A la réunion du FMI à Istanbul le dimanche 03.10.2009, Dominique Strauss-Kahn, l´actuel chef de la FMI, s´est mis derrière les revendications des pays africains, pourquoi ? Voulait-on rester sur la ligne française comme Sarkozy le dénonçait à l´ONU dernièrement que l´Afrique ne participa pas au Conseil de Sécurité ? Déclaration politique ayant l´arrière goût de vouloir, le cas échéant, placer un pays africain d´obédience francafricaine au Conseil de Sécurité ? Ou tout simplement, logique économique et politique cherchant, en reconnaissant des semblants de pouvoir aux africains, se relever de la culpabilité que la France avait envers ce continent pour lui en avoir fait voir des vertes et des pas mûres ? La France ne devait rien à l´Afrique, même pas pour l´esclavage ; mais ne dévorait-elle pas, comme ses congénères occidentaux, abusivement les matières des peuples africains tout en veillant à ce que les recettes de celles-ci reviennent en occident sous l´aspect d´achats militaires, de produits industriels de consommation…en ruinant ainsi volontairement tout espoir d´accumulation économique et ainsi de développement en Afrique ? Voulait aujourd´hui faire beaucoup de fumée et se retirer dans l´ombre…pour mieux piller discrètement l´Afrique ?    

 

Dans cette crise et ses retombées, les acteurs sont-ils sincères ou sont-ils malgré tout embusqués dans leurs défauts et mauvaises habitudes du passé ?

 

On se le demande bien, si les institutions qu´on crée reproduisent toujours les mêmes rapports de force et de dominance, les mêmes erreurs et les mêmes tendances qui ont été à la base de cette crise. Pour bien comprendre ce qui se passe actuellement, il faut nécessairement comprendre d´abord la crise. Cette crise a de multiples facettes, c´est même pour cela qu´elle est dangereuse pour l´occident parce que malgré son absolutisme économique, scientifique, technique et politique, cet occident ne sait plus générer la croissance et s´enfonce dans l´endettement. Ses paramètres démographiques sont déplorables et négatifs. De l´autre côté se trouvait La Chine, arrivant à grands pas vers son industrialisation, ainsi que l´Inde et le Brésil. Et derrière ces derniers venait l´Afrique qui souffrait cruellement, dans son désarroi économique et culturel, d´abandon témoignant d´un curieux et plutôt douteux désintérêt de la part des pays occidentaux. Apparemment l´Afrique a été boudée ou sciemment enfermée dans le rôle de perdant de l´économie mondiale auquel on refusait les investissements et le soutien économique intéressé qu´on devait à un partenaire estimé.

 

Que se passe-t-il, dans cette crise pour que l´occident en soit si secouée par des croissances négatives, par un écroulement du crédit et des finances bancaires, et par une Amérique jouant à la planche à billet en mettant tout le monde occidental en danger de noyade financière avec l´écroulement mondial du système économique tel que nous le connaissons aujourd´hui ? D´abord on met trop au centre des accusations les Banquiers de la Wall Street. Certes ils n´étaient pas étrangers au séisme qui a secoué les finances mondiales : leurs coupables titrisations abusives avaient couvert des hypothèques immobilières indues, pourries et escrocs. La loi du profit rapace et inconséquent ? Que dire donc du gouvernement Bush qui avait mis, avec des taux d´escompte préférentiels et intentionnellement politisés, entre les mains des banquiers des sommes d´argent en flot inondant pour qu´ils en fassent profiter au peuple américain de toutes les facilités possibles et imaginables mettant le consommateur américain dans un avantage illimité ? De ceci à cela, on fit donc une titrisation abondamment créative pour financer l´argent facile et le crédit bon marché qu´on offrit au peuple Américain. Et la formule : ce qui est bon pour les américains profitait à tous nos amis occidentaux et au monde entier devint la maxime qui justifia tous ces excès et les transporta joyeusement dans le monde. L´écrasement qui arriva avec l´écroulement de la Lehman Brothers, s´il était à la fois horrible et stupéfiant, n´en était pas moins logique et pratiquement inévitable un jour ou l´autre : l´Amérique vivait trop facilement de 75% des épargnes du monde entier sans pour autant investir dans des projets relevant le nombre de clients et d´économies en voies de développement. Et cette situation, pour être sincère, durait depuis 20 ans, ne l´oublions pas.

 

L´endettement public et privé américain avaient atteint des excès effrayant : l´Amérique, s´était résolument installée dans la luxure et l´excès de l´argent et du crédit bon marché, rejetant aux pauvres du monde le prix de tirer leurs plans ou mourir de faim. On essaya bien, par cupidité, de s´en sortir en investissant en Chine, au Vietnam, en Corée du Sud…hélas, ces pays se refusèrent à rester consommateurs et prirent aussitôt le chemin de la production qui revint concurrencer âprement les industries américaines et occidentales produisant plus chèrement. Ceci produisit un sensible recul des économies occidentales sur les marchés internationaux suivis d´un bouchon de leurs productions industrielles. Ceux-ci entraînèrent le renchérissement du crédit, l´accroissement de banqueroutes bancaires et commerciales ainsi que des endettements publics conséquents à la montée du chômage. On en était donc là, à la croissance zéro : l´occident incapable de vendre et progresser faute d´acheteurs et de l´autre côté une Chine qui avançait bien vite vers son industrialisation et risquait, avec les pays dits émergents, de contraindre inévitablement les industries des pays riches à se restreindre. Le courant semble irréversible, même si les occidentaux aujourd´hui encore rêvent de la reprise ; après tout, les erreurs qui ont été faites depuis 20 ans et plus en se refusant à financer le relèvement d´autres pays et générer ainsi plus de pouvoir d´achat dans le monde pour écouler leurs produits coûteux, ne sauraient être réparées en quelques années. Pour cela la productivité occidentale était trop puissante…et trop cupide, même dans son embarras.

 

Et l´Afrique, dans tout cela, que devient-elle ? Méprisée des décennies entières, réduite à un vulgaire réservoir de main d´œuvre, de matières premières ou de dépotoir de déchets ou d´excédents industriels, ce continent accusait aujourd´hui un état de développement quasi inexistant à part quelques pays tels que La Tunisie, l´Afrique du Sud, le Nigeria. Sinon le désastre mental, intellectuel et créatif était ahurissant tant il était désespéré par des niveaux de vie excluant toute accumulation pouvant entretenir une économie positive quelconque. A cela s´ajoutait la corruption et la gabegie administrative pratiquée par des despotes illuminés et incapables pillant les accumulations sociales des leurs et les recettes des matières premières pour les attribuer à leurs aises et leurs usages personnels. Et cependant, les africains ont compris, par exemple, avec l´Afrique du Sud seule représentante du continent africain au FMI, que celle-ci était un cheval de Troie occidental dans leurs rangs et qu´ils devaient se battre pour mieux représenter eux-mêmes leurs intérêts. A mon sens le problème du désavantage financier, comptable et monétaire que subissaient tous les pays africains ne se résoudrait pas seulement en siégeant au FMI, au Conseil de Sécurité ou en étant valablement représenté dans quelques organisations internationales. Le problème se trouvait plutôt dans les capacités d´accumulation des économies africaines et leur utilisation efficace pour l´avenir, la mise sur pied de leurs productions industrielles et la capacité de devenir attrayant pour attirer les investissements occidentaux sur leur continent. Et ceci suppose que les africains fassent un effort considérable d´instruction, de formation universitaire et technique de haut niveau ; qu´il rationalisent leurs sociétés et les débarrassent de traditions désuètes et primitives, qu´ils investissent dans des infrastructures autant intellectuelles et imaginaires que communicatives et matérielles pour relever leurs niveaux de vie et redonner confiance et créativité à l´africain de demain. Et hem, avec quel financement, tout cela ? Sûrement pas en important plutôt que de produire ou en gaspillant ses épargnes dans des projets futiles et ruineux.

 

En conclusion, même si DSK se met ostentatoirement aux côtés des africains, ceux-ci ne seront pas pour autant épargnés du dur et lourd devoir de se relever d´abord par eux-mêmes afin que les étrangers, attirés par le profit que représente cet effort, affluent à investir en Afrique. Le travail à faire est immense d´autant que la pression des exigences extérieures augmente au jour le jour avec la concurrence ardue sur la scène économique internationale et par l´arrivée de nouveaux producteurs. Actuellement on a plutôt l´impression que les africains croyaient encore qu´ils pourraient cahin-caha se développer á leur guise en produisant n´importe quoi ou en cultivant leur ignorance et leur manque d´émancipation. Ou encore qu´avec de hauts cris victimaires ils arriveraient à faire autant de bruit que cela rendrait l´effort et le génie créatif inutile… ! Ou qu´il s´agissait d´obliger l´occident et le monde entier à investir chez eux…sans tenir compte des dures lois du marché international ou des impératifs du profit tout court ! Cette naïveté est assez surprenantes et dénote plutôt de la part de ceux qui l´entretiennent, d´un flagrant manque de logique économique. Le capital, c´est comme l´être humain : il lui est interdit, dans l´intérêt supérieur de la société, de l´économie et de la responsabilité fondamentale de la propriété, de se détruire ! On comprend d´autant mieux la crise économique chronique africaine : on y détruit le capital au lieu de le respecter et le fructifier avec des projets lui ouvrant de plus larges horizons à son profit. La liberté, le bien-être ; il faut tout de même souffrir d´abord de les produire avant de vouloir jouir de leurs bienfaits ! Les africains devraient s´atteler à bâtir et fructifier leur liberté plutôt qu´à se défiler devant elle ou s´en cacher ; rien ne tombe du ciel, celui qui ne sème pas aujourd´hui, celui qui ne protège pas ses intérêts, qui n´épanouit pas talent des siens…celui-là ne récoltera sûrement pas demain. La pauvreté n´est pas toujours due au hasard…  

 

A mon sens nous allons assister, dès que toutes les économies occidentales auront compris et enregistré les véritables désagréments de cette crise et leurs significations profondes, à une guerre économique sans merci visant à se réserver les parts industrielles et commerciales du marché occidental et mondial. La pression chinoise, indienne, brésilienne et autre va aller croissant, cela va de soi. Ceci va appeler un protectionnisme nationaliste sans précédent entre pays occidentaux. Et bien de capacités et de secteurs industriels vont inévitablement disparaître dans certains pays entraînant ainsi un haut chômage ingrat lequel mettra à mal les finances publiques et l´équilibre économique et politique de ces pays. Je doute notamment que l´Amérique puisse conserver la production automobile aux Etats-Unis. Si la capacité de création de nouveaux produits et de nouveaux débouchés commerciaux n´augmentent pas rapidement dans les toutes prochaines années, l´occident aura beaucoup de problèmes à conserver son actuel mode de vie et son bien-être. Et cela, ça va créer bien de remous sociaux et remettre bien de valeurs occidentales en cause. Particulièrement aux Etats-Unis. Car les riches voudront rester riches, et les pauvres se refuseront au sort indésirable qu´on leur réserve.  

 

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

 

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