21 février 2008
Un scandale fiscal sans précédent secoue l´Allemagne
Une escroquerie généralisée au fisc de la part des managers, des riches et nantis met toute l´Allemagne en émoi. La banque LGT du Liechtenstein à l´index.
Une élite immorale, sans foi ni caractère
Celui qui avait crû que la richesse ou le pouvoir tranquillise, celui-là se voit détrompé par ce qui se passe actuellement en Allemagne : les riches, les managers opulents pratiquent à grande échelle l´escroquerie à l´imposition avec l´aide bienveillante de banques, d´institutions financières allemandes vers le paradis fiscal du Liechtenstein.
Le premier à être publiquement et non moins démonstrativement mis au banc des accusés ne fut autre que Klaus Zumwinkel, le plus ancien manager allemand en service de la Poste et de la Postbank. Ses honoraires : 4 millions € par an. Et diable, on se demande ce que le plus influent des managers allemand avait à se prêter à une telle grossière bassesse ? Cupidité, rapacité ? Mais depuis 18 ans que cet homme apparemment intègre était à la tête de cette entreprise étatique, ne gagnait-il pas assez pour s´abaisser à ce bris de confiance et de loyauté envers l´Etat dans lequel il avait, entre autre, participé, conseillé à un taux d´imposition qu´il s´empressa aussitôt de…contourner pour gagner encore plus illégalement !
Que devait donc dire les petits employés, les chômeurs cherchant désespérément emploi ; ceux que la société, sous l´égide de managers tels que Zumwinkel, contraignait aux bas salaires et à la modération des revendications salariales depuis plus de quinze ans ? Si les riches, les nantis, ceux qui faisaient les lois et soumettaient le peuple à d´amers pilules soit disant pour que l´économie se relève ou aille mieux ; si ceux-là malgré leurs privilèges et leurs lourd honoraires n´en prenaient pas assez la gorge. Que devait donc faire le petit peuple pour faire entendre ses besoins et ses manques ? L´élite n´avait-elle pas une fonction d´exemple à suivre dans la société ? Devant quel genre de caractère éthique et moral se trouvait-on donc devant ces délinquants volontaires au fisc ?
On se demandait, cependant, aux premiers jours : comment diable l´inspection des finances et de la fiscalité sont-il arrivés à percer les secrets bien gardés des douteuses fondations financières qui abondaient le Liechtenstein à ce point que cette petite principauté compta plus de boîte aux lettres et de fondations invisibles que d´habitants ? Un informant. Un ancien employé parait-il de la LGT aurait vendu la poule aux œufs d´or sous forme d´une CD à la BND, le service d´information allemand. Et depuis, il dégustait en Australie les 4 millions € payés avec remerciement par les pouvoirs publics allemands. Lui aussi était cupide. Mais de cette saine cupidité qui permet d´épurer une pratique à grande échelle d´escroquerie à l´imposition public et de fuites organisée de capitaux. La belle aubaine. Le ministère des finances, selon lequel quelques 1000 noms et détails de transactions de délinquants seraient entrés en sa possession, se réjouissait déjà des peines et contraventions qui pourraient lui rapporter 1 milliards €.
On entend les avocats et les riches concernés (comment pouvait-il en être autrement) ruminer sur la fausseté des moyens d´acquisition des preuves les accablant. Or on oublie que contrairement aux Etats-Unis où cette exception de preuve légale serait valable, en Allemagne, le législateur, et surtout en matière fiscale, ne juge pas des moyens d´acquisition de preuves d´accusation. Depuis, des razzias de l´inspection des finances jalonnent toute la république : les banques, les domiciles privés, les sociétés, tous y passent. Et du coup, des démissions de hauts fonctionnaires font écho aux mains fouineuses des inspecteurs des finances dont un avocat a dernièrement dit : « Jamais une instruction de délit fiscal n´a été aussi complète et documentée. Ils ont absolument tout ». Et c est vrai que les informations remontent jusqu´aux années 1970 !
Cette histoire a, naturellement, terni les relations entre le Liechtenstein et l´Allemagne : l´un accusant l´autre d´héberger des délinquants allemands au fisc et de leur prêter assistance dans leurs délits, et de l´autre, le Liechtenstein argumentant que l´Allemagne aurait corrompu et incité au vol un de leur collaborateur. Ce qui n´était pas légal, du moins autant immoral. Et on ne s´arrêta pas seulement à des débats à distance. Le ministre président du Liechtenstein se déplaça en consultation à Berlin. Ce pays craignait que l´Allemagne mette en œuvre ses menaces et pénalise toutes les transactions financières avec le Liechtenstein dont la fortune et l´économie dépendaient énormément de ces fonds et fondations financières faisant profit sur son territoire à basse ou nulle imposition.
Cette histoire montre notamment aux africains dont quelques milliards dorment au Liechtenstein, qu´il y a moyen de faire pression ou de recouvrer son droit quand on le veut. Ceux des africains qui osaient ou prétendaient par ennui, par manque de réalisme, réclamer les sommes folles escroquées à leurs peuples par des dictateurs et des fonctionnaires véreux devraient prendre patience et rester sur le qui vive. Un jour un collaborateur de ces banques deviendra gourmand ou voudra pendre plus de vacances que ses chefs…ce jour-là tout est possible, même une saisie internationale retournant ces capitaux en Afrique.
Pour ce qui est des riches et des nantis allemands, on se demande s´ils ne sont pas victimes du débâcle économique et culturel occidental qui s´annonce à l´horizon ; cela expliquerait leur : sauve qui peut, seul l´argent compte. Parce qu´ils ont tout : la fortune, les privilèges, les honneurs du haut du pavé…Qu´est-ce qui leur a manqué ? Rien du tout. Ou alors, c´était un sport d´ennuyé cultivant le coup d´adrénaline que procure la violation à l´ordre ou aux lois ? Toujours est-il que le peuple exige déjà l´application aveugle de la loi qui est valable pour tous. Et si ces messieurs ne savaient pas la respecter, eux qui en étaient les premiers profiteurs, qu´ils en subissent donc de sa rigueur sans exiger de celle-ci qu´elle leur soit clémente. En tout cas, Klaus Zumwinkel, lui, a été impressionné : il a démissionné aussitôt de son poste et désisté au million € que sa pension qui devait débuter en Novembre lui reconnaissait pas an. Pour les autres, les perquisitions font rage. L´Etat, c´est bien connu, n´aime pas qu´on le prenne sous le bras…
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Forum Réalisance
23 février 2007
Le retour du néocolonialisme belge au RDCongo
Commentaire sur l´article d Afrikara du 19/02/2007 : Prêts odieux de la Banque mondiale à la métropole coloniale belge pour coloniser le Congo, par Éric Toussaint. A lire sur : http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1624&PHPSESSID=af6050228ebf7d4e448b98d8b0d30116
Le retour des salauds de la soumission
« Il est toujours plus facile de prétendre apprendre aux autres à se libérer d´eux-mêmes, pour devenir libre et indépendant, que de reconnaître qu´on n´est soi-même incapable de vraie liberté. Et qu´en vérité, ce qu´on nomme gratuitement , et cependant non moins fallacieusement liberté n´est rien d´autre que la plus vile intention de soumission» Musengeshi Katata
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Je me disais bien lorsque je lus l´allocution faite par Kanambé alias Kabila devant le sénat belge en le 10 février 2003 qu´il y avait dans cet éloge brûlant de Léopold II quelque chose d´à la fois illogique, insultant, prémédité. Le même acte d´allégeance et de soumission a été fait devant le français ; ce qui a entraîné quelques jours plus tard la loi sur les effets positifs de la colonisation ! Et si à l´époque, pressentant le danger, je dénonçais déjà le preux retour du néocolonialisme en Afrique, je fus troublé que nul n´y attacha beaucoup d´importance. Eh oui, l´Afrique et ses intellectuels aveuglés…Et même lorsque je fis la remarque sur l´invitation à Bruxelles de l´ange de la mort de la liberté économique dans le monde : Paul Wolfowitz – à moins, bien sûr, d´accepter celle soumise et bienveillante aux privilèges et aux intérêts occidentaux – car ceux-ci, devant l´impressionnante montée industrielle chinoise, voyaient déjà arriver la fin de leur confortable domination. Il fallait donc parer au plus pressé et couper la Chine d´une mainmise imposante sur les matières premières, afin de se réserver quelques atouts de bonne valeur dans un enjeu industriel et commercial qui prendrait, dès que La Chine aurait atteint sa vitesse de croisière industrielle, une importance capitale pour les recettes et l´avenir de biens de pays industriels surproduisant, car leur marché commercial habituel se rétrécirait douloureusement.
Au-delà de ce qui se passe actuellement et qui aura une incidence des plus influente sur l´avenir du tiers monde non développé, et particulièrement de l´Afrique, je dois m´avouer à la fois surpris et profondément peiné intellectuellement sur le débâcle stratégique de l´élite africaine. Elle se débat, elle fait du bruit, mais en réalité, elle cafouille, tout simplement. Et comme il y a 600 ans, elle est de nouveau surprise sans le moindre concept de défense contre le sort qu´allait lui réserver les « autres ».
Elle risquait non seulement de perdre définitivement son propre enjeu culturel, économique et social de développement, mais d´être, entre la perfide guerre économique qui allait faire campagne entre l´occident et les nouveaux arrivants au firmament de l´industrialisation (Chine, Inde, Brésil, Russie), écrasée dans la tourmente. Car les enjeux des deux parties étaient de taille. Les uns voulaient conserver leurs privilèges exorbitants et quasi aveugles ; tandis que les autres n´avaient pas le choix que de marcher de l´avant et repousser pouce par pouce l´impérialisme occidental en le contraignant à composer, sinon à concourir ouvertement.
Cette guerre, si je peux l´appeler ainsi parce que c´en est une des plus violente que l´histoire économique et politique du monde aie connue, sera violente et pavée de toutes les cochonneries du capitalisme. Et c´est dire que les faibles, ceux qui n´ont ni la capacité de saisir ce qui leur arrive à eux et à leur société, ceux-là auront encore plus difficile qu´hier à émerger, à survivre. Et c´est justement parce que l´issue est connue d´avance, que la Chine l´emportera à coup sûr, que la guerre sera infernale. Pour prouver ou essayer d´établir que le contraire était possible. Et le capitalisme occidental était puissant, organisé, conscient plus que tout autre alliance économique mondiale de ses avantages et de ses intérêts. Ce géant se battra jusqu´à ce qu´il se rende compte qu´il n´y a plus aucune chance de victoire, et qu´il vaudrait mieux composer pour ne pas perdre inutilement ses précieuses réserves substantielles.
Si certains africains croyaient actuellement qu´il suffisait de choisir un camp, ils se trompaient bien. Il s´agissait plutôt, à mon avis, de rester le plus loin du combat que possible. Tout en mettant avec un engagement exceptionnel ses facteurs défectueux ou attardés à jour. Car l´après guerre, et même durant toutes ces batailles des normes, des institutions, des finances et centres économiques, ceux qui auront gardé la lucidité des exigences des temps, ceux qui sauront appréhender et répondre aux conditions multidimensionnelle de l´avenir ; ceux-là prendront plus facilement le train que ceux qui s´enfermeraient à leur étroitesse d´esprit et de capacité. Le monde sera plus ouvert que jamais, mais il sera aussi incroyablement ardu, cher et lointain.
Un théologue africain : Nsapo Kalamba m´a fait parvenir l´avis d´une tenue de conférence appelée « Journée d´étude d´Omnes Gentes - 16 déc. 2006 ». Les lecteurs intéressés trouveront plus ample information sur http://realisance.afrikblog.com/archives/2006/08/28/2550933.html , en commentaire.
Cette initiative qui est patronnée par Fondé en 2003, Omnes Gentes est une association de partenariat entre les Facultés de théologie de la Katholieke Universiteit Leuven et de l´Université catholique de Louvain, le Centre Lumen Vitae de Bruxelles et Missio Belgique. Son but consiste en ceci :
1) promouvoir la proposition de la foi et la réflexion critique à son propos dans un monde globalisé ;
2) accomplir une telle tâche particulièrement dans le domaine des expressions de la foi et du dialogue avec d´autres convictions et croyances, de la contextualisation et de l´échange solidaire entre les Eglises soeurs d´Afrique, d´Asie, d´Amérique, d´Europe et d´Océanie.
Le moins que je puisse dire en lisant ce compte rendu, c´est : catholique, réunissez-vous, il faut sauver le capital occidental ! On le voit, l´église catholique est bien le bras droit du capitalisme occidental ; sentant le danger prochain de désuétude, elle va en campagne pour sauver les meubles menacés du maître. Comment disait encore Léopold II aux missionnaires en partance pour le Congo-Belge ? « Apprenez-leur à croire, pas à réfléchir ! ».
Celui qui suivrait cette royale injonction, ou s´accrocherait aux soutanes du Curé au lieu de motiver utilement et de défendre sa liberté avec des instruments respectant sa culture, ses ambitions, son avenir ; celui-là a déjà perdu, et ne serait rien d´autre que l´ombre sans âme d´un être humain. Ce qui qualifie et honore la valeur humaine, c´est justement ce désir intarissable et inconsolable à la liberté et à la réalisation sensible. Pas la soumission ou le déni de soi-même.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
16 février 2007
Les méandres de l´amour Chiraquien envers l´Afrique
Au 24ième sommet franco africain (15 et 16 février 2007) à Cannes, Jacques Chirac fait un aveu tardif d´amour envers un continent que la France accompagnée de tout l´occident avait, des siècles durant mis copieusement à mal. Aveux tardifs et pour le moins blessants envers le désespoir africain ?
Cette passion qui ne vécut que du mépris et de la vile chosification
Sarah
Si vous la rencontrez, bizarrement parée, traînant dans le ruisseau un talon déchaussé, et la tête et l'oeil bas, comme un pigeon blessé, monsieur ; ne crachez pas de juron ni d'ordure, au visage fardé de cette pauvre impure, que déesse famine a par un soir d'hiver contrainte à relever ses jupons en plein air. Cette bohème là c'est mon bien, ma richesse, ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse...
La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps.
Les yeux cernés
Par les années,
Par les amours
Au jour le jour,
La bouche usée
Par les baisers,
Trop souvent mais
Trop mal donnés,
Le teint blafard
Malgré le fard,
Plus pâle qu'une
Tache de lune.
La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps.
Les seins trop lourds
De trop d'amours
Ne portent pas
Le nom d'appâts,
Le corps lassé
Trop caressé,
Trop souvent mais
Trop mal aimé.
Le dos voûté
Semble porter
Les souvenirs
Qu'elle a dû fuir.
La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps.
Ne riez pas.
N'y touchez pas.
Gardez vos larmes
Et vos sarcasmes.
Lorsque la nuit
Nous réunit,
Son corps, ses mains
S'offrent aux miens
Et c'est son cœur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure.
Georges Moustaki
Un discours passionné, qui, chez tout enfant innocent, aurait agrandi et fait briller ses pupilles de joie reconnaissante. Ah, l´amour…ce beau et noble sentiment, qu´il était grand et délicieux à avouer ! Qu´il était réchauffant dans nos cœurs d´entendre sa complainte attendrie flatter les attentes avides de notre âme secrète et profonde ! Tout cet aveu nous aurait bouleversé, chaviré la contenance si…eh oui, si notre subconscient ensanglanté ne nous projetait pas, à chaque souffle de notre vie, des images, des faits, des intentions qui, depuis des siècles, ne cessaient de nous détruire avec des méthodes, un mépris qui frisait un dégoût ou un barbarisme insupportable. Et puis, tout à coup, cette déclaration d´amour qui sonnait comme l´aveu d´un homme à une femme violée, battue, contrainte á servir et à se renier elle-même durant toute l´étreinte des temps…et à laquelle le phallocrate avouait, les larmes aux yeux : « Je n´ai jamais cessé de t´aimer ! ». On tombe des nues, cela va de soi. Et la femme, devenue mère depuis longtemps de rejetons affamés, hagards et privés d´avenir, de liberté et de reconnaissance existentielle réelle, se demandait si elle devait pleurer de joie ou d´amertume.
La France voudrait-elle nous apprendre à aimer le violentement de nos âmes, les blessures morales, physiques béantes ; et plus douloureux encore : ce mépris chosifiant et injurieux qu´elle nous avait injustement appliqué ? L´amour pour cacher les tortures de la francafrique, l´interdit ou l´exclusion systématique à la reconnaissance sociohistorique ? Ou était-ce encore, comme hier, l´usage du bâton et de la carotte, pour mieux tromper et désorienter son nègre en le laissant tourner, comme une bourrique, au carrousel de l´illogisme déroutant ? Amour, amour…mais c´est amour on en meurt ! Gratuitement. Entredéchiré par une violence et une amertume intérieure qui, sous la sourde révolte de la négation, avait fait germer dans des générations moutonnantes et désemparées, un sentiment impuissant, sans nom. Parce que son horreur et ses meurtrissures saignantes, à chaque pas, à chaque voeu ou prière d´attente légitime de bonté et de réalisation, se sont, en vagues déchaînées, abattus sur le naufragé désemparé. Personne n´avait vu nos larmes, personne n´avait entendu nos cris et ceux de nos femmes et de nos enfants ? Amour ? De l´esclavage à la francafrique, quelle noble épopée !
Nous avons cessé de pleurer car nos larmes ont tari, monsieur Jacques Chirac ; à vous il est facile de parler d´amour envers nous, comme au rendez-vous mitigé des sentiments sans lendemain. De ceux qu´on confesse ouvertement pour cacher ses erreurs ou sa fausseté, et se faire passer pour le bon père de famille ou l´amant épris égaré par sa gaucherie. Amour, amour …dans nos cœurs et nos âmes mises à sang par la déception de vagues incessantes d´étreintes sournoises, rapaces, humiliantes ; nous avons caché notre meilleur refrain de ce noble sentiment. A l´abri du mensonge et de l´incurable cupidité humaine. Et notre histoire n´en devient que plus distante et plus réservée. Surtout face à des déclarations qui suivaient le feu, et faisaient plus de fumée qu´elles ne cuisaient notre pain. Eh, oui, nous avons cessé de croire. L´amour est un trop beau et trop précieux sentiment pour qu´on le jette aux ordures de la méchanceté. Nous avons appris à le cacher sous notre peau noire, pour ne pas avoir à essuyer ses larmes, à supporter ses incessants sanglots.
Aussi, cher monsieur le président, ne soyez pas surpris si nous ne sautons pas de joie ou ne nous prêtons plus naïvement à ce genre de brûlantes déclarations d´amour; nous en entendrons sûrement d´autres de vos successeurs. Et gageons que ni nos douleurs ni nos prédateurs n´auront diminué en nombre et en méchanceté. Mais si c´était le mot pour signer votre prochain départ de la scène du pouvoir, allez en paix. Que votre conscience humaine soit votre seul juge, nous, notre combat nous attend, et il fait rage à tous les fronts.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Ségolène Royal a-t-elle réellement un coeur pour l´Afrique ?
Ou assisterions-nous à une campagne électorale comme toutes les autres: on va à la pêche à l´électeur avec des slogans qui, aussitôt les élections gagnées, elles se transforment vite en formules vagues et lointaines ?

La candidate socialiste répond à la lettre ouverte de Jean-Marie Fardeau, secrétaire général du CCFD, publiée dans notre édition du 14 décembre. Elle propose des changements d’orientation.
"Je propose que nos accords de coopération soient examinés par le Parlement"
Mon projet pour l’Afrique, par Ségolène Royal
L'Afrique, dans l'extrême diversité des situations qui la caractérise, est en pleine mutation. Le parallèle avec la politique africaine de la France, figée dans une coupable immobilité n'en est que plus cruel. Cela doit changer dès 2007. Depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l'origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l'intérêt général, la pratique présidentielle a terni l'image de notre pays, qui se trouve associé dans l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent. La France doit à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine, sans qu'il soit possible d'opposer à cette ambition la réalité des interventions de notre pays. De ce point de vue, les récentes déclarations du candidat de l'UMP qui s'inscrivent sans retenue, dans les mêmes réseaux que le Président Jacques Chirac, ne sont pas de nature à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que notre pays demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l'Etat de droit.
Les Africains sont malheureusement les premières victimes de cette politique de la « Françafrique ». La multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires. Faute d'avoir incité les régimes les plus fermes à s'engager dans la voie de la démocratisation et du respect des droits humains, nous nous trouvons réduits à intervenir militairement dans la précipitation pour éviter des prises de pouvoir par la force. Mais c'est en amont que nous aurions dû agir pour favoriser le dialogue politique et la participation de l'opposition et de la société civile africaine au jeu démocratique. D'une part, les termes de nos accords de défense et de coopération militaire avec plusieurs pays africains devront être clarifiés et si besoin renégociés. Notre politique étrangère doit être conduite dans la transparence. Je propose donc que nos accords de coopération, et notamment nos accords de défense et de coopération militaire soient examinés par le Parlement. Il s'agit d'un engagement nouveau mais nécessaire. Les citoyens français ont le droit d'être informés des buts poursuivis par nos programmes de coopération et des raisons de l'engagement de nos forces armées sur le continent africain. Je propose qu'un débat à l'Assemblée nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée dans un conflit sur le continent africain. Il faudra aller au-delà et je retiens votre proposition de mettre en place une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales. Cette délégation permettra non seulement de mettre en débat les grandes orientations de la politique de coopération, elle devra aussi contribuer à clarifier le rôle des différents acteurs engagés dans la coopération : services publics, collectivités locales, entreprises et ONG.
D'autre part, notre coopération devra faire des efforts particuliers pour consolider la société civile africaine et renforcer les mécanismes contribuant à l'émergence de la démocratie. À l'évidence, les ONG françaises et européennes ont un rôle particulier à jouer dans ce domaine. Je souhaite que nous développions une ligne de programme spécifique accessible aux ONG françaises et à la société civile africaine, en valorisant les enseignements du programme Démocratie et droits de l'Homme mis en œuvre par l'Union européenne, programme avec lequel nous gagnerions à développer des synergies. Cet aggiornamento politique me semble constituer la première étape de la rénovation de notre politique en direction de l’Afrique. Mais nous devons aussi innover pour accompagner le continent sur la voie d'un développement durable. La pauvreté reste endémique. L'espérance de vie régresse dans les pays frappés par le sida et le paludisme. La croissance urbaine crée de graves déséquilibres. La condition des femmes est trop souvent bafouée. Je voudrais suggérer ici plusieurs pistes d'action.
Nous devons veiller à préserver nos capacités des pays africains à vivre de l'exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire. Il n'est pas acceptable que certaines entreprises, dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage de ces ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique. Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l'émigration vers l'Europe. Il serait plus intéressant d'éviter ces pillages et d'encourager l'économie locale au bénéfice de populations qui, dès lors, préféreraient vivre et prospérer dans leur propre pays.
Nous devons plus généralement encourager voire contraindre les entreprises à s'engager sur une éthique de responsabilité sociale et environnementale en veillant a minima qu'elles respectent les codes de conduites édictés par exemple par l'OCDE. A ce titre, je soutiens l'initiative « Publiez ce que vous payez » qui propose d'imposer aux industries extractives de rendre publiques les sommes versées aux Etats pour l`exploitation de leurs ressources naturelles. Les citoyens africains ont le droit de savoir ce que leurs gouvernements perçoivent des compagnies étrangères et les consommateurs français doivent pouvoir s'assurer que l'essence qu'ils achètent n'entretient pas un régime despotique. Nos pratiques doivent évoluer: la transparence, c'est la modernité, l'opacité actuelle l'archaïsme. La première condition du développement est de ne pas gâcher les atouts humains dont un pays dispose. Je constate que les pays qui investissent le plus dans l'éducation. en particulier celle des jeunes filles et qui respectent le plus les droits des femmes sont aussi ceux qui réussissent le mieux.
Pensons au rôle qu'ont pu jouer les femmes dans l'émergence de pays tels que le Cap Vert, la Tunisie ou l'Afrique du Sud… L'éducation joue aussi un rôle clé pour la prévention de la diffusion des pandémies. Enfin, l'amélioration de la condition des femmes africaines passe par le soutien aux mouvements qui luttent contre l'excision, pour le droit des femmes à maîtriser leur corps et leur fécondité, ainsi que par le renforcement de la participation des femmes à la représentation politique. Pour valoriser les atouts humains de l'Afrique il convient aussi de préserver la santé des populations africaines. Le sida entraîne de terribles régressions. Les exemples sont nombreux en Afrique australe: en Zambie, l'espérance de vie a ainsi régressé de dix ans dans les dix dernières années.
Les pays en développement ont obtenu à Doha le droit de copier ou d'importer des médicaments génériques pour leur politique de santé publique, mais, de facto, ils ne peuvent utiliser ce droit, en raison des mécanismes juridiques très contraignants qui ont été fixés sous la pression des laboratoires pharmaceutiques. Ces obstacles doivent être levés et la France doit s'engager à soutenir effectivement l'accès aux médicaments des pays pauvres. Mais les médicaments seuls ne peuvent suffire. Sans médecins pour les dispenser, sans réseaux de santé, ils n'atteindront pas les malades et l'on ne pourra endiguer l'épidémie de sida. De ce point de vue, comment ne pas être alarmé par l'extraordinaire proportion de médecins formés en Afrique qui exercent en Europe. Cette proportion atteint 30% dans certains pays. Le projet d'immigration choisie défendu par le candidat de l'UMP va aggraver cette tendance et, je le dis avec gravité, contribuer à affaiblir des systèmes de santé déjà fragiles.
Je propose pour ma part d'agir en responsabilité en ne pillant pas les ressources humaines qui sont vitales pour ces pays. Je propose, à l'inverse, de faciliter les allers et retours des médecins d'origine africaine afin qu'ils puissent exercer dans leur pays d'origine et participer à la formation de jeunes médecins tout en conservant des connections en France leur permettant de poursuivre l'approfondissement de leurs compétences. Plus largement, je proposerai de renforcer les moyens affectés à la santé en encourageant la constitution d'un fonds public mondial pour la santé de base.
Une deuxième condition au développement c'est de pouvoir valoriser ses atouts économiques. Cela suppose des moyens importants. Les budgets des États restent lourdement affectés par le remboursement de la dette accumulée dans les années 1980 malgré les premières vagues d'annulations. Il conviendra d'achever ce processus de désendettement.
S'il faut aider les Etats, il faut aussi soutenir les familles. Le micro-crédit est une voie pour permettre aux Africains de financer leurs projets de développement: l'extension des réseaux de micro-crédit dans les campagnes où ils sont encore peu présents doit permettre à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté. L'Afrique possède de nombreuses richesses, mais celles-ci sont le plus souvent surexploitées par des groupes étrangers. Il s'agit donc de promouvoir en Afrique des filières d'excellence durable reposant davantage sur les populations. Je pense au coton dont l'Afrique est un producteur de qualité mais qui est déprécié sur les marchés internationaux en raison notamment des subventions américaines: il faudra porter cette question avec plus de force dans le cycle de négociations de l'OMC. Je pense aussi aux énergies renouvelables - et à l'énergie solaire en particulier - qui permettent notamment dans les zones rurales, d'apporter de l'énergie à des coûts raisonnables pour la fourniture de services essentiels. Je pense enfin à la promotion du commerce équitable dont nous devons valoriser les débouchés sur le marché français.
Pour financer ces nouvelles opérations de développement durable, il est avant toute chose nécessaire d'optimiser l'utilisation des moyens actuels disponibles, pour éviter les gaspillages et nous assurer que les ressources seront mises effectivement à disposition de ceux qui en ont le plus besoin. Comme je l'ai mentionné plus haut, cette optimisation de l'utilisation de l'aide publique passe par la clarification du rôle des différents acteurs et par la recherche de synergies avec les instruments européens.
Je souhaite que notre nouvelle politique de co-développement s'appuie plus directement sur les acteurs de terrains. Dans ce cadre, je propose de rénover nos méthodes de coopération notamment en valorisant davantage le travail des ONG en portant à 5% comme c'est le cas ailleurs en Europe le pourcentage de l’aide française qui sera mise en oeuvre par leur canal. Ne privatisons pas l'aide publique au développement, rationalisons le dispositif français de coopération encore trop éclaté ! Mobilisons davantage la coopération décentralisée, qui permet à des collectivités françaises de collaborer directement avec des collectivités africaines, car, au-delà des transferts d'argent, c'est aussi de capacités d’action autonomes dont les pays africains ont besoin. Mobilisons davantage les migrants et leurs compétences ! Mobilisons les jeunes qui souhaiteront effectuer un service civil à l'étranger ! Dans ce domaine de la coopération, comme dans bien d'autres secteurs, la France devra aussi contribuer à renforcer les politiques européennes pour une solidarité plus efficace et une contribution plus significative au développement durable du continent africain.
Enfin, au delà de cette optimisation des moyens et des politiques, je veux aussi que nous réfléchissions à une taxation des transactions financières pour accroître le financement du développement. Enfin, conformément au projet du PS, nous porterons progressivement le montant de l'aide publique à 0,7% du PlN, pour remplir les engagements internationaux qui ont été trop longtemps bafoués.
Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politique clientélistes en Afrique, des politiques bien peu responsables au regard des besoins des sociétés africaines et des volontés de solidarité des citoyennes et citoyens français. Pour cela, nous devons être fermes sur la défense des droits de la personne humaine, innovants en matière de développement. Nos objectifs doivent être explicités et nos méthodes transparentes. Ce sont les positions que je défendrai au cours de cette campagne pour rénover la politique de la France aux côtés de l’Afrique. Ce sont les orientations que je mettrai en oeuvre si je suis élue.
Le texte de Mme Royal répondait à un appel lancé, dans nos colonnes le 14 décembre dernier, par Jean-Marie Fardeau, Secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la Faim et pour le Développement)..
Voici le commentaire de M. Fardeau au texte de Mme Royal :
La réponse de Mme Royal à ma lettre ouverte sur la nécessité d’un changement radical de la politique de la France en Afrique est un signe encourageant d’engagement. Mme Royal se prononce en effet clairement sur plusieurs questions chères au CCFD, qui sont portées, en vue des élections, par la campagne « État d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire » : examen par le Parlement des accords de défense liant la France et des pays africains, création d’une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales, engagement de faire transiter 5 % de l’aide publique au développement par les ONG, exigence, pour les entreprises exploitant des ressources en Afrique, de déclarer ce qu’elles versent aux autorités de ces pays… Je m’en réjouis bien entendu. Sur plusieurs questions - dette, taxation des transactions financières, règles commerciales mondiales… -, nous attendons des engagements plus précis. Le dialogue va donc se poursuivre, comme c’est le cas avec tous les candidats que nous avons interpellés. La France et tous ses citoyens sortiront grandis de ce débat démocratique sur ses relations avec l’Afrique.
http://www.temoignagechretien.fr/index.php
Patrick Eric Mampouya
Forum Réalisance
09 novembre 2006
Face au cannibalisme du capital ou du néolibéralisme
Commentaire sur afrikara sur l´article : La Mondialisation capitaliste dans une perspective historique, par Eric Toussaint, CADT
Excellente conclusion, et cependant...
(09 Novembre 2006 22H52)
Ce qui est pervers, ce n´est pas le capitalisme en soi ou le néolibéralisme; ce qui pervertit ces deux politiques économiques, c´est le centralisme et l´hégémonisme de leur accumulation. Et permettez-moi cette remarque pour être non seulement économiste, mais analyste: quand on parle de liberté, et l´économie n´existe que pour libérer l´être humain et la société de ses manques et de son angoisse de réalisation; si celle-ci, au lieu de produire la liberté, diffuse la dépendance et l´oppression, il y a nécessairement perversion. Les africains, par dévoiement, castration ou par aliénation croient toujours qu´il suffit de s´exercer aveuglément sans contrôler qui détient et accumule avec notre exercice de consommation. Ils excellent dans la musique mais ne se demandent pas qui produit leurs instruments; ils construisent des routes sans construire les voitures, ils prennent des titres universitaires sans en dominer l´esprit et le but de la connaissance qu´ils avalent...etc On en arrive au marasme actuel où l´Afrique n´arrive pas à accumuler ou suivre son chemin, parce que ce système le lui refuse avec des moyens des plus sournois. C´est une façon comme une autre de mépriser quelqu´un, et de lui refuser subtilement la liberté, et ce faisant, la réalisation. N´a-t-on pas vu les élites africaines se pavaner en voitures importées financées généreusement par la francafrique ? Les occidentaux, eux, se révolteraient si leurs élites préféraient honorer le travail des étrangers plutôt que de sanctifier le leur. Nous y voilà. Chirac a vendu 150 avions airbus aux chinois; mais ceux-ci ont exigé le montage sur place entre 2010 et 2012. Subtilité économique qui protège les intérêts futurs de travailleurs et techniciens chinois. Les africains, eux achetaient encore aveuglément clé sur porte. On leur vole ainsi leur accumulation sans le moindre chance de retour. Le comprendre, c´est cesser de jouer aux démagogues vides et illuminés. Et pour tous ceux qui rêvaient encore des investissements étrangers, un mot: ceux-ci, centralisés par l´hégémonie occidentale ont des buts précis de protéger ses privilèges et ses priorités, pas nécessairement ceux des africains. Pas du tout. En 600 ans d´esclavage, de colonisation, de francafrique, l´Afrique a investi en occident jusqu´à sa dernière chemise, et remarquez que rien ne revient, sinon beaucoup de vent et de mensonges. Il faut changer de tactique et se libérer d´un moloch qui devient de jour en jour sanguinaire et étouffant. Et la solution existe, n´en déplaise à l´occident; après tout cette culture avait eu 600 ans de temps pour découvrir et exercer un sens de liberté qui donnait une chance à tous. Personne ne peut nous convaincre que l´esclavage a été entreprise dans l´intérêt de la liberté ou de l´homme noir! Cette culture en a abusé par cupidité et par mépris; tant pis pour elle. Nous aussi nous avons des femmes et des enfants qui ont un droit légitime à la liberté et à la réalisation. Et personne ne me convaincra qu´ils n´ont pas payé leur droit à la liberté au prix le plus haut qu´un continent n´a jamais payé pour le mériter. C´est cela qu´il faut comprendre, et imposer. Car selon toute évidence, ces gens ne sont ni disposés, ni intéressé par le respect de notre existence, sinon comme quémandeur et mendiant. Et cela, c´est bas et criminel, au regard de toutes les vicissitudes qu´ils nous avaient fait inhumainement et illégitimement endurer.
Musengeshi Katata.
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.
02 juin 2006
Bwemba Bong : de l´aide à la recolonisation
Les dessous d´un système d´aliénation continue
« L’AIDE » DE L’OCCIDENT A L’AFRIQUE NOIRE,
MYTHE ET REALITE
BWEMBA – BONG
Membre du Cercle SAMORY
Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine
pour la Renaissance du Peuple Noir
Au cours de sa tournée africaine au Mali et au Bénin en ce mois de Mai 2006, Monsieur Nicolas SARKOZY, ministre de l’Intérieur français, président de l’U.M.P., parti majoritaire au pouvoir en France, et futur candidat à la présidence de la République française en 2007, confronté à un accueil qui a démenti la mythique génuflexion de l’Africain devant le Blanc, a répliqué vertement, avec l’agacement du potentat outré, à l’interpellation d’un membre de la société civile malienne, qu’il ne croit pas que celui-ci défend les intérêts du Mali, en traitant ainsi le représentant de la France qui aide ce pays africain.
Cette remarque pleine de suffisance et de morgue, interpelle sur le mythe de « l’aide » que la France en particulier et l’Occident en général, accordent aux pays du Tiers-Monde, dont l’Afrique Noire.
Comme le souligne WIGHTMAN, : « Pour le citoyen ordinaire qui apporte sa contribution en argent à l’une des institutions privées de secours opérant dans les pays pauvres, le mot « aide » a un sens simple et non équivoque. Il s’agit tout bonnement pour lui d’un sacrifice, d’un don, et il n’en attend rien en retour, ni bénéfice tangible, ni compensation particulière. Il y a longtemps que l’aide officielle ne peut plus se targuer d’un tel altruisme. Ce que les pouvoirs publics appellent « aide » peut comprendre des investissements du secteur privé dans les pays d’outre-mer, des crédits d’exportation à court terme, des prêts à plus long terme à des conditions assez dures, le transport des produits excédentaires, les dons en espèces ne pouvant être dépensés que dans le pays donneur, des contributions versées à des organisations intergouvernementales. Grouper en bloc toutes ces opérations sous le vocable « aide à l’étranger » constitue un abus de langage propre à donner une impression fausse du véritable fardeau que les pays fournisseurs et ses concitoyens supportent effectivement »[1].
En effet, une vaste campagne de mystification raciste a semé autour de la notion « d’aide », une confusion savamment entretenue par l’Occident en général et la France en particulier, autour de l’ambiguïté véhiculée par « l’aide » en direction de l’Afrique Noire. Il en a résulté chez l’Africain, l’intériorisation du complexe d’infériorité qui a créé chez lui le mythe du Blanc généreux qui délivra le Nègre de la barbarie et de la misère, pour le faire accéder à la dignité et à la respectabilité. L’Occident s’est ainsi illustré comme une entité magnanime, honnête et soucieuse du bonheur de l’humanité tout entière. Or, la réalité historique est tout à fait autre, et la crédulité des peuples aliénés, ne doit pas les empêcher de s’interroger tant sur leur passé que sur le présent vécu de leurs rapports avec l’Occident. Car, ce sont ceux-là même qui, dans l’Histoire contemporaine, se proclament les champions des Droits de l’Homme, se sont donnés pour préoccupation majeure, la spoliation et la condamnation à mort, entre autres du Peuple Africain. Dans un tel contexte, que peut alors signifier l’aide de l’Occident au Tiers-Monde en général, et à l’Afrique Noire en particulier ?
Communément l’aide est considérée comme un ensemble de transferts de biens, d’équipements, d’actifs financiers et de personnels des pays développés vers les pays du Tiers-Monde ; ces transferts seraient fondés sur la bonté des pays industrialisés, qui essaieraient ainsi de donner aux pays dits sous-développés, les moyens efficaces devant les faire accéder au développement économique, social et culturel.
Ainsi caractérisée, la notion d’aide recouvre un mouvement unidirectionnel des actifs de nature diverse, dégagés par les pays développés, aux fins d’amélioration et de bien-être du Tiers-Monde, de l’Afrique Noire notamment. Or, des mouvements réciproques plus importants non déclarés, s’opèrent bien du Tiers-Monde en direction de l’Occident, sous forme de fuite des cerveaux (la fameuse immigration choisie), de capitaux et de flux de biens, sans être désignés sous le vocable d’aide. Face à une telle dissonance, que peut au juste recouvrer la notion si galvaudée « d’aide » ?[2].
DU CONCEPT DE « L’AIDE »
Le concept d’aide recouvre surtout, outre les mouvements de biens, de services divers et de personnes, leur origine et leurs destinations. Il s’agit donc d’un concept plus ethnosociologique que purement matériel, teinté d’une considération certaine de suprématie matérielle, politique, militaire, voire raciale, des dispensateurs occidentaux en direction de destinataires infériorisés et faibles du Tiers-Monde. L’aide est un ensemble d’actions diversifiées, d’emprises menées par les forts sur les faibles, par le biais des transferts de biens et de personnes. Cette conception finalisée colle mieux à la vérité de l’aide, parce qu’en l’élaguant de toute hypocrisie idéologique, ses conditions d’instauration constituent le dernier élément essentiel à la levée de l’ambiguïté qui l’entoure dans son articulation en Afrique Noire notamment.
La fausse décolonisation de l’Afrique Noire, s’est simplement résumée sur les plans juridique, politique, économique, culturel et militaire, en la métamorphose des relations entre les pays colonisateurs et les pays colonisés, métamorphose matérialisée par la signature de divers accords dits de coopérations et par l’adhésion des prétendues ex-colonies aux diverses organisations internationales, sans acquisition de leur part du moindre pouvoir. La proclamation mystificatrice d’un changement des structures politiques et juridiques n’a en rien modifié le pillage des prétendues ex-colonies par l’Occident. C’est ainsi que, dans le cadre de leur appartenance mutuelle au système économique capitaliste, les positions initiales des uns et des autres (sans aucun effort d’amélioration des conditions internes de vie dans les « anciennes colonies »), ont été maintenues au nom d’une prétendue interdépendance qui, en fait, enrichit davantage les riches et accroît davantage l’appauvrissement des pauvres. Car l’aide est fondée sur la croyance « scientifiquement établie » selon laquelle la lutte contre le sous-développement n’aboutira que si le Tiers -Monde se plie aux exigences de la théorie de ROSTOW, c’est-à-dire au respect des étapes conduisant du sous-développement à l’industrialisation, à laquelle l’on ne peut parvenir que par le dynamisme du capitalisme dont l’aide constitue la courroie de transmission.
L’accroissement de l’appauvrissement général de l’Afrique Noire, l’impéritie de ses groupes dits dirigeants, l’aliénation de ses lettrés prétendument intellectuels, acquis à la défense des intérêts et des valeurs de l’étranger dominateur au détriment de leur peuple, et leur démission face aux problèmes internes de l’Afrique Noire, dans un environnement international hostile et menaçant, sont à la base de l’aide qui s’inscrit ainsi comme un élément de pillage de l’Afrique Noire par le biais des relais internes qu’elle génère. Ainsi, dans son essence, l’aide constitue un obstacle au développement de l’Afrique Noire. Elle y provoque un processus de spoliation diversifiée qui nourrit d’argent frais les banques, les institutions financières, les entreprises occidentales et crée des emplois dans les pays occidentaux où elle accroît davantage l’accumulation de capital financier destiné entre autres au financement, de multiples progrès, au détriment de l’Afrique Noire notamment.
A l’évidence, l’aide qui se comprend en langage international contemporain, comme la mise à la disposition du Tiers-Monde par l’Occident, des possibilités nécessaires à l’exercice des activités économiques, de formation des hommes, de défense du territoire, du maintien de l’ordre, et de « sauvegarde » des populations, n’est en réalité qu’une pratique usuraire sur le plan financier, la domination politique, l’aliénation culturelle, la spécialisation économique et l’asservissement global de ses récepteurs. Elle n’est que l’instrument de la domination camouflée de l’Occident après l’ère coloniale, par le maintien du statut quo, malgré ses apparences commerciales et économiques. Masque derrière lequel se tapissent et s’articulent tous les mécanismes et tous le processus d’exploitation néocoloniale de domination et les fantasmes raciaux (incapacité des peuples non blancs à pouvoir se développer tout seuls), l’aide est multiforme, pour mieux enserrer tous les domaines.
LES MODALITES DE « L’AIDE »
Ainsi donc, les vraies-fausses modifications de formes dans les relations entre anciennes colonies et « anciennes métropoles » après les « indépendances », font de l’aide une synergie ; c’est-à-dire, un ensemble d’instruments diversifiés, assurant la fonction de maintien, voire d’extension de la domination des plus « forts » sur les « faibles », suivant des modalités bien codifiées dont l’analyse peut se mener sous deux caractéristiques principales, portant l’une sur l’origine de l’aide, et l’autre sur son contenu.
· L’origine de « l’aide »
Déterminée, l’aide se distingue en aide publique (aide bilatérale et aide multilatérale) et en aide privée.
1. « L’aide » bilatérale
L’aide bilatérale est celle qui concerne les transferts publics d’un pays développé A à un pays du Tiers-Monde B. Ces transferts s’inscrivent dans le cadre des accords mutuels passés ou tenant à des situations exceptionnelles ; ils comprennent les biens et les capitaux sous forme de prêts, de « dons » et de personnels, sous forme d’assistance technique diverse et militaire. Ces transferts sont généralement impulsés par de grandes institutions spécialisées, telles que l’Agence Canadienne pour le Développement Industriel (ACDI), la United States Agency for Industrial Development (US-AID), la Caisse Centrale de Coopération Economique (CCCE), le Fonds d’Aide et de Coopération (FAC), etc… Par ailleurs, à côté des Etats Occidentaux pris individuellement, la plupart des pays sont regroupés au sein d’organisations soit régionales, soit internationales ; ces organisations sont également pourvoyeuses d’aide dans le but de maintenir une domination collective (plus ou moins atténuée par rapport à l’aide bilatérale), sur les bénéficiaires ; d’où l’aide multilatérale.
2. « L’aide » Multilatérale
Le renforcement de l’emprise des Etats individuels, passe par des transferts issus des rapports établis entre, soit une communauté en association régionale d’Etats, soit des institutions d’une organisation internationale, en direction d’un Etat particulier du Tiers-Monde.
Ce type d’aide comprend prêts, dons, assistance technique, militaire, alimentaire. C’est le cas des institutions telles que la Banque Mondiale, le FMI, la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), la Banque Européenne d’Investissement (BEI), le Fonds Européen de Développement (FED), l’UNESCO, la FAO, l’ACCT, etc…
Dans ce cas, les fonds destinés aux prêts proviennent, soit des contributions des Etats membres de l’organisation, soit des emprunts effectués par celle-ci à des Etats ou sur des marchés financiers, à un taux d’intérêt faible et attribués à un Etat demandeur du Tiers-Monde, à un taux d’intérêt plus élevé. L’intermédiation financière de l’organisation, en fin de compte, renchérit le loyer d’argent dont ont besoin les pays dits pauvres. A côté de ces aides publiques on retrouve l’aide privée.
3. « L’aide privée »
Le financement des activités dans le Tiers-Monde n’est pas uniquement le fait des organisations et des Etats. L’emprise sur l’économie s’y pratique de manière plus directe par les interventions, d’ailleurs de loin plus nombreuses, du Secteur privé occidental, aggravant la domination de l’extraversion. Cette aide privée comprend surtout les investissements de portefeuille (prises de participation par achats des actions entre autres), les investissements directs et les crédits commerciaux octroyés par les banques pour encourager les achats des produits de leurs pays d’origine.
L’étude des origines de l’aide qui détermine de manière implicite ses destinations, révèle un mouvement de facteurs financiers économiques et humains des dominateurs vers les dominés. Ce mouvement est destiné à accroître la mainmise du centre sur la périphérie. En fait, les facettes économiques et commerciales de l’aide n’en constituent que des moyens insérés dans un cadre plus global. La multidimensionnalité de l’aide démontre clairement la stratégie d’occupation de tous les domaines possibles des pays du Tiers-Monde : politique, économique, militaire et culturel. Les Etats occidentaux qui, sans l’aide dominaient déjà le monde de manière directe, ont conçu au travers de celle-ci, une forme nouvelle de domination indirecte, plus efficace et plus rentable. L’étude de l’origine de l’aide fait ressortir l’utilisation des mêmes instruments par les Etats, les organisations et les entreprises privées, ce qui pose le problème de clarification de sa nature qui constitue sa seconde caractéristique.
· Le contenu de « l’aide »
Les actions des entreprises privées, des Etats et des organisations en matière d’aide, peuvent se subdiviser en trois volets principaux ; à savoir l’aide financière, l’aide technique et culturelle et l’aide alimentaire. Des trois, c’est l’aide financière est de loin la plus importante.
1- « L’aide » financière
Il s’agit, dans le cas général, de prêts, d’investissements de portefeuille et d’investissements directs et, accessoirement, de dons. Prêts et investissements sont une mobilisation de capital destiné à fructifier à l’avantage des propriétaires qui auront à récolter, outre les intérêts, le principal placé. Cette récolte s’effectue soit de manière directe par le biais des intérêts et du principal, soit de manière indirecte par le biais des profits, des exonérations fiscales et même par les subventions des Etats pauvres et des rapatriements de profits et salaires. La mobilisation de l’aide financière n’est jamais totale au profit du bénéficiaire qui se voit souvent imposer les achats de biens, d’équipements et de services dans le pays d’origine de l’aide. L’obtention même de cette dernière est assujettie aux intérêts des bailleurs de fonds qui choisissent les activités à financer en fonction de leurs propres intérêts et de ceux de leur pays ou région, sans tenir aucun compte du caractère prioritaire ou non de l’activité pour le pays « aidé ».
L’aide ainsi conçue est facteur d’extraversion ; car, l’économie du pays demandeur ne peut répondre qu’aux besoins et aux orientations des détenteurs des moyens financiers. Elle est facteur de domination dans la mesure où elle transforme le pays aidé en mendiant, attribue la propriété de son patrimoine à l’étranger et instaure le processus de décapitalisation lié aux remboursements contractuels et d’autres transferts visibles et invisibles. Le fournisseur dispose ainsi d’un moyen de contrôle incontestable. En fin de compte, le pays bénéficiaire lui ne se contente que de l’accueil de l’exercice des activités qui ne rapportent qu’aux fournisseurs d’aide. L’Afrique Noire subit ainsi par le biais de l’aide, une immense ponction préjudiciable à son développement et une véritable humiliation ; mais l’aide financière induit presque toujours l’aide technique et culturelle.
2- L’aide technique et culturelle
L’aspect financier de l’aide plus facilement exploitée par la notion d’emprunt, plus pernicieux en tant que condition sine qua non d’investissement dans les activités diverses dans les pays du Tiers-Monde, ne revêt de prime abord qu’un aspect économique et financier. Il renferme cependant un aspect fondamental de domination réelle que prolonge l’aide technique et culturelle.
L’illusion selon laquelle la science et la technique, très avancées dans les pays développés, ont déjà étudié tous les problèmes à résoudre et qu’il suffirait d’être capable d’acheter de leur technologie comme produit de consommation, procède d’une vision réductrice du monde. Cette vision dénote l’infériorisation des peuples non-Blancs – et particulièrement du Peuple Noir – et suggère leur incapacité à abattre les obstacles par leur propre génie, afin d’accéder à un développement autonome. Par ailleurs, le transfert de technologie qu’elle sous-tend est un leurre. L’aide technique et culturelle constitue donc une tutrice qui adapterait aux conditions locales les applications des technologies occidentales. Donc, une présence importante de l’assistance technique, des orientations culturelles et une formation à l’image des « maîtres ». Or, ces divers éléments ne servent qu’à aliéner davantage le Peuple Africain. Par ailleurs, l’africanisation des cadres qui limite l’utilisation de leurs compétences à la gestion routinière du sous-développement, démontre bien la démission des dictatures africaines face aux problèmes de développement véritable qui se posent à l’Afrique Noire. C’est ainsi que, dans la logique de cette mission, n’est mise à la disposition du cadre africain que de la technologie déjà mise au rebut dans les pays occidentaux. Il apparaît ainsi clairement, l’absence de la prise en compte, et du niveau scientifique international, et des menaces qui pèsent sur le Peuple Africain.
Le prétendu transfert de technologie et le maintien d’une assistance technique occidentale en Afrique Noire n’ont, en réalité, pour fonction essentielle, que d’empêcher les Africains de s’atteler aux recherches scientifiques et technologiques qui permettraient au continent subsaharien de promouvoir son propre développement et de combattre efficacement l’inquiétante réalité de l’environnement international qui le vampirise depuis des siècles. Les ventes occidentales de technologie inopérante constituent donc des anesthésiants, outre l’aspect commercial réel qu’elles représentent pour l’Occident. En outre, ces facteurs sont une vigilante présence de l’étranger dans tous les rouages politiques, économiques, administratifs, techniques, militaires et autres, indiquant les bornes à ne pas dépasser sous peine de représailles. L’assimilation de la balkanisation et l’exacerbation du micro nationalisme, par procuration interposée dans tous les domaines en Afrique Noire, en témoignent de façon pertinente. L’assistance technique et le transfert de technologie sont, de fait, des axes essentiels de l’aide technique qui jouent en fin de compte un rôle annihilant pour le Peuple Africain. Ils reposent sur la négation de la culture propre de l’homme Noir, homme relatif, qui devrait accéder à l’Homme Absolu en adoptant les langues, les religions, les modes de pensées, en somme la culture de l’Occidental. Mais l’économie de l’aide sous la forme de ventes de matériels occidentaux, ne s’arrête pas seulement à ces seuls domaines. Il s’étend également à l’aide alimentaire.
3- « L’aide » alimentaire
L’aide alimentaire consiste à déverser sur le Peuple Africain, malgré ses habitudes alimentaires et son écosystème, des produits agricoles, pastoraux et des semences, des espèces végétales et animales venant de l’Occident, comme ce fut le cas de la vache folle, bien que ce flux constitue un paradoxe. En effet, alors que les pays africains sont spécialisés dans le ravitaillement de l’Occident en produits agricoles industriels, ils en reçoivent par contre des produits agricoles vivriers. Il en est ainsi qu’un peuple pratiquant l’agriculture, n’a pas conscience que l’œuvre primordiale pour lui est de nourrir en priorité sa population, avant la recherche d’un hypothétique gain en devises. Ainsi, en arrive-t-on à transformer en produits exportés, des produits pouvant être consommés par les populations locales.
L’aide alimentaire est également un paradoxe scientifique. Agresser un peuple dans sa culture alimentaire et ignorer ses conditions écologiques de vie, est une déclaration de guerre et une menace pour la paix mondiale. Qu’y a-t-il donc au bout de toutes ces opérations, sinon la transformation totale de l’Africain et de son environnement ? Certes les multinationales et le commerce international ont à l’évidence pour seul souci de vendre et de réaliser des superprofits. Mais les importations par l’Afrique Noire de céréales, de lait … et parfois de produits dangereux, servant de tests n’accroissent pas son endettement ; elles ont pour autres conséquences, la persistance de la famine et de la misère dans les pays africains essentiellement agricoles. L’inquiétude des dictateurs néocoloniaux pour leur survie, dont le maintien réside dans le terrorisme interne soutenu par l’Occident au nom de la stabilité et de la paix, fait partie à la fois des aides financières techniques et culturelles, qui se matérialisent par un contrôle direct, au travers de troupes étrangères et des conseillers sur le sol africain, de vente de matériel miliaire et de formation des armées de répression. Plus que toute autre modalité, cette forme d’aide concrétise le contrôle de l’Afrique Noire par la présence d’étrangers occidentaux aux postes stratégiques dans ses armées. Comme en atteste le journal français Le Monde Diplomatique, sous la plume de DENIS MARTIN, qui soulignait en 1975, qu’un millier de militaires français environ, officiers et sous-officiers, servaient d’instructeurs et de conseillers techniques aux armées africaines. Selon le même journal, les services de Monsieur FOURCADE auraient attribué à ces armées africaines en 1975, une enveloppe de 73 millions lourds, sous forme de fusils, mitraillettes, chenillettes, land roover, jeeps, etc…
Le journal donne également des précisions sur la répartition des ressortissants Français dans divers secteurs militaires de ces pays :
· Forces armées : 50 %
· Forces de police : 30 %
· Forces aériennes : 17 %
· Marins et services de santé : 3 % [3]
Cette répartition appelle dès lors un certain nombre de remarques :
1°)- Comme cela ressort nettement, la proportion de Français est plus élevée dans les secteurs militaires ou paramilitaires qui se livrent directement à la répression des populations en Afrique Noire.
2°)- Une armée ayant pour mission de défendre une Nation, il paraît hautement discutable que les officiers et sous-officiers opérant dans les pays africains étant en majorité anciens de l’armée coloniale française d’occupation, aient, depuis, substitué leur conception d’une armée coloniale à celle de la défense des intérêts africains.
LES EFFETS DE « L’AIDE »
Initiées dans les années 1950-1960 par les « métropoles » occidentales comme substitut à la politique coloniale agonisante, les politiques dites d’aide au Tiers-Monde ont été, dès le début, très fortement marquées par l’exigence fondamentale qui a en réalité présidé à leur initiation, à savoir : maintenir les territoires en voie de développement sous la domination économique, politique, culturelle et militaire de l’Occident. L’aide apparaît ainsi clairement comme un instrument d’exploitation économique et, corollairement, comme le moyen de soumission politique.
« L’aide » : un moyen d’exploitation économique
Cette fonction de « l’aide » apparaît, au prime abord, à travers sa pratique de l’aide liée, qui est l’obligation faite au pays receveur d’acquérir, avec les fonds prêtés ou « donnés », des produits en provenance exclusivement du pays « assistant ». L’Etat « bénéficiaire n’a donc pas la possibilité de s’adresser à des producteurs concurrents pour l’achat d’équipements ou d’autres biens. « Ainsi, comme le note fort justement Pierre JALEE, le pays donateur est-il sûr que la plus grande partie des fonds qu’il alloue lui reviendra en paiement d’importation… Et, poursuit l’auteur, comme les fournisseurs du pays donateur savent qu’ils détiennent dans ce cas une exclusivité. Il leur est facile de s’entendre souvent pour majorer leurs prix dans une mesure importante ». Afin d’illustrer son propos, Pierre JALEE cite le rapport PEARSON[4] : « … les pays bénéficiaires d’aide liée se voient contraints d’acheter des marchandises à des prix souvent supérieurs à ceux en vigueur sur les marchés mondiaux où s’exerce la libre concurrence »[5].
Dans le même sens, l’on peut mentionner la déclaration faite en 1970 par l’ex-président NIXON, : « Ces ficelles, reconnaissait-il, qui lient notre aide en diminue le pouvoir d’achat… »[6]. On peut donc certainement en conclure avec Pierre MASSON qu’«il est indéniable que l’attribution de l’aide liée relève plus des préoccupations essentiellement égoïstes des pays qualifiés de donateurs que des sentiments altruistes vis-à-vis du Tiers-Monde »[7]. De l’Afrique Noire en particulier.
C’est ainsi qu’il y a quelques années, le Cameroun se retrouva à la tête d’un gigantesque stock de bouteilles de champagne, « aide » liée accordée par la France pour le « développement » du Cameroun…. Au grand bonheur, fort « heureusement » de la caste prédatrice et singulièrement avinée, de ce pays africain.
En fait, la proportion des fonds absorbés par la pratique de l’aide liée varie selon les pays « assistants ». C’est ainsi que « l’aide » des U.S.A. doit être dépensée à plus de 90 % en achats d’équipements américains. En Angleterre, un rapport Officiel précise que les deux tiers de « l’aide » britannique doivent être utilisés dans ce pays. Quant à la France, c’est « pratiquement toute son « aide » à l’Afrique qui lui revient sous forme de transferts de fonds ou de commandes »