Ce sommet de 2010 s´est terminé le 1er Juin, comme le voulait Sarkozy, avec une pompeuse déclaration finale portée par l´enthousiaste président sud africain Jacob Zuma ; pour la première fois la France avait cru nécessaire d´associer les entrepreneurs des 38 pays africains invités à ce sommet. Quels sont les progrès qui y ont été faits, de quoi s´agissait-il, au fait ? Plus important : la France était-elle parvenue, en voulant jouer les amis influents de l´Afrique et ainsi augmenter son poids en Europe aujourd´hui mise à mal par la crise économique, financière et monétaire face à l´Allemagne, à quitter son passé colonial et néolibéral face aux légitimes intérêts économiques, sociaux, culturels africains de développement ? Plus encore : l´Afrique était-elle enfin parvenue à soigner ses complexes, à s´émanciper de ses erreurs et de ses faiblesses pour mieux s´engager dans un processus affirmé et responsable de réel développement ?

 

Ou se trouvait-on, comme par le passé, devant une monstrueuse crise qui n´avait que pire encore agrandi le large fossé de contraintes qui séparait les uns des autres ?

 

On se le demande. Que cette fois les entrepreneurs soient invités à participer au sommet était nouveau, certes, mais de l´autre côté les attendaient les entrepreneurs français qui, aculés par la crise par la Chine et par les allemands sur la scène économique mondiale et même chez eux, étaient inquiets et désireux de regagner leur terrain perdu…sur une scène moins close et gardée en Afrique ? Or, à part quelques pays tels que l´Afrique du Sud où Alsthom avait vendu une usine énergétique nucléaire (choix d´achat que je considère encore aujourd´hui personnellement comme une erreur grossière parce qu´on aurait pu dépenser ces 1,6 milliards € à développer sur place l´énergie solaire, celle des courants marins, l´énergie des déchets biochimiques ou agrochimique, ce qui aurait non seulement créé l´emploi mais aussi ouvert les portes à une diversification salutaire en Afrique à plus d´un point), tous les pays africains, suite à une sournoise politique occidentale d´exportation dévorante de leurs accumulations, étaient saignés à blancs ! Ainsi donc mise à mal par la concurrence en Europe et dans le monde, durement frappée par le chômage, l´accroissement exubérant de son endettement publique, croulant sur un système social déficitaire et pratiquement impossible sans endettement continu à supporter, la France chercherait-elle, comme par le passé, à retrouver un nouveau souffle économique…en pillant de nouveau les africains avec des promesses et coups économiques de cochon qui dévoreraient, comme hier, les maigres efforts des pauvres africains ?

 

Faut-il voir les choses irrémédiablement de cette façon, ou la France avait enfin compris qu´il fallait changer de stratégie économique et politique envers un continent dont elle découvrait aujourd´hui qu´il représentait bien plus qu´une prostituée dont on vola à loisir les enfants, dont on détruisit les cultures et les repères socioculturels pendant la colonisation et dont on dota, avec la francafrique, de dictateurs criminels et incapables lesquels mirent ce continent dans la déroute économique pour enrichir l´occident tout en privant, de génération en génération, leurs propres peuples africains d´accumulations, de moyens et instruments valables de développement ? Oui, la France avait-elle aujourd´hui changé de politique économique envers l´Afrique…parce qu´elle avait le dos au pied du mur ? En quoi pouvait-on le voir, ce soudain changement ? Quand on parle de développement et surtout face á des entrepreneurs, on parle projets, investissements, faisabilité et mise en fonction de moyens et de facteurs de productions. Combien d´investissements la France voulait-elle enfin entreprendre en Afrique ? Sur ce point on parlait beaucoup, on invitait, on faisait beaucoup fumée, mais hélas sans sortir de ses mensonges ou de ses promesses oiseuses ; les chinois, par contre, investissaient en Afrique plus largement que la France ou même tout l´occident ! Alors quoi, cet engagement franco-africain dont on aimait si pompeusement initier les sommets et chanter les louanges verbales, quand sortirait-il enfin de son passé pour se concrétiser dans l´avenir ? Ou s´agissait-il, comme parle passé d´attrape-nigaud asservi de tapis rouge et de déclarations publiques aussi vides que trompeuses pour gagner du temps et faire comme tout en restant le loup réputé dans la prairie ?

 

Du côté africain ce n´est pas mieux. Pour certaines élites africaines c´est pire que de la fausseté : elles assassinaient leurs peuples littéralement en dépensant leurs maigres accumulations avec une rage tout…irresponsable et pour le moins criminelle. Pas d´instruction soutenue et généralisée de grande envergure pour émanciper et rationaliser la population et ainsi la préparer aux nombreuses et complexes professions du progrès. Par-ci, par-là quelques éclats vite engloutis dans le temps, mais dans l´ensemble ni l´agriculture, ni l´élevage, encore moins la mécanique et les techniques de réalisme technologique ou d´applications scientifiques n´étaient encouragées et soutenues. Et si c´était le cas les universitaires, hauts techniciens et ingénieurs chèrement formés avec les derniers deniers du peuple ne trouvaient pas d´emploi et devaient immigrer quid en Afrique du Sud, en France, en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis pour pratiquer leurs métiers et vivre de leurs revenus. A ce demander : pourquoi le peuple payait-il ces études s´il n´en profitait pas ? Est-ce logique ? Qui donc ferait le développement en Afrique si ses enfants ne trouvaient ni emploi, ni financement pour leur permettre de s´installer et produire ? Ah oui…cet imposant courant occidental subventionné et couvert de corruption imposant l´importation aux pays sous développés…la Grèce en avait été, sur le terrain européen, l´exemple fatidique : la douloureuse banqueroute sous les ponts européens faussement innocents. Mais oui, les exportations sont devenues les armes silencieuses de l´économie et du commerce ; il n´y a que les naïfs dangereux ou les incurables sournois pour ne pas le voir. Haïti était pourtant, en 206 ans d´indépendance, l´exemple flagrant qu´une élite abâtardie, sans talent et sans réelle notion de l´économie et du long terme, conduisait bien son pays à la banqueroute tout en prétendant être, ô insolence, le pays symbolique de la liberté de la race noire ! A ce compte-là la liberté de la race noire ne signifiait que vivre de patates, cultiver des ignames et des arachides…et bien sûr importer les hauts produits industriels fabriqués par le maître occidental. Mais, peut-on au 21ième siècle vivre uniquement de l´agriculture primaire et de l´élevage bâclé, exporter volontairement ses universitaires, ses médecins et ses ingénieurs à défaut de leur créer des emplois à domicile ? Qu´est-ce que c´est que la liberté, que diable ; produire par soi-même pour satisfaire au mieux tous ses besoins, être réellement indépendant…ou pas ?

 

Voilà donc le face à face devant lequel se trouvaient, qu´on le veuille ou non, la France et l´Afrique. Les uns devaient cesser de considérer l´Afrique comme leur chasse gardée où leurs intérêts canardaient à loisir ceux de leurs prétendus alliés ou partenaires africains. Les africains de leur part, et ceci s´adresse, aux populations votantes qu´aux élites politiques ou économiques, à s´émanciper de leurs retards d´organisation et de rationalisation socioéconomique pour, en mettant leurs facteurs de développement au vert, faire un apprentissage positif de la production et de la réalisation économique et financière leur ouvrant les portes ardues du développement. Ce n´est qu´ainsi que l´Afrique deviendra économiquement forte, prospère et pourra aussi soutenir les exigences d´un partenariat réel et fructueux  avec l´occident ou tout autre pays étranger développé. Il y a, à mon sens, trop de bonne foi mal employé dans les rapports franco africains car apparemment les deux parties sont encore enfermés dans leurs passés respectifs ou n´en sortent que pour se doter de masques trompeurs qui ne cachent que les diables répudiés d´hier. A ce compte-là on n´avançait pas beaucoup ou trop lentement. Et cette crise, hélas, n´avait ni arrangé les choses, ni ouvert les yeux aux aveugles. Il y a certes moyen de mieux concevoir les relations franco-africaines, mais chacun doit apprendre à quitter ses faux retranchements et changer au mieux…dans l´intérêt respectif des droits légitimes au développement des autres.  

 

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

 

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