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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

12 juillet 2006

L´énergie: le problème crucial du 21ième siècle.

Un facteur industriel qui va bientôt mettre le feu aux poutres.

L´énergie : la clé de l´avenir, et celui de biens de convoitises

«The future belongs to those who prepare it today »

Malcolm X

                                                                  

Sans un chemin de fer, disait Henry Morton Stanley il y a plus d´un siècle pour le Congo, ce pays ne vaut pas un penny ; cette constatation est valable pour toute l´Afrique, et reste, hélas, aujourd´hui encore vraie. Ce qui me fait dire á raison que les africains n´ont pas pris l´un des facteurs parmi les plus important au sérieux. Ce qui explique entre autre le marasme économique ou le sous développement actuel de ce continent. Il faut attendre, dans bien de pays africains que les européens ou les chinois, selon leurs intérêts économiques, viennent accomplir pour eux leurs devoirs. Tous veulent s´armer, tous veulent rouler en Mercedes, voler en avion ou consommer occidental, mais le chemin de fer : ce transport vital et primordial à toute économie de commerce et de mobilité des biens et des personnes, il n´avait eu qu´une place méprisée dans les rares entreprises des sociétés africaines. Et à cet exemple, entre autre, on pouvait apprécier de la maturité et du sérieux des ambitions africaines au développement. Autant dire : dilettantes. Plus hasardeuses qu´efficaces. Et comme je le dis souvent : paraître plutôt qu´être, saisir le subsidiaire plutôt que s´atteler au principal. Et le monde, lui, ne s´arrêtait pas ; ni pour les fainéants et les inconscients, ni pour ceux dont la puissance et le développement nécessitait de jour en jour plus d´énergie, de matières premières, et même de marchés de dupes et d´exploités. Ceux qui avaient négligé leurs devoirs primordiaux se retrouvaient en situation désespérée : ils sont écrasés autant par leurs manquements que par leurs erreurs. Et cette situation est d´autant tragique s´ils n´ont pas les moyens de se remettre à jour économiquement. Oui, tragique est le mot exact ; on le voit au Congo de la RDC : une guerre civile autant inutile que superflue qui a coûté la vie à près de 5 millions de vies humaines en 7 ans ! Et malgré tout, le marasme était encore plus grand qu´avant, parce que ce n´est ni tuer ni violer, ni mépriser qui résolvait les problèmes. Après la paix, on se rend compte que rien n´a été fait de positif pendant ces hostilités sanglantes, et que tous restaient à entreprendre. Pire, il fallait recouvrer la confiance en l´avenir, et soigner des blessures physiques et morales qui risquaient d´entacher de gros nuages soupçonneux et méfiants les mains tendues dont on avait besoin pour reconstruire un meilleur avenir.

Parfois on se demande : à quoi pensent nos enfants africains ; à quoi rêvent-ils ? Rêvent-ils tous de misère et de mendicité, de manque et pauvreté comme seul exutoire existentiel ; ou rêvent-ils aussi de belles choses, de vœux, de dons qu´ils veulent faire éclore de leurs attentes, de leurs désirs les plus brûlants ? Ces rêves étaient-ils utopiques face à des adultes et des sociétés piégées, enfermées à des impasses matérielles et intellectuelles qui les empêchaient de voir les choses comme il faut, logiquement, efficacement afin de s´ouvrir une marche historique qui n´aboutisse pas toujours en catastrophe, les yeux injectés et désespérés, le ventre et l´esprit torturés par une faim canaille, insupportable ?

On a beau relever les erreurs, on a beau éveiller l´attention des classes politiques concernées sur les hérésies et les manquements de leurs gestions ou de leurs étroites visions de l´avenir, rien n´y fait ; on se croirait dans un dialogue de sourds et de muets où celui qui révélait certaines évidences, ou en appelait au bon sens et à la raison devait avoir mauvaise conscience, parce qu´il disait ou en appelait à ce que personne ne voulait ni entendre, ni prêter attention. On se croirait en face d´un enfant qu´on éloignait à grand cris du feu, mais qui, dans sa naïveté, y revenait aussitôt attiré par l´imminence du danger autant que par la curiosité déroutante de l´interdit. Et excédé, on se demandait s´il ne fallait pas se laisser se brûler, afin que l´expérience réelle de la douleur prenne son cours et fasse leçon.

Chez un individu, un enfant, des conclusions immédiates positives pourraient se déduire de cette expérience ; pour un peuple, pour les nations cela devenait compliqué et ardu, parce que tous ne réagissaient pas de la même manière face à la douleur ou à l´expérience négative. Certains avaient tendance à utiliser les symboles décriés sans les comprendre ni critiquer leurs contenus ; d´autres fermaient les yeux et ne croyaient qu´à l´expérience personnelle, individuelle. D´autres enfin vivaient dans une tour de verre sensible et intellectuelle dont il fallait les en sortir, pour éviter qu´ils ne soient l´objets d´abus, d´erreurs ou d´aveuglement…C´était à la société, d´imposer un bon sens commun, une logique d´expérience et d´historicité commune qui permettent d´éviter les désagrément et les iniquités passées afin de préserver ses citoyens contre des idées malsaines, des actes gratuits ou des erreurs qui mettraient en danger l´intégrité physique, morale ou intellectuelle de leurs bien êtres. Et ce devoir revient sans détour à la connaissance, à l´élite, à la culture sociale. Si elles fonctionnent dans un but idéal affirmé et conscient que le bonheur de leurs membres était aussi le leur.

Et malgré les manquements et les erreurs qui créent en ces moments en Afrique des situations et des réactions diverses, discordantes, plus restrictives et contraignantes qu´heureuses et paisibles ; ce n´est pas encore le pire des choses si la clarté des buts et l´organisation pouvait y mettre rapidement fin. Le danger actuel de l´Afrique résidait dans sa faiblesse face à des pays industrialisés et armés jusqu´aux dents qui dans leurs développements et leurs intentions avaient hélas la piteuse habitude d´employer les autres ou leurs richesses pour parvenir à leurs buts. Et dans ce cas, faire semblant que tout allait son chemin ou qu´il suffisait d´attendre Godo pour que les choses aillent mieux ou que les problèmes se dissolvent par eux-mêmes, c´était jouer à hara-kiri, se mettre la corde au cou, ou ne pas avoir fait sien ni de l´expérience historique du passé esclavagiste, colonialiste, du poids affligeant et méprisant de la francafrique. Et à mon sens, manquer de sens de jugement réaliste et raisonné de l´histoire.

L´énergie sous toutes ses formes est le prochain facteur déterminant des conflits ou des tribulations humaines, et surtout des pays industrialisés. La montée de la Chine et de l´Inde au firmament industriel va non seulement faire disparaître le pétrole, mais il va pousser à une ruée vers l´atome radioactif avec un empressement des plus impérieux. Gare à l´avenir aux accidents tels que ceux de Tchernobyl, de Seveso. L´Afrique, par manque ou retard de développement va se trouver, contrairement à l´Union Soviétique qui, elle, sait défendre valablement ses richesses, dans le feu embrasé des cupidités. On le voit déjà avec les empressements actuels des entreprises chinoises sur le continent ; elles se fraient partout dans le monde des accès facilités aux matières premières, face à la rapacité américaine et occidentale.

Selon toute évidence, l´Afrique verra de nouveau, comme toujours, ses richesses profiter aux autres qu´à elle-même. Se rend-t-elle compte de cette hérésie ? Croit-elle que les matières premières sont éternelles, ou lui manquait-il simplement de sens réel de jugement de ce que signifiait cet état des choses ? Ne risquait-elle pas, lorsqu´elle serait enfin au point de se développer (si les autres y consentent ; on a plutôt l´impression que tout est fait en sorte que ce continent reste indéfiniment sous développé !), ne lui manquera-t-il pas les minerais et les richesses qu´elle vendait aujourd´hui inconsciemment pour se procurer des babioles ?

Pour quelle société, pour quel avenir doivent se préparer nos enfants ? Avec quels moyens, quelle technologie vont-ils vaincre l´espace, la mobilité, produire les biens qui leur seraient nécessaires ? Certainement pas avec le pétrole qui aura bientôt disparu, et s´il fallait développer l´énergie solaire et la mettre en pratique, il faudrait peut-être déjà s´y mettre en éprouvant toutes ses possibilités. Dans quelques années, plus aucune voiture ne circulera aux dérivés du pétrole ; ne faudrait pas déjà apprendre à nos enfants de se poser des problèmes là-dessus ?

Ce qui me désole et m´effraie, c´est ce silence angélique et innocent qui règne sur l´Afrique. Elle souffre de tous les maux, de tous les manquements ; elle n´a vaincu ni la distance ni l´espace, ni même l´alimentation pour tous ou l´eau pure ! Et cependant, on a l´impression qu´aucun de ces problèmes ne font l´état de discussions ou de tentatives sociales de trouver des solutions. A croire que l´élite actuelle au pouvoir était à ce point dépassée ou incapable, qu´elle s´en remettait, sans le moindre effort intellectuel d´organisation de ces réflexes existentiels au sein de leurs sociétés parce qu´ils faisaient part de la légitimité existentielle en ce qu´elle se prépare et se donne les moyens de se réaliser. Faut-il vraiment croire que ces gens pensent à l´avenir de leurs peuples ? J´ai des doutes sincères et fondés. Et je m´avancerait même à dire que, décidément Georges Bush avait raison en disant à son retour d´Afrique sur CNN en novembre 2004 : « L´Afrique est gouvernée par des incapables ». Avant d´écrire cet article, je me suis donné la peine, dans l´Internet qui est la plus grande et la plus vivante bibliothèque de me faire une idée sur les titres et les sujets de mémoires et de doctorat en Afrique : absolument effrayant ; on dirait que tous ces sujets tournent en rond ou n´ont plus aucun lien avec la réalité actuelle. Dépassement, manque de réalisme flagrant ? Infantilisme ou incompétence ? Je me rappelle cependant qu´un chercheur mathématicien physicien congolais me disait il y a vingt-cinq ans qu´il était possible de faire marcher la voiture…à l´eau pure ! A l´époque je me suis dit qu´il était illuminé, qu´il déraillait ou qu´il tenait absolument à mériter sa présence à notre table. Depuis je sais que c´est lui qui avait raison. Où est donc resté cet esprit créatif et révolutionnaire ? Ou avait-il tout simplement quitté le pays ? Quand comprendrons-nous enfin que notre avenir dépend aussi de notre ouverture d´esprit, de notre créativité, des solutions que nous apportons à nos problèmes ?

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

         

                   

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28 juin 2006

Mauritanie : peaux noires, masques blancs

Ou arabisation à n´importe quel prix ?

MAURITANIE: un sourd et féroce face à face racial ?

Nous tous mauritaniens reconnaissons nous frères
il nous faudra bâtir un monde plus humain
où nous pardonnerons sans jamais oublier
où nous partagerons mais sans jamais plier
Un jour, tous nos enfants se tiendront par la main
Fils d’une seule lutte et d’une même terre. ”
Annick 1994

La Mauritanie est ce vaste pays désertique de l’Afrique de l’ouest, voisine du Sénégal, de l’Algérie, du Maroc et du Mali. Pays des contradictions immuables et des paradoxes inavoués. Berceau des Almoravides, mais aussi des Bafours ; pays arabe, Mais aussi africain, blanc, mais aussi nègre. Pays multiethnique, multiculturel, pont entre les afriques blanche et noire, creuset d’un métissage culturel dont le ciment est l’islam. “Nation” écartelée entre un panarabisme débridé et presque institutionnel et un et panègrisme rhétorique et presque apatride. Au-dessus de cette “ nation ” un pouvoir fort, porteur d’un projet de société ethnotribal. Voyage au bout d'un Etat en noir et blanc et plaidoyer pour une Mauritanie nouvelle.

Le plus grand aveu que la Mauritanie peut faire est sans nul doute son caractère multiethnique et multiculturel. Y cohabitent, depuis des millénaires des populations arabes et des populations négro-africaines. Les arabo-bérbères appelés aussi maures constituent la population blanche. Les négro-africains (Halpular, Soninkés, Ouolofs et Bambaras) constituent sa frange noire. Entre les deux, “ la catégorie la plus dominée de la communauté noire et la plus concurrentielle des populations négro-africaines: les Haratines ". Noirs mais maures, maures mais noirs. Les noirs (tous groupes confondus) constitueraient aujourd’hui prés de 80% de la population. La question noire a toujours été en Mauritanie, le déterminant à la fois de la politique étrangère et de la politique intérieure. Depuis les indépendances, les dirigeants qui se sont succédé (tous maures) ont voulu entretenir le mythe d’une Mauritanie majoritairement blanche et arabe ; mythe qu'il faut "nolens, volens" imposer en l'exportant. La vérité à ceci d’admirable que, aussi sournoise qu’elle est, elle ne rate jamais ses rendez-vous avec l’histoire. La fécondité chez les populations noires étant plus importante que dans les populations blanches ; La polygamie étant la règle dans les couches noires (elle n’existe pas chez les Arabo-berbères). Le taux de divorce étant particulièrement important chez les Maures, il est difficile, au bout de 40 années de continuer à nier la supériorité démographique de la composante noire, Même pour les plus sceptiques.

Malgré sa composante noire fortement majoritaire, il est toutefois incontestablement établi que de tous temps, les dirigeants ,chefs de tribus qui se sont partagés le pouvoir en Mauritanie ont voulu arrimer ce pays à l’ensemble civilisationnel et politique arabe, au mépris de cette composante. La Mauritanie s’est engagée depuis sa naissance, dans une politique d’assimilation, d’esclavagisation et d’épuration de sa population noire. Un bref rappel historique et chronologique peut nous amener à mieux comprendre cette situation : résolument, La Mauritanie s’est voulue arabe, par préméditation dirons-nous. C’est le premier Etat au monde qui se proclame république islamique le jour même de sa naissance (bien avant l’Iran.). La naissance de la Mauritanie fut pourtant (relativement) l’œuvre de l’Afrique noire.

Le jour de l’indépendance de la Mauritanie a été décrété jour de deuil au royaume du Maroc (le Maroc avait des prétentions territoriales sur la Mauritanie). L’admission de la Mauritanie à l’organisation des nations unies est le fait des pays noirs progressistes. Tous les pays de la ligue Arabe (à l’exception notable de la Tunisie) ont voté contre son admission). Rejeté par le monde Arabe auquel il se sentait sentimentalement le plus proche, la Mauritanie faisant contre mauvaise fortune bon cœur, participe à la création de l’Union Africaine et Malgache en mars 1961(devenue OCAM en 65); elle est membre originaire de L’Organisation de l’Unité Africaine (Addis-Abeba 1963) et fonde en 1968, avec la Mali, La Guinée et le Sénégal l’Organisation des Etats Riverains du Sénégal. C’était la “glorieuse victoire noire” de la Mauritanie. Mais la Mauritanie n'entendait pas rester nègre, cela lui était intolérable, elle voulait sa place chez les Arabes, Elle l’aura, dût-elle pour cela, se renier ; dut-elle pour cela se blanchir Commence alors ses grands caprices de “ désafricanisation ”: Il fallait retrouver son arabité, sa “ suprématie ” millénaire sur les empereurs noirs ; et l’on entreprend de restaurer dans le nouvel Etat le pouvoir des arabo-berbères, marginalisés durant l’époque coloniale( à cette époque, les noirs, grâce à leur sédentarité constituaient le noyau de la fonction publique autochtone). Il fallait donc, rééquilibrer, au risque de déséquilibrer. La composition multiethnique du pays était une contrainte détestable, il fallait non s'en accommoder, mais s'en départir.

En janvier 1965, la Mauritanie rend obligatoire l’enseignement de l’Arabe sur tout son territoire; En juin 1965 elle quitte l’Organisation commune Africaine et Malgache qui ne répondait pas assez à ses aspirations arabes. En 1969,elle participe à sa première conférence arabe à Casablanca (renouant en même temps avec le Maroc). En 1972,elle se retire de la zone franc sur le conseil de ses frères Arabes(Algérie, Libye, Arabie saoudite et Koweït);un pays arabe digne de ce nom doit avoir sa propre monnaie. En 1973, la Mauritanie réalise le plus beau de ses rêves: adhérer à la ligue arabe. C'est à notre avis de cette reconnaissance là que la Mauritanie avait la plus envie. La Reconnaissance nègre c'est bien, mais la reconnaissance arabo-islamique c'est encore mieux. Ainsi, progressivement, inexorablement, après avoir été longtemps mis au banc de la "umma" Arabe, la Mauritanie retrouve ses marques et se voit porteuse de l'arabité dans un environnement africain.
La Mauritanie reçoit du monde Arabe sa bénédiction pour amener le pays sur la voie sacrée d'un panarabisme pur et dur. La composante noire de la population devait donc être ou assimilée ou "dissoute". Cette dissolution-assimilation s'est faite par l'entremise d'un certain nationalisme.

Ce qu'on appelle en Mauritanie les nationalismes nègres et Arabes mérite que l'on s'y arrête. Il n’existe selon moi qu’un seul nationalisme en Mauritanie, et c’est le nationalisme arabe, porteur d’un projet de société exclusivement arabe et aidé en cela par les différents pouvoirs et divers pays arabes (Irak surtout). Chez ce nationalisme Arabe, il y’ a recrutement, endoctrinement et formation ; c’est un nationalisme bourgeois et idéologique; il s'inspire du baasisme (de Baath: renaissance en arabe). Ce mouvement est crée à Damas ( Syrie ) au début des années 4O par un chrétien orthodoxe Michel Aflak et un Sunnite, Salah Eddine Bitar; l'unité Arabe est au centre de sa doctrine. Ce nationalisme est toléré. Ses représentants ont de tous temps occupé et continuent de nos jours à occuper les plus hautes fonctions de l'Etat. Au cours du procès des Bassistes en 1988, un inculpé s'écrie "nous sommes contre la négrité de la Mauritanie"; incident somme toute banale dans une République islamique et Arabe. Le “ nationalisme ” noir est une forme de "réaction épidermique" à un projet de société qui veut l’exclure. C’est plus une forme de “ rébellion ” à un nationalisme arabe qui veut le phagocyter qu’autre chose.Il est prolétaire et ne se réfère à aucun mouvement idéologique. C’est plus une lutte pour la survie qu’une lutte pour l’accession au pouvoir. Son combat est axé plus sur les droits de l’homme noir que sur les voies et moyens de chasser le maure de la Mauritanie. Elle s’inscrit plus dans une logique de fronts, d’associations et de commissions que dans une logique de Partis politiques et d’infiltration dans l’administration. Cet humanitarisme militant est pourtant diabolisé, réprimé et exclu du champ décisionnel (nous n'en donnerons pour preuve que les différents procès des 20 dernières années qui n'ont concerné pour la plupart que des noirs luttant pour leur dignité). Nous disons donc (au risque de nous tromper) qu’il est essentiellement réactionnel.


Je ne suis pas en train de trouver des excuses pour ce militantisme, seulement, il est à constater que ce n'est que par rapport à une situation donnée de domination, d'assimilation de répression et d'injustice que le noir se rebelle. Il n y'a chez le noir aucune préméditation dans sa lutte contre le pouvoir; Le militantisme noir en Mauritanie a comme "champ social "la vallée du fleuve Sénégal, les salons feutrés des capitales occidentales et africaines mais aussi et surtout les murs de prisons et les cimetières; en Mauritanie, un bon nationaliste noir, est un nationaliste mort, emprisonné, ou exilé.
Ainsi, Pour le nationalisme noir, il n'a jamais été question de ramener les beydanes en Arabie, . le nationalisme noir n'a jamais orienté son débat sur "l'extranéité" des arabo-berbères mais simplement sur l'égalité de traitement entre les différentes communautés. Pour le nationalisme arabe, il a toujours été question de faire passer les noirs de l'autre côté du fleuve Sénégal Différence notable donc des stratégies et des ambitions des uns et des autres.

Dés les indépendances, les noirs ont senti la pente dangereuse sur laquelle la Mauritanie voulait la faire glisser; il ne s'agissait ni plus ni moins pour le pouvoir que de "haratiniser "de manière insidieuse, sa composante noire. Le nationalisme noir, dés 1966 dénonça dans le manifeste des 19 (le nombre de signataires) la politique d'accaparement du pouvoir économique et politique par la composante beydane (arabo-berbere). Un conflit ethnique éclatait avant cela à cause de la généralisation de la langue Arabe entre noirs et blancs: 6 morts et plusieurs blessés. Ce sont malheureusement des noirs (en l'occurrence les haratins qui ont constitué le bras armé du pouvoir blanc). Les noirs n'avaient pourtant aucun à priori sur la langue d' IBN KHALDOUN car c'était avant tout la langue de leur prophète, donc, de leur religion; la preuve est faite que ce sont les Halpoularen qui ont toujours été à la pointe de la lutte pour l'islamisation du Fouta. La communauté Halpoular avait plusieurs érudits qui maniaient parfaitement bien la langue Arabe et cette tendance est toujours visible de nos jours. Le problème, c'était l'instrumentalisation politique qui était faite de la langue Arabe. En plus, l'arabe comme le français sont pour elles deux langues aussi étrangères l'une que l'autre.

Avec la guerre du Sahara, la communauté noire a eu un répit dans son bras de fer contre le pouvoir. Elle constituait pourtant le gros des troupes engagées (chair à canon). Même si, dans une large mesure la guerre du Sahara a contribué à la dénégrification du pays, c'est dans une perspective de lutte pour la Mauritanie qu’il faut placer ce conflit. Cette guerre avait ceci de remarquable qu'elle donne l'opportunité aux populations noires de prouver combien elles étaient attachées à leur nation, donc à leur "mauritanité".

D'autres éléments de cette arabisation rampante et de cette "épuration ethnique"(le mot n'est pas fort, croyez-moi) sont à chercher dans les régimes militaires dans lesquels la Mauritanie a vécu depuis 1978. L'arrivée des militaires au pouvoir a quelque peu accéléré l'histoire ethnopolitique de la Mauritanie. A la fin des années 70 et au début des années ´8O, c'était l'embellie, l'heure de la redistribution des cartes et des rééquilibrages. A ce moment de l'histoire, l'affaire du Sahara était la préoccupation majeure du pouvoir. Plusieurs officiers noirs de l'armée furent nommés à des postes importants, pour "effort de guerre".

Les putschistes ont toutefois continué à défricher la trajectoire arabe de la Mauritanie. Cette période était celle des interrogations pour tous les mauritaniens, Après guerre et coups d'état, que leur réservait l'avenir? En 1979 toujours sur la question de l'arabisation, des élèves noirs des lycées furent grève et une forte agitation sociale exacerba davantage les relations entre le pouvoir et son "rival" culturel. Mais c'est véritablement au milieu des années 80 que s'accéléra l'histoire de la Mauritanie.

L'arrivée de MAOUIYA ould TAYA au pouvoir bouleversa toutes les donnes de la dialectique conflictuelle pouvoir/noirs. C'est pendant cette période que les communautés noires de Mauritanie connaissent la plus sanglante des répressions. Les antagonismes de race, les querelles linguistiques et les querelles politiques remontent grâce au chef de l'Etat, à la surface. C'est pendant cette période que le "péril noir" connaît ses années les plus noires. En 1986 paraît le Manifeste du négro-mauritanien opprimé. Texte d'une réelle teneur véridique. Ce texte dénonce l'arbitraire et l'injustice à laquelle les négro-africains sont assujettis. Avec des analyses et statistiques, ce document révèle dans toute sa crudité, la nudité du noir mauritanien. En Mauritanie, il existe le délit de la vérité. Toute vérité n'étant pas bonne à dire, ceux qui étaient soupçonnés d'avoir osé dire la vérité furent arrêtes, emprisonnés, tués. La crème intellectuelle négro-africaine fit les frais de ce "blasphème"." L'exilé de Goumel", Tène youssouf guèye, l'un des meilleurs auteurs de la littérature nègre de son époque et de son pays meurt en prison.

Pendant l'année 87 le gouvernement déjoue le "complot noir". Trois officiers Halpoular sont exécutés, plusieurs autres condamnés à de lourdes peines de prison . 15.000 officiers noirs sont démobilisés et assignés à résidence dans leurs villages, avec obligation de se rendre chaque matin au poste de gendarmerie le plus proche ; L'armée perd sa couleur noire.

Le 7 février 1989, La Mauritanie adhère par le traité de Marrakech à l’Union du Maghreb Arabe. De la signature du traité avec quatre pays Arabes (Libye, Maroc, Tunisie, Algérie), on passe à la "demélaninisation" du pays (comme on passe du plat de résistance au dessert). En Avril 1989 prenant prétexte du conflit sénégalo-mauritanien, la République islamique de Mauritanie assassine de ses mains blanches plusieurs de ses ressortissants. De la chasse aux sénégalais, à la chasse aux négro-mauritaniens, il n' y avait qu'un pas que le pouvoir Mauritanien n'a pas hésité à franchir.


70.000 mauritaniens furent déportés vers le Sénégal et le Mali et leurs biens confisqués. Des villages entiers furent rayés de la carte (l'actualité du Kosovo peut permettre de rafraîchir les mémoires).
Serigne Abdoul Aziz Sy, khalife général des Tidianes affirmait, au plus fort de cette crise ce que tout le monde savait déjà " le gouvernement actuel de la Mauritanie est sur le point de réaliser son objectif, c'est à dire, l'expulsion de tous les noirs de leur patrie pour s'emparer de leurs terres". Élémentaire mon cher Watson, c'est de l'épuration ethnique. Epuration ethnique, le mot est lâché. Il s'agit maintenant de tirer les conséquences de cette affirmation. La première fois que l'on a parlé de génocide au Rwanda, tout le monde s'en offusqua. Aujourd'hui, le terme est entré dans les habitudes universitaires et journalistiques. En Mauritanie, une frange de la population, simplement parce qu'elle est noire, subit depuis de longues années l'oppression d'un pouvoir blanc. Il est facile (selon moi) de trouver les arguments juridiques nécessaires pour qualifier la répression en Mauritanie de "crime contre l'humanité".

L'avènement de la démocratie (avril ´91) a apporté beaucoup d'eau au moulin du pouvoir. La situation des noirs de Mauritanie a tout simplement empiré (excusez du peu).On est tombé de "charybde en Scylla". Il y'a aujourd'hui, une légitimation politique et juridique de l'action du pouvoir en place. Ce qui se faisait en douce avant la démocratie se fait actuellement au vu et au su de tous, avec la bénédiction de la France, du Fonds Monétaire international et de la Banque Mondiale. Mais le pouvoir à mon sens n'est pas très important à ce moment précis de l'histoire. Celui qui l'incarne est malade, et la communauté internationale a promu les droits de l'homme "patrimoine commun de l'humanité". Il se peut d’ailleurs qu'au bout du compte, l’on évite aux peuples de Mauritanie le jugement des responsables de cette situation : la commission africaine des droits de l’homme et des peuples et la cour pénale internationale créée à Rome peuvent s’en charger”; et nous, comme César, "nous nous en laverons les mains". Ce sont des peuples dont il s’agit en définitive. La Mauritanie doit se réconcilier avec elle-même. Cette réconciliation de la Mauritanie avec elle même doit passer par le droit à la différence que les uns et les autres se doivent de respecter. Il faut reconnaître aux négro-africains le droit à la différence; il n’y a pas de honte à être différents. Cette différence leur donne le droit de se sentir plus proches d'un Zoulou du Bophuthatswana (pourtant si loin) que d'un arabe de Midelt (pourtant si près); le droit de s'émouvoir plus pour "le cahier d'un retour au pays natal" de Césaire que pour le "fils du pauvre" de Mouloud Feraoun ; le droit de commémorer plus l'abolition de l'esclavage que celui de la création de la ligue Arabe.

A l'inverse les arabo-berberes ont eux aussi le droit de se sentir plus arabes que quiconque; le droit d'avoir plus d'affinités avec un yéménite qu'avec un guinéen. C'est du respect de ces différences là que notre unité se fera (ou ne se fera pas). C'est de la synthèse de ces différences qu'il faut sortir la quintessence de la nation mauritanienne. Les Mauritaniens me font souvent penser à ces trois singes qui ont leurs mains l’un sur la bouche, l’autre sur les oreilles et le troisième sur les yeux., pour dire nous ne voyons rien, nous n’entendons rien nous ne dirons rien. il nous faut pourtant nous, nous révolter, nous faire entendre; nos cris doivent sourdre pour se mêler aux cris de ceux qui souffrent partout dans le monde. Notre lutte est unique. Elle est celle de la dignité de l'homme, de tout l'homme, de tout homme. Nous avons un devoir de mémoire vis-à-vis des générations futures. Il ne faut pas oublier, pour justement pouvoir pardonner. Nous ne devons plus continuer à enterrer nos morts sans cérémonies ; nous ne devons plus laisser nos enfants sans patrie ; nous ne devons plus laisser nos enfants sous esclavage. Tous ensemble, arabo-berbères et négro-africains devons enfin nous regarder en face et faire notre “ mea culpa ”. " le seul lien proprement humain d'une communauté proprement humaine, c'est la participation à un projet commun et à la contribution à la réalisation de ce projet, patrimoine commun de l'humanité"; c'est de Roger Garaudy et je crois qu'il l'a écrit en pensant à la Mauritanie.

N'gaidé Mourtada
Membre du Bureau Politique du FAAS
Talence, France

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

Avec les fervents remerciements de Réalisance pour cet article éloquent.

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23 juin 2006

Un spot sur la condition des noirs aux USA

Extrait d´un journal canadien de la Nation of Islam de 2003

Black facts 

-Look up the Slavery Law of 1665 (which stayed in effect until 1968) and the Maryland Doctrine of Exclusion (1638):  both laws state that blacks must be excluded from the benefits afforded whites and that blacks must remain non-competitive with whites, except in sports and entertainment

-Two white men:  Bill Gates and Larry Elision, combined have more wealth that the combined wealth of all 36 blacks in America.  Civil Rights did not change the economic landscape or the balance of power in America -Asians received 80% of all government contracts set aside for minorities

-There are no black owned national cables or major network television stations.  The black woman, who owns our only black owned radio stations, plans to sell to white owners after hearing the deal Bob Johnson received for selling BET. (Cathy Hughes is from OMAHA !)

-There are no black owned companies on the Wall Street Stock Exchange where Whites own the majority or controlling interest of the stock

-96% of all black inmates are men.  Over the next two years 400 000 black inmates will be released from prison.  The State has no place to put them as they re-enter society.  Halfway house business!

-In 1860, 98% of all Blacks in America worked for White people.  2002, 98% of all Blacks in America still work for white people

-In 1860, blacks in America had a combined net worth of half of one percentage point.  Guess what in 2002, after Civil Rights, Jesse Jackson, Oprah, Shaq, NAACP, and Urban League, our combined net worth is half a percentage point

-67% of all hate crimes in America are against blacks.  After we get through being pleased that we have carpet in our office, a secretary, our name on the door and make six figures, we do not own anything.  What will happen if you miss six months of work without pay?  All we have left our children is debt, not an inheritance.  You cannot pass welfare or food stamps on to your kids as a nest egg!

We are not even in the race.  By the way, the word "race" hit the English language in the 16th century when Europeans held a contest to see who would win the race to gather the most wealth through exploitation of blacks.

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu 

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22 juin 2006

La RDC est-elle en danger de tutelle occidentale gratuite ?

Les buts et intentions des occidentaux sont de jour en jour ambigus

Que veulent réellement les blancs aux congolais ?

Quelques mois avant le 2 août 1998, le commun des mortels ne s’imaginait pas ce qui allait arriver au pouvoir AFDL à cette date.  A moins qu’il l’ait été par les services spécialisés qui écument dans notre pays. Rien de plus particulier n’était prévisible tel que le climat électrisé que traverse la RDC aujourd’hui. A partir de cette date, la RDC a connu une rébellion qui a fini par diviser le pays en trois pôles, entraîner plus de 4 millions de morts, des crimes, des massacres, des pillages des citoyens et des ressources nationales et plusieurs déplacés de guerre. Cette rébellion contre les institutions établies à Kinshasa a réuni ce que beaucoup ont appelé la 1ère guerre africaine. Mais, à quel spectacle assistons-nous aujourd’hui ? Selon plusieurs constats, la RDC se trouve dans un tourbillon dangereux, né de la controverse entre ses acteurs politiques, ses fils et ses filles. Partout, il y a une levée de boucliers de l’opinion publique. Il y a un déchirement politico-juridique autour de la durée et de la date de la fin de la transition en RDC et de l’interprétation des textes. La crise majeure se profile à l’horizon à la veille des élections et après celles-ci. La psychose du 30 juin refait surface. La tension est prévisible et persiste suite à l’ampleur de la crise qui s’installe. La paix sociale devient de plus en plus menacée. L’atmosphère est caractérisée ce jour par la radicalisation de position des uns et des autres, de la pré-campagne électorale pleine de haine, d’agressions verbales et des discours discourtois et incendiaires. Nous assistons aux propos, déclarations et aux obstinations sur l’irréversibilité des élections, comme si, entre-temps, rien d’anormal appelant des correctifs éventuels n’avait été décelé. La fermeté et l’attitude du Président de la CEI (Commission Electorale Indépendante, du CIAT (Comité International d’Accompagnement de la Transition) étonnent plus d’un observateur, car le Président de la CEI est devenu infaillible. L’on peut justement se demander si à ce stade il obéirait même au Vatican. Et même s’il y a des erreurs, il n’y a rien à corriger. Mais, en notre connaissance, le CIAT demeure l’unique responsable conjointement avec le gouvernement du succès ou de l’échec de la transition.

L’angoisse et l’inquiétude se mêlent et se démêlent. L’espace présidentiel et le gouvernement ont cessé d’émettre et gardent le mutisme,  tandis que les escalades verbales entre les entités et composantes du gouvernement rivalisent avec intensité et se règlent les comptes par les représentants de leurs partis politiques interposés. C’est l’occasion rêvée et tant attendue que les géniteurs ou parrains de la belligérance congolaise se frottent les mains et observent à la loupe un moindre dérapage pour donner un mot d’ordre à leurs boys en vue d’une nouvelle balkanisation de la RDC, à même de leur permettre le pillage de ses ressources. Le dualisme constitutionnel est consacré. Ne dit-on pas que : "Make hay while the sun shines ?" Il faut savoir éteindre le feu tant qu’il est à son début. Aussi, la trêve intervenue entre les belligérants en 2002, nous paraît-elle courir le risque de voler en éclats. Car, les contradictions n’ont aussi jamais été clairement affirmées et tranchées que dans les prises de position des personnalités  politiques, des partis politiques, de la société civile, des églises chrétiennes, des intellectuels et des manifestations publiques, etc. Il est difficile d’être un patriote congolais et de demeurer complice de ce qu’adviendra, à moins que comme beaucoup ne cessent de le dire " le ventre corrompu n’a point d’oreilles". On ne peut nier la crainte de voir le processus électoral se poursuivre sans correctif consensuel. Cette crainte serait justifiée car, dans le cas avéré, la situation pourrait dégénérer et engendrer violences, soulèvements, troubles, rebellions, effusion de sang et pourquoi pas la partition du pays comme les sécessions de triste mémoire. L’entêtement et l’erreur stratégique risquent de nous amener à l’erreur tragique et à une effroyable tragédie humaine en RDC et à même de menacer la paix du monde. Sans être prophète de malheurs, mais visionnaire, FRANTZ Fanon tirait : " L’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo." Tout près de nous et pendant le pouvoir AFDL, la Ville de Kisangani a été le théâtre d’affrontements entre les troupes rwandaises et ougandaises. Et cela a failli dégénérer et tous les ingrédients nous paraissent réunis aujourd’hui pour une  nouvelle explosion.

La Communauté Internationale et son CIAT ne devraient pas faire semblant de l’ignorer, rester sourds, à toutes les critiques et interrogations soulevées par les congolais en ce moment de leur histoire. Le CIAT devra œuvrer dans l’intérêt de la paix congolaise mais aussi continentale et même mondiale, prendre toutes les mesures possibles pour encourager la volonté de règlement à l’amiable des profondes divergences qui subsistent autour de la question des élections et de la double constitution. Si tel n’est pas le cas et que sa capacité de manœuvre s’avère limitée, il est assez honnête de jeter le tablier. A maints égards, les points de discorde deviennent de plus en plus nombreux et véhiculent des incompréhensions et malentendus au sein de la classe politique et de la population congolaises. Le pays est devenu une illusion juridique. Jamais les textes juridiques approuvés hier ne se retrouvent compris et interprétés après par le même législateur.

En RDC, avant 30 juin = après 30 juin. A  ce propos, Mr l’Abbé MALU-MALU qui agit à son gré et ne peut désormais se référer à personne, n’oubliera pas que le Général Belge JANSSENS avant lui, provoqua la mutinerie de la Force Publique alors majoritairement composée d’analphabètes en proclamant "Avant l’Indépendance = après l’Indépendance". Vouloir coûte que coûte s’entêter, c’est vouloir jouer au pyromane. Les congolais ont-ils tous une mémoire courte ? L’Accord Global et Inclusif n’avait-il pas réglé et fixé le délai de la transition au 30 juin ainsi l’ordre dans lequel les élections devraient se dérouler ? Vouloir faire autrement, c’est ouvrir la porte à la bêtise avalisée par le CIAT. Dans sa déclaration du 24 février 2006 au point 3, le CIAT est d’accord avec ce qui précède et réitère même à la classe politique de respecter ses obligations découlant de cet Accord et que les élections parlementaires et présidentielles puissent avoir lieu avant le 30 juin 2006. N’est-il pas dommage qu’aujourd’hui le même CIAT adopte une date et une autre attitude contraires, puisque prônées par la CEI et que les autres congolais que Mr l’Abbé MALU-MALU ne puissent émettre un avis contraire à ce dernier ? Au Congo-Kinshasa, l’identification enrôlement des électeurs est synonyme du recensement administratif des populations. Aussi, la carte d’électeur est une carte d’identité du citoyen.

Chez nous, la constitution de la transition appelée à prendre fin le 30 juin 2006 est  déjà rendue caduque par celle de la 3ème République rendue publique le 18/02/2006 par un  Président de la transition et non par celui de la 3ème République, alors que la Transition court encore et que la 3ème République ne s’est pas encore amorcée. En RDC, le juriste et le politique se réfèrent déjà aux textes de la Constitution de la 3ème République, voire aux deux à la fois alors que c’est la Constitution de la Transition qui est en vigueur. Les emblèmes, devise et armoiries de la 3ème République se voient déjà bradées et affichées pendant la transition.

Quels complaisance, complicité, ridicule, tricherie et incompétence collective du législateur congolais, et qui pis est, en la personne du juriste congolais ? N’est-ce pas le Prof. MAMPUYA K. T. avait récemment écrit que " les crises congolaises ont toujours une dimension constitutionnelle ? Au Congo, les citoyens n’ont pas à lever le petit doigt alors qu’il a été révélé et dénoncé un nombre important d’irrégularités dans le processus d’enrôlement électoral. Parmi celles-ci, il est signalé l’enrôlement au Congo des ressortissants des pays voisins : soudanais, rwandais, burundais, angolais, ougandais, tanzaniens alors que les congolais de la diaspora sont interdis d’enrôlement pour les élections se déroulant dans leur pays.  A cela, il faudra ajouter les fraudes dénoncées par la Commission Electorale Indépendante dont le chiffre avoisinerait 50.000 enrôlés frauduleux, les militaires et les policiers et ce malgré la vraie-fausse plainte portée contre eux par le CEI, il n’y a ni cartes d’électeurs récupérées ni personne arrêtée. A qui profitent ces irrégularités ? Faut-il aller aux élections avec tous ces flous entretenus alors que la CEI, le CIAT et la Communauté Internationale tiennent à l’irréversibilité du processus électoral ?

En Europe, le charbonnier est maître chez lui alors qu’au Congo, le congolais n’a rien à dire car, la Communauté Internationale cultive le mépris à l’endroit du peuple congolais et a droit de tout imposer à sa place. Grâce à leur appui financier au processus électoral, l’Union Européenne et la Communauté Internationale estiment que les congolais n’ont droit ni de rectifier les tirs ni de corriger les erreurs monstrueuses constatées dans le parcours d’un processus souhaité par tous. Qu’on le veuille ou pas, l’élection ne signifie pas le règlement de la situation en perpétuelle dégradation et cette logique financière qui prône l’irréversibilité pour un processus aussi important pour la RDC devient inacceptable. La RDC a cessé d’être un pays riche et paraît ne pas disposer des moyens financiers pour organiser ses élections et ne dépend plus, soutient-on, ni de son économie ni de sa production, mais de l’aide de la Communauté Internationale pour organiser ses élections. Il sied justement de s’interroger où sont passés les butins de la guerre de libération et de la rébellion ? Où sont logés et à qui profitent des fonds issus du bois, du diamant, du cobalt, du coltan, du cuivre et de ses sous-produits, des impôts et taxes, des contrats sur la cession et l’exploitation sur les concessions minières, etc ? Il est étonnant que l’espace présidentiel congolais de la transition n’ait jamais fait grève ni pour son impaiement des rémunérations mensuelles ni pour l’insuffisance de celles-ci. Tous les peuples du monde sont bien fondés à demander que leur destin ne dépende pas de la clémence ou du bien vouloir de tel ou tel autre Etat. C’est ici que les principes d’égalité, de respect de l’Indépendance nationale, de liberté d’action et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats devaient régir les rapports entre la RDC et ses partenaires. Malheureusement, la Communauté Internationale fait fi et déroge à ces principes en ce qui concerne la RDC dont les mains et pieds paraissent liés.

Pour justifier son coup d’Etat, MOBUTU déclarait : "Nous étions menacés de l’intérieur autant que l’extérieur. Certains politiciens pour se maintenir ou pour reprendre le pouvoir, n’ont pas hésité à faire appel à des puissances étrangères.  Ils se sont déclarés prêts à vendre le pays et le peuple congolais à la condition expresse qu’ils soient aidés à se maintenir ou à reprendre le pouvoir. Rien ne comptait plus pour eux si ce n’est le pouvoir pour le pouvoir, l’exercice du pouvoir, se remplir des poches, exploiter la RDC et les congolais. Pour satisfaire leurs ambitions, ils étaient sur le point de sacrifier notre indépendance, notre souveraineté et notre bonheur de peuple libre."

Le Président français, Jacques CHIRAC, s’est catégoriquement refusé d’engager les troupes françaises d’accompagner le Président américain G. W. BUSH en Irak. Les observateurs se demandent pour quel intérêt majeur, cette même France s’active-t-elle ou s’obstine-t-elle à remorquer l’Allemagne en RDC alors que toutes deux ont fait partie du front de refus quant à leur intervention en Irak. Il nous paraît assez étonnant que l’Allemagne soit demeurée non belliqueuse et bien réservée militairement depuis la dernière guerre mondiale, et se voit brusquement placée au-devant de la scène des hostilités supposées ou projetées au Congo. N’est-il pas vrai que par le Décret n° 05/026 du 06 mai 2005, le devoir de rétablir l’ordre et la tranquillité publics là où il y a perturbations revient à la police nationale pour sécuriser le processus électoral ? La Communauté Internationale et le CIAT ignorent-ils ce Décret ? Les troupes combattantes franco-allemandes se substituent-elles à la police nationale commise à la sécurisation des élections ? A quoi servent donc les 17.000 casques bleus (gardiens de la paix) de la MONUC encore présents en RDC et cette police nationale ? Si le nombre de ces derniers s’avérait insuffisant, ne serait-il pas moins encombrant, plus sage et plus économique  de faire appel aux  troupes congolaises brassées pour les compléter et s’occuper également de ce rôle ? Bien que les troupes de la MONUC proviennent de différentes Résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, voilà encore les bruits des bottes de troupes européennes mobilisées dans le cadre de l’autre Résolution n° 1671 du même Conseil de Sécurité de l’ONU pilotée par et composée essentiellement des militaires français et secondairement par les allemands. Et, pourtant les 61 % de la population allemande sont contre l’engagement des militaires de ce pays en RDC (Cfr Hebdo Focus du 27 mars 2006, Sé Wiegold) et, recemment, selon un sondage de l’Institut allemand EMNID, 94 % d’allemands s’opposent à la dernière décision du parlement d’envoyer les militaires en RDC.

Les congolais se rappellent qu’en 1994, la France et toujours elle, initia en France l’Opération Turquoise qu’elle exécuta au Congo/Zaïre. L’Opération Turquoise de très triste mémoire nous poursuit jusqu’à ce jour et a eu pour conséquence, la militarisation du Kivu et que la RDC est encore victime de la présence des Interhamwe sur son sol où ils tuent, pillent et massacrent encore 12 ans après, des paisibles citoyens congolais sans que seule la RDC soit en mesure de s’en débarrasser. Entre-temps, les criminels de tous bords et les génocidaires de l’époque sont réfugiés en France qui n’a jamais extradé des personnes recherchées par la justice rwandaise sous prétexte qu’il n’existerait pas, semble-t-il, de traité d’extradition entre la France et le Rwanda. Allant dans le même sens et au moment où il était encore Ministre d’Etat congolais des Affaires Etrangères et Négociateur en Chef de la Délégation congolaise, Yerodia Abdoulaye Ndombasi déclarait sur Afrique N° 1 relayée par Irin : "C’est la France qui a conduit l’Opération Turquoise. L’Opération qui a poussé beaucoup de monde à venir au Congo et l’on pourrait y distinguer clairement des hommes en armes. Ceux qui ont amené les hommes en devraient prendre leurs responsabilités et organiser une Opération Turquoise pour les en faire partir." A ce sujet, il reprochait à la France et à son Opération Turquoise de 1994 d’avoir introduit les milices Hutu-rwandaises au Congo. (Potentiel n°1664 du 08/07/1999). En dépit de ce qui précède, la RDC se débat encore comme un diable dans une eau bénite pour se défaire des forces négatives Hutu-rwandaises à la veille des échéances électorales.

Que les allemands sachent que le peuple congolais n’a pas oublié que c’est à l’époque de Bismarck, voici bientôt 111 ans, que fut signé à Berlin en 1885 l’acte de naissance de l’Etat congolais, aujourd’hui la RDC. Parfois, quand on parle des allemands, disait le feu Président MOBUTU, les congolais n’oublient pas non plus la division de ses filles et de ses fils, de son pays et d’un peuple qui naguère partageait non seulement  les mêmes idéaux et espace  sans que le peuple de l’époque ait participé en toute liberté à ce partage et manifesté librement son consentement et sa volonté sur son avenir. Que les autres membres de l’Union Africaine et les Africains faisant partie du CIAT se remémorent que  le Congo-Zaïre ne s’est pas départi de sa mission, s’est fort préoccupé et n’a pas failli devant ses responsabilités du sort et de la libération de ses frères et sœurs de la Rhodésie d’Ian Smith, comme ceux de l’Angola pris en tenailles par le Portugal du tyran Salazar, de l’Afrique du Sud, de la Guinée Bissau et du Mozambique, etc. Voilà encore une fois, une opération militaire et qui, si on n’y prend garde, elle risque de devenir enlisante. Aussi, "celui qui n’a pas de souvenir, ressemble, disait S. Kabasele, à un pilote sans boussole" et que celui qui ne sait pas répondre au questionnement, n’a qu’à se remettre lui-même en question.

Nous pouvons nous imaginer un instant que les descendants et arrière-petits-fils de Léopold II déversent leur bile sur nous et qu’ils tirent leurs outrages, jalousie, arrogance, vengeance, insolence et nostalgie historique sur le peuple congolais à cause de la perte de l’emprise officielle sur le Congo depuis le 30 juin 1960. Par contre, nous expliquons difficilement le mobile réel qui pousse la France à marquer coûte que coûte sa présence dans un pays qui n’est pas dans l’espace européen, peut-être s’agirait-il, de vouloir tirer des avantages des intérêts stratégiques d’un grand pays, quatre fois plus grand que la France et plus riche que ses ex –colonies, ou d’avoir en tête un autre schéma dissimilé dans les armes. Dans ce cas là, la soit-disant sécurisation des élections, c’est un bluff ou un arbre qui cache la forêt. En ce qui concerne l’Allemagne et dans sa justification pour avoir cédé aux pressions françaises, la Chancelière Angela Markel trouve qu’il y a des intérêts allemands dans l’Opération Eufor RDCongo et précise que : "Cette région riche en matières premières sert l’industrie allemande notamment les gisements de béryllium, métal dopant la force explosive des bombes atomiques."

L’histoire est plus claire et raconte la manière dont Léopold II a fait l’acquisition du Congo et peut se comparer à une partie d’échecs engagée par un joueur, le champion (Léopold II) contre plusieurs adversaires à la fois dont les principaux ont été en l’occurrence, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.(Roger Depoorter in Stanleyville où le Lualaba devenait Congo, p. 28). Si ceci explique cela et que si telle est la raison d’être des forces de l’Union Européenne, il est clair que l’approche sécurisante des élections est une vue d’esprit. Il s’agit là d’un mimétisme politique et une violation flagrante de notre droit acquis d’un Etat par l’Indépendance et cela nous parait inadmissible, sauf au cas où les congolais avaient cessé d’être souverains et sont déclarés sans qu’ils le sachent ouvertement sous tutelle, car devenus incapables de diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne.

Les membres du CIAT sont des ambassadeurs de la paix, de la démocratie et empêcheurs de la guerre. Ils sont invités à demeurer au milieu du village, non alignés, et sans position partisane. Leurs prises de position ne devraient pas baigner dans les généralités laconiques mais, apporter la thérapeutique efficace du mal congolais qui risque de faire mouche et de tout basculer. Pour mener à terme le processus électoral dans un climat politique apaisé et sécurisé, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il ne nous paraît pas urgent à l’instant, de songer aux forces étrangères de sécurisation des élections, si franco-allemandes soient-elles, en dehors des casques bleus de la MONUC et de la police nationale. Mais, il est à notre avis beaucoup plus raisonnable, pressant et moins coûteux  à la RDC, à la Communauté Internationale et à l’Union Africaine par droit de solidarité avec la première citée, d’organiser dans un bref délai, une concertation politique restreinte réunissant les protagonistes ciblés de la classe politique et de la société civile congolaises.  N’est-ce pas le Dialogue Intercongolais  a engendré la CEI et celle-ci ne peut en aucun cas se prévaloir au-dessus de tous, même si elle joue à la grenouille et le bœuf. Cette concertation devra intervenir avant le 30 juin 2006 et permettra de lever les pesanteurs, les équivoques, les essais et erreurs, les tâtonnements, les entêtements ou le radicalisme des uns et des autres,  la légèreté, l’inexpérience ainsi que les imperfections qui ont vicié et entaché le processus électoral en cours. Elle a en outre pour avantage d’amortir le choc et la psychose du 30 juin 2006, d’assainir les mœurs politiques pendant la campagne électorale et de parvenir harmonieusement à un accord consensuel opposable à tous.

Nous pensons que le recours à l’intervention des forces européennes en plus de celles de la MONUC, de la police nationale commises à la tâche ainsi que des troupes congolaises brassées entraîne un effort financier colossal supplémentaire et ne nous paraît pas particulièrement et significativement sécurisant. Nous l’avons vu ailleurs qu’en en cas d’étincelle, ces genres de forces s’emploient à réunir et à rapatrier des ressortissants occidentaux et ainsi les soustraire du danger de la mort. Souvent, elles évacuent en même temps dans leurs avions ou bateaux, les derniers dinosaures, les caciques du système mis en place et les gouvernants récalcitrants et opposés à tout dialogue ou à  tout arrangement à l’amiable de la situation. Ces derniers ont toujours laissé derrière eux leurs milices et armes qui ont souvent provoqué non seulement le déluge mais le carnage des autres dans la périphérie de leurs villes. Ayant fui le pays et à la vindicte populaire, ils vont eux-mêmes allonger la liste des immigrants choisis afin de se faire la peau neuve et revenir le moment venu  avec le nouveau régime. Si les tenants du pouvoir et le CIAT continuent à faire la sourde oreille, ils seront tenus historiquement, collectivement et personnellement responsables de la non-assistance de la RDC en danger car, ils ne seront pas  différents d’un chirurgien ayant abandonné un bistouri dans le ventre d’un patient après l’opération chirurgicale tel qu’imagée par T. Ngondamvi (Potentiel n° 1675 du 21 juillet 1999), et dans ce cas là, il sera bien trop tard car le temps de concertation et de bien faire aura largement dépassé.

Le Laboratoire d’Analyses Sociales de Kinshasa 

R. MBUYI MUKADI

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10 juin 2006

Afrique du Sud : le face à face avilissant, explosif ?

Commentaire sur l´article du Pr. Achille Mbembe sur Africultures

Cartes viciées, cartes truquées : l´impasse du faux

Je recommande à mes lecteur de lire cet excellent article sur africultures : Lutte pour la succession en Afrique du Sud :

Le syndrome de Nongqawuse. http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=4449 

J´ai été saisi par ce psychogramme Xhosa de 1856/1857, parce qu´il relève curieusement bien de la réalité actuelle de l´Afrique du Sud. Et malgré que j´admire l´analyse du Professeur Achille Mbembe qui est absolument correcte, je n´arrive hélas pas à la même conclusion que lui. Tout est vraisemblablement question de point de vue. Toujours est-il qu´à mon avis, les peuples sud africains en crise réelle d´orientation sociopolitique et culturelle ne se retrouvent pas dans leur élite qui elle est subjuguée, ou neutralisée par une fausse réconciliation qui a fait perdre à la société l´occasion d´épurer moralement le dilemme déchirant de l´Apartheid. Les Blancs, non seulement ils se sont donnés, après toutes leurs exactions criminelles durant cette méprisante et inhumaine période historique de la Nation Sud africaine, le luxe arrogant de bouder la commission de vérité et de réconciliation de Desmond Tutu par laquelle, rappelons-le, il leur avait été, au départ, garanti de l´aspect purement réconciliant de cette commission. Il étaient donc assurés qu´ils ne seraient pas jugés, mais que cette procédure avait pour but de guérir la conscience blessée de la Nation et de rapprocher noirs et blancs en permettant aux victimes de savoir où étaient enterrés leurs disparus assassinés, et peut-être, dans la mesure où on pouvait retrouver les corps et les distinguer dans les nombreuses fosses communes organisées par l´ancien régime criminel de Pretoria, de leur donner une sépulture respectable et humble. Pourquoi les blancs ne se donnèrent pas la peine de rendre justice à une âme nationale commune ? Parce qu´ils détenaient les finances et l´économie ? Ou parce qu´en réalité ils ne voulaient pas partager leur âme sociohistorique avec des noirs ?

Desmond Tutu commit à mon avis une erreur psychologique monumentale en accordant, par contumace aux anciens criminels l´absolution et le pardon des noirs. Parce qu´ainsi, dans la représentation psychologique de la communauté noire, ces actes impunis détruisaient l´éthique et la morale de la société, suggérant aux criminels l´impunité et aux victimes l´indignité et l´injustice de la crucifixion éternelle. Cela devenait encore plus révoltant si ces blancs arrogants et criminels détenaient les moyens économiques de la société, et vivaient en toute pompe et largesse pendant que leurs victimes, elles, devaient, comme par le passé, faire la file et attendre le bon vouloir de leurs injustes et arrogants seigneurs. Qu´est-ce qui avait bien changé ? Rien. Les noirs avaient visiblement le pouvoir, mais c´était le blanc qui était resté le maître. Et dans le subconscient blessé et encore saignant de l´homme noir, mais aussi dans le repaire moral et éthique de valeur sociale, il se sent violenté et trompé encore une fois. Ca déprime et révolte. A raison. Dernièrement, sur grioo.com, Desmond Tutu se plaignait de l´indifférence des blancs devant la misère qui montait irréversiblement des townships. Bien tard. Les blancs se sont bien tirés d´affaire devant la naïveté et, on doit le dire sincèrement : l´incapacité de l´élite noire sud africaine à percevoir les dessous réels de l´enjeu et de l´incidence sociopolitique de cette dualité noire/blanc, et surtout de leur portée psychologiques sur le corps divisé de la Nation.

J´ai déploré dans cet article l´absence d´un élément important : celui de la méthode et des moyens utilisés par les boers de l´Afrique du Sud de l´Apartheid contre les africains noirs légitimes habitants de l´Afrique du sud. Assassinats, tortures, infections criminelles au sida, empoisonnement à l´anthrax génétiquement orienté, emprisonnements, exactions et répressions physiques, psychologiques dévoilant un haut mépris et une criminalité bien perverse. Tout avait été employé pour briser ce peuple et l´asservir en lui infligeant, avec la complicité de l´occident intéressé par les richesses minières de ce pays, un traitement des plus inhumain. Et si rien n´a changé aujourd´hui à part les violences raciales gratuites ou si la victime, malgré que les noirs aient les rênes du pouvoir politique, n´arrive pas à réaliser ses rêves, ses désirs empêchés, ses attentes brimées et réprimées pendant des décennies entières interminables, si pas des siècles ; parce que, ne nous faisons aucune illusion : ce dont il s´agit, en Afrique du Sud, c´est de réalisation existentielle. Ou de commune réalisation existentielle. Mais hélas, par trop souvent on l´oublie ; ce qui suggère à tous faussement que la vie d´un noir, son existence ne vaut pas celle d´un blanc. Et c´est une erreur que la domination culturelle occidentale qui s´est imposée sur le monde depuis 600 ans doit se guérir le plus rapidement que possible. Aujourd´hui encore, elle a trop tendance à justifier ou à tolérer que les blancs détiennent les moyens de production au détriment des noirs, et que ce dernier devait se débattre ou mieux, se soumettre ou s´aligner à la culture occidentale, parce que c´est sa seule façon de survivre ou de réussir. Paternalisme borné que tout cela ; l´homme noir est un partenaire tout au moins. Sa vie, son existence et sa réalisation ne dépendent que de lui-même. C´est donc que le priver sciemment de moyens de réalisation réelle ou imaginaire, c´est enfreindre sa liberté, porter atteinte à sa souveraine légitimité existentielle. On est bien surpris que ces esclavagistes, colonialistes et ségrégationnistes d´hier parlent de liberté, de démocratie, d´humanité alors que des siècles durant, toutes leurs actions historiques déniaient ces allégations et organisaient systématiquement la domination et la soumission des autres peuples et notamment de l´homme noir.

L´élite sud africaine au pouvoir actuel doit le comprendre et cesser de jouer le sous fifre déjoué en versant un vin pur à son peuple. Dans cette affaire, il ne s´agit pas seulement de l´existence de noirs, mais aussi de celle des blancs. Il s´agit d´entamer efficacement de rapprocher deux races dont la cohabitation a été gérée par un des antagonismes les plus cruels et méprisant de l´histoire humaine, et dont les blessures saignent encore abondamment. Il y a donc lieu d´accélérer et de multiplier les actes et les initiatives qui guérissent ces plaies sans leur laisser de longues cicatrices ou de d´inguérissables névroses que les individus vont porter indéfiniment dans la société au risque de les transmettre à leurs enfants comme on le voit en Allemagne avec les nazis, et qui empoisonneraient à la longue toute harmonisation réelle de la société. Toute nation est un être vivant qui a une âme, des attentes, des rêves, des désirs qu´il faut réaliser ensemble si on veut appartenir à son corps. Il est (encore) grand temps que les blancs quittent leurs refuges arriéré et primitif, et accepte de marcher côte à côte avec ceux qui sont prêts à leur pardonner bien de méchancetés. Il est encore temps. Le noir est une race comme tout autre, sa patience n´est pas éternelle. Et il est criminel et méprisant de croire que contrairement à tout être humain il n´aime pas sa liberté ou sa réalisation. C´est une grossière et malveillante erreur. 

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

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12 mai 2006

Un monument de conscience : Franz Fanon

Extrait de "Pour la Révolution Africaine"

Derrière le racisme et la culture qui en est victime

« Le racisme (...) n'est qu'un élément d'un plus vaste ensemble: celui de l'oppression systématisée d'un peuple. Comment se comporte un peuple qui opprime ? Ici des constantes sont retrouvées.                                

fanon13

On assiste à la destruction des valeurs culturelles, des modalités d'existence. Le langage, l'habillement, les techniques sont dévalorisées. Comment rendre compte de cette constante ? Les psychologues qui ont tendance à tout expliquer par des mouvements de l'âme, prétendent retrouver ce comportement au niveau de contacts entre particuliers: critique d'un chapeau original, d'une façon de parler, de marcher ...

De pareilles tentatives ignorent volontairement le caractère incomparable de la situation coloniale. En réalité les nations qui entreprennent une guerre coloniale ne se préoccupent pas de confronter les cultures. La guerre est une gigantesque affaire commerciale et toute perspective doit être ramenée à cette donnée. L'asservissement, au sens le plus rigoureux, de la population autochtone est la première nécessité.

Pour cela il faut briser ses systèmes de référence. L'expropriation, le dépouillement, la razzia, le meurtre objectif se doublent d'une mise à sac des schèmes culturels ou du moins conditionnent cette mise à sac. Le panorama social est déstructuré, les valeurs bafouées, écrasées, vidées.

Les lignes de forces, écroulées, n'ordonnent plus. En face un nouvel ensemble, imposé, non pas proposé mais affirmé, pesant de tout son poids de canons et de sabres.

La mise en place du régime colonial n'entraîne pas pour autant la mort de la culture autochtone. Il ressort au contraire de l'observation historique que le but recherché est davantage une agonie continuée qu'une disparition totale de la culture pré-existante. Cette culture, autrefois vivante et ouverte sur l'avenir, se ferme, figée dans le statut colonial, prise dans le carcan de l'oppression. A la fois présente et momifiée, elle atteste contre ses membres. Elle les définit en effet sans appel. La momification culturelle entraîne une momification de la pensée individuelle. L'apathie si universellement signalée des peuples colo