au poids politique ou économique de leur pays. De ce point de vue, la RDC est un malade géopolitique, un nain géostratégique, si vous voyez bien ce que je veux dire.

FMK : Je le vois très bien et cela me conduit à vous poser la question que vous voyez sans doute venir : que nous faut-il faire ? Comment allons-nous lutter contre le despotisme abscons, contre le nombrilisme mortel et contre la fascination du vide dont vous parlez ?

PKM : L’orientation et la gestion démocratiques de la nation constituent les réponses les plus fertiles à votre question. C’est notre vraie carte géopolitique et géostratégique majeure. Face aux voisins despotiques, l’invention d’une démocratie congolaise ouverte à toutes les grandes démocraties qu’elle peut enrichir nous donnera une puissance idéologique et sociopolitique de première grandeur. C’est contre cette possibilité que nos ennemis s’insurgent dans le monde et que notre gouvernement s’inscrit en faux lui-même dans sa politique actuelle. Je précise tout de suite que la démocratie dont je parle n’est pas une démocratie mimétique qui aurait au coeur de ses mécanismes de fonctionnement l’instinct conflictuel et guerrier où l’on veut un vainqueur qui gouverne seul avec son parti en appliquant une politique qu’il aurait conçue seul comme projet de société, dans un parlementarisme et un système de représentation où des castes pseudo idéologiques se battent dans des phraséologies stériles. Les crises politiques du Kenya et du Zimbabwe, comme tous les contentieux post-électoraux en Afrique montrent à suffisance comment cette voie ne peut pas être celle du Congo. Notre troisième République, accouchée en vue d’un tel système de victoire et de suprématie d’un camp sur d’autres, a vite basculé dans le despotisme abscons et dans un manque manifeste d’énergie pour changer le Congo. Il nous faut autre chose. Je ne parle pas non plus d’une mythique démocratie africaine de l’arbre à palabres, avec la recherche des consensus impossibles et la participation de toutes et tous à d’interminables débats qui ne peuvent, dans le contexte actuel d’une modernité mondialisée, aboutir à rien de solide. Je parle d’une démocratie africaine modernisée et rationalisée, où les intérêts vitaux du pays soient recherchés à travers la participation la plus vaste possible des terroirs locaux aux solutions les plus viables à leurs problèmes. Une telle démocratie rassemble les intelligences, les volontés et l’imaginaire populaire pour construire un espace de quête d’un bonheur national solidaire, avec le devoir de disposer, à tous les niveaux de la vie nationale, d’un « minimum social commun » construit par les citoyens eux-mêmes, comme dirait l’homme politique béninois Albert Tévoédjeré. C’est une démocratie où les forces vives s’engagent le plus largement à trouver ensemble les solutions d’ensemble aux problèmes qui se posent à tous et toutes : le pouvoir s’y exerce dans cette perspective, il est contrôlé dans cette perspective par des institutions crédibles, sans aucun risque de voir un despote surgir pour siphonner les richesses du pays, avec une caste dévouée à sa cause de la fragilisation de la nation et de la destruction de son pouvoir créateur. Ce que je dis ici ne constitue pas une réponse magique à votre question. Il s’agit d’une orientation globale, à partir de laquelle il convient d’imaginer des solutions institutionnelles concrètes, sur la base d’une éthique fondamentale du bien commun et des intérêts collectifs. Il s’agit d’un idéal pragmatique, d’une perspective d’ensemble dans laquelle la réflexion sur l’avenir devrait s’inscrire, avec le souci des valeurs essentielles qui peuvent garantir la fécondité d’un espace d’humanité sur le sol de la République Démocratique du Congo. Selon cette perspective, il est nécessaire de rassembler toutes les forces vives de la nation au lieu de les diviser comme nous le faisons maintenant. Il est nécessaire de faire converger les énergies nationales vers des objectifs géopolitiques et géostratégiques qui renforcent notre capacité à être des sujets historiques créateurs, de peser sur les événements du monde au lieu de nous perdre dans le vide actuel et de nous enliser dans un despotisme abscons qui ne mène nulle part. Ce que je dis là nécessite la construction d’une nouvelle mentalité : celle des Congolaises et Congolais qui pensent leur vie et leur destin non pas de manière étroite et selon de petites perspectives du combat avec les seuls problèmes de nos misères de tous les jours, mais dans l’ambition de réussir à bâtir des entreprises de grande ampleur. Il nous faut une ambition politique incarnée par des hommes politiques visionnaires. Il nous faut de chefs d’entreprise tournés vers la maîtrise et la domination de l’espace mondial. Il nous faut des hommes de foi et de culture qui ambitionnent de se hisser au plus niveau du rayonnement mondial pour notre pays. Ces personnalités- là ne tombent pas du ciel : on les forme, on les forge, on les inventions dans un processus éducatif conçu dans l’esprit de la grandeur et de la compétition-coopération mondiale. Je veux dire que c’est par l’éducation que nous casserons l’étau du nombrilisme mortel et de ses étroitesses d’imagination. C’est par l’éducation que nous construirons qui si les mentalités indispensables à la rupture avec notre vide géopolitique et géostratégique actuel, ce vide auquel nous nous accoutumons de plus en plus par nous paralyser complètement. Quand je vois la fascination que des discours et des idéologies vides exercent sur nos populations alors que ces populations vivent dans d’effroyables conditions de misère, je mesure l’urgence d’un système scolaire et universitaire de qualité pour ouvrir les yeux de notre peuple. Quand je vois l’envoûtement que des illusions sur un développement par endettement exercent sur certaines couches de notre société, je ne peux que mettre l’accent sur la solidité des structures éducatives à mettre en place pour développer l’esprit de réflexion, l’esprit d’analyse, l’esprit de distance critique sans lequel l’enchantement du vide nous perdra pour toujours. C’est ce système aussi qui conduira au développement de l’esprit créatif, sans aucun doute. D’où l’urgence, pour des Congolaises et Congolais sensibles aux grands enjeux du futur, de s’investir de toutes leurs forces dans la formation humaine et dans la fertilisation des esprits grâce à une éducation conçue comme l’espace de la grandeur de notre nation.

FMK : Vous parlez d’orientation, de valeurs et de principes ; vous indiquez des lieux d’engagement pour vaincre le nombrilisme, le despotisme insensé et l’envoûtement par le vide. Je comprends tout cela. Je ne vois cependant pas bien comment tout cela s’articule dans une méthode d’action clairement visible.

PKM : Je pense qu’il est indispensable, avant tout, de fonder notre démocratie sur les valeurs universelles essentielles d’humanité. Le juriste tchadien Roger Koussetogue Koudé présente ces valeurs avec une grande clarté : « la vie et la condamnation de la violence, la liberté et le rejet de la tyrannie, la justice et le refus de l’arbitraire, la solidarité et le respect de l’autre. » Nous sommes là dans le domaine des droits inaliénables des personnes et des peuples, avec ce que cela comporte de devoirs et d’exigences. Il est clair que la démocratie congolaise à proposer devra être une démocratie nourrie, fertilisée par cette vision, et nous devons mettre cela au centre de l’éducation éthique et politique de notre peuple. Il convient d’ajouter qu’il nous faut aussi faire des choix qui soient nourris par des principes spécifiques de la vision africaine du monde, notamment la suprématie des intérêts collectifs et du droit au développement communautaire sur les prétentions qu’aurait chaque individu à être l’unique sujet des droits et de devoirs dans la société. Ici l’attention à toutes les exigences vitales communautaires seront le socle de la construction du bonheur social. Il convient de mettre aussi cette exigence au cœur du processus éducatif d’un Congo qui ambitionne d’éclairer la marche du monde. Une telle perspective contient elle-même ses dynamiques méthodologiques pour l’esprit de la démocratie. C’est Meng Tzu, un philosophe chinois qui vécu au troisième siècle avant Jésus-Christ, qui exprime le mieux ce que veut dire : « Le peuple est ce qui importe le plus, ensuite vient l’Etat, et l’empereur est ce qui importe le moins.» J’interprète cette pensée d’un point de vue pratique : la démocratie ne peut être que l’œuvre d’un peuple qui s’organise sur la base des ses intérêts pour assurer à chaque personne des conditions de vie dignes de son humanité ; l’Etat est le cadre dans lequel le dynamisme créatif du peuple s’accomplit grâce à la solidité des institutions destinées à garantir les valeurs de la vie, de la liberté, de la justice et de la solidarité. Le chef de l’Etat n’est pas la pierre d’angle du dispositif, il n’est que l’incarnation de la solidité des institutions et de la profondeur de la vision que la société a d’elle-même. Le Congo a besoin de cette perception des exigences démocratiques pour avoir une place dans la géopolitique et la géostratégie mondiale. Il faut éduquer et former le peuple à comprendre que les enjeux mondiaux de la vie nationale dépendent de sa créativité comme peuple et de son sens d’initiatives historiques de grande ampleur, loin de tout nombrilisme. L’Etat congolais devra être consolidé comme un Etat de droit, et les principes du respect, de la protection et de la promotion des droits humains devraient y être la préoccupation de base, préoccupation pour laquelle le peuple, formé et éduqué en fonction de ces droits, devrait se battre tout le jour, aux cœurs des institutions crédibles. Le président de la République, nous devons cesser de lui donner plus d’importance qu’il n’en en a. Il n’est qu’un lieu d’impulsion que nous devons nourrir de nos propres impulsions créatives, afin qu’il assume la tâche d’impulser lui-même à la nation une dynamique créative qu’une autre personne pourrait assumer si le chef d’Etat en place est faible ou défaillant. Un tel chef ne tombe pas du ciel et n’est pas le fruit du hasard, il jaillit du vivier des personnes qu’un système éducatif bien orienté fait émerger des profondeurs même de la vitalité nationale.

FMK : Un mot pour conclure cet entretien, professeur Kä Mana ?

PKM : J’aimerais conclure par une invitation à la responsabilité. En cette période des jeux olympiques où tous les pays prennent conscience des liens qui les unissent et se voient les uns les autres dans un contexte d’une mondialité sportive, il est utile pour nous, en RDC, d’aller au-delà du sport, en vue de regarder notre pays selon des perspectives géopolitiques et géostratégiques. Si nous nous regardons dans le miroir du monde, nous prendrons conscience des problèmes cruciaux qui sont les nôtres selon une dimension qui nous sortira de l’esprit du nombrilisme, du despotisme sans intelligence et de la géopolitique du vide, trois maux sur lesquels il convient de nous pencher avec sérieux pour affirmer notre présence dans le concert des nations. Il est temps de construire un destin pour la République Démocratique du Congo. C’est notre seule voie d’avenir.

Texte distribué par:

Mwalimu Kadari M. Mwene-Kabyana, Ph.D.

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