06 octobre 2009
Le G 20, l´Afrique, la crise économique et ses désagréments
A la réunion du FMI à Istanbul le dimanche 03.10.2009, Dominique Strauss-Kahn, l´actuel chef de la
FMI, s´est mis derrière les revendications des pays africains, pourquoi ? Voulait-on rester
sur la ligne française comme Sarkozy le dénonçait à l´ONU dernièrement que l´Afrique
ne participa pas au Conseil de Sécurité ? Déclaration politique ayant l´arrière
goût de vouloir, le cas échéant, placer un pays africain d´obédience
francafricaine au Conseil de Sécurité ? Ou tout simplement, logique économique
et politique cherchant, en reconnaissant des semblants de pouvoir aux africains,
se relever de la culpabilité que la France avait envers ce continent pour lui
en avoir fait voir des vertes et des pas mûres ? La France ne devait rien à
l´Afrique, même pas pour l´esclavage ; mais ne dévorait-elle pas, comme
ses congénères occidentaux, abusivement les matières des peuples africains tout
en veillant à ce que les recettes de celles-ci reviennent en occident sous l´aspect
d´achats militaires, de produits industriels de consommation…en ruinant ainsi
volontairement tout espoir d´accumulation économique et ainsi de développement
en Afrique ? Voulait aujourd´hui faire beaucoup de fumée et se retirer
dans l´ombre…pour mieux piller discrètement l´Afrique ?
Dans
cette crise et ses retombées, les acteurs sont-ils sincères ou sont-ils malgré tout embusqués
dans leurs défauts et mauvaises habitudes du passé ?
On se le demande bien, si les institutions qu´on crée reproduisent toujours
les mêmes rapports de force et de dominance, les mêmes erreurs et les mêmes
tendances qui ont été à la base de cette crise. Pour bien comprendre ce qui se
passe actuellement, il faut nécessairement comprendre d´abord la crise. Cette
crise a de multiples facettes, c´est même pour cela qu´elle est dangereuse pour
l´occident parce que malgré son absolutisme économique, scientifique, technique
et politique, cet occident ne sait plus générer la croissance et s´enfonce dans
l´endettement. Ses paramètres démographiques sont déplorables et négatifs. De l´autre
côté se trouvait La Chine, arrivant à grands pas vers son industrialisation,
ainsi que l´Inde et le Brésil. Et derrière ces derniers venait l´Afrique qui
souffrait cruellement, dans son désarroi économique et culturel, d´abandon témoignant
d´un curieux et plutôt douteux désintérêt de la part des pays occidentaux. Apparemment
l´Afrique a été boudée ou sciemment enfermée dans le rôle de perdant de l´économie
mondiale auquel on refusait les investissements et le soutien économique intéressé
qu´on devait à un partenaire estimé.
Que se passe-t-il, dans cette crise pour que l´occident en soit si secouée
par des croissances négatives, par un écroulement du crédit et des finances
bancaires, et par une Amérique jouant à la planche à billet en mettant tout le
monde occidental en danger de noyade financière avec l´écroulement mondial du
système économique tel que nous le connaissons aujourd´hui ? D´abord on
met trop au centre des accusations les Banquiers de la Wall Street. Certes ils n´étaient pas étrangers au séisme qui a
secoué les finances mondiales : leurs coupables titrisations abusives
avaient couvert des hypothèques immobilières indues, pourries et escrocs. La
loi du profit rapace et inconséquent ? Que dire donc du gouvernement Bush
qui avait mis, avec des taux d´escompte préférentiels et intentionnellement
politisés, entre les mains des banquiers des sommes d´argent en flot inondant
pour qu´ils en fassent profiter au peuple américain de toutes les facilités
possibles et imaginables mettant le consommateur américain dans un
avantage illimité ? De ceci à cela, on fit donc une titrisation abondamment créative
pour financer l´argent facile et le crédit bon marché qu´on offrit au peuple Américain.
Et la formule : ce qui est bon pour les américains profitait à tous nos
amis occidentaux et au monde entier devint la maxime qui justifia tous ces excès
et les transporta joyeusement dans le monde. L´écrasement qui arriva avec l´écroulement
de la Lehman Brothers, s´il était à
la fois horrible et stupéfiant, n´en était pas moins logique et pratiquement inévitable
un jour ou l´autre : l´Amérique vivait trop facilement de 75% des épargnes
du monde entier sans pour autant investir dans des projets relevant le nombre
de clients et d´économies en voies de développement. Et cette situation, pour être
sincère, durait depuis 20 ans, ne l´oublions pas.
L´endettement public et privé américain avaient atteint des excès effrayant :
l´Amérique, s´était résolument installée dans la luxure et l´excès de l´argent
et du crédit bon marché, rejetant aux pauvres du monde le prix de tirer leurs
plans ou mourir de faim. On essaya bien, par cupidité, de s´en sortir en
investissant en Chine, au Vietnam, en Corée du Sud…hélas, ces pays se refusèrent
à rester consommateurs et prirent aussitôt le chemin de la production qui
revint concurrencer âprement les industries américaines et occidentales
produisant plus chèrement. Ceci produisit un sensible recul des économies
occidentales sur les marchés internationaux suivis d´un bouchon de leurs
productions industrielles. Ceux-ci entraînèrent le renchérissement du crédit, l´accroissement
de banqueroutes bancaires et commerciales ainsi que des endettements publics
conséquents à la montée du chômage. On en était donc là, à la croissance zéro : l´occident
incapable de vendre et progresser faute d´acheteurs et de l´autre côté une
Chine qui avançait bien vite vers son industrialisation et risquait, avec les
pays dits émergents, de contraindre inévitablement les industries des pays
riches à se restreindre. Le courant semble irréversible, même si les
occidentaux aujourd´hui encore rêvent de la reprise ; après tout, les
erreurs qui ont été faites depuis 20 ans et plus en se refusant à financer le
relèvement d´autres pays et générer ainsi plus de pouvoir d´achat dans le monde
pour écouler leurs produits coûteux, ne sauraient être réparées en quelques années.
Pour cela la productivité occidentale était trop puissante…et trop cupide, même
dans son embarras.
Et l´Afrique, dans tout cela, que devient-elle ? Méprisée des décennies
entières, réduite à un vulgaire réservoir de main d´œuvre, de matières premières
ou de dépotoir de déchets ou d´excédents industriels, ce continent accusait
aujourd´hui un état de développement quasi inexistant à part quelques pays tels
que La Tunisie, l´Afrique du Sud, le Nigeria. Sinon le désastre mental,
intellectuel et créatif était ahurissant tant il était désespéré par des niveaux
de vie excluant toute accumulation pouvant entretenir une économie positive
quelconque. A cela s´ajoutait la corruption et la gabegie administrative
pratiquée par des despotes illuminés et incapables pillant les accumulations
sociales des leurs et les recettes des matières premières pour les attribuer à leurs
aises et leurs usages personnels. Et cependant, les africains ont compris, par
exemple, avec l´Afrique du Sud seule représentante du continent africain au
FMI, que celle-ci était un cheval de Troie occidental dans leurs rangs et qu´ils
devaient se battre pour mieux représenter eux-mêmes leurs intérêts. A mon sens
le problème du désavantage financier, comptable et monétaire que subissaient
tous les pays africains ne se résoudrait pas seulement en siégeant au FMI, au
Conseil de Sécurité ou en étant valablement représenté dans quelques
organisations internationales. Le problème se trouvait plutôt dans les capacités
d´accumulation des économies africaines et leur utilisation efficace pour l´avenir,
la mise sur pied de leurs productions industrielles et la capacité de devenir
attrayant pour attirer les investissements occidentaux sur leur continent. Et
ceci suppose que les africains fassent un effort considérable d´instruction, de
formation universitaire et technique de haut niveau ; qu´il rationalisent
leurs sociétés et les débarrassent de traditions désuètes et primitives, qu´ils
investissent dans des infrastructures autant intellectuelles et imaginaires que
communicatives et matérielles pour relever leurs niveaux de vie et redonner
confiance et créativité à l´africain de demain. Et hem, avec quel financement,
tout cela ? Sûrement pas en important plutôt que de produire ou en
gaspillant ses épargnes dans des projets futiles et ruineux.
En conclusion, même si DSK se met ostentatoirement aux côtés des africains,
ceux-ci ne seront pas pour autant épargnés du dur et lourd devoir de se relever
d´abord par eux-mêmes afin que les étrangers, attirés par le profit que représente
cet effort, affluent à investir en Afrique. Le travail à faire est immense d´autant
que la pression des exigences extérieures augmente au jour le jour avec la
concurrence ardue sur la scène économique internationale et par l´arrivée de
nouveaux producteurs. Actuellement on a plutôt l´impression que les africains
croyaient encore qu´ils pourraient cahin-caha se développer á leur guise en
produisant n´importe quoi ou en cultivant leur ignorance et leur manque d´émancipation.
Ou encore qu´avec de hauts cris victimaires ils arriveraient à faire autant de
bruit que cela rendrait l´effort et le génie créatif inutile… ! Ou qu´il s´agissait
d´obliger l´occident et le monde entier à investir chez eux…sans tenir compte
des dures lois du marché international ou des impératifs du profit tout court !
Cette naïveté est assez surprenantes et dénote plutôt de la part de ceux qui l´entretiennent,
d´un flagrant manque de logique économique. Le capital, c´est comme l´être
humain : il lui est interdit, dans l´intérêt supérieur de la société, de l´économie
et de la responsabilité fondamentale de la propriété, de se détruire ! On
comprend d´autant mieux la crise économique chronique africaine : on y détruit
le capital au lieu de le respecter et le fructifier avec des projets lui ouvrant
de plus larges horizons à son profit. La liberté, le bien-être ; il faut
tout de même souffrir d´abord de les produire avant de vouloir jouir de leurs
bienfaits ! Les africains devraient s´atteler à bâtir et fructifier leur
liberté plutôt qu´à se défiler devant elle ou s´en cacher ; rien ne tombe du
ciel, celui qui ne sème pas aujourd´hui, celui qui ne protège pas ses intérêts,
qui n´épanouit pas talent des siens…celui-là ne récoltera sûrement pas demain. La
pauvreté n´est pas toujours due au hasard…
A mon sens nous allons assister, dès que toutes les économies occidentales
auront compris et enregistré les véritables désagréments de cette crise et leurs
significations profondes, à une guerre économique sans merci visant à se réserver
les parts industrielles et commerciales du marché occidental et mondial. La
pression chinoise, indienne, brésilienne et autre va aller croissant, cela va
de soi. Ceci va appeler un protectionnisme nationaliste sans précédent entre
pays occidentaux. Et bien de capacités et de secteurs industriels vont inévitablement
disparaître dans certains pays entraînant ainsi un haut chômage ingrat lequel
mettra à mal les finances publiques et l´équilibre économique et politique de
ces pays. Je doute notamment que l´Amérique puisse conserver la production
automobile aux Etats-Unis. Si la capacité de création de nouveaux produits et
de nouveaux débouchés commerciaux n´augmentent pas rapidement dans les toutes prochaines
années, l´occident aura beaucoup de problèmes à conserver son actuel mode de
vie et son bien-être. Et cela, ça va créer bien de remous sociaux et remettre
bien de valeurs occidentales en cause. Particulièrement aux Etats-Unis. Car les
riches voudront rester riches, et les pauvres se refuseront au sort indésirable
qu´on leur réserve.
Musengeshi Katata
« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »
Forum Réalisance
La vérité sur le Rwanda de Kagame
L´occident, l´Afrique et le monde savent-ils, lorsqu´ils se trouvent en
face de la politique de Kagame à qui ils ont affaire ? Ou serait-on
entrain de tolérer un nouveau cancer africain pour en cacher un autre qu´on n´a
pas pu soigner dans le passé ? Le professeur Yash Pal Ghai nous dit ce qu´il pense du Rwanda de Kagame.
Prof.
Yash Pal Ghai: Ce qu'on ne vous dit pas sur le Rwanda (05.10.09)
Le Rwanda jouit d'une bonne réputation au niveau international et son
président Paul Kagame est régulièrement saluée par la Banque mondiale, les
États-Unis et les administrations du Royaume-Uni pour son intégrité, les
efforts de réconciliation et les politiques économiques. J'ai été fort
impressionné par ses conseils aux Kenyans, lors du National Prayer Breakfast en Mai dernier, de suivre l'exemple de
l’engagement de son gouvernement envers la diversité ethnique, la mise en place
d’un consensus de bien commun, des valeurs nationales, et l'inclusion de toutes
les opinions politiques dans la vie nationale et le développement.
Lorsque j'ai visité le Rwanda à la demande de la Commonwealth Human Rights Initiative pour faire un
rapport sur l'état des droits de l'homme et la démocratie au Rwanda (en
relation avec la demande du Rwanda de rejoindre le Commonwealth) mes premières
impressions, en dépit de certains rapports critiques que j'avais lu, étaient
favorables: Le traitement très efficace et courtois envers les passagers à
l'arrivée, une ville (de Kigali) sûre, propre et bien organisée ainsi que des
fonctionnaires brillantes et suaves.
Cependant, j'ai rapidement commencé à me méfier lorsque chaque personne (en
dehors des fonctionnaires) que j'ai interviewées, diplomates, journalistes,
professionnels, collectivités locales et de responsables internationaux de la
société civile, refusait de me parler, sauf sous conditions d’anonymat.
Quand j'ai lu la constitution, je n'ai trouvé aucune mention de groupes
ethniques ou religieux, et suis même tombé sur une législation interdisant les
discussions sur l'ethnicité (pourtant d’énormes affiches gouvernementales
rappellent aux gens le génocide "contre les Tutsis", alors que
beaucoup de Hutus ont également été massacrés). Ceux qui disent, même
implicitement, que Kagame et son Front patriotique Rwandais (FPR) ont tués les
Hutus inutilement sont lourdement pénalisés, tout comme le sont ceux qui osent
remettre en question la version officielle du génocide. Tout cela « colle »
difficilement avec le plaidoyer de Kagame pour la réconciliation, l'inclusion
ou la confrontation avec le passé.
Les Exilés Hutus
Suite à la lecture de nombreux rapports du Conseil de sécurité des Nations
unies, du HCR ou des ONG internationales, des mémoires de certains hommes
politiques rwandais clés et du commandant des forces de l'ONU Roméo Dallaire,
ainsi que de la littérature érudite, j'ai appris que, même si bien sûr les
Tutsi, avait beaucoup souffert de la main des Hutus, le FPR a également tué des
milliers de Hutus, et conduit certains à l'exil (et puis les a poursuivis dans
leur pays d'exil). Les nouveaux arrivants Tutsis se sont appropriés les terres
appartenant à des Hutus. Et lorsqu’il l’a estimé utile et nécessaire, le FPR a
permis le massacre des Tutsis. Dallaire écrit que « tout ces morts peuvent également être imputés à Kagame, le génie
militaire qui n'a pas accéléré sa campagne (militaire) lorsque l'ampleur du
génocide devenait évidente et qui a même ouvertement parlé avec moi, à
plusieurs reprises, du prix que ses compatriotes tutsis pourraient avoir à
payer pour la cause ». C’est ce même Kagame qui a refusé la proposition de
cessez-le-feu du général Dallaire pour faire cesser le massacre, parce qu'elle
ne convenait pas au grand projet hégémoniste tutsi de Kagame. Le président
rwandais a aussi été cité comme critiquant les gens qui voient la guerre en
termes de droits de l'homme. Il a dit que certains conflits sont bons, « une sorte de purification» qui «éclate
afin de permettre une véritable transformation (de la société)".
Le régime de Kagamé est basé sur des structures de pouvoir qui fonctionnent
parfois en parallèle, et qui court-circuitent parfois, le gouvernement formel,
et dans lequel l'armée joue un rôle central. Les recettes de l’état rwandais
(qui financent non seulement les institutions publiques mais aussi les élites)
dépendent énormément du pillage des ressources minérales de la République
Démocratique du Congo.
Mode d'extraction
Le régime de Kagame est le principal responsable de l’instabilité politique
et économique dans la région des grands lacs (y compris le renversement du
gouvernement congolais), qui leur est bien utile à son mode d’extraction des
richesses du Congo ainsi qu’au maintien de sa suprématie régionale.
Le régime de Kagamé a mis en place, un réseau régional complexe de transactions
économiques illégales, de fraude aux sanctions de l'ONU, d'armement de milices
et d’entreprises financières criminelles qui a considérablement appauvri la
région. Tout cela sans compter le mépris et les violations continuelles de
l’intégrité territoriale des pays voisins et ainsi que de leurs systèmes
fiscaux.
Le FPR a fait usage d’une violence extrême, tant au niveau national
qu’international. Il a massacré plusieurs centaines de milliers de Hutus, de
citoyens et autres, et est responsable de la mort de plus encore à travers le
déplacement, la malnutrition et la faim. Il a refusé à des centaines de
milliers d'enfants l'opportunité de l'éducation, et privé à plusieurs millions
de personne d’une vie familiale et communautaire. Le FPR a enrôlé des enfants
soldats. L'ONU a documenté abondamment ces pratiques et a, à plusieurs
reprises, critiqué le Rwanda pour son comportement irresponsable en RDC.
Derrière la gentillesse des dirigeants du FPR, la propreté de Kigali, et la
lueur de ses buildings à l’américaine, j'ai trouvé un pays profondément
fragmentée, opérant sous l'hégémonie d'une petite élite politique tutsi, qui
dirige par l'oppression et la peur.
Un régime de communicants
J'ai découvert que ces dirigeants sont extraordinairement efficaces en relations
publiques, en particulier vis-à-vis de l'Occident, pour tirer le maximum du
sentiment de culpabilité de l'Occident pour n’avoir rien fait pour empêcher le
terrible génocide de 1994, visant en grande partie mais pas exclusivement les
Tutsis.
Traduit de l’anglais par Arthur Ngenzi / Save Rwanda
Source : The Standard of Kenya
Forum Réalisance