Commentaire à l´article de Tidiane Kassé sur Pambazuka News : Accès à l´information publique : une nouvelle urgence pour l´Afrique http://www.pambazuka.org/fr/category/features/63566

 

Un travail de fond aux multiples facettes

 

Ah, cher Tidiane Kassé, s´il ne tenait qu´à votre article, tout serait si facile ! Mais voilà: tout cela ressemble à s´y méprendre à un plan quinquennal de pays communiste ou alors on a l´impression que l´Afrique serait un laboratoire où toutes les expériences insolites seraient autorisées ! Le communisme, comme vous le savez, a brillamment échoué par rapport à un développement libre et moins idéologiste. En Afrique nous avons déjà fait l´expérience que ce genre d´activisme organisé d´autorité n´aboutissait qu´à créer des zombies sans volonté, sans orientation définie et sans le réel désir de connaître la vérité et les dessous des cartes pour mieux agir ou réagir. Car cela c´est cela à mon sens le coeur de l´information: son intérêt pour la création et la promotion de la liberté comme lieu averti et conscient de légitime réalisation.

Où est l´intérêt de l´information chez les africains s´ils ne lisent pas ? Oui, où est donc cet intérêt si castrés par la colonisation qui leur a laissé un complexe d´infériorité ils furent repris par leurs élites qui les abreuvèrent de fausses informations si ce n´était pas une scolarisation de mauvaise qualité qui ne leur a pas inculqué les avantages indiscutables de la connaissance et du savoir ? Si l´information ne se vend pas, c´est à dire aussi qu´elle ne trouve ou n´éveille aucun intérêt parce qu´on ne peut pas ou on ne sait pas en profiter...comment diable éveiller un désir qui ne connaît ni le charme de sa jouissance, ni l´attrait de son objet ? Des projets pilotes, des plans et séminaires de formation à l´information ?

Allons, allons, on se croirait dans un kolkhoze ou aux travaux forcés ! Je comprends très bien le souci de l´information en Afrique et il est plus qu´incessible à l´avenir de notre continent. Mais sans produire des livres intéressants, sans initier en bas âge les enfants à la lecture...tout ce qu´on fait plus tard est peine perdue. Les mères et l´écoles doivent y apporter du leur, or les mères sont la plupart du temps analphabètes et l´école privée de livres et de bibliothèques fournies. Prendre les choses aujourd´hui en commandement militaire ne résout rien du tout, il faut commencer par le bas et c´est dire publier et divulguer les auteurs africains ainsi que la discussion littéraire comme lieu d´échange d´idées, d´exercice critique et de foisonnement imaginaire.

Voyez-vous, ce n´est absolument pas l´information en soi qui est importante, en vérité c´est l´imaginaire spéculatif et objectif qui est le miel réel de l´information parce que c´est un instrument créatif, sélectif, critique, flexible, fructueux et efficace à se saisir de rapports, de sens, de liens et causalités pour les employer à procréer quelque chose d´utile et de nécessaire. C´est une précieuse qualité en société, mais autant est-elle précieuse, autant elle est difficile à générer sans le plaisir réel de chaque individu concerné à s´en approprier pour en faire un instrument et un moyen de réalisation imaginaire et ou réel.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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