La crise économique aidant, les occidentaux en mal de ventes et littéralement étouffés par leurs surproductions redécouvrent, comme d´habitude…l´Afrique. Après la fausse colonisation et la sournoise francafrique qui a mis l´Afrique à mal en l´enfumant avec de fausses valeurs économiques et politiques l´empêchant de s´épanouir et l´appauvrissant inéluctablement ; cette fois l´occident aurait-il compris de quel partenariat l´Afrique avait un grand et urgent besoin ? Avait-on, du côté africain autant que de celui des occidentaux, fait sien des leçons du passé, ou comme hier chacun était resté enfermé dans son étroite logique dépassée ?

 

Un nouveau festival politique illustrant les occultes intentions d´un éternel rendez-vous manqué ?

 

« Les vertus se perdent dans l´intérêt, comme les fleuves dans la mer » La Rochefoucauld.

Cette fois-ci encore, le face à face tenait des exigences économiques. L´Afrique était mal en point : elle n´arrivait ni à décoller, ni à se structurer adéquatement pour devenir un partenaire économique valable et estimé. Bien au contraire : malgré de sensibles progrès, les économies africaines souffraient toujours de leurs maux de toujours : leur naïve productivité industrielle, la qualité modeste de leur créativité dans un monde exigeant et hautement technicisé. Et avec le temps, les africains devraient être arrivés, eux aussi à la conclusion que l´importation ne changeait en rien les choses. Bien au contraire, elle les aggravait en dévalisant les accumulations sociales des pays africains déjà économiquement faibles.

Du côté occidental la monstrueuse crise économique actuelle battait son plein avec son lot attendu de chômage croissant, de banqueroutes industrielles, d´invendus jalonnant les ports et risquant de perdre de valeur si la crise perdurait. Il fallait donc trouver de nouveaux débouchés…en occident c´était, malgré les aveux de lutte contre le protectionnisme, la concurrence à couteaux tirés : chacun tournait et retournait ses dépenses à deux fois et protégeait plutôt ses propres industries mises à mal, qu´on ne jouait à une générosité internationale qui avait pratiquement cessé d´être.

Après le Cameroun, voilà Fillon en pèlerinage au Nigeria où il va même visiter la région pétrolifère du Delta qui faisait parler d´elle par ses rebelles armés et ses troubles sociaux issus notamment de la mauvaise redistribution des revenus du pétrole. Obama, lui, était attendu au Ghana au mois de juin. Ces excursions engendrées par la crise et ses impondérables seraient-elles capables de tisser envers et avec les africains de nouveaux liens économico politiques ouvrant sur un véritable partenariat positif ?

Personnellement, nous en doutons. Pourquoi ? Parce que dans le passé ces excursions n´avaient eu qu´un but : exhorter les exportations de biens finis de consommation ou d´armes en Afrique avec la saignée, comme on le sait, de l´accumulation sociale de tous les pays qui s´y sont laissés tromper. Au niveau des investissements dont l´Afrique avait un besoin urgent et abondant, on préféra plutôt aller investir en Chine, en Inde, au Bengladesh, en Corée, au Vietnam ou au Brésil au lieu d´investir en Afrique. Les investisseurs étrangers n´étaient pas les seuls responsables du manque d´attraction de l´Afrique : les gouvernements africains ne remplissaient que sporadiquement leurs devoirs de doter ce continent d´infrastructures de transport, de communication, de formation professionnelle…Non seulement le marche national commercial stagnait par son bas pouvoir d´achat, il était peu dynamique dans sa spécialisation, sa créativité et ses échanges. Qui vient donc investir dans un marché si peu infrastructuré où tout est aléatoire, lointain, lent, sinon à faire ?

Ce qui faisait l´échec actuel des rapports Occident-Afrique, ce n´est pas tellement le manque de bonne foi ; c´est plutôt qu´à force d´avoir prostitué les économies et la politique africaine par le passé, l´occident se trouve toujours en face d´élites du pouvoir plutôt opportunistes que nationalistes et fondamentalistes du développement. Les opportunistes jouent à la cosmétique et au tapageur inutiles et vite désuets, mais ils servent les intérêts commerciaux occidentaux en important massivement. Les nationalistes et fondamentalistes du développement, eux vont investir dans le long terme et veiller jalousement sur les facteurs fondamentaux déterminant un développement économique et culturel. Ces derniers, comme à l´indépendance qui vit l´assassinat de Patrice Lumumba, de Ruben Um Niobé et l´incarcération de Nelson Mandela pendant 28 ans, ne sont pas utiles aux intérêts immédiats occidentaux. Surtout en cette période accrue de crise. Celui qui croit le contraire est encore plus naïf qu´hier.

Ainsi, et comme hier, assisterions-nous à ces étreintes volages sans réelle substance culturelle que l´opportunisme occidental à vendre et placer ses intérêts au dessus de ceux de l´avenir des africains ? Cela rappelait à s´y méprendre à la visite au bordel pour prendre son pied. L´idée que la prostituée pouvait aimer, qu´elle était capable d´aspirer à la sécurité, à la famille, à une vie normale et rangée…choquait son client régulier et le révoltait. D´après lui cette femme n´était pas capable d´autre chose que de lui vendre sa chair quand et où il le voudrait. Et pourtant, cette prostituée était tout autant femme que n´importe quelle femme ! Et ses aspirations à une vie plus élaborée, plus responsable et moins primitive, elles étaient légitimes…Mais si elle fermait boutique, où donc le client irait-il satisfaire ses bas instincts sans avoir à faire l´effort de prendre en compte de respecter les besoins et les désirs de l´autre ?

Musengeshi Katata

„Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu“

 

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