Ce n´était, en fait, qu´une question de temps…pour que les blessures irlandaises se mettent à saigner sous les butoirs de la crise économique. Ce pays couvert de subventions économiques de l´Union Européenne depuis 10 ans s´était vu déjà au Nirvana de l´industrialisation…ses dettes et la crise lui rappelle la dure réalité de ceux qui, sous le coup de l´argent facile, oublient qu´ils se trouvent en concurrence économique et commerciale ardue avec des géants. Et emprunter chez les grands pour les concurrencer en retour…il faut être ou exceptionnel, ou aveugle parce qu´on a le désavantage du paiement des intérêts négatifs des emprunts…et bien sûr celui de nouvel arrivé modeste sur les marchés.  

 

Quand l´Hybris irlandais s´écrase sur terre avec fracas

 

Avec ce bref extrait de statistique on peut voir l´ampleur des douleurs irlandaises

 

L´Irlande doit aux étranger: 731,2 milliards €

En Europe : 508,6 milliards €

En détail de dettes envers : Grande Bretagne  148,5 milliards € ; Allemagne  138,6 milliards € ; Belgique  53,9 milliards € ; France   50,1 milliards € ; Pays-Bas  21,2 milliards € ; Portugal   19,4 milliards € ; Suisse  17,6 milliards € ; Danemark 16,5 milliards € ; Italie  15,3 milliards € ; Espagne  14,0 milliards €

Et déjà c´est l´aversion politique du gouvernement Cowen lequel essaie, avec un plan d´épargne de 15 milliards € en 4 ans, de remettre le pays à flot et mériter l´aide de 85 milliards € proposé par l´UE. Peine perdue, il faudra bien plus que cela pour réparer les dégâts…ce n´est pas d´hier que les irlandais savent qu´ils sont en haute mer avec leurs finances faisant eau de partout. La fierté irlandaise ? Que peut-on donc en acheter ou résoudre ses problèmes actuellement ? Fierté mal placée et bien tardive…même si avec amertume on se rappelle que l´UE avait l´habitude d´y faire voter jusqu´à ce que la réponse qui en sorte lui plaise. L´hybris irlandais s´était bien écroulé sous ses cruelles illusions. La fierté irlandaise, si elle existait, aurait dû habilement s´exercer auparavant dans la bonne gestion…la productivité, l´innovation et l´invention, pas dans un endettement indécent qui ne menait qu´à l´échafaud social et économique. Les temps dures avaient commencé pour ce petit pays qui en 10 ans avait emprunté à tout rompre sous le coup de l´euphorie européenne…sans tenir compte que lorsqu´on emprunte, il faut rentabiliser les capitaux empruntés ou alors on se retrouve la corde au cou.

Même si on est membre de l´UE, l´économie reste l´économie malgré tout. Aujourd´hui on voyait déjà dans toute l´Irlande des chevaux mal en point, délaissés, sans maître, vagabonder par-ci par-là : les vestiges de l´illumination du bien-être que s´offrirent les irlandais pour fêter et démontrer leur statut social arriviste. Oui, abandonnés ces pauvres animaux parce qu´on ne savait plus ni les entretenir, ni les soigner et leur offrir logis. Irresponsable et bien cruel, cela. On ne peut pas le qualifier autrement. Diable on se demande comment un déficit de 32% du Pib pouvait-il être rapidement rabattu aux 3% de Maastricht et combien de temps cela allait-il prendre ? Cela allait faire mal, très mal. On comprenait bien la répugnance des irlandais face à la prison financière conjointe Union Européenne/ Fond monétaire International. Mais qui est donc fautif dans cette histoire sinon les irlandais eux-mêmes ? Comment diable peut-on penser, parce qu´on est assis à la table des grands, qu´on peut emprunter chez eux pour les concurrencer avec succès ? Cela ne marche que si on est innovateur absolu, producteur et travailleur exceptionnel dans la qualité. Or on se trouvait en face d´allemands, d´anglais, de français, d´italiens depuis des décennies dans l´automobile, les machines, etc. Ou croyait-on qu´il suffisait de vendre la Guinness pour que tout marche bien ? Oh, là, là…Et puis vinrent les chinois avec leurs bas prix…et tout ne fut plus que douleurs et endettement appauvrissant.

Le prochain qui vacille est déjà le Portugal : un pays qui lui aussi, aux côtés de la Grèce et même de l´Espagne, a cru qu´il suffisait d´acheter étranger, de parer son pays d´immeubles et de bonnes routes pour que l´avenir s´ouvre largement sous les pieds émerveillés de tous. Erreur. Il fallait aussi innover, inventer, rentabiliser ses dettes dans un monde industriel et concurrentiel au possible. Ce n´est pas en vendant des légumes pour s´acheter de grosses cylindrées, des armes ou des machines étrangères qu´on devenait compétitif et rentable face aux grands pays industrialisés de l´Union…et du monde ! Apparemment les élites politiques et économiques de ces pays s´étaient bien laissés mener en bateau pour acheter les produits industrialisés étrangers…L´argent ne se dépense, même s´il revient sous forme de juteuses subventions européennes structurelles, qu´une fois intelligemment. Notamment quand la plus grande partie de cet argent tourne sur place et autofinance ainsi l´innovation, la productivité et la créativité nationale. Si ce n´est pas le cas on n´est rien d´autre que des consommateurs pour les industries allemandes, françaises, italiennes, hollandaises, anglaises…sans plus. Et maintenant, après 10 ans d´illusions, que va-t-il se passer ? Ce sera, si tout va bien, 10 ans d´amères restrictions lesquelles, comme on le voit en Grande Bretagne avec la révolte des étudiants ou en Grèce, au Portugal et même en France ou en Allemagne, la fin des illusions. Quand on pense que cette crise économique ne vient en fait que de commencer à sortir ses effets réels…Il n´y a rien à se réjouir, loin de là.

Musengeshi Katata

« Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »

 

Forum Réalisance