Le Davos de l´économie en Suisse avait à peine fermé ses portes que la conférence sur la sécurité à Munich ouvrait les siennes. Si les Etats-Unis ne se sont pas officiellement fait représenter en Suisse, il le firent d´autant mieux à Munich avec le vice président américain Joe Biden. Ce dernier brilla dans l´exposé de la nouvelle politique du changement dont se réclamait la nouvelle administration du président Obama.

 

Le changement, un choix ou une nécessité ?

 

 

De tout ce que dit ou précisa Joe Biden avec une élégance autant fière que conciliante à des idéaux de liberté et de démocratie plus attachés aux contenus réels de valeurs ; rien de tout cela ne fut nouveau, ou du moins, quiconque avait suivi la campagne électorale d´Obama et de Joe Biden, avait pu prendre compte des lignes déterminantes du changement que préconisaient ces deux hommes politiques. Et disons-le tout de suite, qui leur avait valu d´être élus. A cette conférence sur la sécurité tout le monde, surtout les européens, attendirent intéressés l´esquisse de la politique internationale du nouveau gouvernement américain. Joe Biden ne se fit pas prier : ce qu´il dit cependant, au lieu de réjouir les européens, les mirent dans l´embarras. Pourquoi ? Parce qu´ils avaient toujours bien vécu à l´ombre des percées et des bévues américaine en prétendant les réparer ou d´être plus regardant quant aux droits et aux libertés que l´Amérique. Ill est vrai aussi que pendant 8 ans, George Bush et son administration leur offrit amplement ces occasions. Et maintenant que les américains prétendaient d´écouter tout le monde, de pratiquer le dialogue avec tous…afin d´entrevoir les meilleurs moyens d´éclore au mieux la démocratie et le respect des libertés dans le monde ; tout à coup les européens se sentirent pris au dépourvu. Pourquoi ?

 

Oui, pourquoi, au fait ; ce changement préconisé par Obama et Joe Biden n´était-il pas dans l`intérêt de tous ? Absolument. Mais alors…? Eh oui, on l´avait pressenti dès le début : cette conférence souffrait de l´ombre immense et pesante de la crise économique qui secouait le monde entier et particulièrement l´Amérique où elle avait eu ses origines financières. Et comme l´Amérique a toujours été utilisée ou comprise comme un compas déterminant les politiques économiques occidentales lesquelles déterminaient à leur tour les normes et interprétations de la sécurité extérieure des pays occidentaux ; quand l´économie était malade de ses indigestions, on essayait d´abord d´en guérir les malaises de menace de déséquilibres économiques et financiers. Jadis les solutions furent simples : on bombardait, on envahissait un pays ou on s´emparait de ce qui faisait défaut aux puissants occidentaux. Le dernier emploi de cette version primitive de l´art de solutionner ses problèmes par la violence et l´abus de droit fut l´invasion de l´Irak par l´administration Bush. Or, le mal économique, financier et commercial actuel est plutôt d´ordre interne ! C´est le système qui est malade, pas les voisins.

 

Il ne suffit donc plus, comme après 1929, date de la dernière grande crise économique, de s´étaler en espace comme les nazis le firent, d´assassiner les élites indépendantistes africaines afin de s´adjuger des sources de matières premières bons marchés. Nous nous trouvons aujourd´hui dans une crise de surcapacité industrielle, dans une crise donc de surproduction. Ce qu´il faut, ou ce qui manque, ce sont des clients solvables et constants. Or, tandis que l´industrialisation, la production et l´exportation (ainsi que la concurrence sur les marchés commerciaux internationaux de biens industriels) faisaient rage ; les politiques de répression économique et de consignation partiale à la consommation des biens et modèles culturels occidentaux avaient, eux, gravement mis à mal les accumulations des pays pauvres, les empêchant aujourd´hui non seulement d´être des partenaires commerciaux valables, mais aussi d´engranger un développement leur permettant de sortir de la misère et de la pauvreté. Les uns surproduisaient donc tout en assassinant ceux qui, par leur développement, seraient leurs clients de demain ! On ne doit donc pas s´étonner si à la fin du chemin on aboutit à une impasse.

 

A force de consigner ou de contraindre les africains, par exemple à s´aligner sur le modèle économique et politique occidental d´exploitation unilatérale tout en privant ces mêmes africains d´autonomie économique – et c´est dire des moyens d´entretenir leurs facteurs techniques et scientifiques de développement – et d´orientation sociopolitique propre ; on a condamné ce continent à errer à la dérive, à vivre d´aumône d´endettement extérieur et de mendicité plutôt que produire et développer les instruments et les moyens propres à résoudre les problèmes posés par son propre développement. Sortir de ce schéma aujourd´hui est entre autre une des grandes réponses à la crise économique qui nous secoue. Or, depuis que la Chine, l´Inde, le Brésil, la Corée…etc se pressaient sur les marchés des biens industriels internationaux, l´occident était acculée au court terme. Et avec la crise des finances refroidissant le crédit, accroissant l´endettement de ses pouvoirs publics ; cet occident voit ses moyens financiers s´envoler en fumée pendant que son dilemme, lui, n´était que superficiellement résolu. En désespoir de cause, on s´endette dans l´avenir en alourdissant gravement les dettes des générations futures sans autant leur offrir de réelles perspectives de croissance leur permettant d´assurer leur niveau de vie tout en s´acquittant bravement des dettes parentales. Un dangereux cul de jatte qui risquait de mener tout droit à l´irréparable catastrophe économique et financière.  

 

L´Amérique, encore une fois, a prouvé avec l´arrivée d´Obama au pouvoir, qu´elle était bien en avance de compréhension et d´estimation réelle de la situation économique et politique actuelle, ainsi que de la nécessité imminente et impérative du changement. Mais changer, c´est vite dit ; encore faut-il qu´il soit compris par tout le monde et surtout mis en œuvre. Ce qui sera un tour de force aux Etats-Unis où le management industriel a dormi sur ses lauriers, où on vivait plus au crédit et à la pompe des épargnes étrangères qu´à l´épargne et au rendement. Et malgré tout, l´Amérique pouvait, de par son potentiel économique et son haut PIB (avec quelques 14.560 milliards $ par an de loin le plus élevé du monde), se permettre le changement. Les européens, par contre, sont pris à l´étroit et au piège de leur propre manque de réelle démocratisation des moyens économiques et financiers envers l´Afrique. Financer l´industrie automobile comme on le fait en ce moment en France ou en Allemagne n´est qu´une solution momentanée qui ne résout pas le mal en lui-même. Car la crise va durer bien longtemps…et les acheteurs ou consommateurs constants ne poussent pas tous les 3 mois sur les arbres ! Vendre à l´Irak comme veut le faire Sarkozy ? Tout aussi aléatoire. Il faut cesser de se gargariser avec des solutions trompeuses de circonstance et avoir le courage (ou l´intelligence) d´aller au fond du problème. Et de réformer son propre système. Il est grand temps.

 

Il faut saluer l´initiative américaine de réduire, en partenariat avec la Russie, l´arsenal atomique des deux pays. Mais vouloir empêcher l´Iran d´accéder à l´énergie nucléaire ou même à la bombe atomique comme le conseillent véhémentement les européens et particulièrement Sarkozy, c´est jouer, encore une fois, au colonialisme attardé et sournoisement paternaliste. Si les autres pays du monde dont Israël, l´Inde, le Pakistan, la France, les Etats-Unis…etc se sont donnés ce droit ; pourquoi serait-il refusable aux iraniens et de quel droit en serait-il ainsi ? Tout le monde sait que l´arme atomique aujourd´hui est dépassée ; celui qui l´utiliserait serait lui-même victime de quelque droit de suite des alliés du ou des pays victimes. Non, il s´agit plutôt ici de la maîtrise d´une puissante technologie énergétique moderne qui mettrait l´Iran ou tout autre pays qui y aspire, en droit, à l´avenir, de ne pas souffrir de dépendance ou de manque lorsque dans leurs orgies de consommation et de dépense insensée, les occidentaux auraient englouti tout le pétrole, le gaz du monde ! Par ailleurs, en cas de catastrophe écologique voilant le soleil pour quelques années, les pays industrialisés mettraient-ils immédiatement leurs centrales électriques au service des pays pauvres ? Il suffit, pour y répondre de voir combien de pauvres, de femmes et d´enfants meurent chaque jour de par le monde tandis que dans les pays riches on jetait pratiquement l´argent par la fenêtre ou on thésaurisait abusivement pour le seul plaisir d´être riche ! 

 

Au moment où la crise des finances montre au monde combien fragile et plutôt inefficace a été l´architecture du système économique et financier international dominé par l´occident et ses intérêts étroits ; que le danger de protectionnisme s´accroît pour se protéger des abus et des méfaits de quelques acteurs providentiels ou idéologiques, il est bon de savoir que l´Amérique d´Obama est prête à dialoguer avec tout le monde, autant qu´elle reconnaît l´urgence d´une réforme du système économique mondial. Quant au danger du fondamentalisme islamique qui menace le monde entier, il faut certes s´y opposer fermement ; mais ne pas commettre l´erreur de donner à des frustrés primitifs illuminés l´occasion de nous induire en erreur en reniant les valeurs démocratiques qui sont les fondements réels de la démocratie et de la tolérance. La guerre d´Afghanistan ne pourra être gagnée que si l´islam qui se pratique dans ce pays par les élèves du Mollah Omar appelés Talibans ; si cet islam s´humanise par la tolérance et le respect de la spiritualité des autres. C´est un travail mental d´évolution sociale et d´instruction rationnelle plutôt que de conquête militaire. Ce qui veut dire que ce que la société afghane doit développer rapidement, c´est l´instruction et l´autonomie des femmes, autant qu´elle doit cesser, pour financer sa société, de vivre de la drogue. C´est toute une mutation sociale qui nécessite du temps. Et bien sûr celle-ci dépend aussi des pays limitrophes à l´Afghanistan : le Pakistan, l´Iran, l´Inde. La vraie question est : avons-nous le temps ; ces talibans sont-ils de bonne foi pour changer en devenant rapidement plus tolérant et respectueux des droits et libertés des autres ?

 

Tout absolutisme, qu´il soit économique, financier, culturel ou religieux est nuisible et néfaste à la démocratie et au respect des droits et libertés humaines. On peut vouloir tromper tout le monde, comme le disait Abraham Lincoln, ou se cacher derrière de fausses valeurs vides ou impropres tout en prétendant l´inverse pour abuser des naïfs ; mais en fin de course, on ne peut pas éternellement tromper tout le monde en même temps. Surtout soi-même. La sécurité, comme l´a si bien dit Joe Biden, est aussi partie prenante de l´économie. Cette vérité, si elle semble nouvelle aujourd´hui, ne l´est pas du tout : cela a toujours été vrai par le passé. Toutes les guerres, les révoltes sociales, même la colonisation ou l´esclavage avaient des buts économiques. Ainsi celui qui œuvre aujourd´hui à la stabilité et au bien-être économique d´une société, œuvre aussi à sa sécurité et au respect de ses valeurs culturelles. Et si celles-ci sont démocratiques et respectueuses des droits et des libertés des autres, l´économie et la sécurité se partagent et se confortent d´autant mieux pour tous. Car le monde est devenu un petit village où tous, malgré nos différences culturelles ou mêmes économiques, nous dépendons, en fin de compte, et dans une bien large mesure, les uns des autres.  

 

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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