Fannie Mae et Freddy Mac, ces deux géants du refinancement hypothécaire américain qui, pour préserver les tantièmes de leurs actionnaires durant des années, avaient eu recours à des prêts « douteux » pour cacher leurs déboires, seront mis sous tutelle de l´Etat américain (FHFA) afin, croit-on, de sauver le marché hypothécaire américain et tranquilliser les créanciers de ces deux financiers dans le monde. Mais cette sauvegarde est-elle saine ; va-t-elle vraiment sauver ces deux sociétés gangrenées par leurs dettes et un immobilier américain perdant continuellement chaque mois 10 á 15% de ses valeurs, ou ne fera-t-elle qu´entraîner le contribuable américain dans un gouffre sans fin dont il ne s´en sortirait qu´en crachant sang et eau ?

 L´art de faire payer aux autres le prix de ses malversations 

 

Le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac a soulagé les places boursières en Asie et en Europe. Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet a salué «une décision bienvenue » et le Fonds monétaire international a estimé que ce plan contribuera à améliorer «les perspectives économiques et financières mondiales ».Chacun espérant ainsi rentrer, tant bien que mal, dans ses frais occasionnés par l´achat de ce que j´appelle des hypothèques pourries sournoisement cédées aux étrangers tout en sachant qu´elles étaient sans issues positives. Cela, hélas, ne me laisse pas présager un sens d´affaires recommandable.

Et au delà de toute appréciation subjective, cette histoire ne va-t-elle pas, ne met-elle pas la crédibilité du libéralisme financier américain si haut prisé en doute ? Par ailleurs, même si aux dire de l´Etat américain, celui-ci prêterait aux deux hypothécaires en banqueroute 100 milliards par tête ; leurs problèmes s´en trouveraient-ils pour autant résolu quand on sait que fin septembre une dette de 223 milliards $ empoignant ces deux sociétés hypothécaires arrivait à échéance. Un sur trois des ménages américains se trouvaient en passe de subir des coûts hypothécaires plus élevées que la valeur de son immobilier... 

Autrement dit : les choses ne faisaient que commencer à se dégrader pour le système hypothécaire américain. Ce serait peut-être l´occasion de le restructurer et l´assainir définitivement afin que le contribuable américain ne soit pas toujours pris comme le dindon de la farce par ceux qui, lorsqu´ils faisaient des bénéfices employaient toute leur influence à payer le moins d´impôt que possible, et lorsqu´ils faisaient des pertes, ils continuaient à s´offrir à eux et à leurs actionnaires des honoraires exorbitants pour venir faire chanter le contribuable et lui faire payer les pots cassés. Ce genre d´escroqueries aux finances publiques ne devraient pas, dans un système libéral, être entretenus ou supportés. A la fin, cela revient à un subventionnisme financier tout court. Avec le mauvais goût qu´il a été acquis en forçant la main des finances publiques. Déjà on entend les pas des constructeurs automobiles américains voulant, eux aussi, être subventionnés dans un ordre de 50 milliards $. Nous y voilà. La boîte aux pandores est ouverte…Combien de temps encore le système de financement économique américain pourra-t-il, en entretenant ces « sauvetages », se dire libéral ? Dans cette affaire, on avait hélas l´impression que face au moteur en panne, l´Etat américain choisissait de changer…de chauffeur !

 

Le mal, en fait, est plus profond qu´on ne le pense, ou qu´on ne veuille l´avouer publiquement. En effet, depuis que l´état américain, pour cacher ses déboires sur son marché national de l´emploi, et comprimer à la baisse les coûts des revenus industriels pour permettre aux firmes américaines de rester compétitives sur le marché international ; cet état a créé un secteur officiel grandissant de bas salaires subventionnés par l´aide sociale (Job à 1 $), l´économie américaine avait baissé la culotte et donné à tout le monde, et particulièrement aux allemands, des raisons de fausser la concurrence et les lois du libéralisme économique sur les marchés nationaux et mondiaux. Et depuis, une forme nouvelle d´esclavage avait remplacé le bon travail bien payé. On y gagnait beaucoup moins tout en faisant le même travail qu´hier, quitte à aller quêter les subventions de l´aide sociale pour nouer les deux bouts. Etait-ce mieux que le chômage ? Bien sûr. Mais la fierté et la morale de vivre honorablement de ses efforts avaient disparu. Mais pendant que la classe moyenne s´évaporait aux Etats-Unis comme en Allemagne, les sociétés commerciales, elles, continuaient à faire bénéfices sans avoir à payer des salaires honorables. Et ces sociétés réclamaient encore à corps et à cris de payer moins d´impôts ou pas du tout !

 

Le problème donc, si on veut, n´est pas seulement Fannie Mae et Freddy Mac ; mais bien celle d´une société américaine acculée économiquement, et qui, contre tout sain économisme, jetait ses propres ouvriers, sa propres classe moyenne en pâture à une nouvelle forme d´exploitation qui les appauvrissait au lieu de les payer adéquatement afin qu´à leur tour ils consomment et financent leurs immobiliers et leurs petites entreprises sans heurts. Les conséquences ? L´écroulement prochain et l´appauvrissement des salaires moyens : ceux qui représentait, dans toute société industrielle moderne, le moteur de 80 % de l´emploi et des revenus moyens. On misait, à tort, sur les multinationales et les géants financiers aux tentacules internationales ; mais comme on le voit avec Fannie Mae et Freddy mac, c´étaient des géants aux pieds d´argile lorsque leurs clients s´écroulaient. C´est donc l´art de se mordre la queue ou de croire qu´en soutenant l´institution tout en étouffant son client qu´on résolvait la crise. Autre chose me déplait personnellement dans la manière par laquelle Fannie Mae et Freddy Mac ont voulu résoudre leur impasse : notamment en prêtant, contre toute réserve professionnelle et d´usage courante, á des clients financièrement faibles. Puis de se débarrasser le plus rapidement que possible des hypothèques avariées avant que la bombe n´éclate. Cela dénotait un calcul…pour le moins peu regardant pour la loi la plus précieuse des hypothèques : ne prêter qu´avec une marge raisonnable de sécurité. La forêt, dit implicitement Shakespeare, ne doit pas faire oublier l´arbre…

 

Produire plus, produire mieux, cela résolvait-il la crise économique américaine ? Oui et non. Produire, tout cela est bien ; encore faut-il vendre ! Et si, comme l´Amérique ainsi que tout l´occident l´avaient pratiqué, on avait appauvri sciemment ses futurs clients ou on les avaient systématiquement empêchés de s´épanouir économiquement avec des méthodes de dumping, de corruption, de guerres d´instabilité et d´endettement factices et assujettissant ; qui achèteraient donc demain leurs produits coûteux ? L´actuelle situation économique de quasi saturation en occident avaient fait de chacun un concurrent acharné produisant lui-même et protégeant jalousement ses balances de paiement. La Chine ? Elle devenait de plus en plus rapidement (un peu trop rapidement pour les occidentaux ennuyés) un concurrent de taille autant dans ses prix que dans la synergie imposante de son dynamisme financier dont l´énorme capacité de marché serait bientôt capable de dicter ses priorités au monde entier. Et derrière la Chine se profilait déjà l´Inde…En occident, on avait, et cela depuis plus de vingt ans, pris l´habitude de repousser les problèmes dans l´avenir en espérant que les jours meilleurs reviendraient. Et depuis vingt ans on s´endettait, mais les jours meilleurs, eux, se faisaient toujours attendre.

 

A l´occasion des présidentielles américaines, on a eu l´occasion de percevoir le gouffre ou le dilemme américain actuel : un choix ou une danse indécise entre un conservatisme dépassé défendu par les républicains et le changement prôné par Obama et le parti démocrate. Et sans ici prendre aveuglement parti pour les démocrates, nous estimons que ceux-ci ont raison. Car à force de s´accrocher à des valeurs et des structures éprouvées hier, certes, mais aujourd´hui inadéquates et inflexibles à rendre justice à un économisme mondial changeant et autrement exigeant  par l´arrivée de la Chine, notamment, sur le marché commercial mondial ; on perd du temps et des ressources à soutenir ou soigner un cheval malade qui ne fera plus long feu. Or, devant le renchérissement des coûts de l´énergie et des matières premières prochain, il faut absolument investir dans de nouvelles formes d´énergie plus écologiques et des technologies épargnant les matières premières tout en étant autant efficace que par le passé, sinon plus efficaces. Ce défi n´est pas seulement dicté par le coûts des matières premières ; il est aussi dicté par la création de nouveaux emplois et de nouveaux produits commerciaux. Le gouvernement Bush a, en 8 ans de gouvernance, hélas, manqué de voir les choses comme il le fallait en croyant, comme par le passé, que seul la poudre des canons et les pressions et embargos économiques résolvaient le problèmes. Si hier cette logique avait eu ses moments de satisfaction, aujourd´hui cependant elle n´avait qu´une valeur de mépris.

 

Tout aujourd´hui, pour les sociétés industrialisées occidentales, se jouera au nombre de leurs clients et de leurs exportations. Celui qui méprise ou appauvrit ses clients ou les moleste ne doit pas s´étonner si son avenir devient maigre et esseulé. Ce corollaire a une conséquence logique : le client doit, lui aussi s´épanouir pour rester un client crédible, financièrement indépendant et assidu dans ses échanges commerciaux. Or, dans leur rapacité et leurs complexes hégémoniques les occidentaux avaient pris la fâcheuse habitude de ruiner volontairement leurs clients avec des techniques et des moyens divers. Et beaucoup ne voyaient pas encore venir le train qui exigeait d´eux de changer de fusil d´épaule ; cependant que sans cela les clients appauvris d´hier ne deviendraient pas à coup de bâton magique riches et acheteurs à loisir. C´est donc, ne le cachons pas, la fin d´une époque qui se déroule devant nous. Et celle-ci exige des exclus d´hier qu´ils cessent de tourner en rond, qu´ils investissent à long terme et efficacement dans leurs bien-être et leurs développements futurs. Cela est prioritairement vrai pour l´Afrique. Et si maintenant quelqu´un n´a pas saisi l´analogie qu´il y a entre le client du contexte national de celui du contexte international ; celui-là se refuse tout simplement à voir les choses telles qu´elles sont. 

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"


 

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