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La culture s´étiole sans idéal de perfectionnement sensible, sans épanouissement et développement économique, social et individuel

 

Non, chère Katreen, je n´ai pas oublié ta question CULTURELLE; ce qu´on entend par-là...même si je suis surpris qu´une belge ou une occidentale soit en mesure de rappeler à un africain congolais de faire cas de la question culturelle ! Mais bon, cette question, elle existe bien et cela est même urgent en Afrique de s´y tourner résolument. Seulement, comment s´approprie-t-on la Culture avec "C" majuscule, si on n´a pas appris à critiquer et éviter les erreurs du passé ? L´histoire ne se fait pas seulement à coups de grandes idées; elle se fait aussi par l´accumulation et le matérialisme dialectique de l´expérience sensible intellectuelle et pratique. Ce travail, hélas, est bien négligé en Afrique...tous ceux qui croient qu´il suffit de faire comme les occidentaux, de monter quelques unités de production par-ci, par-là ou de construire des routes et des grands échangeurs pour se croire développé se trompent bien. Le développement est certes actif et créatif, mais il est aussi un état d´esprit aimant l´intelligence, la science, la créativité et le modernisme que nous procurent la technique et l´amélioration de nos moyens et instruments de réalisation.

A propos de projets, d´études et de prévisions...j´ai été invité en consultation à Kinshasa lors de la prise du pouvoir de Laurent Kabila; outre que j´ai été choqué par certaines flagrantes contradictions, j´ai été scandalisé par la destruction publique et frondeuse de toutes les études urbaines, industrielles et sociales faites sous Mobutu. On prétendit à l´époque qu´on ferait mieux...tout le monde acclame encore aujourd´hui Kabila et le considère comme un patriote; moi pour ma part je le considère comme un illuminé inculte et borné. On ne détruit pas la pensée intellectuelle de tant de critiques sociaux, le travail de tant de hauts professeurs congolais d´universités...en fin de compte pour conduire le pays comme on le voit aujourd´hui à une désorientation cruelle et scandaleuse. Si les congolais sont aujourd´hui surpris que rien ne tourne rond, moi pas; j´ai vu venir le train fou qui entrait dans la ville.

Je suis souvent long, c´est vrai; mes amis disent que j´aime punir les ignorants et les gens superficiels qui ne voient pas les choses dans une plus large ampleur. je leur répond toujours que je suis né libre, pas esclave de qui que ce soit parce qu´il était interdit lors de l´esclavage d´apprendre à un noir à lire et à écrire...La culture, je ne la définirait pas comme étant "ce qui reste quand on a tout oublié" comme le faisait bêtement à mon sens en France l´écrivain Emile Henriot (1889-1961). Ce n´est pas quand on a perdu sa mémoire ou qu´on a oublié toutes ses bonnes manières apprises par l´éducation qu´on est enfin cultivé ! Ce qu´on a fait avaler à des générations d´innocents lecteurs de France et d´ailleurs ! Je dirai simplement que nous devons faire, dans le monde entier, et particulièrement en Afrique à cause de son retard industriel et économique, l´effort d´acquérir un meilleur apprentissage et exercice de la Culture comme lieu de définition sociale, économique, d´identité culturelle et de réalisation individuelle. Il y a beaucoup à faire en Afrique sur ce point de vue et l´économie - et c´est dire ici l´usage approprié des moyens financiers, créatifs, intellectuels et imaginaires d´une société - y joue un rôle des plus prépondérant. Produire pour produire cela ne mène nulle part si une organisation et un marché organisé ne rendent pas à ceux qui produisent les moyens financiers dont ils ont besoin pour répondre à leurs frais et s´améliorer. Le niveau moyen de revenu intervient aussi dans l´évolution ou l´avenir des affaires, ne l´oublions pas.

Au delà de tout cela, et c´est par-là que je juge tous ceux qui commentent ou s´expriment sur le Net, je place l´avènement en Afrique et au Congo d´un idéal social d´excellence au dessus de tout. L´Afrique ne connaît pas cela, il faut bien le dire: des fabriquant de chaussures, de meubles, des couturiers ou des travailleurs de métaux cherchant la perfection dans leurs métier. A mon sens nous avons non seulement un manque criant de normes de perfectionnement, il nous manque aussi un sens de perfection dans la gestion et l´organisation de la chose publique. Même l´éducation en Afrique est sans éclat et sans ambition particulière...pour vous en tant que belge cela ne vous frappe pas étonnant, vous avez hérité des efforts écrits et éprouvés de votre histoire en mathématique, en histoire, en sciences politiques, etc. Certains africains, par contre ne savent même pas ce que signifie réellement pour eux la découverte des pyramides, la colonisation ou les "Bâtons d´Ishango". D´autres on crû qu´il s´agissait tout simplement d´acquérir un diplôme occidental pour être arrivé sans plus. Certains se sont réfugiés, pour un diplôme d´intégration sanctionnant leur refus de la misère, de la médiocrité et de la pauvreté chez eux, l´intégration en occident développé et organisé. Qui peut le leur en vouloir ? Oui, la Culture, chère Katreen Benoît, est faite surtout de mémoire et critique du passé, de production et d´exercice responsable et conséquent de la liberté, individuellement, socialement. Et ce qui distingue l´homme de culture, c´est exactement l´art et le talent qu´il met à jour pour défendre ses droits à la réalisation sensible, accomplir ses devoirs envers lui-même et sa société, créer et célébrer l´existence comme un bien précieux et cher respectueux autant des droits des autres que de leurs libertés à s´épanouir. Pour moi c´est cela, la liberté ou la culture.

PS: j´espère que je ne vous ai pas trop puni à me lire, oui, je sais, parfois je suis un grand tyran...

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

 

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