La récession aurait-elle, comme aux Etats-Unis, élu domicile en Europe et entraînerait l´Afrique et les pays sous développés dans une crise encore plus douloureuse ? Il semble bien que ce soit le cas, malgré que comme une maladie vénérienne honteuse, l´occident, dans son désarroi, essaie vainement de s´en défaire sans s´avouer du mal économique honteux.

Un malaise économique passager ou une gangrène aux conséquences profondes et dangereuses ?

Quand on se croit arrivé, qu´on se prélasse dans la satisfaction et la jouissance de ses acquis ; on en oublie souvent de soigner l´avenir autrement qu´en répétant des schémas rationnels dépassés. Or, l´avenir n´est pas seulement fait de ce que nous sommes, mais aussi de ce que nous devons faire pour rester ou devenir ce qu´un avenir positif exige de nous. 

Musengeshi Katata

Au troisième trimestre de cette année, les PIB des pays européens se sont effondrés ; de la France de (-0, 3%), l´Allemagne (-0,5%), l´Angleterre (0,7%), le Danemark, l´Italie, l´Espagne (-0,4%). Or, le coût des endettements Publics, le coût sociaux du chômage, celui des assurances sociales ainsi que celui de l´énergie ont gravement augmenté. Pire, les prix de l´énergie du gaz va augmenter, en Allemagne cette année d´environ 30% ! Pour ce qui est du prix du pétrole, malgré ses fluctuations soulageantes vers le bas, ce changement ne semblait pas concerner ou être rendu aussi rapidement aux consommateurs. Par ailleurs, les index de prévisions économiques et commerciales industrielles dans tous les pays européens se sont refroidis pour revoir leurs pronostiques respectifs à la baisse. La crise économique américaine aurait-elle atteint les côtes européennes et entraînerait ces pays aux portes d´une longue et douloureuse récession ? Après tout, l´Amérique a toujours été le moteur économique de l´occident. Le géant américain contaminerait-il ses alliés européens et canadiens ?

Apparemment c´est le cas. Pour l´Amérique les choses, même si les européens, après avoir dégluti en sourdine (mais non moins sans grincements irrités) le coup américain des hypothèques avariées avec lesquelles on contamina les réserves financières de bien de banques occidentales, les choses étaient au plus mal. L´état américain s´était déclaré prêt à soutenir les banques hypothécaires en banqueroute de 5.000 milliards $ ; mais depuis, et presque chaque mois, de nouvelles banques annonçaient des difficultés financières dévastatrices, d´autres mettaient leur port folio en vente ou s´empressaient d´augmenter leurs réserves financières liquides par augmentation de capitalisation pour éviter d´être surpris sans moyen de paiement. Or, cette thésaurisation ineffective risquait, à la longue, de leur porter préjudice en ce qu´ils seraient enfermés dans des paiements futurs de coûts d´emprunts dévorant leurs gains inlassablement. D´autant que, des dire d´un expert des finances américaines à la Federal Reserve, la crise venait à peine de commencer...

Aux Etat-Unis ce n´était pas seulement l´immobilier qui s´était effondré ; celui-ci n´était qu´un malheureux symptôme accompagnant un pays aujourd´hui endetté à 13.000 milliards $, dont le déficit budgétaire de l´état en 2009 affichait 483 milliards $, et dont l´endettement par tête d´habitant dépassait 50.000 $. Par ailleurs, le déficit commercial américain envers la Chine croissait dangereusement avec un taux de plus de 5% en moyenne par an. Cela fit dire à Obama notamment que « Nous ne pouvons pas fonder notre avenir uniquement sur les cartes de crédit chinois ! ». Autrement dire que l´Amérique devait sortir de l´expectative, créer de nouveaux emplois, investir dans l´innovation, s´ouvrir de nouvelles perspectives économiques…Tout cela est vite dit. Mais l´écroulement de l´immobilier américain qui a toujours été un élément considérable du moteur économique et financier de l´économie locale américaine cachait en vérité une grave maladie dont les prochaines victimes seraient…les fonds Hedge et bien de fonds sociaux qui s´étaient aventurés dans la spéculation ou le financement immobilier. Les perdants seraient, dans les années à suivre tous ceux des rentiers et pensionnaires qui avaient placé leurs économies dans les mains de ces sociétés d´investissement et de financement. On a vu combien ces fonds sont devenus avides et rapaces de profit immédiat en jouant à des rapprochements, des disséquassions, des achats et reventes d´industries, de groupes financiers et de banques. Une synergie d´embarras, parce qu´elle ne sortait personne du tunnel de la récession. On faisait des bénéfices, certes ; mais on tournait surtout en rond les poches pleines d´un argent qui risquait, avec l´inflation de 4% qui avait atteint l´Europe jadis si austère de telles dépréciations monétaires par exemple, de ronger la valeur réelle de thésaurisations immobiles ou infructueuses.

Cette crise est de la plus curieuse qui soit, et on ferait mieux de ne pas en négliger les conséquences qui seront à mon avis incroyablement lourdes. Pourquoi ? Parce que l´occident tardera, dans son optimisme traditionnel dû à sa longue période de domination unilatérale financière et économique sur le monde, à accepter les changements actuels qui s´opèrent autant dans son dogmatisme économique épuisé que dans le déplacement du centre synergique économique et financier au profit de la Chine montante. On a certes essayé d´employer la Chine pour s´assainir et redorer son hégémonie, hélas les chinois ne se sont pas laissé faire et développent un dynamisme propre qui risque de ronger inéluctablement les forces économiques occidentales. En tout cas, dans un très proche avenir, á lui faire une concurrence effrénée. Et l´Inde était le prochain candidat à l´industrialisation ; sa venue ne va pas arranger les choses, loin de là…Ainsi, se cachant du mal, l´occident tarderait à réagir, croyant à une quelconque amélioration; or, cette attitude dure depuis 30 ans. Rien ne change, mais apparemment et comme des rats invisibles, les dépenses en hausses rongeaient le richesses des nations industrialisées. On en était aux dettes...et si la relève ne venait plus, ou pas comme on le souhaitait ? De nouvelles dettes ? Ou la fin de la démocratie sociale ? En tout cas fin de l usage de statistiques frisées empruntées aux grecs qui trichèrent jadis á propos de leur endettement pour ne pas mettre en danger leur entrée dans l´Union Européenne...au sport non plus ils n´étaient pas sincères. Les mauvaises habitudes...

Que faire ? Changer de politique comme le prédit Obama, mais changer pour aller où ? Investir en Afrique ? Mais n´avait-on pas fait l´expérience avec la Chine, le Vietnam, l´Europe de l´est que ceux chez qui on investissait devenaient plus tard des concurrents acharnés autant dans les produits agricoles que dans les produits industriels mécaniques et électroniques ? Que le travail s´y déplaçait ainsi que le capital revenant, par effet de boomerang, mettre à mal les économies occidentales les repoussant au rétrécissement de leurs croissances, au chômage de leurs populations actives…comment alors en venir à bout de l´endettement public grandissant inexorablement sous le poids croissant d´obligations sociales de sociétés sensiblement grisonnantes et confrontées avec des frais de pensions et de santé en pleine explosion ?

Par ailleurs, l´Afrique présentait des défauts d´infrastructures criant, de pouvoir d´achat quasi inexistant, de cadres industriels compétents et avertis expatriés en occident…cela ne risquait-il pas d´enfermer le capital étranger dans un long terme incontrôlable de ses résultats réels que dans celui de l´insécurité de garanties de rendements financiers, d´autant que ce continent était encore gouverné par des despotes, des parasites irréalistes et des illusionnés attardés du pouvoir et de leurs devoirs véritables envers les leurs. Changer ? Faudrait-il se débarrasser de cette élite incapable rapidement alors qu´on avait, par le passé, veillé à ce qu´elle corrompit et laissa piller ses peuples afin que l´occident profita de ses matières premières et de ses marchés largement ouverts aux excédents commerciaux occidentaux ? On avait ainsi appauvri les africains sournoisement en rongeant leurs accumulations sociales. Changer dans ce cas, c´est aller dans quel sens ?

Ces questions, si elles ne sont pas posées de cette façon dans les journaux occidentaux – ce qui est la preuve qu´on cachait la vérité…ou qu´on n´était plus capable de l´appréhender dans toute son acuité - , elles le sont pourtant dans certains milieux politiques avertis. Sinon, Sarkozy ne chanterait pas sa chanson sur l´Union Méditerranéenne, autant qu´il ne ferait pas la cour à Thabo Mbeki dont le pays avait été abandonné d´un dynamisme économique solidaire des blancs détenant pratiquement 80% de son économie et de ses finances. Et lentement 40% de chômeurs noirs devenaient impatients et grondant. Or, au lieu d´investir en Afrique du Sud, les occidentaux, comme des sangsues, lorgnaient avec cupidité sur ses accumulations. Quand cette économie se tournera-t-elle vers son expansion intérieure afin que les noirs puissent eux aussi profiter du bien être Sud Africain ? Angela Merkel, elle avait fait un voyage remarqué en Algérie du pétrole et du gaz ; les journaux économiques allemands ainsi que la Banque Mondiale ayant fait état des caisses publiques algériennes croulant sous l´abondance, vendre le clé sur porte allemands ainsi que son savoir faire était lucratif et assainissant. A se demander : les occidentaux n´en avaient-ils jamais assez ? Non, jamais ; mais pourquoi diable empêchaient-ils les africains d´avoir ce même trait apparemment humain de caractère ? Afin qu´ils restent pauvres et dépendants ?

L´usine atomique achetée dernièrement à 1,63 milliards € par l´Afrique du Sud en France semblait avoir réveillé une amitié particulière de Sarkozy envers ce pays ; peut-être souhaiterait-il que ce genre d´achats devienne monnaie courante…mais les Sud africains voulaient aussi de leur part que la France acheta leurs produits, et pas seulement des patates, des fleurs et qu´elle y investisse. Mais apparemment tout l´occident s´était mis d´accord pour consommer l´or, les diamants, les métaux précieux et toutes les matières premières industrielles de l´Afrique du Sud…jusqu´à leur épuisement. Y investir dans d´autres secteurs que ceux tenant à cœur et servant directement l´occident…difficile et contre indiqué. On en était donc là dans tous l´occident : devant un pas d´ouverture qu´on avait soi-même patiemment miné et rejeté à une chosification toute utilitaire. Changer…était lourd de conséquences, et de changement de considérations profondément ancrées dans la psychologie politique de l´économie occidentale. Changer…et si l´Afrique apprenait elle-même à se changer ? Oui, pourquoi pas ; après tout, il s´agissait de son avenir, tout de même ou pas ? Hé oui, mais ne lui mettait-on pas sciemment (et plutôt méchamment que par hasard) les bâton dans les roues… ?

Pour ma part, l´avenir de l´occident autant que celle de l´Afrique se trouve dans la résolution de ce questionnement. Au RDCongo, au Congo Brazzaville, en Ouganda, en Angola, en Algérie, au Maroc, au Zimbabwe, au Soudan…etc. C´est la fin des dictateurs et des marchands de corruption, de mensonges ; de l´ère de ces élites incapables, demeurés et sans réelle ambition pour l´avenir des leurs. Mais c´est aussi de la part de l´occident d´un changement de politique enterrant notamment la francafrique, les ventes d´armes prohibées fomentant troubles et déstabilisations. En fait cesser de considérer l´Afrique comme une réserve privilégiée de matières premières ou de main d´œuvre, un dépotoir de déchets industriels, un marché de dumping commercial…mais comme un continent partenaire dont on respectait l´intégrité, le droit légitime à s´épanouir et répondre aux rêves libres et aux attentes légitimes de ses enfants. Et j´ai bien peur que ce changement sera difficile à opérer en Occident ; parce que cette culture n´a appris, depuis toujours, qu´à ne respecter que ses propres intérêts. Changer ? Ou était-ce seulement la pression chinoise et sa présence grandissante en Afrique, bientôt suivie de celle des indiens…qui pousseraient définitivement au changement ?

Le grand drame du changement ou de l´évolution humaine, n´est pas tellement dans le fait que nous soyons tenus de nous ouvrir à des efforts, des considérations ou des évidences qui nous étaient jusque-là étrangères ou inconnues ; mais bien dans le défaut, tout en allant de l´avant ou en aspirant au progrès, de nous accrocher à raisonnements, à des habitudes dépassées ou impropres dont l´étroitesse, l´aveuglement ou l´absolutisme mettaient en cause la sincérité et l´ouverture que l´avenir d´un changement objectif exigeait de nous. Et bien souvent derrière la religion, la tradition, les habitudes héritées du passé, de histoire, de faux jugements sociaux…se cachaient de bien vilains vices tels le racisme, la discrimination, l´injustice sociale, la rapacité, égoïsme borné…etc. Et pendant qu´on prétendait ceci, on faisait néanmoins cela, symptomatiquement. Cela était valable autant pour les africains que pour les occidentaux ou quelque culture que ce soit sur la terre.

Et pourtant, avec le raisonnement, la changement s´avérait simple et logique ; autant que la liberté, parce qu´on ne pouvait pas s´en réclamer et l´imposer aux autres tout en le la leur refusant ou en exigeant aux victimes (de l´esclavage notamment, ou des inégalités sociales) qu´ils sursoient leurs rêves et leurs attentes afin que d´autres s´enrichissent ou en profite d´autant mieux. Mais lorsqu´on sait que ce n´est ni la révolution française, ni quelque humanisme humboldien qui a mis fin à l´esclavage, mais bien l´augmentation par les autorités américaines des taxes douanières sur les esclaves importés…on ne peut que reconnaître : pecunia nervus rerum. Pour les africains aussi. Changer ? Mais oui, changer en y voyant plus clair aujourd´hui ! Parce que l´avenir, lui, viendra sûrement demain; mais ses contraintes risquaient, lorsqu´on les avait ignorées ou négligées, d´être bien douloureuses. Surtout pour ceux qui ont toujours vécu dans l´abondance...et qui doivent apprendre tout à coup à se restreindre.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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