Depuis qu´Obama est arrivé au pouvoir aux Etats-Unis, à ce qu´il semble, rien n´est plus comme avant. Pourquoi, à cause de la crise ou parce que ce Leader était afroaméricain ? Que vaut son discours politique en tant que tel ; lorsqu´il s´adresse aux africains, quelle crédibilité peut-on accorder à ce discours qui est, somme toute, emprunt d´intérêts américano occidental ?

 

Une âme sincère et affligée face au désastre économique africain ?

 

« Qui logera nos rêves aux paupières des étoiles ? » Léopold Sédar Senghor

Le monde entier semble choqué, que dire affligé face au débâcle économique, culturel, politique dans lequel nage le continent africain…les africains eux-mêmes quoique souffrant énormément des suites inhumaines de la pauvreté, des économies en déroute permanente, de la désorientation politique et culturelle ; ces africains semblent ne pas savoir s´en sortir eux-mêmes parce que notamment, comme Obama le dira dans son discours du 11.06.2009 devant le parlement du Ghana, trop de gouvernements, d´élites corrompus et incapables nuisaient au bon développement de ce continent.

Est-ce vraiment nouveau ce qu´Obama reprochait aux africains ? Quand il dit que « L´avenir de l´Afrique appartient aux africains eux-mêmes », est-ce nouveau ? N´est-ce pas le même discours que nous tenons en affirmant que l´Afrique devait sortir de sa médiocrité et se libérer de ses chaînes irrationnelles, mentales, traditionnelles désuètes et coloniales aliénantes pour reprendre la responsabilité de son avenir, protéger ses devoirs envers ses cultures et les brûlants rêves de ses enfants ? Apparemment l´Afrique, dans sa faiblesse de réalisme ou dans sa naïveté, n´arrive pas à se soustraire aux force négatives qui influent constamment sur son avenir ; on a beau en ce moment attirer l´attention des élites africaines sur leurs perversions et leurs illogismes criants à leurs propres intérêts…rien n´y fait. La crise actuelle, cependant, va accélérer la pauvreté en Afrique...cruellement.

On a l´impression que les africains, malgré leurs souffrances incroyables et malgré leurs nombreux diplômés et instruits, continuent à vouloir prolonger leurs déboires et leur pauvreté en se lançant, la tête basse, dans un tunnel assombri où on en sortait de l´autre côté encore plus pauvre et encore plus démuni qu´auparavant ! Le monde entier s´en étonnait…sauf les africains. Serait-ce possible que la race noire cultive impertinemment une telle cécité, un tel réalisme aliéné…face à sa soif de liberté et de bien-être, face aux rêves de ses propres enfants qui devaient quitter le pays pour se réaliser ailleurs ? Etait-il possible, dans ce cas, de parler de bonne gouvernance du pouvoir ; était-il possible dans ce cas de parler de conscience culturelle, économique, sociale de la part des élites africaine quand leurs propres femmes et enfants vivaient dans des conditions dénuées de tout humanisme contemporain ?

Si, tout en reconnaissant la part de responsabilité du colonialisme, Barack Obama a ajouté qu’il est toutefois « facile de rejeter la faute sur les autres », et que l’Occident n’est pas responsable, par exemple, de la destruction de l’économie zimbabwéenne depuis dix ans, ni des guerres où on enrôle les enfants dans les rangs des combattants…le président américain ait eu pleinement raison, on peut cependant lui retourner poste : la pression économique, politique, culturelle et commerciale que faisait l´occident sur l´Afrique depuis 600 ans était des plus criminelle et méprisante. Certes, il faut en sortir ; l´Afrique n´a pas d´autre choix. Mais accepter que l´occident continue à commettre ses méfaits envers la race noire, à la considérer comme son paillasson, sa poubelle ou son réservoir d´esclaves, de matières premières ; comme dépotoir de ses produits commerciaux subventionnés vendus en prix de dumping aux africains pour décapiter leurs faibles économies, ou une source d´intellectuels bons marchés aigris par le chômage chez eux…tout en refusant d´y investir ou de cesser, avec des aides coupables, d´étouffer sournoisement les efforts des industries agricoles et d´élevage des africains…Oui, oui, monsieur Obama…même la grande et riche Amérique n´était pas étrangère à ces ignominieuses pratiques. Loin de là. Ne fut-ce que financièrement l´Amérique et les anglophones avaient fait un préjudice soutenu et immense aux africains en détournant à leur compte et de tout l´occident, 60 % des épargnes du monde entier…pour jouer au casino des bourses truquées par des titrisations fantaisistes et malhonnêtes !

Oui, l´Afrique, malgré cela, devait en sortir…dans l´intérêt de ses cultures, de son avenir, des rêves de ses enfants. Hélas il est aussi vrai que cette Afrique ne formait pas actuellement des intellectuels assez érudits pour la mener sûrement vers l´autre bord de la rive. Pourquoi ? D´abord parce sortir de soi-même, sortir de ses propres défauts est difficile, tant on en est imprégné…d´autre part cela demande un travail de fond immense et résolu de conception, de pose de fondements logiques, rationnels, techniques, scientifiques…or, la culture de consommation et de suivisme polarisé que l´occident s´évertue à vouloir imposer partout dans le monde ; cette aliénation à la préséance culturelle, économique et technique occidentale rend les gens abrutis, instinctifs, corruptibles à loisir pour jouir de biens et du confort…importé ! La corruption est une perversion de mœurs et de caractère qui existe dans le monde entier, même aux Etats-Unis ; mais dans un système de valeurs sociales, économiques et intellectuelles mis continuellement à mal comme en Afrique ou confronté avec une stagnation persistante comme le sont les cultures africaines, cette corruption devient un moyen de croire qu´on peut vaincre les difficultés, se procurer ce qu´on n´est pas capable, par voie normale, de produire ou de réaliser.

Beaucoup de gens se demandent : pourquoi avoir choisi le Ghana ; parce qu´il est anglophile ? Pour ma part je crois que ce discours aurait pu être dit n´importe où en Afrique, ce qui n´aurait en rien ni diminué le contenu de ses propos, ni même son importance si tel est qu´il en ait. Personnellement je ne crois pas au hasard : le fait que Ghana soit le deuxième producteur d´or de l´Afrique, ainsi que les nouvelles gigantesques gisements de pétrole Off shore découvertes aux côtes ghanéennes…deux arguments économiques qui, dans la crise actuelle, sont bien imposants. Croire que le Ghana soit un model de démocratie politique…ce n´est pas nécessairement l´alternance politique d´un pays qui fait son excellence économique, industrielle ou créative, mais bien la richesse imaginaire de ses enfants. Or, tout le monde sait qu´il y a rarement un pays aussi déserté de ses intellectuels en Afrique comme le Ghana. Ils sont partout dans le monde sauf chez eux où ils doivent prouver ce dont ils sont réellement capables…peut-être Obama a-t-il voulu, en visitant ce pays, influer sur le cruel courant d´exode intellectuelle dont souffre particulièrement ce pays. Qui sait ?

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

 

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