Hélas, non. C´est peut-être le talon d´Achille le plus douloureux de l´Afrique : celui qui freine et endigue son réel développement culturel et économique. Actuellement, et cela depuis l´indépendance, on essaie de s´accrocher à des courants, à des structures…issus de l´extérieur ou séquelles de la colonisation, or, pour avancer plus solidement et se développer résolument, il faut des structures créant un dynamisme d´emploi, de créativité et de réalisation des rêves et attentes de ceux qui en sont les maîtres et utilisateurs ! Logiquement une société, une culture n´entretient pas des habitudes, des intentions ou des structures qui l´étouffent, l´appauvrissent ou l´empêchent de s´épanouir…


Le grand vide bouillant d´où venaient des cris de détresse, de révolte et de manque à être…

"Mieux vaut payer par soi-même le prix de la liberté en la faisant avec tout son cœur et le respect qu´on a pour ses rêves, sa culture et son avenir, que de la subir, la recevoir en pièces détachées, en versions écourtées ou aliénantes" MK

Comment résoudre le problème de la sociologie désarticulée, sans structures normatives projetée par la société, ses besoins et ses aspirations culturelles, techniques et scientifiques ? Culture factice d´imposition ? Ceci ne menait qu´à l´importation comme on le voit aujourd´hui, et bien sûr à une élite qui, corrompue par la promiscuité et la pression économique des pays industrialisés et développés, se réalisaient hors de leur culture plutôt que de stimuler le commerce et la productivité des leurs.

Que faut-il donc faire pour changer les choses habilement, utilement et efficacement en Afrique ? Quand on se trouve devant une société désarticulée, improductive et de faible organisation politique et économique, ce qui qualifie le sous développement, la première des choses est bien de doter les gens d´une organisation sociale mettant, selon la qualification et capacités d´un chacun, chaque individu à sa place afin de déclencher un consensus de production ouvrant sur la satisfaction des besoins. Le marché et la systématique sociale ainsi créés doivent, bien sûr rester flexibles et performantes pour s améliorer, se critiquer et se mouler progressivement vers une optimalisation capable de répondre aux défis, aux attentes et aux exigences auxquels la société fera face dans l´espace et le temps.

On entend beaucoup, en ce moment, de la révolte rugissant dans les milieux sociaux africains, révolte légitime puisque ces sociétés n´avancent pas assez rapidement pour rendre justice à leurs propres enfants contraints à émigrer ou souffrir du chômage et de la pauvreté. Et ce n´est pas seulement le monde arabe qui connaît ce problème, même si ce dernier le montre plus énergiquement actuellement. Les dictateurs dont on veut se débarrasser de l´Afrique sont aussi un phénomène social d´impuissance et d´incapacité face à une dimension du problème de développement qu´on a trop rapidement fonctionnalisé á une quelconque routine de hâtives connaissances ou idées mal mûries ! Or le travail à faire pour éclore les fleurs du développement dans des sociétés attardées, peu instruites, aux traditions désuètes, est à concevoir et à réaliser autant au détail que de haut en bas en tenant compte d´une fondamentalisme solide, critique, rationnel et bien sûr répondant généreusement aux attentes réelle et effectives de la société. Ce n´est pas facile, il faut beaucoup de talent et d´intelligence pour arriver à ce résultat dont on sait qu´il est autant satisfaisant pour le moment et assez flexible pour ouvrir sur une meilleure amélioration du futur. Certaines orientations socioculturelles spontanées, comme on le sait par le sous développement lui-même, emprisonnent leurs sociétés et cultures dans le passé ou la stagnation dont on s´en sort plus tard qu´avec des violences ou…des révolutions.Mais le problème de fond du sous développement, l´a-t-on vraiment compris, véritablement approché et appréhendé ?

On peut former de bons médecins en pays sous développé, pour prendre cet exemple, mais si ces médecins, pour mettre leurs prestations en service, doivent importer les médicaments, instruments et leurs appareils de soin et d´analyse médicaux de l´étranger, le prix de prestations médicales, loin d´être abordable, devient impayable. Il faut donc que les piqûres, les stérilets, les médicaments et appareils diagnostiques soient produits sur place pour que la médecine reste un bien accessible et pour que l´installation des médecins ne les ruine pas dès le début de leur installation. On oublie aussi qu´il faut des écoles et universités médicales de qualité pour former le personnel médical approprié, cela implique des professeurs non moins doués qu´il faut rémunérer loyalement, qu´il faut des livres spécialisés, des laboratoires…tout cela n´est pas gratuit ; il faut au préalable avoir accumulé pour pouvoir adéquatement financer tout cela. Et à la fin, il faut un bon système bancaire de promotion de la petite et moyenne entreprise pour financer les prêts d´installation de ces médecins.

Tout ceci montre à quel point l´organisation et la gestion sociale sont étroitement liées à la production et au développement social. Celui qui ne fait que des projets sans savoir comment il va les financer ou comment le financement social pourrait se faire par soi-même par le développement de la productivité sociale ; celui-là se construit des châteaux de sable sur la plage…et risque, comme c´est souvent le cas en Afrique actuellement, à rester enfermé à la mendicité internationale parce que faute d´être productif et rentable, il ne saura ni se refinancer, ni promouvoir adéquatement les forces économiques vitales dont il a un besoin urgent pour satisfaire au développement réel de sa société. On peut parler ici de vases communicants ou de structures en maillons de chaîne où tout élément, tout en ayant ses propres caractéristiques et ses particularités, est autant lié à tous les autres même si apparemment il semble indépendant.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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