En Réponse à Patricia Siewe, à Ba N Gaary, à Guy-Laroche

 

Seul un changement réfléchi et conséquent peut sortir l´Afrique de sa stagnation actuelle

 

« Qui logera nos rêves aux paupières des étoiles ? » Senghor

 

Merci pour ton judicieux commentaire, @ Patricia Siewe, c´est ainsi que je vois les choses aussi. Je considère personnellement que cela m´a été d´un avantage certain d´avoir fait mes études en Allemagne, d´avoir assisté à l´écroulement du Pacte de Varsovie et de la réunification allemande, car tous ces évènements ont été lourds d´expériences. Ce n´est pas seulement le fait de travailler dans l´industrie la plus performante d´Europe qui est important ou même d´y avoir été formé; c´est aussi l´expérience de ce que la créativité, la discipline et l´organisation alliés à la volonté de vivre mieux, sont capables de mettre sur pied. Nous ferions bien, en Afrique, de ne pas nous faire d´illusions gratuites...il faut des efforts et des efforts incroyables et continus pour que nous sortions de la dépendance ou de la pauvreté dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Encore une fois, beaucoup d´africains n´ont aucune notion de ce que peut être le développement...et ce qu´il coûte en intelligence, en ténacité, en efforts créatifs, innovateurs et en capitaux ! Or, avec le constant développement des autres pays étrangers à nous et à nos cultures, la pression intellectuelle, industrielle et même innovatrice augmente de jour en jour sur nous par les matières premières, la pollution ou la concurrence commerciale et économique mondiale. En Afrique, cependant, on ne semble pas prendre conscience de cela ; on parle, on parle mais à la fin, c´est hélas la même chanson: beaucoup d´optimisme, peu de résultats. Alors on se met à chanter de son génie, de son éclat passé...moi je suis réservé parce que je sais que seuls les résultats comptent dans l´histoire, pas les tam-tams ou les illuminations de quelques visionnaires bon marchés. Celui qui a des visions en politique, disait Helmut Schmidt, doit vite aller chez le psychiatre. J´ajoute à cela tout ceux qui confondent le brouhaha de musiciens accordant leurs instruments…du concert lui-même. La politique est un art bien exigeant et difficile à exercer, étonnamment ce sont souvent les idiots qui s´y précipitent á coup de violence et de coudes pour y cacher leurs insuffisances intellectuelles ou leur manque d´ouverture d´esprit.

 

Guy-Laroche, je dois dire que tu me surprends en ce sens que tu ne parles pas d´éducation, d´émancipation culturelle, d´amélioration des universités et normes de formation professionnelles, d´agriculture, d´élevage, de petites et moyennes entreprises...mais tu vas tout droit à la violence. Peut-être la souhaites-tu ? Jamais une violence quelconque ne s´est imposée positivement dans l´histoire; jamais elle n´a créé automobile, machine ou outils et instruments de production. Je pensais que les africains si brillants et intelligents l´auraient déjà compris ? Fidel Castro avait fait la violence...où est donc son pays aujourd´hui ? Pauvre et en banqueroute technologique, industrielle, économique. Le Pacte de Varsovie voulait imposer au monde sa dictature communiste, ne s´est-il pas disloqué en 1989 ? Le capitalisme néolibéral qui croyait nous transformer tous en cobayes de son hégémonie, n´est-il pas aujourd´hui en crise et en passe de s´écrouler corps et bien face aux pays émergents chinois, indiens et brésiliens ? Je sais, Guy, beaucoup d´africains rêvent de révolution et de violences pour changer les choses et se débarrasser autant de cet Apparatchik autocrate incapable au pouvoir actuellement dans bien de pays africains que de se laver de l´odeur pénétrante de la pauvreté et de l´incapacité qui poursuivent pratiquement toute la race noire. Enfin nous montrerions au monde que nous ne sommes pas ce qu´ils pensent et que nous voulons, en fait, bien autre chose que ce qu´on nous offre actuellement. Mais tout cela peut s´acquérir sans violence mais avec l´intelligence dont les africains se vantent toujours d´en avoir à revendre, une meilleure organisation sociale, un meilleur usage de compétences et promotion des capacités individuelles. Il ne faut pas renverser la logique et l´évidence de l´histoire humaine en prétendant que la violence produit le progrès, la technique, la meilleure médecine ou les instruments et financements accrus dont on a besoin pour financer l´avenir !

 

On peut faire le procès des intellectuels cannibales et aliénés qui nous tuent les nôtres en assistant la francafrique et les dictateurs incapables tout à fait légalement en changeant la direction de la gestion de la chose publique et des valeurs sociales dans le sens positif. On ne doit pas tuer et détruire pour cela; après tout, nous avons besoin de toutes les forces vives de la Nation ! Il suffit seulement de redynamiser ces forces et les rendre plus loyales et effective face aux intérêts légitimes du peuple et de la Nation. Mais si on fait violence et qu´on se met à construire des villes sans canalisations, à entretenir des écoles et des universités sans qualités et ambition, si on ne forme pas de techniciens, d´ingénieurs valables et si on continue, parce qu´on n´a jamais su ce que c´est que le développement social, à commettre les mêmes erreurs qu´hier et rouler en voitures étrangères et consommer étranger...on reviendra comme l´histoire nous l´a si bien appris, à la case départ. Avec une nouvelle qualité: on serait encore plus pauvre qu´avant. Et ce n´est pas faire comme Fidel Castro aujourd´hui qui, comme un Muezzin islamique invectivant du haut du Minaret d´un socialisme abrutissant, se mettait à critiquer l´occident et à avouer son amitié tardive à Israël en espérant attirer les capitaux étrangers dans son pays, qui changera cette cruelle vérité: cet homme a ruiné son pays en 50 ans d´illusions et l´a conduit à la banqueroute en croyant que faire l´avenir se résumait á lutter contre les fantômes du capitalisme. Or, il fallait produire ses propres voitures, ses propres instruments et machines de production et prouver qu´on était réellement autant capable d´offrir à sa population le progrès et le bien-être qu´un système capitaliste américain le prétendait. La Chine socialiste prouvait bien qu´elle le pouvait brillamment aujourd´hui, La Suède aussi en étant deuxième après la Suisse des pays les mieux gérés économiquement du monde; pourquoi Cuba n´en fut pas capable ? Je me permets de dire que les élites cubaines étaient peut-être capable de résister contre l´assimilation et la chosification du capitalisme américain, mais développer Cuba, ils n´en était pas capables. Ils en eurent cependant le temps ou pas ? Aujourd´hui cependant les cubains retombaient dans une pauvreté irréparable...ils ont tout simplement oublié par le passé à se doter de moyens et d´instruments pour un meilleur avenir, leurs pas, à l´avenir, vont être bien lourds et pesants dans l´histoire.

 

Pour terminer, à mon ami Gaary je me permets de dire ceci: trop d´optimisme nuit à l´objectivité. On comprend bien qu´il faut récolter des adeptes...les vrais adeptes doués et intelligents dont on a besoin pour arriver à de meilleurs buts, cependant, ne se laissent pas impressionner par le blabla; ils sont réfléchis et de vraie conviction politique. Ce sont ceux-là qui font réellement bouger les choses avec une stratégie et une intelligence efficace pour changer les choses au mieux et gérer l´avenir adéquatement. Ils faut trouver ces gens, on ne va pas en guerre avec de simples soldats; il faut aussi des officiers doués et efficaces connaissant le terrain, les avantages et les forces de l´ennemi. Quiconque ne sait pas s´entourer de tels esprits ou les mettre de son côté, est tôt ou tard voué á l´échec. Ceci dit, je ne crois pas aux programmes et autres; ce genre de documents, c´est bon pour les bureaucrates ou les gens sans conviction, flexibilité ou mémoire politique. Mais bien sûr faut-il des points directeurs et même des manifestes. Mais il ne faut pas croire que ceux-ci remplacent l´intelligence, le doigté et la flexibilité exigés en politique et en économie. Cela est encore pire lorsqu´il s´agit de la culture; parce que la plus grande valeur sociale, c´est bien la culture. Agir sur elle est autant complexe que délicat; il faut autant d´amour, de prévenance, de discipline et de fidélité à cette culture qu´on ne lui réserve que le meilleur d´elle-même dans un avenir où elle doit apprendre à se défaire de ses erreurs, de ses aberrations et de ses peurs, pour devenir plus créatif, plus innovateur, plus responsable de ses valeurs et des siens. Tout le monde n´a pas les qualités pour comprendre cela, encore moins pour l´organiser ou le mettre en oeuvre; la plupart des gens mentent toujours et se cachent derrière le temps...pour qu´il fasse ce dont ils ne sont pas capables...pendant qu´eux géreraient le réel tant bien que mal en jouant des jeux politiques de circonstances. Ou en s´enrichissant outrageusement au détriment des leurs sans leur apporter quoi que ce soit sinon encore plus de désespoir...ou de misère.  

 

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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