Bernard Kouchner, Ministre Français des Affaires Etrangères : « L’Est de la République démocratique du Congo est le théâtre d’un massacre comme il n’y en a probablement jamais eu en Afrique. Il se déroule presque sous nos yeux, avec plus d’un million de réfugiés, avec des attaques très précises, des mutilations sexuelles qui font partie des actes élémentaires de la guerre dans cet endroit. Il n’est pas question de laisser ça se perpétrer.» 

AGISSONS !

Tout nouveau ministre congolais des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Muamba se trouve depuis mardi 28 octobre à Kigali, au Rwanda. Il serait accompagné du député PPRD Augustin Katumba Mwanke qui est par ailleurs le secrétaire exécutif du parti présidentiel.

Quelle est la teneur du message porté par «Alexis» au moment où des observateurs et autres témoins jurent sur la participation des troupes régulières de l’armée rwandaise dans les combats au Nord Kivu ? Quelle est la teneur de ce message au moment où la Mission de l’ONU au Congo se préparerait à évacuer son personnel et que des sources assurent que la ville de Goma serait encerclée par des combattants du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple)? Ce voyage a-t-il été bien préparé pour ne pas se tromper d’interlocuteurs ni des sujets à évoquer? Il faut craindre, cette fois encore, que le Congo démocratique paie au prix fort les incohérences diplomatiques du «président élu» Joseph Kabila.

En janvier 2007, le «raïs» avait, contre la volonté de l’état-major général des Forces armées de la RD Congo, dépêché à Kigali le «général» John Numbi Banza, alors son bras droit. But : solliciter la médiation du président Paul Kagame pour faciliter le contact avec l’ex-général Laurent Nkunda Mihigo. «John» et «Laurent» semblaient à l’époque avoir fumé le calumet de la paix. Le brassage avait été abandonné en ce qui concerne les combattants nkudistes. On ne parlait que de «mixage». La suite est connue.

Kabila doit dire la vérité au peuple congolais sur tout ce qu’il avait promis. Depuis le 28 août dernier, la guerre a repris. L’heure n’est plus à savoir qui avait commencé. Néanmoins, on ne pourra pas s’empêcher de rappeler que la très nébuleuse «communauté internationale» avait déconseillé à Kabila de jouer la carte d’une solution militaire.

C’est bien étrange de voir que les Congolais n’osent pas appeler le chat par son nom en dénonçant à haute et intelligible voix la responsabilité personnelle de Joseph Kabila dans la débâcle militaire de l’armée nationale au Kivu autant que la détérioration de la situation générale. A l’intérieur, les Congolais sont loin d’être rassemblés.

Nombreux d’entre eux éprouvent de la peine à se reconnaître à travers les gouvernants en place. Point n’est besoin de rappeler le double massacre des adeptes de Bundu dia Kongo ou la chasse à l’homme contre des "Equatoriens" . Civils et militaires. Ceux-ci sont accusés d’être des "bembistes".

Certains segments de la société congolaise sont victimes d’un ostracisme à peine dissimulé. Au moment où la guerre fait des ravages au Kivu, la tristement célèbre garde présidentielle dite «Garde républicaine» trouve encore le temps de procéder à des rafles dans les milieux des soldats attachés jadis à la sécurité de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba.

Une attitude qui ne peut que fragiliser davantage le sentiment d’appartenance à la grande famille congolaise par ceux qui partagent les mêmes origines avec les infortunés. Les personnes interpellées, au nombre de 90, ont été transférées à Kamina. Certaines d’entre elles avaient les mains attachées derrière le dos. Ce cas n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il sert à illustrer la brutalité, bête et méchante, du pouvoir en place.

Depuis la «libération» du 17 mai 1997, l’ex-Zaïre est loin d’être devenu l’Etat de droit promis par le staff dirigeant de l’AFDL (Alliance des forces démocratique pour la libération du Congo). Les huit années de présence de Joseph Kabila à la tête de l’Etat n’ont apporté la moindre embellie. Bien au contraire. La décadence nationale se poursuit à la vitesse grand "V".

La promesse de démocratisation n’a pas non plus été tenue. Joseph et Laurent sont des produits «Made in AFDL». La guerre fratricide à laquelle se livrent les deux hommes montrent bien que les «libérateurs» sont en pleines contradictions internes. Ils commencent à se manger entre eux. Une victoire militaire de Joseph Kabila n’aura pour effet que d’exacerber l’arrogance - la folie ?- d’un régime inepte, dénué de tout humanisme et projet politique. Une victoire de Laurent Nkunda Mihigo est autant redoutée par les mauvais souvenirs laissés par les libérateurs.

Que faire ?

Il faut espérer l’apparition d’une «troisième force» à Kinshasa. Objectif : renvoyer Kabila et Nkunda dos à dos. L’un et l’autre ont en commun de susciter les plus vives méfiances. Agissons!

B. Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2008

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