Loin de là. Et pourtant, depuis quelques années, si pas deux décennies au moins, on observe le retrait occidental total derrière la toute puissance de ses valeurs industrielles, techniques et scientifiques. Quid des valeurs morales et éthiques dont cette culture s était investie ? Perdu dans la tourmente des méandres tortueux de la rapacité et d´un égoïsme malsain et inconvenant qui n´usa de prétentions supérieures de morale et d´éthique humaine que pour œuvrer volontairement à une hégémonie partiale et manifestement autant égoïste qu´opportuniste.


Quand le client meurt ou s´appauvrit, le producteur lui survit-il ?


C´est bien dommage, ce qui arrive aujourd´hui à la culture occidentale qu´elle perde le pied tout en ayant été, de loin, la culture la plus créative, la plus scientifique et la plus technisée de l´histoire humaine jusqu´à ce jour. Mais lorsqu´on promet ou on se prétend de certaines valeurs, qu´on s´en réclame à cors et à cris – et ceci concerne autant les valeurs de libertés, de justice que d´équité humaine, et qu´on brade cependant volontairement et non moins sournoisement ces mêmes valeurs ; à la longue on va se retrouver cruellement confronté avec ses propres contradictions. Et si ce jour-là on ne sait pas les résoudre ou regagner la confiance perdue de ceux dont on est devenu dépendant parce qu´on est industrialisé et marchands, ou partager tout de même le même univers concurrentiel et existentiel, on vogue tout droit vers un écueil qui risque d´éventrer toute haute navigation.

Derrière cette césure démographique occidentale évidente actuelle, il n´y a, comme dans la crise économique et financière que nous affrontons, qu´une dégradation causée par un long et plutôt symptomatique abus de l´absolutisme que par l´usage de qualités d´un bon pater familias consciencieux et diligent. Le monde, même si on se refuse à l´enfermer dans un dilemme freudien, est tout de même à l´image d´une grande famille soumise à des valeurs, des principes devant permettre à tous les membres de cette famille de s´épanouir et de se réaliser le plus pleinement que possible. Et celui qui d´adjuge tout, s´empare des biens et des droits des autres ; celui-là, même si il est fort et s´en donne le droit en trompant les uns ou en molestant les autres, va à la longue réveiller la méfiance et le mépris plutôt que d´inciter à la confiance et à la paix. Et certes, et quand bien même « nobody is perfect » ; mais lorsqu´on légitime ou on excuse ces abus et ces injustices en étant juge et partie…ou qu´on on fausse soi-même ses propres valeurs par intérêts immédiats, ce qui mène irréversiblement à une perte réelle d´objectivité ; prétendre encore qu´on était l´exemple à suivre, ou qu´on défendait un quelconque idéal humain est de la pure affabulation. Et avec celle-ci, bien d´erreurs indésirables s´immiscent dans l´engrenage du cœur mental et éthique d´une culture en y créant encore plus de dégâts et d´excès.

Personnellement je suis touché que l´occident se soit elle-même piégée à ses propres erreurs et se retrouve aujourd´hui, si nous sommes réellement francs, au bord du gouffre de son déclin. Pourquoi cela me fait-il du souci, c´est notamment parce que d´une part elle a accumulé trop d´erreurs et contredit elle-même sa propre pérennité, et de l´autre parce qu´à l´horizon, excepté la Chine qui n´est pas encore mûre et établie sur la scène internationale, il n´y a pas de successeur valable capable de remplacer l´occident et les Etats-Unis actuellement. Nous allons donc vivre une sorte de longue agonie ou de retrait à petits pas grincheux et de plus en plus sournois jusqu´à ce que la prochaine puissance économique et culturelle se confirme. Pendant cette période d´absence effective de leadership, que se passera-t-il ? Allons-nous assister infiniment à de grossières incursions ou prétentions comme celle des fondamentalistes islamiques et à la trompeuse attention qu´ils attiraient pour se prétendre à une excellence qu´ils n´avaient ni méritée, autant qu´ils n´étaient absolument pas capables de l´exercer au nom des plus grandes valeurs humaines, intellectuelles et spirituelles de tolérance et de créativité réellement défendant le droit et la liberté humaine ? Parce que ce danger primitif et vide de science ou de technologie que les islamistes arguaient uniquement armé de son absolutisme coranique n´est pas seulement blessant dans son intolérance et sa pauvreté rationnelle, il est aussi ce que nous savons plus tolérer : la remise en cause de nos libertés et de nos droits chèrement acquis autant face à l´occident dominant depuis 600 ans que face à une évolution sociohistorique pavé de longues et poignantes luttes sociales.

Et maintenant, occident, que faire ? Cette culture peut-elle revenir en force, réparer ses erreurs et harmoniser l´intégration des autres peuples et cultures autour d´un pluralisme philosophique de vraie liberté et de vraie démocratie ? J´en doute. L´occident restera une culture remarquable mais elle n´a pas cultivé en elle une philosophie réellement objective et pluraliste d´intérêt et de finalité. Elle a plutôt employé les valeurs humaines pour entretenir ses intérêts particuliers et augmenter l´influence matérielle et militaire qui lui permettaient d´entretenir des buts somme toute égoïstes et particuliers. Mais qui peut être plus catholique que le Pape, demandera-t-on ? Fausse question qui recevra vraisemblablement une fausse réponse. L´organisation et l´ordre de la civilisation humaine, comme le font l´ONU ou ses organisation internationales affiliées, le doivent, eux. Or, si les mêmes puissances mondiales y exercent et imposent leurs étroitement vues, tout ne tourne qu´autour des mêmes intérêts et influences. Des valeurs communes et valables indistinctement pour tous. Oh oui, mais si les puissants veillaient à les transgresser parce qu´ils sont à l´abri de toute poursuite ou pénalisation ; que faire ? Rien, on est impuissant. Et à la longue, avec ce jeu de puissance et de bras de fer, d´influence et de privilèges, les faibles perdent confiance et les forts deviennent arrogants ; quant au droit, lui, il perd tout simplement son fondement objectif et respectable. Ce qui conduit à un certain chaos comme on le voit aujourd´hui : chacun veut régler ses litiges à sa manière, perdant de vue par-là qu´une solution pacifique, partagée et de responsabilité conjointe est toujours plus viable qu´une victoire ou une imposition unilatérale.

Toute au long de notre évolution sociohistorique nous avons appris que tout était relatif comme le disait si bien Einstein, que rien n´était ni tabou, ni absolument sacré…sauf la réalisation humaine. Mais celle-ci avait besoin de règles, de valeurs et de principes afin d´entretenir et de mettre à jour les meilleurs moyens lui permettant autant de s´accomplir que de s´élever en découvrant et en créant sa jouissance la plus satisfaisante. Et si aujourd´hui les français, dans un grand sondage voulaient réformer le capitalisme, si Barack Obama (avec son appel au changement) était le président élu le plus plébiscité du monde, et si Frank Müntefering, président du parti Socialiste allemand, prétendait qu´il fallait humaniser le capitalisme ; c´est que, de par le monde entier, on s´était rendu compte que quelque chose ne tournait plus rond. Et la crise économique et financière actuelle ne le confirme que largement. A force de tromper les gens avec de l´aide destructive de l´effort incessible de réalisation, et à force de surproduire tout en empêchant sciemment ses futurs clients à s´épanouir et rehausser leur niveau de vie – et, disons-le bien de rester ou devenir plus solvable – on procréait bien la misère et la pauvreté au lieu de s´en débarrasser. Le profit ne peut pas être absolu si la vie elle-même ne l´est pas. Et lorsque celui-ci étouffe ou détruit sa source humaine de floraison et d´exercice, il se condamne à subir un sort contrôlé comme on le voit aujourd´hui avec les banques et sociétés financières secourues et plus sévèrement contrôlées par l´Etat dans les pays capitalistes industrialisés où ils avaient pourtant été longtemps considérés comme des îles privées d´exercice capitaliste.

Cette situation prouve à plus d´un point que la liberté du profit pratiquée et hautement prisée par le néolibéralisme et les néo conservateurs occidentaux n´est ni absolue ni abusive : elle doit, elle aussi, se conformer au respect de l´ordre social dont l´Etat est le garant. Ceci est tellement ahurissant que cette situation marque la fin de l´hérésie d´une époque d´excès et d´exagérations contredisant fondamentalement à une saine et responsable logique de finalité remettant l´intérêt social et individuel au centre de la valeur intentionnelle réelle du profit. Le profit pour le profit ou le profit aveugle et destructif de l´intérêt humain ou de celui de sa continuité est tout simplement illogique et primitif parce qu´il ne conduit qu´à une catastrophe suicidaire. Ne pas l´avoir compris à temps met la culture occidentale aujourd´hui en danger de se détruire elle-même parce qu´elle a perdu de vue que son bien-être et son épanouissement futurs étaient notamment liées à la solvabilité et l´évolution économique de ses futurs clients. Empêcher ceux-ci à s´épanouir, c´est se restreindre soi-même et endiguer son propre avenir. L´occident, et même la Chine, l´Inde ou toutes les puissances qui aspiraient au développement économique sont-elles à même de comprendre et de pratiquer cette évidence culturelle logique et incontournable ? La question est d´actualité. Et si les puissants acteurs économiques n´y font pas cas, eh bien, nous sommes partis pour des crises économiques aussi consécutives que destructrices…du capital et de moyens de productions.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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