Avec les révoltes islamiques actuelles, et avec la mort apaisante d´Osama Bin Laden, l´Islam va-t-elle enfin s´ouvrir les portes objectives et réalistes de sa modernité ?

Les pays islamiques à la quête d´un nouveau réalisme sociohistorique entre Allah, l´économie, le modernisme et la légitime aspiration à une forme propre de démocratie ?

Ce qui m´a surpris et fort étonné dans les révolutions actuelles des pays arabes et islamiques du Nord africain et environnant, c´est que pendant que leurs élites semblaient se complaire à la situation actuelle de leur développement plus ou moins cahotant et chevauché par un islam absolutiste et omniprésent, les peuples et les petites gens, par contre, ont eux compris que leurs pays et leurs cultures étaient bloquées et ne servaient, sans produire par elles-mêmes, qu´à livrer leurs matières premières à l´occident. Cette dernière usait et leur imposait des dictateurs pour assurer ses intérêts et ses marchés d´exportation. Une situation de chosification bien connue et éprouvée en Afrique noire...

N´est-ce pas un curieux phénomène que ce soient les petites gens généralement moins bien informées et instruites sur les enjeux économiques et géopolitiques internationaux qui dévoilaient le pot aux roses ? Cette bouffée de révolte et de volonté économique de changement pouvait-elle s´expliquer uniquement par la montée des coûts des biens alimentaires et le chômage choquant des jeunes ? Je ne pense pas. Apparemment les dictateurs avaient bien pressenti depuis longtemps le bourdonnement de ces remous dans leurs populations respectives; après tout le terrorisme fondamentaliste islamique a été inventé, encouragé et financé par les intellectuels débauchés affiliés aux régimes des dictateurs du monde arabe pour tromper et calmer les leurs. Avec l´illusion, bien sûr, d´une victoire d´intimidation quelconque sur l´occident. Y a-t-on vraiment cru ? Assez surprenant ce genre de naïveté quand on consommait les produits industriels des mêmes occidentaux…sans arriver ni à les reproduire, ni les imiter, pour prétendre qu´on s´en sortirait. Les exportations de produits finis issus des pays arabes étaient…bien maigres si pas inexistants. Pensait-on qu´il s´agit seulement de jalonner l´occident et le monde entier de mosquées pour faire économie ? Cette vision n´était-elle pas simpliste de l´économie ? Manquait-il de volonté d´investir en soi, dans son propre développement, avec les recettes du gaz et du pétrole s´amassant dans les banques nationales libyennes, Egyptiennes, algériennes ; ou s´agit-il seulement d´épargner pour s´acheter des armes de plus en plus meurtrières ? Plus urgent que s´armer jusqu´aux dents était bien investir dans un soulageant développement...qui donnerait l´emploi et un meilleur avenir aux jeunes...

Malgré l´insolent terrorisme islamique dont il était l´objet, l´occident ne perdit pas son bon sens pour autant : elle s´organisa, prit des mesures de surveillance énergiques de ses objets et secteurs sensibles et ne se laissa ni impressionner, ni prendre sur les bras; bien au contraire, elle usa de son influence pour pousser les régimes établis en pays arabes à participer à la lutte contre leur propre fantôme culturel de violence. Les peuples au début impressionnés n´en revinrent pas lorsque leurs pouvoirs se virent contraints à combattre leur propre chimère aux côtés des américains et européens. On avait, bon gré, mal gré pris note du chômage montant et envahissant des jeunes, lesquels devaient s´expatrier en occident pour trouver une meilleure vie et un emploi. Ce phénomène de jeunes quittant leur propre pays et leurs familles pour se réaliser, cela n´augmenta en rien la crédibilité et le pouvoir des Mullah, ou même celui de l´Islam en tant qu´autorité sociale et économique efficace. Mais lorsque les prix alimentaires grimpèrent insolemment suite à la crise économique et aux effets indésirables des endettements publics des pays riches ayant suivi les plans de soutien de leurs économies en déséquilibre et le ralentissement de la croissance mondiale, la colère ne se laissa plus dompter. Les peuples islamiques concernés se crurent trompés deux fois car on leur avait, avec l´austérité, promis un meilleur avenir, or, la crise économique issue de l´occident leur imposait tout à coup de nouvelles restrictions. La fin des illusions et le début d´un vrai mouvement de renouveau du monde socioculturel et économique islamique ? Le peuple était-il capable de soutenir et gagner cette révolution sans l´aide de ses intellectuels...cabotins d´hier ? Ou existait-il aussi des intellectuels intègres qui ne s´étaient ni laissés abuser par les erreurs et la concussion d´hier et avaient malgré tout gardé un sain réalisme de jugement et de savoir-faire dont le peuple a aujourd´hui un grand besoin ? La question reste ouverte...

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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