Cette question, même si elle n´est qu´académique, n´en concerne pas moins tout le monde. La crise économique actuelle de saturation industrielle redoublée d´une acide crise financière va nous plonger tous une nouvelle refonte de règles, de principes et d´un ordre international économique valable pour tous. Mais l´esprit et le cadre répondront-ils réellement à une amélioration valable pour tous ? Qu´est-ce que cela veut réellement dire ?

Peut-on guérir le Capital de la rapacité, de la cupidité malsaine et asociale ?

« Nous devons humaniser le capitalisme »  Franz Müntefering, président du parti socialiste allemand (SPD)

Avec cette crise financière qui a largement ouvert son gouffre indécent sous nos pieds, nous assistons à un curieuse vente aux enchères d´un des principe les plus volontaire du capitalisme : la pleine responsabilité de ses actes douteux d´affaires. Non seulement les banques, les institutions financières et les assurances participèrent à l´émission et la propagation de valeurs vides et fausses dans le circuit financier international à partir de Wall Street, après s´être enrichies par des dividendes et des tantièmes opulents, faisaient appel à l´Etat pour les sauver des effets négatifs de leur indécente cupidité.

Les cris révoltés des contribuables pris à la gorge par la crise et par le portefeuille par les plans de sauvetage est tout à fait compréhensible car ceux-ci avaient bien l´impression que ces cols blancs peu regardant de l´intérêt social lorsqu´il s´agissait de leurs profits, s´évertuaient bien à socialiser…leurs pertes ! Ces larmes de crocodiles enferrés à leur propre piège de rapacité volontaire et bornée. Le profit et encore le profit, aussi libre et aussi incontrôlé que possible ; tel fut leur devise. Et maintenant ? Au secours, à nous l´Etat ; sauvez-nous de la détresse !

L´Etat, cette institution crainte et repoussée par ses vues communes et son fondement par trop social, était devenue tout à coup la bouée adulée de l´escroc et du failli ? Ou ne s´agissait-il pas que d´une nouvelle escroquerie utilisant le fait que ces banques et ces grandes institutions de financement étaient importantes pour la société…pour en abuser sans remord ? Tout à coup les épargnes des victimes étaient mises à bras ouverts en contribution pour sauver ceux qui les avaient mis à mal. Si cette logique semblait opportune pour juguler la crise, elle n´en était pas moins destructrice de l´impartialité de l´Etat si celui-ci n´exigeait pas de ces inconscients des finances une contre partie en participation et droit de regard étalés sur une durée de temps précis. Cela a été fait presque partout dans les pays riches ayant secouru leurs banquiers et financiers hypothécaires mis à mal.

Et cependant, sommes-nous sortis de l´auberge ? Allons-nous rapidement devenir maître de cette crise économique dont la virulence est accentuée par une crise financière de valeurs impropres ? Bien sûr, allons-nous la survivre et la maîtriser. Seulement, de sa durée dépendra les réformes et les réorientations industrielles et institutionnelles qui seront adoptées dans le monde entier pour nous doter d´un système économique et financier réglementé et valable pour tous. Par ailleurs, la réforme de l´ONU, la prise au sérieux de l´écologie mondiale, les réformes industrielles d´épargne de consommation d´énergie et de matières premières…etc y seront de la partie.

Mais la question fondamentale qui découle de la crise actuelle qui, je le répète, sera beaucoup plus virulente qu´on ne le pense (surtout pour les Etats-Unis), est, comme le dit si bien Franz Müntefering : peut-on arriver à humaniser le capitalisme ? Personnellement, et sans être pessimiste, j´en doute, et je suis non seulement sincère, mais aussi réaliste. Parce qu´on pourrait se demander : comment ? La cupidité et la rapacité sont des traits de caractère qui ont été encouragés et même considérés dans tout l´occident comme des qualités plutôt que de défauts. Et malgré tout, est-il possible de mieux contrôler le sens du profit, de le mettre à la laisse en lui inculquant une plus grande responsabilité des intérêts légitimes des autres, de la société, du bien commun ?

C´est possible, mais cela prendrait du temps, certainement plusieurs générations. La tendance et l´état de l´individualisme encouragé dans le monde occidental qui a dominé notre monde depuis 600 ans n´est pas aussi facile à refondre, d´autant que ces excès sont d´ordre plus naturels et instinctifs que foncièrement primitifs. Ce n´est pas s´enrichir qui est un défaut, loin de là ; mais bien s´enrichir aux détriments des autres en leur faisant subir des préjudices mettant à mal leurs droits, leurs libertés, leur bien-être. Le socialisme serait-il revenu après l´écroulement fracassant de l´illumination communiste ? J´en doute. Ce n´est pas parce qu´on veut boire un verre de lait qu´on doit acheter toute une vache !

Ce que je reproche le plus souvent aux socialistes, c´est que derrière cette politique, on ne prend pas toujours la peine de contrôler le profit et ses lointaines ou invisibles portées. Ainsi les gouvernements socialistes ont été les plus néfastes à l´Afrique pour permettre à leurs sociétés commerciales de faire un profit aveugle avec lequel ces socialistes pouvaient à domicile fêter leur idéologie dans la répartition des gains à leurs couches défavorisées. Plus, sinon autant que les gouvernements de droite ces gauchistes ont corrompu, assassiné des élites légitimement élues, attisé des révoltes, armé et soutenu des dictateurs pillant et appauvrissant leurs peuples au profit des intérêts occidentaux. Par ailleurs, les exportations de dumping économique plusieurs fois subventionnées ont pris ces dernières années envers l´Afrique une intensité bien criminelle envers l´agriculture et l´élevage du continent africain. Ce quia eu pour conséquence la dépendance accrue de ce continent envers les fournitures alimentaires occidentales. Ceci provoquait ou causait cela, comme on le voit. 

Ce dernier point montre à quel point, et malgré toutes les allégations d´aide et de partenariat que font les occidentaux aux africains, que la mauvaise foi subsiste encore dans les rapports économiques entre l´occident et l´Afrique. Cela est d´autant flagrant que les pays occidentaux ferment leurs frontières aux exportations des pays africains du coton, de l´arachide, par exemple le Burkina Faso, pour imposer cependant à ces pays d´ouvrir bien grands leurs frontières douanières ! Cette fausseté qui est entretenue avec l´aval de la Banque Mondiale et du FMI n´est pas pour donner aux africains de bons moyens d´épanouissement. Loin de là. Selon toute vraisemblance on leur consommait toutes leurs matières premières à grande vitesse tout en les repoussant dans la stagnation et la pauvreté. Par ailleurs, les investissements occidentaux en Afrique ne pouvaient se comparer avec ceux que tout l´occident avait, ces dernières années, fait en Chine, en Inde, au Vietnam etc. Or, disons-le bien, ces pays n´avaient ni souffert de l´esclavage occidental, ni cédé leurs matières premières au prix du pain pour le bien-être et l´industrialisation occidentale.

Cette crise donc a quelque chose de fondamental en elle. Elle remet, par son impasse actuelle, beaucoup de valeurs occidentales abusives en cause, mais elle incite aussi, devant l´évidence de la mauvaise foi persistante dans les rapports économiques et financiers internationaux, à tous les acteurs de revoir leurs idéologies politiques et économiques face à un intérêt commun (national et international) indubitable, mais aussi, comme s´est le cas de l´Afrique, par exemple, à se défendre contre un courant extérieur qui ne lui était pas favorable tant qu´elle resterait faible et pauvre. Ce qui ne l´empêche en rien, au contraire, de faire de faire un effort sérieux pour se guérir de ses manquements et insuffisances intérieures flagrantes.

Oui, disons-le bien haut : cette crise peut nous permettre de revoir notre définition de la liberté par rapport à ce que nous pouvons nous permettre, ce que nous devons éviter face à la responsabilité que nous avons face à nos concitoyen, à notre pays, et à notre monde extérieur. Et c´est en remoulant cette définition dans une meilleure définition commune, collective ou individuelle, en résolvant au mieux le désordre ou les disparités de notre échelle contemporaine de valeurs, que nous maîtriserons rapidement la crise. Sinon, eh bien, sinon à la prochaine et à ses douleurs et privations.

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

 

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