Nelson Mandela restera toujours pour nous un grand leader politique, charismatique, digne de notre respect; même si à bien y regarder, un curieux goûts d´amertume nous envahit en sachant que les responsables de l´apatheid n´ont pas été traduits en justice. Le prix de la paix entre noirs et blancs ? Serait-il de même si ces criminels avaientz été noirs ? Oui, amertume parce qu´on a l´impression que les blancs gagnent toujours...même si les noirs sont en majorité et dans leur propre pays ! Ce genre de démocratie est-il...réellement démocratique ?

Le symbole de libération d´un grand leader qui ne résolut pas tous les problèmes des africains noirs...

Le grand problème, le grand drame devant lequel se trouvent les leaders politiques africains avertis, et ici je partage l´avis de Chantal Zock, c´est le douloureux retard de l´Afrique...créer une confrontation directe comme le souhaitait Mandela en prison avec des nationalisations, c´est exposer un nombre incroyable d´innocents africains qui auraient à en pâtir par la pauvreté. On a vu cela lors de l´indépendance: tout le monde se mit à danser au Congo au lieu de travailler, créer et innover. Chacun voulait sa petite provincette pour rouler en limousine et se faire traiter de seigneur. Les congolais au pouvoir à l´époque (commissaires généraux) allèrent même jusqu´à participer à l´assassinat de Patrice Lumumba aux côtés des occidentaux, notamment parce qu´il parlait d´Unité, de nationalisme, d indépendance totale et immédiate; n´est-ce pas du plus curieux ?

Conséquence: le Congo qui était en avance pendant la colonisation face à l´Afrique du Sud retomba dans la désuétude. Mobutu, loin de réparer cela, précipita encore la tendance avec son manque flagrant de fondamentalisme économique. Ironie: il fit la zaïrianisation en confisquant les biens de production des étrangers pour les confier à quelques nationaux choisis, mais cela tourna au vinaigre car ces derniers s´empressèrent de piller la caisse et les liquidités pour s´offrir le luxe qu´ils n´avaient pas...et laissèrent dépérir les entreprises. Tout ceci, en gros, n´illustre pas la très grande responsabilité des africains. Raison pour laquelle, chaque fois que je trouve devant ces fameux combattants africains qui poussent de partout de nos jours, mon scepticisme est grand...une chose est de vouloir la liberté, autre chose est de la faire valablement et consciemment comme les circonstances et les défis contemporains l´exigent. En la matière les africains sont de vrais champions: ils veulent le progrès mais peu veulent en commettre les efforts ou s´instruire et se perfectionner techniquement pour oeuvrer pratiquement au changement et à l´amélioration de leurs conditions de vie et leur avenir.

Critiquer Mandela pour son réalisme politique est bien beau...mais quand on voit avec quelle dilettantisme les banques chez nous sont inféodées à l´occident (voir Monnaie, Servitude et Liberté de Tchudjang Pouémi), on se demande, pour tous ceux qui vivent en Afrique et crient au changement, s´ils se rendent comptes que devant leur propre nez on avait cultivé des oeufs pourris ? Notre grand problème à tous est l´incroyable retard mental, organisationnel et technique africain. Ici tous ceux qui abreuvent les leurs de fausses illusions selon lesquelles tout est facile si on retournait dans le passé ou si on s´isolait dans des normes propres...ces gens créent et causent un préjudice incroyable à tous ceux qui les écoutent car, que nous le voulions ou non, nous sommes malgré tout condamnés à réagir et nous parfaire...sinon comment pourrons-nous prétendre que nous sommes intelligents, libres ou indépendants ?

L´avènement de la liberté et la réalisation du continent africain, à mon avis, paiera le prix le plus douloureux et le plus cher de l´histoire humaine. Pourquoi ? Parce que nous avons trop d´ennemis gloutons et plus développés que nous qui nous guettent, que nous sommes diablement en retard et parce qu´apparemment nous ne comprenons pas que sans mettre en jeu notre plus grande intelligence créative et innovatrice...les larmes seront encore plus abondantes et le but espéré encore plus lointain. Mandela comme Patrice Lumumba, comme Ruben Um Niobé, comme Amilcar Cabral et autres Kwame Nkrumah ont eu leur temps. Les défis et les époques ont changé ; maintenant la nouvelle génération africaine doit prouver qu´elle est plus avertie, plus intelligente et créative que ses précédentes…pour relever ses défis et ses obligations avec brio. Est-ce réellement le cas aujourd´hui ? Il suffit de voir et aborder les choses, pas comme on voudrait qu´elles soient et au besoin faciles, mais pour y apporter la victoire du meilleur et du doué parce que ce genre de victoire ne laisse aucun doute sur l´amour qu´on a pour sa liberté, son bien-être et l´avenir de sa culture.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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