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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

27 août 2008

A la Convention Démocrate des présidentielles américaines à Denver

5000 délégués démocrates, prés de 50.000 invités, 15.000 journalistes attendaient, à Denver depuis le lundi 25 août, avec impatience et expectative les discours couronnant officiellement la candidature d´Obama aux présidentielles de novembre face au candidat républicain John McCain. Le discours d´Hillary Clinton au deuxième jour a été absolument brillant…
 

Des femmes et des hommes ambitieux pour les leurs.

Au premier jour, ce fut le discours de Michelle Obama qui rallia tous les délégués autour de la candidature de son époux ; elle le fit avec son élégance habituelle, sans quitter ni renier ses origines et la légitimité du rêve américain dont elle estimait, non sans fierté et admiration, que Barack Obama, son époux, en était le meilleur prétendant démocrate. Discours émotionnel, certes, mais hautement motivé et réfléchi qui toucha le cœur et l´appartenance politique de tous délégués émus. Un grand moment qui enflamma toute la salle. 

Mais au second jour, tout changea tout à coup ; on attendait non sans crainte le discours de la perdante des préliminaires démocrates : Hillary Clinton. Et lorsqu´il fut l´heure, toute la salle en cœur salua l´entrée de la femme la plus populaire du parti démocrate. Son discours fut brillant, autant passionnel concret qu´orienté vers la reconnaissance d´Obama comme son candidat à elle et celui qui avait le mieux la chance, comme elle le dit en entrée de discours, à permettre aux démocrates de «… reprendre leur pays… ». Un discours digne de la femme la plus intelligente et la plus versée en politique du monde ; ce qui, dans certains passages de suspends, fit pâlir Michelle Obama dans la salle, tant elle se rendit compte combien cette femme était douée et éloquente. Il aurait suffi à cette femme de mettre son nom à la fin d´une de ses puissantes tirades pour que la salle enflammée se rabatte de son côté. Cela aurait causé bien d´embarras au parti démocrate et à l´élection future d´Obama, d´autant que beaucoup de ses électeurs ne se consolaient pas encore de sa défaite. Or le parti et Obama avaient besoin, pour réussir, des voix déçues ou indécises de cette puissante Dame de la politique américaine. 

Bill Clinton, pour sa part, fut ému au bord des larmes devant l´élégance que la prégnance du discours excellemment structuré que tint sa femme. On crût lire dans ses yeux certes l´admiration, le regret que sa femme n´aie pas enlevé les préliminaires, mais aussi – et c´est ici une simple spéculation personnelle – de tout ce que dans ses écarts ce Bill Clinton lui avait fait endurer dans sa profonde fierté de femme. De son côté Joe Biden fut enfin soulagé lorsqu´à plusieurs reprises, et sans le moindre hésitation aucune, Hillary se reconnut du candidat Barack Obama et convia tout le parti démocrate, tous ses électeurs à voter Obama en Novembre. Ouf, croirait-on l´avoir entendu souffler : nous sommes passé bien près de l´éclat indésirable. Tout était donc en ordre.

Le discours d´Hillary Clinton à cette convention d´investiture démocrate sera certainement étudié ou disséqué par les journalistes de toutes opinions qui y trouveront, selon leurs appartenances politiques ou leur goût d´intrigue, au-delà de son élégance et de son talent oratoire exceptionnel, une note de dépit ou d´amertume. Et je reconnais moi-même que cette femme est certainement la meilleure politicienne du monde, sinon une oratrice d´un talent de synthèse et de conviction inégalable. Et que sa popularité autant que ses convictions mériteraient qu´elle soit un jour présidente de ce grand Etat américain, parce qu´elle en avait, mieux que bien d´hommes ou de femmes, le talent. Mais voilà, il faut apprendre, comme Hillary, à laisser l´église au village…elle a été assez réaliste pour reconnaître sa défaite, autant qu´elle sait - et pas seulement par simple fairness - qu´elle doit se garder de provoquer ou de perdre l´appui de son parti si elle veut garder ses chances ouvertes un jour prochain de briguer la présidence de son pays les Etats-Unis. 

Un des orateurs qui m´a le plus impressionné, fut Mark Warner (Virginie) qui parla quelques temps avant Hillary. Parce que mieux que tous les orateurs précédents, il alla en détail et avec précision au cœur du problème américain contemporain en qualifiant avec justesse que ces élections n´étaient pas, contrairement à ce que les gens le prenaient par trop spontanément, un choix entre démocrates ou républicains, entre ceux du Sud ou du Nord, entre les riches et les pauvres ; mais bien entre le passé et l´avenir ou encore entre un président ancré dans le passé et celui qui aurait une vision ambitieuse et innovatrice pour promouvoir un meilleur avenir aux américains. Il parla de l´indépendance de l´énergie que l´Amérique d´Obama voulait réaliser, et critiqua une gestion bushiste illuminée qui avait dépensé les ressources humaines et financières dans des guerres grotesques et ruineuses, ainsi que dans des structures économiques et industrielles conservatives et dépassées, sinon incapables à préserver l´avenir dans le monde changeant et exigeant de demain. Apparemment les républicains ne semblaient pas saisir que face à la Chine accourant à grands pas à l´excellence mondiale, la course pour l´avenir était ouverte. Et celle-ci ne pouvait se gagner que par l´innovation, la créativité industrielle assidue et l´utilisation optimale des facteurs de production. 

Et je dois avouer qu´avec Mark Warner j´ai été autant séduit que réconcilié avec les démocrates. Parce que cela m´a laissé entendre que le discours si souvent incompris d´Obama a été bien perçu par ceux qui s´étaient donnés la peine d´aller au fond du problème qui sous des aspects divers et des variantes contextuelles ou géopolitiques, touchait le monde entier, mêmes les africains ou les islamistes extrémistes qui trompaient leurs monde avec un absolutisme religieux qui, en lieu et place de s´industrialiser, de créer le bien être pour les leurs, croyaient primitivement qu´il ne s´agissait, dans l´existence, que de croire aveuglement à une religion quelconque ! Cette cécité, cet illusionnisme gratuit et borné, n´est-ce pas ! Croyait-on que le progrès se ferait à coup de sourates  aussi passionnées soit-elles ; ou s´achèterait chez ceux qui se seraient donnés la peine d´inventer et de produire ? Mais alors il faudrait avoir les moyens financiers d´acheter…indéfiniment. Est-ce possible sans produire soi-même et développer l´intelligence et la créativité des siens ? Faut pas rêver…Les démocrates, en tout cas, ne se font aucune illusion : il s´agit de protéger et de garantir l´avenir de chacun de leurs enfants dans un monde où la concurrence, prochainement, deviendra accrue et sélective au plus haut niveau. 

Musengeshi Katata                                                                                                                                            "Muntu wa Bantu, Bantu wa muntu"

 

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25 août 2008

La RDCongo croulant sous le poids exténué des revendications sociales

Que des médecins se mettent en grève, quoi de plus normal dans un pays ; après tout en Allemagne les médecins avaient fait aussi fait leur grève cette année. Par ailleurs, en France, en Belgique, en Italie …bref, ce sont des revendications salariales courantes dans n´importe quelle société du monde. Pourquoi en serait-il différemment en RDCongo de Kabila ?

Une gestion cabalistique, aventureuse, dangereusement naïve

Le grand drame des sociétés noires ou africaines, c´est que leurs élites se contentent de gérer cahin-caha le présent au lieu de faire preuve d´imagination et de créativité en investissant dans l´avenir du travail et de la productivité prévenant les problèmes sociaux à venir. Tout cela avait à voir avec une élite cupide, corrompue, sans vision et sans feuille de route de la direction dans laquelle la société devait se diriger rapidement pour donner rapidement à chacun de ses membres le revenu, la sécurité et l´assurance sociale à laquelle il aspire profondément. Et investissant mal ou dilapidant les investissements en erreurs et bagatelles, les élites incapables, tout en souscrivant à l´immédiateté (surtout la leur), conduisent leurs sociétés à toute vitesse vers le crash inévitable alors de la misère et de la pauvreté. Car celui qui n´investit pas aujourd´hui, ne peut pas récolter demain ; c´est bien connu. Et les problèmes sociaux, eux, deviennent de jour en jour poignants et insolubles.

Ce phénomène de cerce vicieux de la pauvreté et du sous développement on le trouve partout où les élites (surtout africaine) n´ont qu´une notion primaire de la gestion et de la l´exercice du pouvoir en tant que tel. On cafouillait, on balbutiait, on empruntait comme le dernier des manants pour cacher ses échecs, et parce qu´on ne savait ni produire, ni rentabiliser efficacement ses emprunts dans des investissements fructueux, on s´enfermait dans une ruineuse dépendance face à ses emprunteurs…qui en profitaient, soit dit en passant pour faire avaliser leurs conditions douanières ou accélérer la vente des matières premières dont ils étaient si friands pour leurs industries. Le RDCongo croit toujours aujourd´hui qu´en vendant ses matières premières ce pays arriverait à sortir de sa pesante situation, or, de décennie en décennie, elle apprend à ses dépendants que sans un autre talent que celui de consommer ou de mal gérer, le trou sous ses pieds s´agrandissait dangereusement.

Les occidentaux reprochent (à raison) au gouvernement Kabila d´avoir joué au troc avec les chinois pour 9 milliards d´échangeur et de routes contre des matières premières dont le prix chaque jour augmentait. Celui qui n´a pas de grandes notions d´économie doit se dire ceci : au fait, ce qui énervait les occidentaux était qu´ils étaient, à la longue, comme le RDCongo, perdants dans cette affaire. Pourquoi ? Parce qu´en réalité les chinois protégeaient avec cet économisme primitif leurs coûts de production et ainsi, outre qu´ils étaient déjà les moins chers sur le marché mondial des produits industriels finis ou semi finis et de coûts de main d´œuvre ; ils économiseraient en valeurs sonnantes tout se débarrassant (le temps des travaux effectués actuellement en Afrique par approximativement 800.000 de chinois), d´une main d´œuvre inutilisée ou sans emploi effectif. On avait le loisir, tout en s´assurant de matières premières africaines, de se préparer à intégrer ces travailleurs chinois à l´étranger dans un système mieux structuré et organisé plus tard.

Tout cela avait mis tout l´occident en rage, et lorsqu´un Kabila penaud vint à Paris chez Sarkozy jouer à Perette et le pot au lait, celui-ci lui fit bien remarquer qu´il ne pouvait pas demander la remise de ses dettes pour s´endetter de nouveau tout en bazardant ses garanties aux chinois. Pourquoi ne pas aller s´endetter chez les chinois, au fait ? Les belges, eux, ne savaient plus comment il fallait faire comprendre aux congolais que leur aide de 280 millions € devaient être employés dans l´intérêt avenir des deux pays et pas à payer éternellement des frais de personnel politique et administratif qui n´arrivait qu´à pondre, avec un aveuglement et un dilettantisme renversant, des œufs de pigeon ! Or, pour la petite Belgique, le temps pressait, comme pour le RDCongo car la concurrence industrielle menaçante que développait la Chine, l´Inde, et d´autres pays tels que le Brésil, le Vietnam ou l´Argentine et le Mexique allait déplacer les centres commerciaux et financiers vers la Chine principalement. Ce courant économique qui se raffermissait de jour en jour n´était pas nécessairement favorable à la petite enclave européenne belge qui risquait de perdre graduellement ses hauts revenus commerciaux. Et en plein vieillissement de population, endetté publiquement à plus de 95 %...on se souhait un RDCongo pouvant fructifier rapidement les investissements qu´on ferait chez lui. Mais voilà…au Congo on détruisait le capital humain et financier sans l´utiliser ou le placer fructueusement. Une scandaleuse situation qui n´arrangeait personne : ni les générations avenir congolaises, ni la sécurité et la stabilité sociale de ce pays ; et encore moins les intérêts de la Belgique ou ceux des deux pays.

Ce n´est pas du tout hasard qu´un ex premier ministre belge, Yves Leterme, devient journaliste providentiel (accrédité officiellement par deux journaux belges) ces derniers jours à Pékin ! Il n´a rien d´un journaliste ; la preuve : le 15 juillet 2008, il chanta la Marseillaise au lieu d´entonner la Brabançonne ! Cette bourde, n´est-ce pas…Il s´agit plutôt pour lui de jouer l´attaché économique libre préparant le terrain ou les relations chinoises avec les hommes d´affaires belges voulant profiter de leur présence sur le plus grand marché du monde. Il est accompagné de Karel de Gucht lequel, à plusieurs reprises notamment, avait rumine sur la gestion économique du RDCongo. Mais apparemment, ou les congolais ne se rendaient pas compte de ce qui leur arrivait, ou ils étaient blindés par leurs faux optimismes médiocrates.

En Angola les congolais étaient chassés comme des indésirables honnis, or ces angolais oublient que le zaïre de Mobutu avait hébergé plus d´un millions de réfugiés angolais pendant pratiquement toute la période de la guerre civile d´Angola. Ce rejet, pour ceux qui chantent à longueur de journée faussement de l´Unité Africaine, de la fraternité ou du pan africanisme et autres illusions vides sans le moindre contenus d´exigence réaliste économiques et sociaux, rappelle à s´y méprendre au vomissement criminel des Sud africains face à plus pauvres qu´eux d´origine zimbabwéenne, mozambicaine…etc. Or, ceux-ci ont eux aussi, des siècles auparavant, en tant qu´esclaves ou ouvriers forcés creusés les mines dont l´Afrique du Sud est fière aujourd´hui. L´africain et sa naïveté ou son manque de détermination sociohistorique…Cela changera-t-il un jour ? Peut-on toujours croire que dans le Marathon de la vie on peut rattraper ceux qui étaient partis une heure avant vous ? Et si cela était vrai pour la vie d´un peuple, d´une race ou d´un continent ; quand on se trouve en handicap, faut-il y ajouter la cécité, le flegmatisme ou l´engagement intelligent à réussir ? On peut faire des erreurs, certes ; mais répéter ces erreurs à longueur de siècles ou se laisser chosifier, abuser continuellement par ses propres erreurs ou ses ennemis étrangers… ? 

Tant que les gouvernements africains, et mêmes haïtiens, guadeloupéens, dominicains ne comprendront pas que la pauvreté rend mauvais et médiocre ; qu´il faut investir tous les efforts intellectuels, physiques et financiers pour briser ce cercle vicieux qui, à la longue, ne mène qu´à la débauche et à la pauvreté chronique…les choses ne changeront, hélas pas. D´autant que la plupart du temps toute société piégée a difficile mentalement et objectivement à rompre cette logique perverse qui la poursuit dans toutes ses activités sociales. Rares sont les cerveaux supérieurs au sein de la société sachant dénouer ce noeud gordien se répétant inlassablement de génération en génération en condamnant des enfants et des femmes innocents à vivre une vie étriquées et pauvre à tous points de vue. Cela n´est ni dans l´intérêt des individus, ni de leurs sociétés…encore moins de leurs cultures. Alors, toujours à croire que l´aide et la mendicité est un moyen de vaincre la pauvreté et le sous développement ? Qu´en est-il de produire, que diable ; d´utiliser l´imaginaire et la créativité de ses propres enfants pour réaliser leur propre avenir ? Tout le monde le ferait sauf la race noire en serait dispensée, ou attendrait qu´on lui déroule un tapis rouge où elle n´aurait plus qu´à déguster les fruits des efforts et s´exercer selon la place qu´on voudrait bien lui attribuer ? Il faut se méfier de rêves gratuits...seuls ceux dont on a entretenu soi-même les limites et le contenu sont réellement fidèles à satisfaire aux exigences brûlantes de nos attentes. Si nous en avons... 

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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Adieu Beijing, bonjour la Chine

Si le président de l´IOC Jacques Rogge dit : „ces jeux ont été extraordinaires“… „La Chine s´est ouverte au monde, le monde a plus appris de la Chine et la Chine a plus appris du monde. Je crois que cela s´avèrera positif dans l´avenir. “ il n´exagérait ni ne cachait rien. La Chine a prouvé un don exceptionnel d´organisation à domicile du plus grand rendez-vous international qui existe au monde.

 

La signature d´un géant ambitieux et fier de son savoir faire

 

Quand le rideau est tombé avec une élégance toute féerique, c´est à peine si on ne regrettait déjà pas que ces quinze jours soient arrivés à leur fin ; tant la Chine, il faut sincèrement l´avouer, nous avait tous enchanté. Certes, il y a eu ceux qui auraient bien aimé qu´on parla de dissidents, de pages Internet bloqués…de tout ce que l´occident aimait à reprocher à la Chine tout en oubliant elle-même que ni dans son histoire, ni même aujourd´hui où en Afrique et ailleurs, comme à Accra au Ghana, ou il y a encore quelques temps à Abidjan en Côte d´Ivoire, sciemment, on y déversait ses déchets toxiques ou ses ordinateurs délabrés. Ou encore cette histoire de 103 enfants enlevés au Tchad…Non, il ne faut pas croire que la Chine, pour certaines choses, ne méritait pas critique, loin de là. Mais les Jeux Olympiques sont de nature sportives, comme l´IOC, vouloir aller jouer les Jésus Christ en Chine quand soi-même on avait la conscience historique tourmentée par les plus sales cochonneries de l´histoire humaine…Il faut tout de même posséder une petite dose de retenue…et d´humilité. Surtout si ce pays, comme le disait un touriste allemand interviewé sur la rue è Pékin „ Il ne faut pas oublier l´effort gigantesque qu´a fait ce pays pour rendre possible le bien-être de ses 1,3 milliards d´âmes. Seulement avec la démocratie plein la bouche on n´arrive pas au succès ; il faut aussi de l´effort, de la discipline, de l´assiduité… “ 

Ô combien vrai a été cette remarque publique. Il suffirait de regarder les africains s´égosiller autour de la démocratie et des droits humains…pour se rendre compte qu´on les menait de plein jour en bateau. La démocratie n´est pas le but de n´importe quel société ; c´est un instrument de gestion et de fonctionnement politique de la société. Le bien être des individus, leurs réalisation ou l´assagissement de leurs tourments, par contre, sont le premier devoir de toute société humaine ! L´occident elle-même ne prend le mot de démocratie si pompeusement en bouche que depuis qu´elle s´est industrialisée et qu´elle a donné un bien être respectable à ses sociétés. Avant, elle avait fait les quatre cent coups de par le monde : depuis l´esclavage jusqu´aux assassinats d´élites du tier5s monde ou aujourd´hui encore avec une francafrique sournoise et criminelle tout en jouant faussement le démocrate et le civilisé. Il n´y a que les africains qui ne se rendaient pas compte aujourd´hui qu´ils payaient depuis longtemps les factures occidentales de main d´œuvre gratuite hier avec l´esclavage, aujourd´hui avec le pillage de matières premières, l´immigration forcée des élites africaines, ainsi que l´envahissement commercial de produits agricoles et industriels au prix de dumping…ce africains achetaient eux-mêmes leur appauvrissement et leurs misères. Celui qui jouait à ce jeu pouvait-il encore aller en Chine jouer les Saints Michels ? Il faut en avoir le toupet, oui… 

L´idéal, ne nous en cachons pas, c´est que la démocratie, le respect des droits et des libertés avoisinent avec le progrès et le bien être de la société. Ces qualités culturelles donnent à la société un cachet de maturité de sa philosophie sociale qui place, dans toute appréciation sociohistorique, cette société en haute estime humaine. Mais aucune société jusqu´aujourd´hui n´a été capable de réunir toutes ces conditions en même temps. Les grecs avaient beau philosopher sur la démocratie, ou même les romains ; cela ne les a pas empêchés de faire des esclaves ou d´en justifier juridiquement la détention. Or, et c´est de logique primaire, priver à un être humain de ses droits civils ou humains ; c´est mettre fin ipso facto à toute prétention démocratique aussi humbles oient-elles. Car on ne peut pas se donner des droits et des libertés qu´on refuse aux autres pour quelques raisons fallacieuses ou gratuites que ce soit ! Il n´y a que les racistes et les esclavagistes pour prétendre après coup à la démocratie pour cacher leurs méfaits en se donnant ainsi une fausse peau de mouton. 

Non, je crois que l´occident est drôlement mal à l´aise face à une Chine qu´on croyait incapable…après tout lors de la guerre des boxers on l´avait bien humiliée en lui  vendant de l´opium pour…un médicament occidental ! Curieux tout ce que l´histoire occidentale peut mettre à jour, n´est-ce pas ? Aujourd´hui cependant ces mêmes européens et américains condamnaient énergiquement la consommation de ce « médicament » chez eux ! Et pourtant, même au parlement européen des traces précises furent relevée : là où tous étaient innocents. Légalement. 

Toute ceci ne veut en aucun cas dire que la Chine devrait continuer à priver ses citoyens de droits ou de libertés ou même soutenir en Afrique comme au Soudan des régimes criminels. Tout s´apprend, dit-on ; surtout si les gens ont réussi à se sortir de la pauvreté et des tracas primaires. Et ici la Chine a fait la preuve qu´elle était à mesure de respecter et de promouvoir librement les attentes et les rêves de ses enfants en leur garantissant un avenir puissant et remarquable au monde. Cela, je le sait, ne plait pas à tout le monde parce que, cela se voit déjà, ce pays a un potentiel et un dynamisme économique et financier quatre à cinq fois plus grand que celui des Etats-Unis. Et pratiquement, c´est la fin de l´hégémonie occidentale sur le monde que la Chine a déclenché. 

Nous nous souhaitons tous, c´est évident, une Chine puissante ; mais aussi une Chine qui apporte quelque chose de nouveau au monde, au lieu de venir reproduire les mêmes antagonismes ou les mêmes alliances méprisantes des droits et des libertés humaines que le capitalisme de la colonisation et la francafrique a entretenu partout dans les pays sous développés. Les conséquences pour les pays qui ont subi ce joug capitaliste et ses perversions ont été profondes; elles ont contredit le développement de ces pauvres victimes en leur infligeant des mentalités surfaites et aliénées ayant difficile à se motiver adéquatement à leurs propres indépendances et libertés de réalisation. Ici la Chine pourrait faire beaucoup en soutenant, contrairement aux occidentaux, l´évolution économique positive de ses clients de demain. Et espérons qu´elle emploiera son influence grandissante pour pacifier les conflits de la faim et du pouvoir révolté ou désaccordé qui abondaient en périphérie incertaine et désarçonnée. Mais tout cela n´est qu´un vœu. Mais puisque cette Chine a prouvé qu´elle était ambitieuse, peut-être poussera-t-elle son ambition jusqu´à aimer la liberté et la démocratie qui se fait autrement qu´avec le crime, l´esclavage ou l´escroquerie des pauvres. Qui sait ? Elle s´est déjà donné beaucoup de peine pour purifier l´air qu´ont respiré les athlètes et les touristes des jeux…Tout est possible si la Chine le veut ; il suffit seulement d´y mettre de la bonne foi.

Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu Bantu wa Muntu
 

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20 août 2008

Cette dangereuse dépression économique qui refroidit lentement tout l´occident…

La récession aurait-elle, comme aux Etats-Unis, élu domicile en Europe et entraînerait l´Afrique et les pays sous développés dans une crise encore plus douloureuse ? Il semble bien que ce soit le cas, malgré que comme une maladie vénérienne honteuse, l´occident, dans son désarroi, essaie vainement de s´en défaire sans s´avouer du mal économique honteux.

Un malaise économique passager ou une gangrène aux conséquences profondes et dangereuses ?

Quand on se croit arrivé, qu´on se prélasse dans la satisfaction et la jouissance de ses acquis ; on en oublie souvent de soigner l´avenir autrement qu´en répétant des schémas rationnels dépassés. Or, l´avenir n´est pas seulement fait de ce que nous sommes, mais aussi de ce que nous devons faire pour rester ou devenir ce qu´un avenir positif exige de nous. 

Musengeshi Katata

Au troisième trimestre de cette année, les PIB des pays européens se sont effondrés ; de la France de (-0, 3%), l´Allemagne (-0,5%), l´Angleterre (0,7%), le Danemark, l´Italie, l´Espagne (-0,4%). Or, le coût des endettements Publics, le coût sociaux du chômage, celui des assurances sociales ainsi que celui de l´énergie ont gravement augmenté. Pire, les prix de l´énergie du gaz va augmenter, en Allemagne cette année d´environ 30% ! Pour ce qui est du prix du pétrole, malgré ses fluctuations soulageantes vers le bas, ce changement ne semblait pas concerner ou être rendu aussi rapidement aux consommateurs. Par ailleurs, les index de prévisions économiques et commerciales industrielles dans tous les pays européens se sont refroidis pour revoir leurs pronostiques respectifs à la baisse. La crise économique américaine aurait-elle atteint les côtes européennes et entraînerait ces pays aux portes d´une longue et douloureuse récession ? Après tout, l´Amérique a toujours été le moteur économique de l´occident. Le géant américain contaminerait-il ses alliés européens et canadiens ?

Apparemment c´est le cas. Pour l´Amérique les choses, même si les européens, après avoir dégluti en sourdine (mais non moins sans grincements irrités) le coup américain des hypothèques avariées avec lesquelles on contamina les réserves financières de bien de banques occidentales, les choses étaient au plus mal. L´état américain s´était déclaré prêt à soutenir les banques hypothécaires en banqueroute de 5.000 milliards $ ; mais depuis, et presque chaque mois, de nouvelles banques annonçaient des difficultés financières dévastatrices, d´autres mettaient leur port folio en vente ou s´empressaient d´augmenter leurs réserves financières liquides par augmentation de capitalisation pour éviter d´être surpris sans moyen de paiement. Or, cette thésaurisation ineffective risquait, à la longue, de leur porter préjudice en ce qu´ils seraient enfermés dans des paiements futurs de coûts d´emprunts dévorant leurs gains inlassablement. D´autant que, des dire d´un expert des finances américaines à la Federal Reserve, la crise venait à peine de commencer...

Aux Etat-Unis ce n´était pas seulement l´immobilier qui s´était effondré ; celui-ci n´était qu´un malheureux symptôme accompagnant un pays aujourd´hui endetté à 13.000 milliards $, dont le déficit budgétaire de l´état en 2009 affichait 483 milliards $, et dont l´endettement par tête d´habitant dépassait 50.000 $. Par ailleurs, le déficit commercial américain envers la Chine croissait dangereusement avec un taux de plus de 5% en moyenne par an. Cela fit dire à Obama notamment que « Nous ne pouvons pas fonder notre avenir uniquement sur les cartes de crédit chinois ! ». Autrement dire que l´Amérique devait sortir de l´expectative, créer de nouveaux emplois, investir dans l´innovation, s´ouvrir de nouvelles perspectives économiques…Tout cela est vite dit. Mais l´écroulement de l´immobilier américain qui a toujours été un élément considérable du moteur économique et financier de l´économie locale américaine cachait en vérité une grave maladie dont les prochaines victimes seraient…les fonds Hedge et bien de fonds sociaux qui s´étaient aventurés dans la spéculation ou le financement immobilier. Les perdants seraient, dans les années à suivre tous ceux des rentiers et pensionnaires qui avaient placé leurs économies dans les mains de ces sociétés d´investissement et de financement. On a vu combien ces fonds sont devenus avides et rapaces de profit immédiat en jouant à des rapprochements, des disséquassions, des achats et reventes d´industries, de groupes financiers et de banques. Une synergie d´embarras, parce qu´elle ne sortait personne du tunnel de la récession. On faisait des bénéfices, certes ; mais on tournait surtout en rond les poches pleines d´un argent qui risquait, avec l´inflation de 4% qui avait atteint l´Europe jadis si austère de telles dépréciations monétaires par exemple, de ronger la valeur réelle de thésaurisations immobiles ou infructueuses.

Cette crise est de la plus curieuse qui soit, et on ferait mieux de ne pas en négliger les conséquences qui seront à mon avis incroyablement lourdes. Pourquoi ? Parce que l´occident tardera, dans son optimisme traditionnel dû à sa longue période de domination unilatérale financière et économique sur le monde, à accepter les changements actuels qui s´opèrent autant dans son dogmatisme économique épuisé que dans le déplacement du centre synergique économique et financier au profit de la Chine montante. On a certes essayé d´employer la Chine pour s´assainir et redorer son hégémonie, hélas les chinois ne se sont pas laissé faire et développent un dynamisme propre qui risque de ronger inéluctablement les forces économiques occidentales. En tout cas, dans un très proche avenir, á lui faire une concurrence effrénée. Et l´Inde était le prochain candidat à l´industrialisation ; sa venue ne va pas arranger les choses, loin de là…Ainsi, se cachant du mal, l´occident tarderait à réagir, croyant à une quelconque amélioration; or, cette attitude dure depuis 30 ans. Rien ne change, mais apparemment et comme des rats invisibles, les dépenses en hausses rongeaient le richesses des nations industrialisées. On en était aux dettes...et si la relève ne venait plus, ou pas comme on le souhaitait ? De nouvelles dettes ? Ou la fin de la démocratie sociale ? En tout cas fin de l usage de statistiques frisées empruntées aux grecs qui trichèrent jadis á propos de leur endettement pour ne pas mettre en danger leur entrée dans l´Union Européenne...au sport non plus ils n´étaient pas sincères. Les mauvaises habitudes...

Que faire ? Changer de politique comme le prédit Obama, mais changer pour aller où ? Investir en Afrique ? Mais n´avait-on pas fait l´expérience avec la Chine, le Vietnam, l´Europe de l´est que ceux chez qui on investissait devenaient plus tard des concurrents acharnés autant dans les produits agricoles que dans les produits industriels mécaniques et électroniques ? Que le travail s´y déplaçait ainsi que le capital revenant, par effet de boomerang, mettre à mal les économies occidentales les repoussant au rétrécissement de leurs croissances, au chômage de leurs populations actives…comment alors en venir à bout de l´endettement public grandissant inexorablement sous le poids croissant d´obligations sociales de sociétés sensiblement grisonnantes et confrontées avec des frais de pensions et de santé en pleine explosion ?

Par ailleurs, l´Afrique présentait des défauts d´infrastructures criant, de pouvoir d´achat quasi inexistant, de cadres industriels compétents et avertis expatriés en occident…cela ne risquait-il pas d´enfermer le capital étranger dans un long terme incontrôlable de ses résultats réels que dans celui de l´insécurité de garanties de rendements financiers, d´autant que ce continent était encore gouverné par des despotes, des parasites irréalistes et des illusionnés attardés du pouvoir et de leurs devoirs véritables envers les leurs. Changer ? Faudrait-il se débarrasser de cette élite incapable rapidement alors qu´on avait, par le passé, veillé à ce qu´elle corrompit et laissa piller ses peuples afin que l´occident profita de ses matières premières et de ses marchés largement ouverts aux excédents commerciaux occidentaux ? On avait ainsi appauvri les africains sournoisement en rongeant leurs accumulations sociales. Changer dans ce cas, c´est aller dans quel sens ?

Ces questions, si elles ne sont pas posées de cette façon dans les journaux occidentaux – ce qui est la preuve qu´on cachait la vérité…ou qu´on n´était plus capable de l´appréhender dans toute son acuité - , elles le sont pourtant dans certains milieux politiques avertis. Sinon, Sarkozy ne chanterait pas sa chanson sur l´Union Méditerranéenne, autant qu´il ne ferait pas la cour à Thabo Mbeki dont le pays avait été abandonné d´un dynamisme économique solidaire des blancs détenant pratiquement 80% de son économie et de ses finances. Et lentement 40% de chômeurs noirs devenaient impatients et grondant. Or, au lieu d´investir en Afrique du Sud, les occidentaux, comme des sangsues, lorgnaient avec cupidité sur ses accumulations. Quand cette économie se tournera-t-elle vers son expansion intérieure afin que les noirs puissent eux aussi profiter du bien être Sud Africain ? Angela Merkel, elle avait fait un voyage remarqué en Algérie du pétrole et du gaz ; les journaux économiques allemands ainsi que la Banque Mondiale ayant fait état des caisses publiques algériennes croulant sous l´abondance, vendre le clé sur porte allemands ainsi que son savoir faire était lucratif et assainissant. A se demander : les occidentaux n´en avaient-ils jamais assez ? Non, jamais ; mais pourquoi diable empêchaient-ils les africains d´avoir ce même trait apparemment humain de caractère ? Afin qu´ils restent pauvres et dépendants ?

L´usine atomique achetée dernièrement à 1,63 milliards € par l´Afrique du Sud en France semblait avoir réveillé une amitié particulière de Sarkozy envers ce pays ; peut-être souhaiterait-il que ce genre d´achats devienne monnaie courante…mais les Sud africains voulaient aussi de leur part que la France acheta leurs produits, et pas seulement des patates, des fleurs et qu´elle y investisse. Mais apparemment tout l´occident s´était mis d´accord pour consommer l´or, les diamants, les métaux précieux et toutes les matières premières industrielles de l´Afrique du Sud…jusqu´à leur épuisement. Y investir dans d´autres secteurs que ceux tenant à cœur et servant directement l´occident…difficile et contre indiqué. On en était donc là dans tous l´occident : devant un pas d´ouverture qu´on avait soi-même patiemment miné et rejeté à une chosification toute utilitaire. Changer…était lourd de conséquences, et de changement de considérations profondément ancrées dans la psychologie politique de l´économie occidentale. Changer…et si l´Afrique apprenait elle-même à se changer ? Oui, pourquoi pas ; après tout, il s´agissait de son avenir, tout de même ou pas ? Hé oui, mais ne lui mettait-on pas sciemment (et plutôt méchamment que par hasard) les bâton dans les roues… ?

Pour ma part, l´avenir de l´occident autant que celle de l´Afrique se trouve dans la résolution de ce questionnement. Au RDCongo, au Congo Brazzaville, en Ouganda, en Angola, en Algérie, au Maroc, au Zimbabwe, au Soudan…etc. C´est la fin des dictateurs et des marchands de corruption, de mensonges ; de l´ère de ces élites incapables, demeurés et sans réelle ambition pour l´avenir des leurs. Mais c´est aussi de la part de l´occident d´un changement de politique enterrant notamment la francafrique, les ventes d´armes prohibées fomentant troubles et déstabilisations. En fait cesser de considérer l´Afrique comme une réserve privilégiée de matières premières ou de main d´œuvre, un dépotoir de déchets industriels, un marché de dumping commercial…mais comme un continent partenaire dont on respectait l´intégrité, le droit légitime à s´épanouir et répondre aux rêves libres et aux attentes légitimes de ses enfants. Et j´ai bien peur que ce changement sera difficile à opérer en Occident ; parce que cette culture n´a appris, depuis toujours, qu´à ne respecter que ses propres intérêts. Changer ? Ou était-ce seulement la pression chinoise et sa présence grandissante en Afrique, bientôt suivie de celle des indiens…qui pousseraient définitivement au changement ?

Le grand drame du changement ou de l´évolution humaine, n´est pas tellement dans le fait que nous soyons tenus de nous ouvrir à des efforts, des considérations ou des évidences qui nous étaient jusque-là étrangères ou inconnues ; mais bien dans le défaut, tout en allant de l´avant ou en aspirant au progrès, de nous accrocher à raisonnements, à des habitudes dépassées ou impropres dont l´étroitesse, l´aveuglement ou l´absolutisme mettaient en cause la sincérité et l´ouverture que l´avenir d´un changement objectif exigeait de nous. Et bien souvent derrière la religion, la tradition, les habitudes héritées du passé, de histoire, de faux jugements sociaux…se cachaient de bien vilains vices tels le racisme, la discrimination, l´injustice sociale, la rapacité, égoïsme borné…etc. Et pendant qu´on prétendait ceci, on faisait néanmoins cela, symptomatiquement. Cela était valable autant pour les africains que pour les occidentaux ou quelque culture que ce soit sur la terre.

Et pourtant, avec le raisonnement, la changement s´avérait simple et logique ; autant que la liberté, parce qu´on ne pouvait pas s´en réclamer et l´imposer aux autres tout en le la leur refusant ou en exigeant aux victimes (de l´esclavage notamment, ou des inégalités sociales) qu´ils sursoient leurs rêves et leurs attentes afin que d´autres s´enrichissent ou en profite d´autant mieux. Mais lorsqu´on sait que ce n´est ni la révolution française, ni quelque humanisme humboldien qui a mis fin à l´esclavage, mais bien l´augmentation par les autorités américaines des taxes douanières sur les esclaves importés…on ne peut que reconnaître : pecunia nervus rerum. Pour les africains aussi. Changer ? Mais oui, changer en y voyant plus clair aujourd´hui ! Parce que l´avenir, lui, viendra sûrement demain; mais ses contraintes risquaient, lorsqu´on les avait ignorées ou négligées, d´être bien douloureuses. Surtout pour ceux qui ont toujours vécu dans l´abondance...et qui doivent apprendre tout à coup à se restreindre.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

Forum Réalisance

Posté par Musengeshi Kat à 23:57 - Le tissu économique de l´avenir - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 août 2008

Le RDCongo pour quel avenir ? l´interview du prof. Kä Mana

Le Professeur KÄ MANA : « Il est temps de construire un destin mondial pour la République démocratique du Congo »

Propos recueillis par Freddy Mulumba Kabuayi

Le RDCongo : un pays qui méconnaît ses chances et ses atouts ?

« En cette période des jeux olympiques où tous les pays prennent conscience des liens qui les unissent et se voient les uns les autres dans le contexte d’une mondialité sportive, il est utile d’aller au-delà du sport en vue de regarder notre pays selon des perspectives géopolitiques et géostratégiques. Si nous nous regardons dans le miroir du monde, nous prendrons conscience des problèmes cruciaux qui sont les nôtres selon une dimension qui nous sortira du nombrilisme, du despotisme sans intelligence et de la géopolitique du vide, trois maux sur lesquels il est temps de nous pencher avec sérieux pour affirmer notre présence dans le concert des nations. »

Telle est la substance de l’entretien que le professeur Kä Mana nous a accordé, et que nous publions ici. Il s’agit d’un tour d’horizon utile pour construire une nouvelle conscience congolaise et une nouvelle volonté de changer positivement notre pays.

F.M.K : Professeur Kä Mana, je voudrais aujourd’hui que nous parlions de la République Démocratique du Congo sous un angle différent de celui des préoccupations politiques et économiques internes sur lesquels vous avez l’habitude de réfléchir. J’aimerais que nous parlions de la place de notre pays dans le monde : la place qu’il occupe réellement maintenant et la place qu’il peut ambitionner d’occuper compte tenu non seulement de tous les atouts dont il dispose, mais aussi de tous les problèmes qui jonchent la route de ce que vous avez l’habitude d’appeler son « destin ». La question essentielle que je vous pose est celle-ci : quelle vision avez-vous de la situation globale de notre nation dans la géopolitique mondiale actuelle ?

P.KM : Aujourd’hui, je m’interroge. Je me demande profondément si notre pays a une vision géopolitique et une perception géostratégique de lui-même, si les dirigeants qui nous gouvernent, si les élites de notre espace économique, si les forces de l’intelligence, de la recherche, de la foi, de l’esprit et de la culture de notre nation se préoccupent vraiment de notre destin mondial ou du projet que nous devons bâtir pour être un peuple qui compte dans le monde. Un peuple sur lequel on peut compter comme sur une grande nation capable de peser sur la marche globale de l’ordre mondial actuel. Je me demande si nous savons tous et toutes qu’aujourd’hui, un pays c’est sa capacité d’imposer une certaine image dans l’espace international. Une image de dignité, de respect, de grandeur, de travail constructif et de volonté de changer le monde à partir des dynamiques internes créatives, de l’organisation des forces vives pour résoudre les problèmes cruciaux de tous les jours, proposer des réponses concrètes aux soucis des populations et offrir sur cette base une voie de vie qui puisse servir de modèle aux autres peuples. Compte tenu de ses richesses naturelles et de ses ressources humaines, notre pays a une vocation de nation-phare, une mission de modèle à suivre, un destin de locomotive non seulement pour notre région des Grands Lacs et d’Afrique centrale, mais pour toute l’Afrique et pour l’espace mondial dans son ensemble. Le drame aujourd’hui est que cette mission, cette vocation, personne ne semble vraiment en prendre conscience ni s’en préoccuper, personne ne cherche profondément à les promouvoir. Cela fait qu’en réalité, la RDC n’est aujourd’hui modèle de rien du tout géopolitiquement et géostratégiquement parlant. Elle n’a aucune ambition de dimension planétaire. Elle n’a aucune conscience d’une destinée qui serait réellement et passionnément mondiale. Son poids géopolitique est insignifiant, sinon inexistant, du point de vue de l’invention de l’avenir. Nous ne portons aucun rêve véritablement géopolitique et géostratégique. Nous ne représentons aucune espérance de forte intensité planétaire. Nous n’avons aucune stratégie concrète pour incarner une telle espérance. Notre nation n’est locomotive dans aucun domaine. Plus exactement : elle est la locomotive du vide, pour ainsi dire, une République du vide géopolitique et géostratégique. C’est ainsi qu’elle se donne à voir, si nous la regardons dans le miroir du monde et des rapports de forces qui structurent la vie de la planète actuellement.

FMK : C’est une vision essentiellement pessimiste que vous avez. Comment un tel pessimisme est-il imaginable alors que notre pays attire aujourd’hui d’énormes convoitises et qu’il semble constituer un enjeu géopolitique capital pour les grandes puissances qui se disputent nos richesses ?

PKM : Je ne me situe pas d’un point de vue qui consisterait à nous regarder, nous Congolaises et Congolais, comme des objets de la convoitise des autres. Je veux nous considérer comme des sujets d’une histoire, des énergies d’initiative dans la construction de notre destin et de l’avenir du monde. Si nous acceptons que notre destin ne soit que celui d’un espace des matières premières à exploiter au profit des grandes puissances dont vous parlez, il est sûr que nous pouvons nous considérer comme un enjeu géostratégique d’importance, mais nous ne le sommes qu’en tant que purs objets, non en tant que sujets historiques créateurs. Quand je dis que nous sommes de purs objets d’un enjeu géostratégique, je nous donne d’ailleurs une importance exagérée, une importance que nous n’avons même pas en réalité. En réalité, ce sont notre sol et notre sous-sol qui sont un enjeu de convoitises. C’est notre espace vital dans ses grandes richesses naturelles et géostratégiques qui suscite un intérêt vorace dans le monde. Nous, nous n’existons même pas comme objets d’intérêt. Du point de vue de ceux que nos matières premières intéressent et attirent, nous sommes perçus soit comme des obstacles dont il faut se débarrasser pour mieux exploiter le sol et le sous-sol congolais, soit comme des marionnettes qu’il convient d’utiliser dans ce même but. Je ne vois aucun intérêt pour les Congolaises et Congolais à tirer fierté d’un tel statut. Le seul statut qui compte, c’est celui de nous assumer comme des êtres historiques créateurs, des sujets historiques bâtisseurs d’un grand destin sur un sol et un sous-sol fabuleusement riches. Malheureusement, sur ce sol et sous-sol, nous n’avons pu mettre sur pied qu’une République du vide géopolitique et géostratégique, un pays de farce et de tragi-comédie aux yeux de beaucoup de dirigeants dans le monde. Un pays qui n’a pas une vision mondiale de sa grandeur à construire ni de ses capacités à peser sur les orientations de l’Afrique et du monde. Voilà comment nous sommes vus dans l’ordre mondial d’aujourd’hui. Dire aussi clairement et aussi crûment cette vérité ne signifie pas être pessimiste concernant notre poids géopolitique et géostratégique en tant que sujets historiques. C’est tout simplement nous regarder dans le miroir du monde afin de prendre conscience du vide que nous sommes aujourd’hui.

FKM : Professeur Kä Mana, que mettez-vous concrètement derrière l’expression République du vide et que voulez-vous dire quand vous parlez du vide que nous sommes devenus ?

PKM : Vous avez demandé que nous parlions de notre pays d’un point de vue géopolitique et géostratégique. J’utilise le concept de vide en tant que schème heuristique, comme disent les philosophes, c’est-à-dire une orientation de recherche, un canevas d’appréhension de nos réalités, une grille de lecture de notre situation, un carrefour conceptuel où tout doit passer, si nous voulons comprendre en profondeur ce que nous sommes réellement dans l’ordre mondial actuel. Par ce concept, je cherche à montrer comment nous sommes, géopolitiquement et géostratégiquement parlant, un pays sans substance, sans poids, sans épaisseur en tant que lieu des sujets historiques créateurs de leur propre destinée, des sujets capables de contribuer à forger le monde selon une orientation fondée sur leurs propres valeurs en tant que valeurs fécondes et universalisables. Nous sommes un pays que personne ne prend réellement au sérieux, que personne dans le monde ne considère comme une source d’inspiration ou une force d’impulsion sur les grands enjeux de l’avenir de la planète. Permettez-moi d’insister sur cette notion de grands enjeux de l’avenir de la planète. Ces enjeux sont innombrables : blocages économiques, désordre financier, crises énergétique, alimentaire et écologique, tsunami du terrorisme, insécurité planétaire, violences politiques et sociales de très haute tension, fractures Nord-Sud, menaces nucléaires, et j’en passe. Sur tous ces enjeux, on a l’impression que les dirigeants congolais n’ont rien à dire et qu’ils ne peuvent rien dire : vide politique. On a l’impression qu’il n’existe aucune force économico-financiè re congolaise pour proposer des perspectives en vue de maîtriser les problèmes de fond de la planète à l’OMC, par exemple : vide économique. On a aussi l’impression qu’aucune perspective endogène d’action en matière de réorientation des stratégies mondiales sur les problèmes des crises alimentaire, énergétique ou écologique ne s’ouvre à partir de chez nous : vide socioculturel. On peut aussi parler de vide de pensée géostratégique, de vide d’ambition mondiale, de vide de perspective réelle de transformation du monde. Le plus terrible, c’est que ce vide a tendance à devenir non seulement comme l’espace dans lequel nous vivons et respirons, mais notre être même, notre existence même dans son effarante immobilité, dans son déficit de créativité géopolitique et géostratégique en tant que sujets historiques conscients des enjeux mondiaux de leur destinée.

FMK : Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

PKM : Tenez. J’ai regardé le 30 juin dernier nos grandes chaînes de télévision congolaises : ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, ce que j’ai perçu comme réalités de notre pays m’a sidéré. J’en suis resté pantois plusieurs jours durant. J’ai entendu une rhétorique vide concernant les cinq chantiers de la République dont le destin dépend des engins chinois, essentiellement. Le peuple était heureux d’apprendre que ces fameux engins étaient enfin là et que les Chinois allaient enfin nous construire les routes et tailler le chemin de notre développement dans le roc de nos misères et de nos souffrances. J’ai vu des hommes et des femmes pérorer pendant des heures sur notre histoire sans proposer de nouveaux leviers d’action qui dépendraient vraiment de notre inventivité comme sujets historiques créateurs. J’ai vu d’impressionnants défilés d’un peuple complètement inconscient de son insignifiance géopolitique et géostratégique. Un peuple qui nage dans l’océan de ses désarrois et se noie dans l’alcool et dans une musique délirante, sans même se rendre compte qu’il est en train de dépérir. On brassait partout des slogans creux, une phraséologie insensée, sans qu’aucune utopie nouvelle et crédible, aucune ambition dynamique, aucune vitalité fondées sur nos capacités réelles de créativité et d’inventivité ne soient forgées et proposées à l’Afrique et au monde à partir de chez nous. J’ai été frappé par la manière dont le discours du pays sur lui-même ne portait aucune perspective d’un Congo conscient des exigences géostratégiques de la construction de son avenir. Ce vide géostratégique m’a effaré et j’ai vécu le 30 juin comme une journée de tristesse profonde, une journée qui n’ouvrait aucune perspective d’invention d’un grand avenir. Un théâtre d’ombre et de mensonge, où rien de profond n’était dit à notre peuple sur ce que nous sommes réellement dans l’ordre mondial. En une seule journée, un observateur attentif aurait pu voir le 30 juin dernier le vide géopolitique et géostratégique de notre nation, la tragédie de tout un peuple. J’entends par vide géopolitique notre absence de poids dans l’ordre mondial. L’évocation lancinante des engins chinois comme voie de salut pour la nation avait de ce point de vue quelque chose de pathétique ce jour-là ; elle exprimait à elle seule cette absence de poids à l’échelle planétaire ; elle traduisait, à en pleurer, tout le destin dérisoire et futile de la RDC telle qu’elle est dans le miroir du monde. Par vide géostratégique, j’entends l’absence d’un art, d’une stratégie d’ensemble et d’un sens global de la guerre pour gagner les batailles que le monde nous impose en nous condamnant au statut de petite néo-colonie corvéable à merci dans l’ordre libéral. Statut contre lequel nous aurions dû nous aguerrir pour lutter tous les jours contre les souffrances et les humiliations qui sont notre lot aujourd’hui, afin de nous imposer comme une grande nation sur laquelle l’humanité peut compter dans la construction du futur. N’ayant aucune stratégie pour gagner cette guerre, nous errons dans l’insignifiance et c’est là l’image de notre nation dans le monde. L’image d’une nation misérable et pitoyable, d’un peuple qui erre dans son inconsistance, sans boussole ni perspective de renaissance et de résurrection.

FMK : A qui attribuez-vous la responsabilité de ce vide géopolitique et géostratégique qui nous caractérise à vos yeux et qui détermine toute la vie de la nation maintenant ?

PKM : J’en attribue la responsabilité à nos dirigeants politiques, prioritairement : à leur nombrilisme mortel, à leur étroitesse d’esprit, à leur manque de vision, à leur déficit de rêve, à leur impuissance d’imagination et à leur ménopause géostratégique.

FMK : Pourquoi pensez-vous que c’est aux dirigeants et aux forces gouvernementales qu’il revient prioritairement de construire une vision géostratégique de la nation et un grand rêve géopolitique pour tout un peuple ?

PKM : Je le pense parce ce que je sais que les rapports de forces mondiaux se jouent aujourd’hui à l’échelle du leadership, à l’énergie des leaders qui conduisent les peuples, à leur capacité de peser sur les événements, à la manière dont ils gouvernent, gèrent et administrent leur pays. Les dirigeants des nations ont pour rôle de mener leurs peuples vers des ambitions grandioses à réaliser à l’échelle mondiale. Ils doivent susciter la foi en l’avenir et construire une personnalité collective capable de se donner les moyens de ses ambitions. Si vous regardez avec passion les jeux olympiques qui se déroulent actuellement en Chine, vous verrez à quel point tout le pays est porté par la volonté de ses leaders d’incarner une certaine image de ce pays dans le monde. Ce rêve, cette foi, cette mystique du leadership chinois, fertilisent l’inconscient et la conscience des sportifs et cela donne les résultats que nous voyons. Je ne suis pas sûr que les victoires sportives chinoises seraient ce qu’elles sont sans une volonté politique des dirigeants de l’Empire du Milieu et leur détermination à se tailler une place de choix dans la compétition mondiale. Chez nous, le leadership du vide géopolitique et géostratégique, un leadership de nombrilisme médiocre et d’incompétence en matière de vision et d’organisation pour faire de notre pays un pays qui compte et sur lequel on peut compter. Au fond, nos dirigeants, pour beaucoup d’entre eux, ne rêvent pas, ne pensent pas, n’imaginent pas notre avenir en fonction d’une vision mondiale claire : ils ne peuvent donc rien proposer qui soit de l’ordre de la construction d’un grand pays à l’échelle mondiale.

FMK : Sont-ils les seuls à porter cette responsabilité dans cette situation dans notre pays ? N’y a-t-il pas une espèce de responsabilité collective qu’il nous faudrait avoir le courage d’assumer et de dénoncer ?

PKM : Nos dirigeants ne sont sûrement pas les seuls responsables de notre faiblesse géopolitique et géostratégique. Les forces de l’intelligence, les forces de la culture et les forces de la foi souffrent du même déficit en RDC. Tout le monde connaît depuis longtemps la démission des intellectuels congolais face aux exigences de la production d’idées subversives pour changer le pays. Tout le monde connaît ce que les impératifs du ventre et de la petite sécurité alimentaire ont fait de beaucoup de ces intellectuels : ils ont transformé d’anciens étudiants férus de révolution en caniches au service des pouvoirs politiques successifs sans vision. Tout le monde connaît l’effondrement des structures éducatives congolaises et ses conséquences en matière de syndrome d’imbécillité collective et de fascination du vide. Tout le monde est au courant des faiblesses matérielles et mentales de ceux et celles qui sont chargés de fabriquer des rêves et de brasser des utopies dans un pays : les forces artistiques. A cette échelle particulièrement, tout le monde connaît ce que notre musique comporte de crétinisation des esprits et ce que notre littérature comporte d’impuissance productive face à la férocité de nos conditions vitales. Tout le monde sait ce que la religion est majoritairement en train de devenir en RDC : une puissante catastrophe d’imbécillisation collective. Tout cela fait partie de notre vide. Il est important que nous le disions clairement non pas pour justifier quoi que ce soit, mais pour savoir distinctement contre quoi nous devons nous battre si nous voulons un destin mondial pour notre pays. Nous devons nous battre contre un vide politique, contre l’effondrement de notre intelligence, contre la faiblesse de notre imagination culturelle, contre notre dévoiement éthique et spirituel et contre le déficit de notre vision de nous-mêmes comme sujets créateurs et bâtisseurs d’une grande vision de notre destinée.

FMK : J’ai le sentiment que vous exagérez un peu la situation, professeur Kä Mana. Pourquoi ne voyez-vous pas que le leadership politique congolais est porté aujourd’hui par l’énergie des cinq chantiers de la République et que beaucoup de Congolaises et Congolais se reconnaissent dans cette ambition et en épousent la vision ? Ne s’agit-il pas d’une utopie à partir de laquelle nous pourrons, peu à peu, par petits pas,à petites doses, sortir de la situation épouvantable que la dictature de Mobutu nous a léguée et que nos dirigeants et notre peuple apprendront à transformer ?

PKM : Je ne vois pas quel service nous rendrons aux dirigeants actuels de ce pays en leur faisant croire qu’ils font du bon travail et qu’ils impulsent des changements de fond en vue d’un destin mondial pour notre pays. Je ne vois pas non plus quel service nous rendons à notre peuple en lui faisant croire qu’il est bien dirigé, qu’il a une mentalité de gagneur et qu’il construit un avenir qui chantera jusqu’aux confins de la terre. Vous savez que cela n’est pas vrai et que nous allons dans la mauvaise direction. Le leadership au Congo est un constant siphonage des richesses nationales par notre élite dirigeante, qui nous pille comme nous pillent l’ordre mondial des conglomérats industriels du néolibéralisme sauvage et l’ensemble de nos voisins voraces, tous ceux qui ont compris que nous sommes un pays dont les dirigeants ne travaillent pas dans l’intérêt de leur peuple. Vous savez comme moi que ceux qui ont le vrai pouvoir dans ce pays détruisent le Congo et que ceux qui veulent construire le Congo ne disposent pas du vrai pouvoir. Il n’est pas possible de construire un destin mondial dans de pareilles conditions. Quand au peuple congolais, j’ai tendance à croire qu’il est fatigué dans son être, comme sont de plus en plus fatiguées les forces de l’intelligence, de la foi, de la culture et de la promotion des droits humains. Le vide sème partout un esprit de désespérance. Il ne sert de rien de se voiler la face sur cet état d’esprit et de faire croire le contraire à nos populations, surtout quand la réflexion porte sur le poids mondial et géostratégique de notre pays. Nous devons prendre conscience de la profondeur du gouffre de nos désarrois pour pouvoir construire une espérance concrète et crédible dans le domaine de notre destin géopolitique et géostratégique.

FMK : On peut être d’accord avec vous d’un certain point de vue, professeur Kä Mana. Mais il ne sert à rien non plus de démoraliser notre peuple au moment où il a besoin d’être « boosté » dans son esprit et dans sa foi en l’avenir ?

PKM : Permettez-moi de rappeler que nous parlons de la situation géopolitique et géostratégique de notre pays et des enjeux mondiaux de notre destin. Si tel est l’angle de vue de notre réflexion, souffrez que je rappelle aussi que je ne vois pas un concept plus pertinent que le concept de vide pour présenter notre situation. C’est pour moi une sorte de « hub », comme on dit de certains aéroports par lesquels il faut absolument passer pour pouvoir aller ailleurs : c’est un « hub » épistémologique. Je ne nie pas qu’il y ait dans notre pays des politiciens sérieux, honnêtes, consciencieux et travailleurs. Je dis seulement que ce ne sont pas eux qui décident des orientations de la vie nationale.

Il suffit d’écouter ou de lire les communications d’un homme comme Gilbert Kiakwama Kia Kiziki au parlement congolais pour savoir qu’une certaine élite de qualité travaille en RDC. Je pense aussi à un homme comme Moïse Katumba, dont le dynamisme est tel qu’il peut changer le destin de notre pays s’il est aux commandes de l’Etat ou à la primature de la République. Je cite ces deux hommes comme des symboles utiles. Ils représentent à mes yeux beaucoup d’autres hommes politiques qui ont l’étoffe de grands dirigeants. L’UDPS, le MLC comme le PPRD ont en leur sein de Congolais de grande qualité. J’en connais certains, j’imagine qu’il doit y en avoir d’autres que je ne connais pas. J’affirme seulement que ces hommes-là n’ont pas le vrai pouvoir. Les politiciens contre lesquels je m’insurge, ce sont ceux qui ont le vrai pouvoir : le pouvoir de commander, le pouvoir de siphonage financier et de prédation économique, le pouvoir de violence d’Etat et de répression à grande échelle. C’est à eux que nous devons demander de rendre compte de l’insignifiance géopolitique et géostratégique de notre nation. De même, notre pays, malgré des dérives mentales, éthiques et spirituelles que j’ai déjà évoquées à plusieurs reprises dans la réflexion que je mène depuis longtemps sur notre situation, regorge de grandes forces de pensée, de foi, de créativité spirituelle et de volonté de changer l’ordre des choses.. Vous connaissez comme moi les lieux de résistance congolaise comme la Conférence épiscopale, les militants des droits humains, les intellectuels révoltés et les rêveurs de nouvelle destinée pour notre pays. Inutile de dire que leur pouvoir est celui d’investir dans les esprits, dans les imaginations et dans les consciences pour susciter des initiatives de transformation profonde de la société. Ce n’est pas un pouvoir de coercition, de contrainte ou de prodiges et miracles immédiats dans les changements politiques ou économiques. C’est un pouvoir de résistance, de révolte, d’éclairage, de proposition et de résilience. Ce qu’il peut faire dans les limites de son autorité, ce pouvoir le fait, dans une large mesure, mais il le fait à l’intérieur de notre vide organisationnel et institutionnel que les détenteurs du vrai pouvoir politique et économique ont instauré. Ce vide est doté d’une pesanteur terrifiante, qui fait tomber les bonnes intentions et les bonnes initiatives dans un enfer sans fond. Il a une puissance extraordinaire d’anéantissement de toutes dynamiques de transformation sociale en profondeur. C’est par cette puissance de néantisation qu’il neutralise nos forces de créativité et les réduit au statut de prophètes qui crient dans le désert. Et le désert est tellement vaste que les voix s’y perdent à coup sûr. En plus, face à nos problèmes gigantesques de tous les jours, toutes nos forces de créativité n’ont plus le temps de s’occuper de notre destin mondial, de notre place dans le monde, de notre vision de l’avenir de l’humanité, de notre capacité d’enrichir d’autres peuples à partir de notre dynamique en tant que sujets historiques créateurs. Elles deviennent elles-mêmes nombrilistes, comme nos dirigeants politiques. Et elles ne peuvent penser le Congo que selon une perspective étroite, sans songer à nous imaginer comme nation-phare ou comme peuple-locomotive dans tous les domaines qui comptent pour la destinée de l’humanité. Notre mal, c’est donc le cadre dans lequel nous inscrivons nos actions aujourd’hui. Dans la mesure où il forge un certain type de mentalité nombriliste en nous, il réduit à zéro nos chances de bâtir un destin mondial pour le pays. La rhétorique des 5 chantiers ne change rien à cette situation, ni d’ailleurs le brouhaha que font autour de cette idée des militants zélés qui ne voient pas plus loin que le bout du nez de leur petit militantisme à courte vue. Ce n’est pas avec ce type de personnalité qu’on peut penser le Congo en termes d’enjeux mondiaux.

FMK : Est-ce dire que vous n’avez pas foi en ces 5 chantiers de la République ? Est-ce dire que vous ne croyez pas à la reconstruction du Congo comme grande nation dans le monde à partir de ces travaux d’Hercule congolais ? N’y a-t-il vraiment pas un enjeu géopolitique et géostratégique dans le fait de vouloir nous doter d’infrastructures dignes d’une grande nation en vue de lutter contre les différents maux qui ruinent notre nation ?

Ce que je sais aujourd’hui, c’est que les 5 chantiers sont encore une rhétorique qui tourne en rond, qui tourne à vide dans les contraintes que nous imposent les institutions financières internationales. Institutions qui refusent que nous nous tournions vers la Chine comme nouvelle source d’endettement, tant que nous n’avons pas épongé nos dettes antérieures. Nos chantiers rhétoriques ne peuvent pas, rien qu’avec l’espoir d’un investissement chinois, sans une politique économique interne solide et mondialement crédible, mobiliser tout un peuple pour la construction d’un nouvel espoir. La phraséologie idéologique que l’on développe autour de ces chantiers brasse encore du vent, beaucoup de vent. Elle n’est au mieux qu’une méthode Coué mal ficelée ou un délire masturbatoire, comme dirait l’égyptologue Guillaume Bilolo Mubabinge, au pire, une fausse thérapie à l’opium, qui nous endormira et nous tuera dans notre sommeil.. Une telle rhétorique ne peut rien féconder dans la conscience du peuple parce qu’elle n’a pas une vitalité fécondatrice réelle que le pays pourrait accueillir pour enfanter une nouvelle destinée. Lorsqu’on voit quel scepticisme cette rhétorique suscite auprès des bailleurs des fonds internationaux et quelle ironie elle fait émerger de l’humour populaire où l’on parle de « 5 sentiers », il y a vraiment de quoi s’inquiéter sur les perspectives géopolitiques et géostratégiques de la troisième République congolaise. On ne construit pas un destin mondial avec l’éjaculation verbale jubilatoire ni avec un esprit de mendicité affirmée comme politique de reconstruction. Nous devons avoir le courage de dire cela à notre peuple pour faire comprendre à nos populations que notre situation dépend plus de nous-mêmes que des engins chinois et de l’endettement extérieur. Tant que notre gouvernement n’aura aucune idée sur la manière de mobiliser nos richesses, toutes nos richesses, au service de nos propres ambitions, tout le bavardage sur les chantiers de la République ne sera que de la sodomie intellectuelle, qui ne fécondera pas les énergies créatives de notre peuple pour la construction d’une grande nation au cœur de l’Afrique.

FMK : N’êtes-vous pas un peu excessif ?

PKM : Allez jusqu’au bout de votre pensée et dites-moi que tout ce qui est excessif est inconsistant, selon la célèbre maxime. Je vous réponds tout de suite que j’exagère à peine, ou plutôt que je n’exagère rien du tout. Je vais vous donner des indices qui me semblent édifiants et que vous connaissez aussi bien que moi et qu’il est bon que nous rappelions à nos populations. Ils sont utiles pour ceux qui veulent comprendre le problème dont nous parlons : celui de notre impuissance géopolitique et géostratégique.

1. : lorsque notre président de la République est allé voir le président français en vue de solliciter un soutien et une intervention pour une remise substantielle ou un rééchelonnement conséquent de notre dette de la part des institutions financières internationales, qu’est-il arrivé ? Le président français a eu la jubilation de montrer à Joseph Kabila l’irrationalité de sa démarche : on ne cherche pas la remise d’une dette colossale de la part des institutions internationales quand on s’endette en même temps auprès d’une autre source de financement. En langage clair et peu diplomatique, cela signifie que Nicola Sarkozy n’a pas pris notre président au sérieux. Il ne peut pas nous respecter quand il voit que nous ne maîtrisons même pas les principes élémentaires de la connaissance de l’économie mondiale et de la géopolitique de l’ordre ultra-libéral. Si la France nous a répondu sur le ton ironique et méprisant de Sarkozy, cela devrait nous ouvrir les yeux sur ce que nous valons auprès des bailleurs des fonds aujourd’hui.

2.: nous devrions être très attentifs au discours des hommes politiques belges sur notre pays et à sa signification profonde. Si un homme aussi fantasque que Karel de Gucht a pu dire à notre président et au sujet de notre pays tout le mal qu’il pense de nous avec tant de morgue et d’aplomb, il faut vraiment être aveugle pour ne pas sentir tout le mépris que la Belgique a à l’égard du Congo aujourd’hui. Notre image dans le miroir de la politique belge n’est pas du tout reluisante.

3.: Avez-vous remarqué, comment, malgré ses amabilités diplomatiques à l’égard de notre président, le président américain, George W. Bush conduit sa politique extérieure en Afrique centrale au profit du Rwanda ? Si vous l’avez remarqué, il n’y a pas de doute que vous comprenez ce que nous valons vraiment aux yeux des Américains par rapport à notre voisin direct qui est pourtant moins riche et moins lourd que nous en matière d’opportunités d’affaires. Nous devons nous demander comment il est possible que les Etats-Unis misent plus sur le Rwanda que sur la RDC. La réponse est claire : ils ne croient pas en la capacité de nos dirigeants à résoudre nos problèmes ou à peser sur le destin de l’Afrique ; ils ne croient pas en nous, purement et simplement.

4.: au cas où vous trouveriez que ce que je dis de la Belgique et de la France est trop lesté de contentieux coloniaux et néocoloniaux pour être pris pour monnaie comptant ; si vous croyez que ce que je dis au sujet de Etats-Unis ne vaut pas son pesant d’or dans l’intelligence de notre situation, je vous demanderais d’être sensible à ce qui se dit de nous chez nos voisins : à Kigali ou à Luanda.

FMK : Que dit-on exactement dans ces capitales concernant notre pays ?

PKM : Sur ce que le Rwanda pense de la RDC, la situation de l’Est de notre pays parle plus que tous les discours. Tentons de faire un décryptage sérieux de cette situation. Le Rwanda, qui a clairement fait le choix d’être un despotisme éclairé, croit qu’il est plus intelligent d’avoir un tel despotisme que de se perdre dans le despotisme abscons à la congolaise. Plus grave : le régime rwandais est convaincu que le Congo est un pays tellement bête qu’il se donne le luxe d’avoir des dirigeants dont l’activité favorite est de s’enrichir sur le dos de leur pays sans investir dans le développement de leur nation. Pour s’emparer d’un tel pays, après l’échec de la politique d’installation d’un gouvernement fantoche à la solde de Kigali à Kinshasa au temps de Laurent Désiré Kabila, il faut changer de fusil d’épaule. Il faut harceler le Congo dans une instabilité constante, avec une rébellion toujours présente, qui décrédibilise le gouvernement en place en mettant en lumière son incompétence militaire et géostratégique, ainsi que son manque de sérieux dans les engagements qu’il prend lors des négociations internationales. Dans un tel contexte d’insécurité et de fragilisation, les dirigeants congolais sont obligés de négocier toujours en état de faiblesse, sans compter ni sur l’énergie de leur propre peuple, ni sur les groupes d’intérêt occidentaux que la situation actuelle arrange, ni sur les partenaires internationaux qui observent avec intérêt l’expérience du despotisme éclairé au Rwanda, ni sur l’Union Africaine qui n’a aucun moyen de peser sur les événements dans la région des Grands Lacs. La force du Rwanda, c’est de s’être forgée l’image d’un pays travailleur et sérieux face à un Congo complètement délirant, paresseux et incohérent. En comparant les deux images de ces deux pays à l’échelle internationale, il est difficile de défendre sérieusement les options du régime congolais face à la diplomatie rwandaise, même lorsque le Rwanda a manifestement tort comme lors de différentes agressions contre notre pays. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que notre voisin de l’Est a opté pour un leadership qui, même despotique, est mis au service du développement du pays, et cela se voit à l’œil nu. Ce leadership est accompagné d’un extraordinaire sens du plaidoyer et du lobbying auprès des organisations internationales et des Maîtres du monde. Une telle politique de présence sur la scène mondiale permet d’accréditer l’idée que le Rwanda, malgré l’étroitesse de son territoire et la faiblesse de ses moyens, possède une énergie que la RDC n’a pas. Il a une intelligence géostratégique dont son voisin est dépourvu. En plus, il a une puissance militaire crédible que l’on peut utiliser à l’échelle africaine dans des conflits régionaux pendant que le Congo se noie dans l’impuissance militaire la plus pitoyable, à la limite de l’étourderie. Vous comprenez pourquoi, dans ces conditions, le Rwanda peut afficher l’arrogance qu’il affiche à notre endroit sans que cela choque qui que ce soit. Mais ce n’est pas cela qui m’importe le plus. Ce qui me préoccupe, c’est l’aveuglement du Congo face à la stratégie réelle du Rwanda à l’égard de notre pays. Nous en sommes encore à croire que notre voisin de l’Est ne vise que les richesses du sol et du sous-sol congolais alors que sa visée la plus profonde concerne notre matière grise.

Personne n’a fait attention au fait que l’agression de la RDC par le Rwanda s’est faite par l’utilisation des énergies de la matière grise congolaise, avec des hommes comme Zaïdi Ngoma, Wamba dia Wamba, Kisase Ngandu, Laurent Désiré Kabila, Anselme Masasu et tous les autres Ondekane, Ruberwa ou le commandant Ilunga. Plus grave : notre politique à l’égard de nos compatriotes que l’on nomme Banyamulenge a consisté à fournir nous-mêmes au Rwanda une extraordinaire matière grise congolaise sous prétexte que tout Tutsi est un rwandais réel ou virtuel.

Nous avons offert au Rwanda une arme intellectuelle de premier plan et le Rwanda a joué de cette arme ethnique en insufflant dans nos consciences l’idée que tous les Tutsi congolais sont le cheval de Troie rwandais sur notre territoire. Nous croyons spontanément aujourd’hui que la nationalité réelle de tout Tutsi est rwandaise, que le Rwanda est la patrie naturelle de tous les Tutsi de l’Est de la RDC. Sur la base de cette croyance purement fantasmagorique, nous nous sommes débarrassés de nos propres forces d’intelligence, d’imagination et de créativité. Visitez aujourd’hui l’Université Libre de Kigali, créée et animée par des « ex-congolais »-« nouveaux Rwandais ». C’est un joyau intellectuel de première importance, le symbole même de l’Université du futur, une université ouverte à toutes les forces créatrices et qui mise sur la matière grise venant de partout, particulièrement de la RDC dont les forces intellectuelles de l’Est de notre pays trouveront sans doute là un ancrage plus solide et un espace intellectuellement plus fécond que la terre congolaise aujourd’hui. Du point de vue de l’utilisation des ressources humaines, notre politique d’exclusion ethniciste à l’égard d’une partie de nos compatriotes a fourni au Rwanda non seulement un vivier militaire utile, mais aussi une force intellectuelle et scientifique de premier plan, qui est en guerre contre nous alors qu’elle aurait dû être avec nous face à l’agression de notre pays par l’armée du FPR. Personne n’a pris garde à cette erreur géostratégique de notre part. Nous en payons le prix à l’échelle mondiale maintenant : le problème tutsi en RDC est devenu un argument politique et une justification pour une rébellion dont le but est loin d’être la défense des compatriotes Tutsi dont certains sont dans les hautes sphères du pouvoir congolais et se sentent, compte tenu de leur position, congolais jusqu’à la moelle épinière. Laurent Nkunda use maintenant avec maestria de l’argument d’exclusion « ethnicide » là où l’enjeu est politique.

Mais c’est nous qui lui fournissons des munitions théoriques pour ses mensonges. Notre politique à l’égard des FDLR est significative à ce sujet : elle accrédite l’idée d’un soutien aux « génocideurs » et s’avère ruineuse pour notre image à l’échelle internationale. Face à Nkunda et aux FDLR, nous détruisons notre crédibilité par manque de cohérence. Nous entrons dans l’antagonisme inter-rwandais Hutu-Tutsi sur notre propre sol et nous faisons montre d’un manque manifeste de l’intelligence géostratégique.

FMK : En suivant le développement de votre pensée, je me demande si vous êtes en train de justifier la politique rwandaise à l’égard de la RDC aujourd’hui…?

PKM : Aucun Congolais tant soit peu informé ne peut aujourd’hui défendre la politique rwandaise à l’égard de notre pays. Substantiellement, cette politique agressive, guerrière et criminelle est indéfendable. Je la considère comme telle. J’ajoute seulement que la nôtre à l’égard du Rwanda est idiote et ruineuse pour notre image internationale et nos visées géopolitiques. Par ses mensonges, son double jeu, ses atermoiements, son manque de lisibilité, son absence de crédibilité et son incarnation calamiteuse par un pouvoir qui siphonne les richesses de son propre pays, cette politique s’avère catastrophique. Le despotisme éclairé rwandais en tire plus profit que le despotisme abscons de la RDC. Voilà la réalité qu’il faut voir et à partir de laquelle il convient de penser l’avenir de la région des Grands Lacs, pour l’intérêt géopolitique et géostratégique de notre pays.

FMK : J’aimerais, si vous le voulez bien, que nous parlions maintenant de nos relations avec l’Angola, ce deuxième pays que vous avez cité pour valider votre idée de la faiblesse géopolitique et géostratégique de la RDC.

PKM : L’Angola pèse plus lourd que nous dans l’ordre géopolitique mondial actuel. Son pétrole, son organisation militaire, sa capacité d’intervention dans les conflits en Afrique et une certaine vision de lui-même que déploie sa diplomatie l’imposent à l’échelle régionale comme à l’échelle africaine en tant qu’acteur majeur, un acteur qui compte et à qui nous devons, nous Congolais, la chance d’être encore un pays libre face aux ambitions géostratégiques du Rwanda. Je constate que l’Angola, qui a fait le choix d’être un despotisme presque éclairé, nous regarde de haut. Ses dirigeants parlent des nôtres avec une inacceptable condescendance. Ils ont beau se permettre de remettre en question les frontières entre nos pays, ils ont beau traiter nos compatriotes qui vivent sur leur sol comme des êtres indignes des droits humains, ils savent que nous sommes trop faibles pour réagir. Ne vous y trompez pas : la faiblesse dont je parle n’est pas une faiblesse uniquement militaire, c’est une faiblesse géopolitique et géostratégique, qui nous rend incapables de faire soutenir notre cause par les grands pays qui ont une influence prépondérante sur le destin du monde. Cette faiblesse est une pathologie à laquelle nous devrions être sensibles. Géopolitiquement, nous sommes potentiellement aussi riches, si pas plus, que l’Angola. Si ce pays se permet de nous regarder de haut comme il nous regarde, c’est parce que notre despotisme abscons et corrompu est incapable de se forger une image de marque dans le monde. Ce n’est pas l’Angola qui est plus fort, c’est le Congo qui est faible dans les rapports de forces mondiaux où nous n’avons pas un poids conforme à nos possibilités. Il y a là un problème géopolitique et géostratégique de fond pour notre pays.

FMK : Le sentiment d’impuissance géopolitique et géostratégique de la RDC est-il perceptible dans d’autres pays africains ?

PKM : Si je m’en tiens au discours que j’entends dans les milieux intellectuels et politiques au Cameroun où je vis, la situation du Congo suscite un profond sentiment de tristesse et d’incompréhension. Personne n’arrive à s’expliquer comment, avec un tel potentiel naturel et humain, nous sommes réduits à être ce que nous sommes et comme nous sommes. Nous donnons partout l’image de tragédie morale, d’impuissance politique, d’inintelligence géostratégique et d’incompréhensible dévoiement de l’intelligence. A la longue, nous sommes devenus un contre-modèle que l’on enseigne dans les Instituts des relations internationales, comme l’IRIC au Cameroun. La RDC représente la réalité même de ce qu’il ne faut pas faire, si l’on veut donner de son pays un poids géopolitique et géostratégique.

FMK : Voulez-vous dire que la diplomatie tous azimuts que notre pays a lancée à l’échelle de la CEEAC n’a pas d’impact sur l’image de notre pays dans la région et en Afrique ?

Le problème n’est pas simplement de l’ordre de la diplomatie. Nous avons un excellent ministre des affaires étrangères aujourd’hui, M. Mbuse Nyamuisi. Je suis avec beaucoup d’attention et d’intérêt ses déplacements dans la CEEAC, en Afrique et dans le monde. Je connais ses qualités de diplomate et d’homme politique. Ce n’est pas son art diplomatique sur instructions du Chef de l’Etat que je remets en cause. Je remets en cause l’orientation globale de notre politique internationale, du point de vue de ce que nous devrions avoir comme poids géopolitique et géostratégique. Cette orientation a trois noms : le nombrilisme mortel, le despotisme abscons et la géopolitique du vide. Je situe cette accoutumance, ce nombrilisme et ce despotisme quelque part entre le choix de la démocratie intelligente et vraie d’une part et l’option pour un despotisme éclairé et pragmatique d’autre part. Nos dirigeants ont manifestement refusé la voie de la démocratie intelligente et vraie. C’est clair et net. La manière dont nos élections ont été organisées, le principe de répression systématique qui structure notre appareil sécuritaire, le musellement de l’opposition, le destin politique brisé de Jean-Pierre Bemba, tout montre que c’est la direction du despotisme que nos dirigeants ont choisi de prendre. Seulement, ce despotisme n’a rien d’éclairé, rien d’intelligent, rien de visionnaire pour notre présence à l’échelle mondiale. C’est un despotisme sans grande vision du pays, sans souci de l’intérêt national, un despotisme nombriliste, un despotisme du vide un despotisme de prédation et de siphonage des richesses au service d’une minorité. Le comble est qu’à l’échelle mondiale, tout le monde sait que nous sommes ce que je viens de décrire là. C’est pour cela que les grandes puissances préfèrent à notre inintelligence et à notre corruption le despotisme à la Kagame au Rwanda ou à la Dos Santos en Angola. Ces despotismes ont au moins la qualité de servir quelques intérêts vitaux de leurs pays pendant que le notre ruine toutes nos chances d’avenir en vendant le sol et le sous-sol congolais à des conglomérats internationaux sans aucun souci des générations à venir. Faire le choix du despotisme nombriliste dansant dans un vide géopolitique et géostratégique, comme nous l’avons fait, c’est une erreur éléphantesque. Je ne sais même pas si notre horizon peut s’accommoder des despotismes à la rwandaise ou à l’angolaise. Nous avons trop souffert du mobutisme et de ses errances tyranniques pour accepter de bon gré un quelconque despotisme, aussi éclairé soit-il. Nous aurions dû, avec la troisième République, faire le choix de la démocratie vraie, intelligente, intégrale et maîtrisée dans tous ses enjeux. C’est la seule voie qui peut nous donner un poids géopolitique et géostratégique. Imaginez une grande démocratie en plein cœur de l’Afrique, imaginez une grande puissance démocratique, intelligente, organisée et non corrompue, vous aurez l’image du Congo qui peut compter et sur lequel on peut compter dans le monde d’aujourd’hui. Ce que nous vivons aujourd’hui est pitoyable, dérisoire, comique et sans intérêt. Il y a plus : le refus d’être une démocratie nous a aliéné l’amitié des pays avec lesquels nous aurions pu construire un puissant axe démocratique en Afri