Incroyable : quelques pirates africains analphabètes en lambeaux armés jusqu´aux dents s´en prenaient à des navires étrangers le long des côtes somaliennes. Le désespoir existentiel et économique africain ne peut s´expliquer de manière aussi grossière et aussi choquante. Personne ne le comprend-t-il pas que ces malheureux pêcheurs écrasés par la misère et la pauvreté chez n´était que le cri poignant d´une révolte déchirante ?

 

Ces galeux du désespoir social, du manque et de la pauvreté trompés par tous.

 

 

Une situation des plus indécente autant par le caractère criminel que dangereux de son entreprise. Les pirates de la faim, comme une gangrène cancéreuse, ont émergé de la pauvreté et de la misère des africains pour clamer la révolte de leurs élites incapables et guerroyantes que l´exclusion économique dans laquelle le monde occidental les avait enfermé. Le model occidental d´économie et de bien-être centralisée vers l´occident était-il encore actuel ? Pouvait-on encore longtemps supporter, ou même entretenir des guerres en périphérie somalienne, par exemple, pour vendre des armes, corrompre les élites des pays africains instables à des buts géopolitiques financiers à court terme ? N´était-ce pas repousser les africains à la pauvreté en les empêchant de devenir autre chose que des pirates, des expatriés courant le monde entier ou tout simplement un continent d´indigents, de mendiants et de pauvres dépendant tous de l´aumône occidentale ?

 

On lisait, dans un article de Jeune Afrique du 5/11/2008 : « Les enlèvements d'étrangers et de membres d'organisations humanitaires, y compris somaliens, ont augmenté de façon inquiétante ces derniers mois en Somalie, pays livré au chaos depuis le début d'une guerre civile en 1991 où des insurgés islamistes affrontent quasi-quotidiennement les forces du gouvernement de transition soutenues par l'armée éthiopienne. »

 

Sans s´arrêter aux personnes, les somaliens s´en prennent systématiquement aux navires marchands obligés de longer les eaux somaliennes pour écourter leur route vers l´Europe et les Etats-Unis en prenant le canal de Suez. Le rançonnement de ces grands et luxueux navires leur rapportant des sommes respectables avec lesquelles on les voyait déjà financer une vie prétentieuse en Somalie. Et même l´Etat somalien trouvait la situation à son avantage parce qu´elle lui permettait de quêter de fortes sommes auprès des occidentaux…pour combattre ce qui était devenu pour tous les somaliens une heureuse source de revenus.

 

On se trouvait devant le même phénomène face aux boat people africains qui traversaient la méditerranée avec des coques de fortune pour venir échouer aux côtes espagnoles. Les gouvernements africains concernés avaient fermé les yeux espérant ainsi faire chanter l´occident et l´obliger à dénouer son porte monnaie généreusement à leur endroit. C´est à se demander: les africains avaient-ils eux aussi des mains pour travailler et un cerveau pour créer et concevoir ou en étaient-ils dépourvus complètement ?

 

On se trouvait, de la part de cette élites corrompue et incapable qui gouvernait actuellement à l´Afrique avec, disons-le bien vite, l´aide et le consentement tacite de gouvernements occidentaux persuadés que ces satrapes ruineuses leur permettraient autant de contenir le développement des africains en les ruinant systématiquement à petit feu, qu´être à leur service en garantissant la livraison de matières premières et stratégiques dont l´industrie occidentale était dépendante.

 

Creuser l´abcès africain aujourd´hui est devenu se battre contre un occident néolibéraliste et faussement clameur de liberté et de démocratie dont il faussait et déterminait lui-même les paramètres économique et sociaux des africains en centralisant le profit vers ses intérêts immédiats. Mais aussi lutter contre une élite africaine abâtardie, corrompue à loisir et incapable au possible qui s´était, dans son alliance immorale et contre nature avec l´occident, couverte de ridicule et d´une haute réputation de fille de joies vivant à grande pompe des importations et de l´aide occidentale au lieu d´investir chez elle et promouvoir ainsi l´épanouissement légitime des siens.

 

Le marasme africain se traduit par des écoles délaissées ou inexistantes, des universités mal fournies comme celle de Kinshasa, par exemple, dans un état sanitaire honteux et répugnant, l´agriculture et l´élevage: le moteur premier de toutes les productions d´une société étaient en jachère ou sporadiquement entrepris…tous attendaient l´aide ou les importations étrangers de médicaments, de bien alimentaires qui, avec leurs prix de dumping, avaient acculés les paysans à cesser de produire. Au Zimbabwe le cholera faisait des siennes, au Soudan la plaie béante du Darfour saignait tous les jours, à Jos au Nigeria les troubles religieux entre musulmans et chrétiens avaient fait près de 400 morts, en RDCongo du Kivu une guerre autant grotesque que gratuitement criminelle sévissait, en Somalie après des guerres ridicules, la piraterie avait fait son apparition…

 

On le voit : l´Afrique est encore en train de chercher son équilibre face à un monde occidental qui lui a toujours instrumentalisé ce continent pour ses intérêts économiques et culturels. Apparemment l´élite actuelle au pouvoir en Afrique tarde ou n´arrive pas à se soustraire de la mainmise occidentale par manque de caractère, de consistance politique ou tout simplement de courage face á des politiques métropolitaines qui, depuis 1960, avaient pris l´habitude de liquider tout leader africain (voir l´assassinat de Ruben Um Niobé, de Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Samora machel) éclairé et aspirant à une véritable indépendance de liberté. Ou encore, comme ce fut le cas pour Mandela, on les enfermait dans des geôles pendant des décennies, pour ne les libérer que quand il était trop tard pour changer quoi que ce soit aux faits accomplis.

 

Il y a cependant une élite nouvelle en Afrique qui voit les choses autrement que vivre de l´aide et de la mendicité ; seulement, le grand problème de cette élite, c´est qu´elle est dispersée à l´étranger. Autre danger : ayant été formée à l´européenne et au christianisme occidental bouffon, elle a difficile à se libérer de l´aliénation. De ce fait, elle est entredéchirée entre l´aliénation inculquée par l´absolutisme occidental et le brûlant élan de liberté et de réalisation qui les étreignait. Pour sortir de ce dilemme, il fallait être de forte conviction dialectique, ce qui n´était, hélas, pas le grand fort des cultures africaines.

 

Ainsi, avait-on souvent affaire chez les instruits africains nouveaux à de nouveaux naïfs plus éloquents et tapageurs du verbe que réellement doués à dénouer exactement le nœud gordien qu´ils avaient hérité de l´histoire. Et pourtant, sans changer les choses, sans réaliser l´africain dans ses devoirs et ses obligations envers lui-même que dans ses attentes et ses ambitions face à son propre avenir sociohistorique, ce continent restera encore longtemps acculé à comportements sociaux nuisant gravement à son développement et à sa liberté. Et à mon sens, et comme cette crise économique va nous le démontrer, il est grand temps que l´Afrique sorte de son aliénation et prenne ses responsabilité envers son propre avenir, notamment parce que les fausses promesses occidentales d´assistance et d´aide ne sont ni  réalisables, ni honnêtes; bien au contraire, elles détruisent la mentalité positive des africains en les contraignant à la passivité et à l´attentisme.   

 

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa muntu »

 

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