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Du livre : Rébellions alimentaires ! Crises et soif de justice de Eric Holt Giménez et Raj Patel.

Ce livre est certainement intéressant à lire, quoique, à mon sens, la vérité ne se trouve bien ailleurs : notamment en ce que l´Afrique tarde à instruire et élever le niveau de connaissance et de pratique de ses paysans. Par ailleurs, sans produire ses propres tracteurs et développer la science agricole et celle de l´élevage en les mettant à la hauteur du niveau technique contemporain, parler de vaincre la faim sera une entreprise coûteuse qu´aucun des paysans africains sans capital, sans technique et connaissances appropriées ne saurait ni entreprendre, ni financer. Il ne resterait alors que l´actuelle solution déprimante : une boiteuse dualité qui opposait d´une part un usage traditionnel archaïque et insuffisant de la terre comme on le voit actuellement en Afrique et qui, tout en boitant et en peinant arrivait à peine à ne pas laisser son homme mourir de faim, mais restait insatisfaisant, en tout cas inutile de parler de développement ou d´industrialisation. Face à cette défaillante réalité se trouvait la puissante industrie agroalimentaire occidentale aujourd´hui pratiquement menacée de banqueroute latente par saturation et conséquences économiques qui cherchait, avec des moyens autant douteux qu´utilitariste, à s´emparer de l´agriculture africaine pour résoudre ses problèmes et imposer ses normes de profits avec des grains artificiels améliorés qui n´étaient rien d´autre que l´assujettissement aux banques et multinationales monopoliste de brevets des grains assurant leur hégémonie.

Au-delà de ce face à face bien connu par ses dessous dérangeant (autant le manque d´une part pour les africain que le grand défaut de domination et d´oppression des occidentaux face aux africains. On ne voit, en effet pas l´occident aller imposer ses dictats en Asie ! Un complexe ?), il a un problème évident et même crucial : celui du développement économique de l´Afrique. Et comme tout le monde le sait, ce développement chanté et prisé par bien d´africains, ne peut se faire…sans industrialisation d´une part, et de l´autre sans révolution et mise en valeur de l´agriculture et de l´élevage. Au fait, au lieu d´importer des modèles étrangers et des moyens que les paysans africains ne savaient ni comprendre, ni parfaire par eux-mêmes pour les adapter á leurs nécessités, il faudrait plutôt faire un travail fondamental de réalisation par soi-même, même si pour la transition on optait pour des solutions d´urgence. Et c´est là que commence tout le mal africain : le manque de conception et de conduite assidue du travail de fond parce que celui-ci nécessite d´une part des capitaux énormes pour l´instruction de haut niveau et des centres professionnels tout aussi élaborés techniquement. L´agriculture, ce n´est pas seulement le travail de la terre ; c´est aussi les silos de stockage, la réfrigération, les techniques d´irrigation, les normes de production et de surveillance de qualité…bref, tout une rationalité et un structuralisme de conception et de réalisation qu´on retrouve pratiquement partout dans toutes les branches ouvrant sur le fameux développement dont beaucoup parlent si souvent sans vouloir ni s´en donner les moyens, ni vraiment savoir de quoi il s´agit réellement. Par manque de réalisme imaginaire, de sens d´organisation et de réalisation pratique, tout simplement. En fait, un grand défaut africain qui vient du fait que la tradition industrielle ou rationnelle appliquée n´est pas encore bien vieille en Afrique…les gens se font encore trop d´illusions, ou prennent les choses trop á la légère.

Ce qui dérange, ce n´est pas tellement l´ignorance ou le manque de réalisme structuré et conséquent pour arriver à bonne fin ou résoudre valablement et efficacement les problèmes qui nous sont posés par notre propre développement ; tout cela peut s´apprendre. Ce qui choque, c´est qu´au lieu de faire diligence et de placer en bonne place les gens qui savent ce qu´il faut faire et principalement accentuer le développement rationnel pratique dans notre système d´éducation et de production, on se mettait, hélas à utiliser des solutions autant précaires que superficielles. Et même á jouer les connaisseurs quand bien même on ne comprenait rien à rien. Les résultats, aujourd´hui, on les voit : toute l´Afrique importait de plus en plus ses besoins alimentaires : exactement ce que l´occident avait toujours voulu et entretenu. Et si on veut changer cela, il n´y a pas d´autre chemin que celui du travail fondamental profond soutenu et assidu. Ou alors on se faisait bien d´illusion, même à coup d´ouvrages savants étayant un problème…devant lequel, par impuissance ou refus d´objectivité, on se ne voulait pas apporter une solution digne de ce nom !

J´ai eu, pendant mes études, à étudier l´agriculture allemande et sa performance : un monde merveilleux de gens spécialisés, conscients, empressés et autant créatifs que constamment à la hauteur des techniques modernes de production. Cela assurait un haut niveau de rendement et de qualité. Et pourtant, le premier tracteur venait…d´Union Soviétique. Et on n’oublie pas que le fromage, le salami que nous dégustons aujourd´hui, sont des trouvailles paysannes ayant servi à conserver soit le lait, soit la viande ! Les riches et industriels se sont accaparés de ces produits aujourd´hui et s´enrichissent au détriment des paysans…la pomme de terre, comme on le sait, venait du Pérou du 16ième siècle des conquistadores, ce qui n´empêcha pas la Belgique et la France d´avoir leur guerre des frites. Le caoutchouc venait aussi du Pérou, ainsi que la première application de bottes de pluie. Il ne faut surtout pas croire que le métier de paysan n´est pas innovateur, loin de là. Du domaine de l´agriculture dépend non seulement l´industrie alimentaire, mais aussi celles de la chimie, des fabrications de médicaments et donc de la santé, de lubrifiants supérieurs, de l´industrie du cuir et de l´habillement…etc, ce qui fait de cette branche la branche primordiale du développement industriel. Ainsi, ne pas lui donner la valeur et l´importance qui lui reviennent et des moyens adéquats pour son épanouissement ; c´est tout simplement ne rien connaître ni du problème de l´industrialisation, ni celui du développement.

C´est pourquoi je conclus que le problème du développement de l´agriculture en Afrique ou du développement tout court des pays de ce continent, est plutôt un problème mental et celui de la maturité rationnelle : les africains doivent cesser de tourner en rond et se donner enfin les structures et les moyens financiers leur permettant d´arriver à bon port. Il faut se débarrasser du défaut de croire que l´étranger ou quelques solutions miracles viendront leur épargner des efforts rationnels, techniques et pratiques qu´ils doivent commettre pour réaliser les conditions de leurs propres ambitions. Autant qu´il faut apprendre rapidement à se débarrasser de l´irrationalité traditionnelle d´hier. Le monde a changé, il faut apprendre à suivre…ou sinon on ne fait rien d´autre que rester à la traîne et s´inventer de beaux discours et de preux prétextes…pour ne pas entreprendre le travail fondamental prioritaire que requiert les ambitions saines, sincères et responsables ouvrant réellement sur le progrès, l´indépendance et la liberté économique.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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