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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

08 mai 2008

Obama : le grand discours de Pennsylvanie

Note au lecteur : ce discours a été le plus fidèlement que possible traduit de l´américain. Sa traduction représente la version officielle du discours du 18 mars 2008.

Un grand moment dialectique

« Nous le peuple, en vue de former une union plus parfaite.. »

(citation de la Constitution pennsylvanienne adoptée en 1787)

Il y a deux cent vingt et un ans dans une salle qui se trouve toujours de l’autre côté de la rue, un groupe d’homme s’est réuni et avec ces mots simples, a inauguré l’improbable expérience de la démocratie en Amérique. Fermiers, savants, hommes d’Etat et patriotes ayant traversé un océan pour échapper à la tyrannie et aux persécutions, ils ont finalement concrétisé leur déclaration d’indépendance à la Convention de Philadelphie qui a duré tout le printemps de 1787. Le document qu’il rédigèrent fut alors signé mais finalement inachevé .Il portait la tache du péché originel de cette nation ; une question qui divisait les colonies et a mené la Convention dans l’impasse jusqu’à ce que les pères fondateurs permettent au commerce des esclaves de se poursuivre pendant au moins vingt ans, et laissent la décision finale aux futures générations.

Bien sûr la réponse à la question de l’esclavage était déjà inscrite dans la Constitution, une Constitution qui avait en son cœur l’idéal de l’égalité des citoyens devant la loi, une Constitution qui promettait au peuple liberté et justice et une union qui pourrait être et devrait être perfectionnée sans cesse.

Et cependant les mots sur le parchemin ne seront pas suffisants pour délivrer les esclaves de leurs chaînes, ni assurer aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute confession tous leurs droits et leurs devoirs de citoyen des Etats-Unis. Il faudra un long temps de générations successives d’Américains qui désiraient jouer leur rôle – par les protestions et les luttes, dans les rues et devant les tribunaux, au travers d’une guerre civile et par la désobéissance civile, et toujours au prix de grands risques, comblent le fossé entre les promesses de nos idéaux et la réalité de leurs temps.

Ceci est une des tâches que nous avons mis en avant au début de cette campagne : poursuivre la longue marche de ceux qui nous ont précédés, une marche pour une Amérique plus juste, plus libre, plus solidaire, et plus prospère. J’ai choisi de me présenter à la présidence à ce moment de l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons faire face aux défis de notre temps sans que nous ne les résolvions tous ensemble – sans que nous ne perfectionnions notre union en comprenant que nous pouvons avoir des histoires différentes mais que nous avons des espoirs communs ; que nous pouvons ne pas nous ressembler et que nous pouvons ne pas venir du même endroit, mais que nous voulons tous aller dans la même direction- vers un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits enfants. Cette croyance vient de ma foi inébranlable dans l’intégrité et la générosité du peuple américain. Mais elle vient aussi de ma propre histoire américaine.

Je suis le fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas. J’ai été élevé avec l’aide d’un grand père blanc qui a survécu à la Dépression en servant dans l’armée (du général) Patton pendant la seconde guerre mondiale et d’une grand-mère blanche qui travaillait sur une chaîne d’assemblage de bombardiers à Fort Lavenworth tandis qu’il était outre mer. Je suis allé dans quelques unes des meilleures écoles en Amérique et j’ai vécu dans l’un des plus pauvres pays du monde. Je suis marié à une femme noire qui a en elle du sang d’esclaves et de propriétaires d’esclaves- un héritage que nous transmettons à nos deux filles chéries. J’ai des frères, des sœurs, des neveux, des oncles et des cousins, de toutes races et de toutes couleurs dispersés sur trois continents, et aussi longtemps que je vivrai, je n’oublierai jamais qu’il n’y a aucun autre pays sur la terre où mon histoire soit possible.

C’est une histoire qui ne fait pas de moi le plus conventionnel des candidats. Mais c’est une histoire qui a imprimé dans mes gènes l’idée que cette nation est plus qu’une somme de ses composantes- à partir de cet multiplicité nous sommes véritablement un. Durant la première année de campagne, contrairement à toutes les prédictions, nous avons vu combien le peuple américain avait soif de ce message d’unité. En dépit de la tentation de voir ma candidature à travers le prisme purement racial, nous avons remporté des victoires décisives dans des Etats avec quelques une des plus importantes populations blanches du pays. Dans la Caroline du Sud, où le drapeau confédéré flotte encore, nous avons construit une puissante coalition d’Africain Américains et d’Américains blancs.

Cela ne veut pas dire que la race n’a pas été un problème de la campagne. A plusieurs étapes de la campagne, certains commentateurs m’ont trouvé « trop noir » ou « pas assez noir ».Nous avons vu la bulle de la tension raciale faire surface durant la semaine qui a précédé les élections primaires en Caroline du Sud. La presse a scruté chaque sortie de bureau de vote pour trouver la moindre preuve de tendance raciale, pas seulement simplement en entre Blancs et Noirs, mais aussi entre Noirs et Bruns.

Et cependant ce n’est qu’au cours des deux dernières semaines que le débat sur la race a pris une tournure particulièrement décisive.. A l’une des extrémités du spectre, nous avons entendu que ma candidature ne serait qu’un exercice de discrimination positive (affirmative action) ; qu’elle serait basée sur le désir de libéraux idéalistes d’obtenir une réconciliation à bon marché. A l’opposé, nous avons entendu mon ancien pasteur, le révérend Jérémiah Wright, utiliser un langage incendiaire pour exprimer des vues qui peuvent approfondir la fracture raciale en risquant de dénigrer la grandeur et la bonté de notre nation ; cela offense véritablement autant les Noirs que les Blancs.

J’ai déjà condamné, en termes sans équivoque les déclarations du Révérend Wright qui ont causé cette controverse. Toutefois des questions irritantes demeurent. Est-ce que je savais qu’il critiquait parfois violemment la politique intérieure et extérieure américaine ? Bien sûr. Est-ce que je ne l’ai jamais entendu faire des interventions sujettes à controverse alors que j’étais dans l’Eglise .Oui. Est ce que j’ai fortement réagi à nombre de ces prises de positions ? Absolument- comme je suis sûr que certains d’entre vous ont entendu des interventions de leurs pasteurs, de leurs prêtres ou de leurs rabbins avec lesquels ils étaient fortement en désaccord. Mais les interventions qui ont été la cause de ce récent incendie n’étaient pas seulement un sujet de controverse. Elle n’étaient pas seulement la volonté d’un dirigeant religieux de s’élever contre une injustice vécue. Au contraire, elles expriment une vue déformée de ce pays, une vue selon laquelle le racisme blanc est endémique : et qui met tout ce qui est mal en Amérique au dessus de ce que savons bien comme juste en Amérique ; une opinion qui voit les conflits du Moyen Orient enracinés d’abord dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les voir dans l’idéologie perverse et haineuse de l’Islam radical.

Ainsi,les propos du Révérend Wright n’étaient pas seulement faux mais diviseurs, diviseurs à un moment où nous avons besoin d’unité ; ils étaient racialement chargés à un moment où nous avons besoin de résoudre ensemble des problèmes énormes : deux guerres ,une menace terroriste, une économie en déclin, une crise chronique du système de santé, et un changement climatique potentiellement dévastateur ; des problèmes qui ne sont ni noirs ni blanc , ni latino ni asiatique, mais des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Etant donné mon passé, ma politique, les valeurs que je professe et mon idéal, il n’y a pas de doute que mes condamnations ne sont pas suffisantes. Pourquoi suis-je si proche du Révérend Wright, peut-on se demander ?

Pourquoi ne suis-je pas allé dans une autre Eglise ? Et je confesse que si tout ce que je savais du Révérend Wright n’était que les extraits de ce qui a tourné en boucle sur les télévision et You Tube, ou si l’Eglise de la Sainte Trinité du Christ avait été conforme à la caricature dépeinte par certains commentateurs, il ne fait aucun doute que j’aurais réagi de cette façon.

Mais la vérité est que ce n’est pas la seule chose que je connaisse de cet homme. L’homme que j’ai rencontré il y a vingt ans, est l’homme qui m’a fait connaître la foi chrétienne, un homme qui m’a parlé du devoir de nous aimer les uns les autres, de prendre soin du malade et de secourir le pauvre. C’est un homme qui a servi son pays comme Marine, qui a étudié et enseigné dans plusieurs des plus prestigieuses universités des Etats-Unis, et qui pendant trente ans a dirigé une église qui sert la communauté en accomplissant sur terre l’œuvre de Dieu, en logeant les sans abri, en secourant les pauvres, en apportant une aide quotidienne et son enseignement dans les paroisses et les prisons et en soulageant ceux qui souffrent du sida.

Dans mon premier livre, « Les rêves de mon père » (1), j’ai décrit l’expérience de mes premiers pas à la Trinité : « Les gens commençaient à crier, à se lever de leur siège,à frapper des mains et à pleurer, un souffle puissant portait la voix du Révérend sous la voûte…et dans ce simple mot : espoir, j’ai entendu quelque chose d’autre ; au pied la croix, dans les milliers d’Eglises de la ville, j’imaginais l’histoire du peuple noir se mêlant aux histoires de David et Goliath, de Moïse et de Pharaon, des chrétiens dans la fosse aux lions, à la vallée des ossements desséchés d’Ezekiel. Ces histoires de survie, de liberté et d’espoir devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang répandu était notre sang, les larmes étaient nos larmes jusqu’à cette église qui semblait dans la lumière de ce jour, comme un vaisseau portant l’histoire d’un peuple aux futures générations et à un monde plus vaste. Nos épreuves et nos triomphes devenaient uniques et universels, noirs et plus que noirs ; la chronique de notre voyage, l’histoire et les chants nous donnaient les moyens de reconstituer les souvenirs dont nous devions pas avoir honte …des souvenirs que chaque peuple peut étudier et chérir - et avec lesquelles nous pouvions commencer à reconstruire… »

Telle fut mon expérience de la Trinité. Comme d’autres églises à prédominance noire dans le pays, Trinité rassemble la communauté noire dans son ensemble- le docteur et la maman assistée, l’étudiant modèle et l’ancien membre de gang. Comme d’autres églises noires, les activités de Trinité sont pleines de rires éraillés et quelquefois de propos orduriers ? Elles sont pleines de danses, d’applaudissements, de cris et de hurlements qui peuvent sembler choquant à des oreilles peu habituées. L’église contient toute la gentillesse et la cruauté, l’intelligence subtile et l’ignorance choquante, les luttes et les succès, l’amour et oui, l’amertume et les préjugés qui forment l’expérience des noirs en Amérique.

Et cela permet d’expliquer, peut être, ma relation avec le Révérend Wright. Aussi imparfait qu’il puisse être, il a été comme une famille pour moi. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants. Pas une fois dans mes conversations avec lui je n’ai entendu des propos portant atteinte à un groupe ethnique, ou traitant les blancs avec lesquels il était en contact autrement qu’avec courtoisie et respect. Il contient en lui les contradictions- les bonnes et les mauvaises- de la communauté qu’il sert avec dévouement depuis tant d’années. Je ne peux pas plus le désavouer que je ne peux désavouer la communauté noire. Je ne peux pas plus le désavouer que je ne peux désavouer ma grand-mère blanche- une femme qui m’a élevé, une femme qui s’est sacrifié encore et encore pour moi, une femme qui m’aime plus que tout au monde, mais une femme qui une fois m’a avoué sa peur de rencontre un homme noir dans la rue et qui à plus d’une occasion à proféré des stéréotypes raciaux ou ethniques qui m’ont humilié.

Ces gens sont une part de moi-même. Et ils sont une part de l’Amérique, ce pays que j’aime. Certains verront là une tentative de justifier ou d’excuser des commentaires qui sont simplement inexcusables. Je peux vous assurer que ce n’est pas le cas. Je suppose que l’attitude politique prudente serait de laisser passer cet épisode et espérer qu’il va s’effacer avec le temps. On peut écarter le Révérend Wright comme un déséquilibré ou un démagogue, juste comme on a écarté Géraldine Ferraro à la suite de ses récents propos, contenant de profondes allusions raciales. Mais je crois que la race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer en ce moment. Nous ferions la même faute que le Révérend Wright a commise avec ces sermons offensants pour l’Amérique, faits de simplismes et de stéréotypes amplifiant l’aspect négatif au point de déformer la réalité. Le fait est que les commentaires qui ont été faits et les questions venues à la surfaces ces dernières semaines reflètent les complexités raciales dans ce pays sur lesquelles nous n’avons jamais travaillé- une part de notre union, que nous devons perfectionner maintenant. Et si nous fuyons maintenant, si nous restons simplement sur nos positions , nous ne serons jamais capables de nous unir et de résoudre les défis comme le système de santé, ou d’éducation, ou la nécessité de trouver de bons emplois pour chaque Américain. Comprendre la réalité exige de se rappeler comment nous en sommes arrivé là. Comme William Faulkner l’a écrit une fois : « Le passé n’est pas mort et enterré. En fait, il n’est même pas passé ». Nous n’avons pas besoin de raconter ici l’histoire de l’injustice raciale dans ce pays. Mais nous avons réellement besoin de nous rappeler que beaucoup de disparités qui existent aujourd’hui dans la communauté africaine Américaine proviennent directement des inégalités passées depuis les premières générations qui ont souffert du brutal héritage de l’esclavage et de Jim Crow.

Les écoles de la ségrégation étaient et sont toujours des écoles inférieures ; nous n’y avons toujours pas remédié cinquante ans après Brown contre le Ministère de l’Education et l’éducation inférieure qu’elles prodiguaient, alors et maintenant, permet d’expliquer l’écart qui existe actuellement entre les étudiants noirs et blancs. La discrimination légale - qui empêchait les noirs, souvent par la violence, de posséder des propriétés ou d’obtenir pour les entrepreneurs Africains Américains ou pour des propriétaires qui ne pouvaient accéder aux prêts hypothécaires de (l’organisme gouvernemental) FHA, ou les noirs étaient exclus des syndicats, ou des forces de police, ou des pompiers - signifiait que les familles noires ne pouvaient accumuler suffisamment de richesses à léguer aux générations suivantes. Cette histoire permet d’expliquer l’existence du fossé de la richesse et des revenus entre les noirs et les blancs, et la concentration des poches de pauvreté qui persistent aujourd’hui dans tant de communautés urbaine et rurales. Le manque de possibilités pour les hommes noirs, la honte et la frustration née de l’incapacité à subvenir à sa propre famille,ont contribué à l’érosion des familles noires, un problème que les politiques d’action sociale ont aggravé depuis de nombreuses années. Et que les manques de politique d’aide sociale ont aggravé depuis de nombreuses années – des parcs pour les enfants pour y jouer, des patrouilles de policiers, un ramassage régulier des ordures et un renforcement du code de la construction- tout cela a créé un cycle de violence, de gâchis et d’abandon qui continue de nous hanter.

Telle est la réalité dans laquelle ont grandi le Révérend Wright et d’autres Africain Américains. Ils viennent des années cinquante et soixante, au temps où la ségrégation était encore la loi du pays et où les possibilités étaient extrêmement réduites. Ce qui est remarquable, ce n’est pas combien ont échoué devant la discrimination, mais plutôt combien d’hommes et de femmes ont surmonté les obstacles ; combien ont été capables d’ouvrir un chemin à travers ces obstacles pour ceux qui comme moi sont venus après eux. Mais pour tous ceux qui creusé leur chemin bec et ongles pour obtenir une part du rêve américain, il y en a beaucoup qui n’y sont pas arrivé - ceux qui ont été vaincus d’une manière ou d’une autre par la discrimination. Cet héritage de la défaite a été transmis aux nouvelles générations, ces hommes et ces femmes de plus en plus jeunes que nous voyons debout au coin des rues ou s’étiolant dans nos prisons, sans espoir, sans projets pour l’avenir. Même pour les noirs qui ont réussi, la question de la race et le racisme continuent de définir leur vision du monde. Pour les hommes et les femmes de la génération du Révérend Wright, les souvenirs de l’humiliation, les doutes et la peur n’ont pas disparu, ni la colère et l’amertume de ces années-là. Cette colère ne s’exprime peut être pas en public, devant les travailleurs ou les amis blancs. Mais elle s’entend chez le coiffeur ou autour de la table. Parfois, cette colère est exploitée par des politiciens qui cherchent à capter des voix par les divisions raciales ou pour faire oublier leurs propres échecs.

Et à l’occasion, elle se fait entendre dans une église un dimanche matin en chaire et sur les bancs. Le fait que tant de personnes soient surprises d’entendre cette colère dans des sermons du Révérend Wright nous rappelle simplement le vieux truisme selon lequel l’heure de la plus grande ségrégation de la vie américaine est le dimanche matin. Cette colère n’est pas toujours productive ; en vérité, elle détourne trop souvent l’attention de la solution des vrais problèmes ; elle nous empêche de faire face à notre propre complicité avec notre condition et écarte la communauté Africaine Américaine des alliances nécessaires à un changement réel. Mais la colère est réelle ; elle est puissante et la repousser, la condamner sans en comprendre les racines, sert seulement à creuser le fossé d’incompréhension qui existe entre les races.

En fait, une colère similaire existe dans certains secteurs de la communauté blanche. Beaucoup de blancs de la classe ouvrière et de la classe moyenne ne ressentent pas qu’ils ont été particulièrement privilégiés par leur race. Leur expérience est celle d’immigrants- en ce qui les concerne personne ne leur a rien donné. Ils ont construit de leurs propres mains. Ils ont travaillé dur toute leur vie, et souvent pour voir leur emploi partir au delà des mers ou leur retraite disparaître après une vie entière de travail. Ils sont anxieux de l’avenir et voient leurs rêves s’évanouir ; dans une époque de salaires bloqués et de compétition globale, les opportunités apparaissent comme un jeu de sommes nulles, dans lequel vos rêves se forment à mes dépens. Ainsi quand on leur dit d’envoyer leurs enfants à l’école à l’autre bout de la ville, quand ils entendent qu’un Africain Americain a obtenu un bon emploi ou une place dans un bon collège en raison d’une injustice qu’ils n’ont pas commise, quand on leur dit que leurs peurs à propos de la criminalité dans les quartiers urbains relèvent de préjugés, leur ressentiment s’accroît. De même que parfois dans la communauté noire, ce ressentiment n’est pas toujours exprimé de manière policée. Mais il a façonné le paysage politique depuis au moins une génération. La colère envers l’aide sociale et la discrimination positive a aidé à forger la coalition de Reagan. Les politiciens exploitent constamment la peur de la criminalité à leurs propres fins électorales. Les hôtes des débats télévisés et les commentateurs conservateurs ont construit leur carrière entière en mettant en avant des faits de racisme tandis qu’ils récusaient les discussions légitimes sur l’injustice raciale et l’inégalité, comme du simple politiquement correct ou du racisme inversé. De la même façon que la colère noire souvent s’est montrée contreproductive, ces ressentiments des blancs ont détourné l’attention des réels coupables de la pression sur les classes moyennes.- une culture d’entreprise sévit avec ses pratiques comptables douteuses, et son avidité à courte vue ; et Washington dominé par les lobbyistes et les intérêts particuliers. Et pourtant, repousser les ressentiments des Américains blancs, les stigmatiser comme mal orienté et même racistes, sans reconnaître qu’ils sont enracinés dans des soucis légitimes - cela aussi approfondit la division raciale et bloque le chemin de la compréhension.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui. C’est une impasse raciale dont nous sommes prisonniers depuis des années. Contrairement aux proclamations de certains de mes critiques, blancs et noirs, je n’ai jamais été assez naïf pour croire que nous pouvions surmonter cette division raciale en un seul cycle électoral, ou avec une simple candidature – particulièrement une candidature aussi imparfaite que la mienne. Mais j’ai voulu affirmer ma ferme conviction - une conviction enracinée en Dieu et dans ma foi dans le peuple américain - qu’en travaillant ensemble nous pouvons dépasser certaines de vieilles blessures raciales, et que en fait nous n’avons pas le choix si nous voulons continuer sur la voie d’une union plus parfaite. Pour la communauté africaine américaine, cette voie signifie assumer le fardeau de notre passé sans devenir les victimes de notre passé. Cela signifie continuer à insister pour une justice totale dans chaque aspect de la vie américaine. Mais cela signifie aussi lier nos revendications particulières – pour une meilleur assistance médicale et de meilleures écoles et de meilleurs emplois - aux plus larges aspirations de tous les Américains- la femme blanche qui lutte pour briser le plafond de verre , l’homme blanc qui a été licencié ;l’immigrant qui essaie de nourrir sa famille .Ce qui signifie prendre la pleine responsabilité de nos propres vies –en demandant plus à nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants , en leur lisant , en leur enseignant que quels que soient les défis et les discriminations qu’ils rencontreront dans leur vie , ils ne doivent jamais succomber au désespoir ou au cynisme .Ils doivent toujours croire qu’ils peuvent écrire leur propre destin.

Ironiquement cette notion typiquement américaine - oui, conservatrice - la notion « aides-toi toi-même », se trouve fréquemment exprimée dans les sermons du Révérend Wright. Mais ce que mon ancien pasteur a trop souvent échoué à comprendre c’est qu’adhérer au programme « aide-toi toi-même » implique aussi de croire que la société peut changer.


L’erreur profonde des sermons du Révérend Wright n’est pas ce qu’il a dit du racisme dans notre société. C’est qu’il a parlé comme si notre société était immobile ; comme si aucun progrès n’avait été accompli ; comme si ce pays- un pays qui a rendu possible pour l’un de ses membres de se présenter à la plus haute responsabilité du pays et de construire une coalition de blancs et de noirs, de Latinos et d’Asiatiques, riches et pauvres, jeunes et vieux – était encore lié irrévocablement à son passé tragique. Mais ce que nous savons - ce que nous avons vu - c’est que l’Amérique peut changer. C’est le véritable génie de cette nation .Ce que nous avons déjà accompli nous donne l’espoir- l’audace d’espérer - que nous pouvons et que nous devons accomplir demain Dans la communauté blanche, la voie vers une plus parfaite union signifie reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté noire américaine n’existe pas seulement dans l’imagination du peuple noir, mais que l’héritage de la discrimination - et les habituels incidents de la discrimination quoique moins flagrants que dans le passé - sont réels et doivent être pris en compte. Non juste par des mots, mais par des actes - en investissant dans nos écoles et dans nos communautés ; en renforçant nos lois sur les droits civils et en assurant l’équité dans notre système de justice criminelle ; en donnant à cette génération les moyens de s’élever qui furent refusés aux précédentes générations. Cela exige de chaque Américains de e rendre compte que vos rêves ne se font pas aux dépens mes rêves ; qu’investir dans la santé,la sécurité sociale, et l’éducation des enfants noirs , bruns et blancs aidera à la prospérité de l’Amérique.

Et au fond, ce qui est demandé n’est ni plus ni moins ce que toutes les religions du monde demandent, que nous fassions pour les autres ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous. Veillons sur notre frère, nous dit l’Ecriture. Veillons sur notre sœur. Trouvons le lien commun que nous avons tous et que nos politiques reflètent également cet esprit. Car nous avons le choix dans ce pays. Nous pouvons accepter une politique qui nourrit la division, et le conflit, et le cynisme. Nous pouvons concevoir la race comme un spectacle- comme lors du procès de O.J.Simpson - ou un naufrage tragique comme pour les suites de Katrina, ou comme un faits divers pour les journaux télévisés de la nuit. Nous pouvons passer les sermons du Révérend Wright sur toutes les télévisions et en parler jusqu’à l’élection, et faire que la seule question de cette campagne soit de savoir si le peuple américain pense ou non que j’ai pu avoir de la sympathie pour ses discours les plus offensants. Nous pouvons nous précipiter sur une gaffe d’un partisan d’Hillary comme la preuve qu’elle joue la carte de la race, ou nous pouvons spéculer pour savoir si les blancs vont se regrouper autour de McCain aux élections générales sans tenir compte de sa politique. Nous pouvons faire cela.

Mais si nous le faisons, je peux vous dire que lors des prochaines élections, nous parleront d’autres sujets de diversion. Et puis encore d’un autre. Et encore d’un autre. Et rien ne changera. C’est un choix. Ou bien, maintenant, dans cette élection, nous pouvons nous rassembler et dire : « pas cette fois-ci ». Cette fois-ci nous voulons parler des écoles qui s’effondrent, qui volent l’avenir des enfants noirs, blancs, asiatiques, hispaniques et indigènes. Cette fois-ci nous voulons rejeter le cynisme qui prétend que ces enfants ne peuvent pas apprendre ; que ces enfants qui ne sont pas comme nous, sont le problème de quelqu’un d’autre. Les enfants de l’Amérique ne sont pas ces enfants, ce sont nos enfants, et nous ne voulons pas les laisser en arrière dans l’économie du 21ème siècle. Pas cette fois-ci. Cette fois-ci nous voulons parler des queues dans les salles d’urgence, pleines de blancs, de noirs et d’hispaniques qui n’ont pas de couverture médicale ;qui n’ont pas le pouvoir de l’emporter sur les intérêts particuliers à Washington, ce que nous pouvons faire si nous le faisons tous ensemble.

Cette fois-ci nous voulons parler des usines fermées qui autrefois permettaient une vie décente pour les hommes et les femmes de toutes les races, et des maisons à vendre qui autrefois appartenaient à des Américains de toute religion, de toute région, de tout choix de vie. Cette fois-ci, nous voulons parler du fait que le réel problème n’est pas que quelqu’un qui n’est pas comme vous, pourrait prendre votre emploi. Nous voulons parler de la compagnie pour laquelle vous travaillez et qui veut délocaliser au delà des mers pour faire plus de profit. Cette fois-ci, nous voulons parler des hommes, des femmes de toutes couleurs et de toutes croyances, qui servent ensemble, et combattent ensemble, et versent leur sang ensemble sous le même fier drapeau. Nous voulons parler de la façon de les ramener à la maison loin d’une guerre qui n’aurait jamais dû être autorisée et qui jamais n’aurait dû être financée, et nous voulons parler de la façon dont nous montrerons notre patriotisme en nous préoccupant d’eux et de leurs familles et en leur donnant les pensions qu’ils ont gagnées. Je ne me présenterais pas pour être Président si je ne croyais pas de tout mon cœur que c’est ce que veut la vaste majorité des Américains pour ce pays. Il se peut que cette union ne soit jamais parfaite, mais génération après génération elle a montré qu’elle peut toujours être perfectionnée.

Aujourd’hui, à chaque fois que je suis tenté par le doute ou par le cynisme à propos de cette possibilité, ce qui me donne le plus d’espoir c’est la nouvelle génération - les jeunes gens dont les attitudes, les convictions et l’ouverture au changement ont déjà fait l’histoire dans ces élections.. Il y a une histoire particulière que je voudrais vous conter aujourd’hui, une histoire que j’ai racontée quand j’ai eu le grand honneur de parler pour l’anniversaire du Docteur ( Martin Luther) King dans son église baptiste, d’Ebenezer, dans l’Atlanta. Il y avait une jeune femme blanche de trente trois ans nommée Ashley Baia qui participait à notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Elle avait travaillé à organiser une communauté plutôt Africaine Américaine depuis le début de la campagne et un jour elle se trouva à une table ronde où chacun voulait raconter son histoire et pourquoi il était là.

Ashley dit que lorsqu’elle avait neuf ans, sa mère avait eu un cancer. Et parce qu’elle avait manqué des jours de travail, elle avait perdu son assurance médicale. Elle a dû se mettre en faillite, et c’est alors qu’Ashley a décidé qu’elle devait faire quelque chose pour aider sa mère. Elle savait que la nourriture était très chère, aussi Ashley a convaincu sa mère qu’elle aimait et qu’elle ne voulait vraiment manger que des sandwiches à la moutarde. Parce que c’était le moyen le moins cher de manger.


Elle a fait cela durant un an jusqu’à ce que sa mère aille mieux et elle dit a tout le monde autour de la table que sa raison de se joindre à la campagne était d’aider ainsi les millions d’enfants de notre pays qui veulent et qui ont aussi besoin d’aider leur parents. Maintenant, Ashley aurait pu faire un choix différent. Peut-être quelqu’un lui a suggéré que les problèmes de sa mère venaient de ces noirs qui sont assistés et trop fainéants pour travailler, ou de ces hispaniques qui viennent illégalement dans notre pays. Mais elle ne l‘a pas écouté. Elle a cherché des alliés dans son propre combat contre l’injustice.

En tout cas, Ashley termine son histoire et demande à tous ceux qui sont autour de la table pourquoi ils soutiennent la campagne. Ils ont tous une histoire et des raisons différentes. Certains ont des problèmes particuliers. Et finalement ils se tournent vers un vieil homme noir qui était resté assis tranquille pendant tout ce temps. Ashley lui demande pourquoi il est là. Il ne parle pas d’un problème particulier. Il ne dit rien de l’assistance médicale ou de l’économie, ni de l’éducation ni de la guerre. Il ne dit pas qu’il était là pour Barack Obama. Il dit simplement à tous ceux qui sont autour de la table : « je suis ici à cause d’Ashley ».


« Je suis ici à cause d’Ashley ». En lui-même, ce simple moment de reconnaissance entre cette jeune fille blanche et ce vieil homme noir n’est pas suffisant. Il n’est pas suffisant pour donner une assurance médicale aux malades, ou un emploi aux chômeurs, ou l’éducation à nos enfants.


Mais c’est d’ici que nous partons. C’est ici que notre union devient plus forte. Et comme tant de générations l’ont compris durant deux cents vingt et un ans, depuis qu’un groupe de patriotes a signé ce document à Philadelphie, c’est ici que la perfection commence.

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Posté par Musengeshi Kat à 21:22 - Lecture intéressante - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 février 2008

Sur l´apparution du livre : l´Afrique répond à Sarkozy

http://www.grioo.com/avis,makhily_gassama_nous_devons_defendre_la_dignite_de_l_afrique_quand_elle_est_menacee,13052.html 

Derrière cet acte légitime d´autodéfense

Avant propos de pré lecture 

Oui, je réponds d´abord à l´interview publié par grioo annonçant la sortie de ce livre, en attendant de le lire. Et je donne ici à mes lecteurs et à tous ceux que les rapports avec la France avec ou envers l´Afrique intéresse, l´occasion de savoir comment et avec quels critères je vais lire ce livre. Quand a-t-on la chance de lire les propos hautement sevrés d´une telle cuvée d´intellectuels africains ? La chance est sans précédent, il faut la déguster rapidement. Mais non sans exigences, parce qu´après tout, il s´agit de brillants intellectuels qui vont croiser la dague avec massa Sarkozy.

Je me demande, après tout, ce que je vais trouver dans ce livre duquel j´attends beaucoup. Pour moi les rapports de l´Afrique avec la France ont toujours été faussés d´une part par une Afrique incapable de défendre ses intérêts, naïve, qui se laissa employer, tromper, démunir injustement de ses enfants en des siècles et des siècles d´esclavage. Et de l´autre, il y a une France qui passa à côtés de ses propres idéaux de liberté, de fraternité et de respect des droits des hommes pour s´abaisser à commettre tous les méfaits qui soient pourvu qu´elle s´enrichit et accumula pour s´industrialiser et devenir une puissance militaire et économique respectable. D´un côté se trouvait le manque à être, de l´autre l´excès et l´abus le plus sourd et frondeur.

Mais avant de continuer à exposer avec quels sentiments et quelles attentes je vais lire ce livre, je me dois de faire une importante précision : lorsque nous parlons aujourd´hui de francafrique, il ne s´agit pas seulement de la France ! Nous définissons ou décrivons par-là une méthodique d´exploitation économique, financière et même culturelle postcoloniale ayant pour but de nuire irréparablement aux droits, aux libertés, à la réalisation sociohistorique des pays victimes tout en prétendant leur venir en aide ou les assister à se développer. La France a brillé et continue à exceller sur ce domaine, certes, et elle a été la première à employer ce criminel stratagème contre Haïti. Mais les autres puissances occidentales tels que la Grande Bretagne y brillent encore aujourd´hui envers le Nigeria. Quant aux Etats-Unis, il faut voir ce qu´ils firent de Cuba avant Fidel Castro, aux philippines, A Porto Rico.

Mais revenons à la France, puisqu´il s´agit dans ce livre de répondre aux propos de Sarkozy. Je sais que les propos de Sarkozy avaient été hautement prétentieux. Et je l´ai dit ouvertement dans certains de mes articles. Mais il ne faut pas oublier, dans le feu de la controverse, la lourde gageure qui pèse sur les intellectuels africains qui n´arrivent pas, et ceci malgré leur excellente formation en France (On en dégustera certainement de la qualité en lisant ce livre), à ordonner et organiser leurs pays efficacement pour sortir rapidement les leurs du sous développement et de la mendicité dont ils vivent aujourd´hui.

Ce qu´à mon avis tout le tumulte politique en France, ce que Sarkozy voulait dire est : "les gars, sortez de votre expectative et montrez que vous êtes capables de guérir vos blessures et vos erreurs vous-mêmes. Nous, nous sommes arrivés à la limite de nos illusions: nous ne savons plus ni tenir les hauteurs de nos propres idéaux, ni rendre justice à tous ceux que nous avons usé et abusé pour grandir et devenir puissant et riche.  Et nous vous avouons que nous avons aussi difficile à nous séparer de notre francafrique. Mais de grâce, relevez-vous; nous avons besoin d´une Afrique riche et prospère afin qu´elle achète chez nous et nous aide à soutenir notre niveau élevé de vie !"

Et même si cela a été dit dans un langage de prédicateur du dimanche embêté et sans talent, plutôt provocateur que conciliateur, je me demande si, en lisant la réponse que les africains y ont apporté, ils ont saisi la portée exacte du message. Parce que lorsqu´on voit ou on entend le discours d´un Sarkozy, ce qui fait sa fierté, son insolence ou son importance, c´est ce qu´il y a derrière lui en puissance industrielle, financière et économique. Sarkozy lui-même n´est qu´un être humain comme tout autre. Ce qui rend son discours politique, ses actes et mêmes ses pensées d´importance, c´est le fait qu´il soit chef d´Etat de France: un pays européens riche, puissant, bien armé et dont le passé esclavagiste et colonial ne laisse aucun doute sur l´immoralité avec laquelle ce pays a tenu à se hisser au concert dominant des pays du Pouvoir Blanc.

Maintenant, pour en venir à la lecture de ce fameux bouclier africain de la dignité et du respect, je vous avoue que je partirai ou je jugerai selon les principes évidents de Réalisance selon lesquels la liberté ne se donne pas, elle se mérite, se conçoit, se réalise dans le but d´épanouir, de développer et parfaire la jouissance et la célébration d´un haut niveau d´existence. Et je vous avoue que je suis à la fois curieux qu´empressé à lire cette réponse africaine. Pour plusieurs raisons : parce que je ne pense pas qu´avec des mots et de beaux discours, on puisse défendre valablement les droits ou les libertés africaines. Encore moins le respect ou la dignité de ce continent. Il n´y a, à mon avis qu´une seule voie: celle du développement.

Et j´ai déjà peur que ce fameux bouclier intellectuel ne soit rien d´autre qu´une collection de brillantes dissertations ou de plaidoyers de défenseurs doués et aimant grandement leur continent, mais du beau verbe tout de même qui voulait en réalité cacher, avec beaucoup de fumée, ce qu´on n´a pas été capable de faire ou de réaliser. Car, ne nous laissons pas enfermer dans le vide verbiage; si l´Afrique est aujourd´hui pauvre, si ses enfants doivent la quitter pour venir chercher emploi en France ou dans tous les pays développés, c´est parce que notamment les intellectuels au pouvoir en Afrique ont failli ou sont incapables de rendre justice à leurs propres enfants.

Je suis tout à fait d´accord que la France, la francafrique et le colonialisme occidental sont pour beaucoup dans les malheurs de ce continent. Et cependant, on ne peut pas toujours rejeter éternellement aux autres les erreurs et les manquements dont on est soi-même responsable. L´intelligentsia africaine doit grandir avec ses devoirs et ses ambitions et prouver qu´elle était à même de déjouer et de contourner les obstacles qu´on lui mettait en permanence entre les jambes. Mais qu´il soit bien dit que ses devoirs à domicile, la désaliénation de ses enfants, autant que leurs adéquates instructions et éclaircissement face aux tâches et aux défis qui les attendent, cela doit entrepris et mené sérieusement à bonne fin si la liberté et la réalisation des africains était l´idéal impérieux que poursuivaient ses intellectuels.

Or, rouler en voiture étrangère, se laisser corrompre ou participer activement à la débauche et au pillage des siens, vendre toutes les matières premières de ce continent sans contrepartie durable et réelle ouvrant sur un avenir plus créatif et libre de la pauvreté et de la misère; mais croire tout de même qu´avec des actes tapageurs d´éloquence, on hisserait l´Afrique au respect et à la dignité... Hem, je vous avoue que je suis curieux de lire de mes propres yeux comment cela se fait avec de simples mots ! Notez que je serai le dernier à douter de la puissance de l´écrit; mais de cela à croire que les mots peuvent se transformer en industries, en automobiles, en résultats fructueux d´élevage et d´agriculture disciplinés et suivis. Hem, je vais lire attentivement ce livre. Mais je préviens cependant tout le monde, je serai d´éloge si mes attentes sont récompensés. Et impitoyable si ce n´est pas le cas. Et déjà, j´ai fermé les yeux et vu au bois de Boulogne, dans tout l´occident, nos soeurs et nos filles se prostituant et écartaient leurs jambes pour 20 €...Jamais un livre ne sera lu aussi attentivement, croyez-moi.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

Forum Réalisance

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30 mai 2007

Face au marasme de l´éducation en Afrique

MUSENGESHI KATATA RECOIT MONSIEUR ANTOINE NGUIDJOL

L´éducation : la clé trop souvent négligée de l´avenir

« Il n´est pas exagéré de dire que nous vivons encore dans une situation de terreur intellectuelle où l´interdit du personnel ou du singulier est la chose initiale demandée à tout apprenti philosophe non occidental. La dimension didactique va s´accroissant au fur et à mesure de l´apprentissage, son poids devenant tel qu´il réduit la vocation pédagogique de la philosophie à la portion congrue. »   Dr. Antoine Nguidjol (Le Système éducatif en Afrique noire, pp 77)

Musengeshi Katata: M. Antoine NGUIDJOL, tout d’abord merci d’avoir répondu favorablement à notre demande d’interview.

Antoine Nguidjol : c’est pour moi un grand honneur de répondre à vos questions. J’apprécie beaucoup votre « blog », la pertinence des propos que vous y tenez, votre passion pour l’avenir de l’Afrique et votre rigueur intellectuelle.

MK. : Merci. M. Nguidjol, j’ai présenté un aperçu de votre essai il y a quelque temps. Mais avant d’éclairer nos lecteurs sur son contenu, je vous demanderais de bien vouloir vous présenter brièvement.

AN : C’est une tâche difficile que vous me demandez là ; vous savez, je n’aime pas beaucoup parler de moi. Je préfère que d’autres le fassent à ma place. Je vous rassure toute de suite, cela n’a rien à voir avec de la fausse modestie, c’est un trait de caractère. Au fait, ne croyez-vous pas que les choses les plus brillantes finissent toujours par se faire remarquer ? J’en suis convaincu et ne souhaite donc pas en rajouter...

Mais puisque vous exigez que je me soumette à ce rituel, je dirais juste ceci : je m’appelle Antoine Nguidjol, né au Cameroun il y a quarante huit ans, docteur en philosophie (Paris X), fonctionnaire de catégorie A dans l’éducation nationale française…et, depuis peu, essayiste.

MK : C’est parfait. Venons-en à votre livre, qui est l’objet de cette interview.

AN : avec plaisir !

MK : vous avez récemment publié un essai aux éditions l’harmattan intitulé : le système éducatif en Afrique noire : analyses et perspectives. J’ai beaucoup aimé votre livre pour la richesse de son analyse. Pouvez-vous nous dire les raisons qui ont motivé ce travail sur l’éducation en Afrique noire ?

AN : Ce qui a motivé mon travail, c’est d’abord le fait que la question de l’éducation intéresse tous les pays du monde. Aucun pays sérieux ne peut laisser dériver son système éducatif sans réagir. La question évidemment n’est pas nouvelle bien que chaque époque la problématise à sa manière compte tenu de ses besoins et de ses attentes.

De nos jours, les observateurs avertis (les professionnels de l’éducation en l’occurrence) savent qu’un test international a lieu chaque année qui permet d’obtenir une classification du niveau des établissements du monde entier (collèges, lycées, universités) ; ce qui atteste de la préoccupation des Etats pour leurs systèmes d’enseignement.

En France, des tests nationaux, couplés aux résultats du brevet des collèges et du baccalauréat, permettent d’obtenir une classification nationale des meilleurs collèges ou lycées de France mais aussi des moins bons ; les informations recueillies à cette occasion fournissent de précieux indicateurs pour la détermination des axes fondamentaux de la politique éducative à entreprendre.

On remarquera, en France, que la préoccupation du niveau scolaire est telle qu’elle en devient une question politique posée à tout changement de régime, chaque ministre de l’éducation y allant de sa petite réforme. Aujourd’hui, la politique éducative est à l’acquisition du « socle commun des connaissances ».

Mais déjà une question se pose : qu’est-ce qui au fond justifie cette préoccupation ? Est-ce l’amour de la connaissance, ou autre chose ?

En creusant un peu cette question, on peut se rendre compte que si l’intention affichée par la réforme du système éducatif se veut essentiellement épistémologique ou économique (réformer le système éducatif pour permettre un passage harmonieux entre l’école et le monde du travail), la réalité est tout autre.

En effet, tout système éducatif est une machine politique qui vise essentiellement à produire des conséquences politiques (exemple : l’unité politique par le biais de la culture générale, c’est-à-dire par l’apprentissage de références culturelles ou intellectuelles communes). L’école est un lieu pratique, simple, économique, facilement contrôlable où s’élabore l’unité culturelle et politique.

MK : et la seconde motivation de votre essai ?

AN : la seconde raison, qui concerne plus proprement les africains, c’est le besoin de comprendre. Les africains se posent aujourd’hui la question de leur devenir en tant qu’êtres particuliers jetés dans le monde, pour certains quelque part sur les rivages de la Méditerranée, du Pacifique ou de la Baltique, tandis que d’autres aspirent à y être jetés à leur tour ou meurent de déréliction quelque part en Afrique.

Mais qu’ils soient en Afrique, en Occident ou en Orient, qu’ils soient naturalisés, résidents ou « sans papiers », beaucoup d’africains ont aujourd’hui besoin de comprendre pourquoi leurs aïeux ont été vaincus. Pourquoi leur histoire collective a pris cette trajectoire particulièrement douloureuse. Ils se demandent s’il y a une possibilité pour que cette défaite d’hier (qui se prolonge) ne soit que provisoire ?

Pour changer le cours de leur histoire, il leur a été demandé ces dernières décennies de se rendre massivement à l’école occidentale. Beaucoup y sont allés. Ils sont aujourd’hui sans travail et sans perspective d’avenir…

MK : l’école mérite donc une sérieuse évaluation.

AN : Exactement. Précisons deux choses : premièrement, l’évaluation n’est pas le rejet. Deuxièmement, l’évaluation n’est pas une simple opération technique. Elle est fondamentalement conceptuelle. A défaut de le comprendre, on prend le risque de « tropicaliser » un système éducatif étranger en pensant en avoir inventé un. Les conséquences pour l’avenir sont très sévères.

MK : quel rôle a joué le roman du sénégalais Hamidou Kane dans votre réflexion ?

AN : L’aventure ambiguë est un roman que nombre d’africains scolarisés ont lu. L’étude de ce roman n’est donc pas une nouveauté puisqu’elle figure au programme de la littérature africaine.

Seulement voilà : je considère que l’étude purement littéraire de ce roman n’en saisit que l’écume (pardon pour les professeurs de littérature africaine !). Car le roman d’Hamidou Kane traite de l’angoisse, du sentiment de déréliction de l’africain face à un événement aussi terrifiant qu’incompréhensible : l’occupation occidentale de l’Afrique par les armes. Elle traite de cette soudaine rupture de la temporalité qui fait qu’il y a désormais un avant et un après ; et entre le deux une béance, un trou noir, rien.

L’œuvre d’Hamidou Kane a constitué pour moi un bel angle d’attaque parce qu’elle traite du problème de l’éducation. Cette œuvre, écrite en 1961 au moment où les pays africains accèdent à l’indépendance, est pleine de prémonitions. Elle nous montre à quel point le parcours éducatif occidental est piégeux et ravageur pour les Africains s’ils ne le réévaluent sérieusement.

Permettez-moi de vous lire un passage suggestif de cette œuvre que je trouve aussi importante que les Lettres philosophiques de Voltaire ou les Essais de Montaigne et que l’on devrait mettre au programme des études philosophiques en Afrique noire.

« il arrive, confie Samba Diallo, que nous soyons capturés au bout de notre itinéraire, vaincus par notre aventure même. Il nous apparaît que tout au long de notre cheminement, nous n’avons cessé de nous métamorphoser, et que nous voilà devenus autres. Quelquefois, la métamorphose ne s’achève pas ; elle nous plonge dans l’hybride et nous y laisse. Alors, nous nous cachons, remplis de honte. »

L’africain honteux de lui-même, c’est peut-être l’image stéréotypée à laquelle nous avons affaire encore aujourd’hui.

Tout est parti du savoir, comme l’indique Hamidou Kane. L’africain peut-il se lancer dans la quête du savoir occidental sans se perdre, sans s’oublier ? Cette question, je la récupère dans mon essai pour la généraliser de la manière suivante : peut-on concevoir une démarche pédagogique innocente ? Toute démarche pédagogique n’est-elle pas soumise a priori à un projet politique ?

MK : voulez-vous dire que la finalité du système éducatif n’est pas la formation des esprits et la liberté ?

AN : Il ne faut pas se leurrer. De même que la soumission ne peut engendrer la liberté, l’école coloniale n’est pas faite pour aider les colonisés à penser pour soi. L’école africaine n’est donc pas un endroit où l’africain pense pour soi, mais un lieu où l’on impose sur son esprit par l’incitation à l’automutilation intellectuelle ; un lieu où la culture se dilue dans l’obéissance à l’autorité.

L’affirmer, ce n’est pas dire que l’instruction organisée par l’Etat colonial est forcément un endoctrinement ou un conditionnement par des méthodes explicites de propagande, mais que derrière le savoir qu’on « offre » il y a autre chose, que le pan de l’éducation l’emporte sur celui de l’instruction ; que cette éducation est la finalité absolue qui annihile tout le reste ; autrement, que l’instruction n’est que le début d’une opération qui se termine dans l’assimilation de l’apprenant. Pour parler plus concrètement, l’instruction offerte par l’Etat colonial aux africains vise à instaurer une socialisation des individus conforme à l’appareil d’Etat colonial, c’est-à-dire une disposition à se laisser instruire. Il est facile d’imaginer qu’en se laissant instruire, on se laisse aussi aisément conduire. C’est pour cette raison que le savoir institutionnel abolit le savoir et qu’il fabrique de la soumission. C’est aussi pour cette raison qu’il est essentiellement politique. Parce qu’il n’y a pas d’école sans projet éducatif ; et que tout projet éducatif est essentiellement politique.

MK : cela fait penser à Durkheim…

AN : Oui, Durkheim confirme mon analyse par les exemples suivants : sous le règne de Charlemagne, dit-il, l’école carolingienne se donnait pour mission de créer une élite chrétienne ; pendant la Réforme protestante, les collèges jésuites avaient pour mission de former une élite capable se s’opposer à la propagation des idées luthériennes ; plus près de nous, l’école de la république, (celle dont l’Afrique a hérité), se donnait pour mission de créer un nouveau type de citoyen adapté à la troisième république.

En la transposant en Afrique noire, cette école fabrique non seulement une prédisposition générale à se laisser aisément diriger, mais aussi des élites adaptées à un Etat essentiellement prédateur.

Le savoir scolaire n’est donc pas un but en soi mais un moyen ; le but étant le résultat du projet politique qui sous-tend les savoirs enseignés.

MK : vous parlez de l’insertion de l’école africaine dans l’industrie culturelle occidentale

AN : oui, j’affirme que la culture occidentale est une marchandise, et même une marchandise d’occasion dans laquelle l’Afrique semble s’être spécialisée ; que la marchandise est la catégorie générale de tout ce qui a vocation à s’abolir dans la pure consommation ; « offerte » pour être consommée comme telle, sans que le consommateur ait connaissance de ce qu’il consomme. Sans même qu’il s’en préoccupe.

La consommation fonctionne sur l’a priori de la foi, c’est-à-dire de la confiance absolue dans la bienveillance du producteur ; sur le caractère inimaginable d’un empoisonnement ou d’une destruction massive des consommateurs.

Je vais encore plus loin ; reprenant l’analyse de Jean Baudrillard sur la société de consommation, j’affirme que l’Afrique est l’une des grandes victimes de l’illusion de la donation, de l’idée saugrenue que d’autres pourvoient et pourvoiront toujours à ses besoins ; que le commerce entre les nations relève du miracle et n’exige qu’une simple activité magique de captation.

MK : dans votre essai vous déplorez ce que vous appelez le « triomphe » de l’écriture sur la parole ; sur la parole africaine si je puis dire.

AN : je déplore surtout le déplacement du savoir de la parole à l’écriture. Je montre qu’un tel déplacement n’est pas un simple déplacement d’un lieu épistémologique à un autre. Je veux dire qu’un tel déplacement a des conséquences existentielles et morales.

Car la parole fonde l’autorité morale ; elle confère de l’autorité à celui qui l’énonce ou à celui qui en est le gardien. La parole n’est pas simplement une énonciation : elle est aussi ce qui engage. Donner sa parole, c’est engager son être tout entier, c’est tenir parole, c’est-à-dire agir en conformité avec elle. La parole fait retour sur soi, elle est le symbole et le gardien de l’immanence.

L’écriture est tout autre. Elle fonde une tout autre autorité : l’autorité intellectuelle, l’expertise de celui qui sait déchiffrer les signes. L’écriture entraîne ailleurs, loin de l’individu, loin de son existence propre, vers d’autres univers ; elle est une aliénation dans ce sens qu’on n’y entre qu’en se mettant dans la peau d’un autre, de l’auteur, du personnage, en s’oubliant pour se diluer dans l’universel. L’écriture est donc, contrairement à la parole, le symbole et le gardien de la transcendance.

MK : faut-il donc arrêter de lire ?

AN : absolument pas. Mais il faut se garder de lire innocemment. Toute lecture véritable est un acte politique.

MK : vous critiquez assez sévèrement les intellectuels africains. Est-ce parce que ce sont des scribes ?

AN : oui, il y a un rapport étroit entre l’écriture et le pouvoir. L’écriture est déjà fondamentalement pouvoir, parce que le symbole est un pouvoir en soi qui n’appartient qu’à une minorité. Mais ce que je déplore et critique essentiellement, c’est le rapport entre le militantisme politique et l’enseignement supérieur en Afrique noire. Ce rapport passe nécessairement par l’écriture dont le diplôme est la matérialisation. Les universitaires sont pour la plupart des gens qui professent un enseignement, donc qui écrivent. Analysant cette écriture, on peut en conclure qu’il s’agit d’une écriture d’un type particulier située à mi-chemin entre l’écrivain et le militant ; qui tire du militant « l’image idéale de l’homme engagé », et de l’écrivain l’idée qu’écrire est un acte en soi. Ce scripteur d’un type nouveau milite en écrivant, voire en professant, en enseignant – l’écriture devient ainsi le symbole professionnel de l’adhésion, voire l’acte par lequel le livre (ou l’enseignement) devient la métaphore de la pancarte et la salle de cours celle de la tribune politique.

En sublimant une formule de Barthes, nous dirions que l’intellectuel africain n’est encore, dans la plupart des cas qu’un écrivain mal transformé ou, ce qui est la même chose, un militant fasciné par l’écriture et qui croit pouvoir y trouver une forme raccourcie de militantisme (moins gourmande en temps et en énergie). C’est une écriture institutionnelle qui a la même allure que le pagne à l’effigie du président, qui signale sa présence et pose « son problème » (comme on dit au Cameroun). Bref, c’est une autre forme de « motion de soutien ». Il n’est donc pas étonnant que le pouvoir politique le recrute aussi facilement.

Mais mon analyse va plus loin.

MK : en effet vous parlez de mensonge..

AN : J’attribue le « mensonge » non pas à des individus, mais au système éducatif actuellement en place en Afrique noire. Par mensonge, je n’entends pas le contraire de la vérité au sens moral du terme (bien que ce sens soit implicite). Le mensonge ne qualifie pas seulement une énonciation qui cherche volontairement à tromper. J’entends le mensonge comme la conséquence d’une organisation institutionnelle du savoir qui vise à obtenir une conduite décalée chez l’apprenant, c’est-à-dire un comportement à l’envers de son inclination naturelle ; un mouvement qui pousse l’individu à tourner le dos à ce qui devrait le préoccuper le plus immédiatement, aux objets, aux émotions, aux événements de son univers immédiat.

Il n’y a pas de doute que la scolarité africaine est orientée vers l’imaginaire (non vers les objets alentour), c’est-à-dire, en généralisant, vers le dépassement des limites de la connaissance comme le dirait Kant. Pour le dire autrement, la scolarité africaine est orientée vers les horizons illimités d’un savoir affranchi de l’expérience humaine la plus immédiate. Elle fait de l’Africain un métaphysicien attiré par l’appel du vide. Le système éducatif vise à le couper de ses attaches culturelles, de tout ce qui évoque son enracinement.

J’ai essayé de remonter à la source de cette attitude d’introversion chez l’Africain en étudiant la grammaire française.

La grammaire apprend à l’enfant à dire « je » ; elle lui apprend que le sujet à la première personne est le terme le plus important de la phrase, que tout ce qui l’entoure n’est qu’un agrégat de termes dont la seule fonction est de participer à sa consécration. Apprendre cela à l’enfant, c’est lui donner l’assurance d’une nouvelle naissance par l’écriture, c’est lui dire que la sagesse et le savoir sont ailleurs, dans les livres. C’est condamner d’office la parole du père, de la mère et tout le capital culturel local comme une illusion indigne d’être reçue. C’est signifier que les joies, les peines, les désirs, les espérances, les événements particuliers ne peuvent constituer pour lui une porte d’entrée dans la rationalité ; car, « le « je », c’est l’originaire qui postule qu’il n’y a rien avant et en dehors du sujet. Que l’existence même du monde n’est que le prolongement du sujet. 

MK : une dernière question Monsieur Nguidjol. J’ai été frappé par votre sévérité à l’égard de l’université africaine

AN : je constate que cela ne vous a pas échappé. En effet j’ai parlé de l’université africaine comme d’un « supermarché du savoir minimum ». Une telle expression paraît a priori très sévère. Je me doute que certains étudiants ou enseignants ne s’y reconnaissent pas. Et croyez-moi, j’ai fait mes débuts à l’université de Yaoundé avant de venir en France. Je suis quelque part le produit d’une génération d’enseignants qui malheureusement ont quitté l’enseignement supérieur par dépit.

Ce qui se passe dans les universités africaines est grave. Et parce que ça l’est, il ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt. Tout le monde sait que les diplômes de beaucoup sinon de la plupart des pays africains ne valent plus rien ; que la maîtrise de la langue « officielle » même de nos étudiants est mise en doute à l’étranger. Ce n’était pourtant pas le cas hier.

Les étudiants de ma génération ont porté très haut le flambeau de nos pays devant les enseignants et les étudiants européens médusés qui ne croyaient pas qu’en Afrique on enseignait la philosophie et le français. Tout cela a cessé d’être, hélas !

Les étudiants africains de façon générale ont cessé d’étudier parce que les professeurs aussi ont cessé de professer. L’université africaine est devenue une sorte de « resto du cœur » où l’on va chercher au plus bas prix de quoi égayer son existence fragilisée.

Mon souhait est que l’enseignement supérieur reprenne sa place, que les Etats africains comprennent le rôle qu’il joue dans une nation. Dans cette veine, il me semble que quand l’enseignement supérieur d’un pays va bien ou mieux, le reste de la nation s’en porte bien ou mieux. Mon livre essaie d’apporter quelques réponses à ce sujet.

MK : merci monsieur Nguidjol d’avoir fait le tour de votre brillant essai avec nous ; il ne me reste plus qu’à vous remercier et à le recommander à nos lecteurs.

AN : C’est moi qui vous remercie.

(Interview réalisée le 28 mai 2007)

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25 mai 2007

Un livre intéressant: Sur le système éducatif en Afrique

Lecture de l´analyse d´Antoine Guidjol : « Le système éducatif en Afrique noire » paru chez l´Harmattan. ISBN : 978-2-296-02884-5

Un mal purement africain ou un problème universel ?

Avant propos

Lorsque j´ai eu connaissance de la publication de cette analyse, j´ai été fort intéressé de la lire, et cela, pour plusieurs raisons : l´éducation est un des problèmes fondamentaux, sinon le plus grand de toute société humaine, de toute culture. Ce domaine ou cette vocation de l´existence humaine est devenue d´autant importante que l´organisation des sociétés, la complexité des attentes humaines atteignaient, de par notre vie moderne, des exigences complexes et ambitieuses. Et au fait, parler d´éducation, c´est autant parler de culture, d´us et usages, de conflit de génération, de norme et contenus de valeurs, des buts et de la valeur de l´existence elle-même, de la réalisation individuelle et collective, de mode de vie et d´opinion, de rapport en soi et pour soi de la convivialité internationale, de la connaissance…de philosophie existentielle.

Et en lisant ce petit concentré d´analyse, j´ai été agréablement surpris : tout y était. Et même si, à la fin de la lecture, j´eus le sentiment que le débat restait ouvert, je n´ai pas été déçu, car les bons ouvrages incitent toujours à lire où à ce que l´auteur reprenne sa plume et aille encore plus au fond des choses. Il est vrai que le thème est immense et riche de par le fait que toute notre vie est en fait trempé dans un tissu quelconque de l´éducation, de son manque, de ses défauts et ambitions. Ce qui fait poser les questions au bon sens : éduquer pour quoi faire, à quels buts ; quelles sont les qualités, les repères, les buts et les exigences d´une « bonne éducation » ? L´auteur ne s´est pas laissé piéger à cette discussion sans fin ; il a cependant bien établi le rapport sociohistorique qui avait entaché l´idéal social d´éducation en Afrique. Par rapport à l´occident colonialiste et hégémoniste. Ce qui mettait l´opportunité d´une identité éducative africaine autonome et indépendante des africains à l´ordre du jour. Et c´est excellent, parce que de par la mainmise postcoloniale sur l´Afrique, cet effort n´a, que ce soit de la part du paternalisme occidental outrageant que de la classe dirigeante en Afrique, à notre grand regret, reçu les attentions qu´il mérite. Et bien de déboires actuels de l´Afrique noire s´expliquent éloquemment par-là, parce que l´existence, ses règles, ses nécessités et ses ambitions qu´on nomme implicitement ou explicitement « Culture » se retrouvent toujours ancrés, discutés, encourus, souhaités…dans le système éducatif !

Sur le contenu

Contrairement à ce qu´a divulgué l´occident, croire que l´Afrique n´a rien produit ou rien écrit est de la pure gratuité des plus malhonnête, car les Bâtons d´Ishango le prouvent ainsi que les hiéroglyphes des pyramides d´Egypte ! Croire donc comme le laisse ironiser l´occident que l´identité de l´africain apparaîtrait comme un «dehors sans épaisseur» et comme un «dedans sans profondeur» est de la pure méchanceté. Sinon, pourquoi biens de sociologues admettraient-ils que les valeurs sociales africaines soient plus sociales que les leurs ? (Occidentales et purement mercantiles, bien entendu). Et même si, avec une bassesse honteuse et sans vergogne, ils mirent tous leurs efforts militaires, sociaux, éducatifs, spirituels et même criminels à déraciner et à détruire l´âme culturelle africaine ; pourquoi cette hargne si les africains n´avaient ni culture, ni civilisation ? Et surtout, pour eux qui se réclamaient de haute culture et de haute civilisation tout en ayant pratiqué sur les faibles africains, et ceci pendant 400 ans durant un esclavage des plus barbare ? Qui était en fait le civilisé ; la victime ou le criminel de droit commun ? On le voit : il ne suffit pas seulement d´écrire, de posséder une culture d´expression écrite pour être civilisé ! Car on en oubliait vraisemblablement que même si on traînait ses propres valeurs pertinemment dans la boue par rapacité, par cupidité ou par simple mépris gratuit des autres, tous ces actes restaient écrits pour l´avenir ! Eh oui ; écrire…mais plus tard ne pas vouloir reconnaître ses propres méfaits, et se prêter raison et droits abusifs sur l´existence des autres…C´est à se demander : à quelle genre d éducation ces occidentaux ont-ils donc élevé ? Quels étaient leurs systèmes de valeurs absolues, et pourquoi les africains devaient enterrer les leurs pour adopter un ordre dans lequel on les empêchait sciemment, sournoisement à accumuler, à défendre leurs valeurs propres et leurs sentiments ? Au fait, l´existence se résumait-elle à se réaliser soi-même ou à n´être qu´un pantin, une chosification des autres ? A cette question fondamentale la civilisation occidentale, autant de par son passé, esclavagiste, colonialiste, que par son paternaliste actuel dominateur et affligeant se cassera les dents ; car tout cela ne témoigne ni d´une haute culture de respect humain, ni d´une véritable et réelle philosophie humaine de liberté ou de démocratie.

Sur la portée existentielle réelle de la connaissance

La connaissance est un élément primordial de la culture et ce faisant, de la réalisation collective et individuelle ; son but est, dans toutes ses facettes celui de répondre à la pleine réalisation de nos attentes, de nos ambitions, de nos désirs de réalisation. En Afrique, cependant, on assiste actuellement au faux qui substitue la réalisation africaine (individuelle ou collective) à la satisfaction de l´occidentalité tout court !?! Pourquoi cette psychopathologie de confusion entre l´objet et son but, entre la réalité et l´illusion ? Peut-on se réaliser pleinement soi-même en empruntant, au détriment de ses propres exigences, de ses propres ambitions existentielles, les contraintes étrangères aussi opprimantes, dominantes ou même facilitant qu´elle soient ? Non, car ce qu´on gagne apparemment par la facilité ou le paraître comme le maître le veut, on le perd par la motivation et la mise en œuvre de la réalisation sensible. On est, on devient tout au plus consommateur de la production des autres que maître de sa propre destinée. Et au lieu d´insuffler vie et joies à son propre devenir sensible, on singe et on emploie ce qui, tout en assagissant notre soif ou nos besoin, détruit notre créativité qui est, en fin de compte, la richesse la plus valable de toute vie humaine.

Ce n´est pas la connaissance en soi ou pour soi qui fait de sa culture une jouissance supérieure, fiable, discutable, et en fin de compte un instrument fort utile ; c´est aussi la capacité à user de ses multiples références pour critiquer, rénover, améliorer…afin de se réaliser le plus adéquatement, d´être le plus créatif ; de rendre justice le plus valablement aux valeurs de justice, d´équité, de tolérance, d´émancipation des attentes individuelles ou sociales : au fait, renier l´absolu pour accepter la transparence d´un réel et d´un imaginaire de la multitude de l´équilibre et de l´harmonie individuelle et sociale. Et ici, si l´auteur Antoine Nguidjol dit que Dieu (l´absolu) est la source de toutes les sciences ; il faut dire qu´il s´agit ici d´un absolutisme béat que l´ère primitive de la pensée rationnelle humaine s´est inventée pour avoir un point de départ qui menait autant au mensonge, à l´escroquerie, à l´illumination mentale, qu´à une douteuse spiritualité. Parce que l´absolu, il est décidément plus facile à imposer, à abuser qu´à éclairer la vérité ou la raison. Et la raison veut qu´à son prolongement infini des valeurs et des choses de la philosophie ou de l´existence humaine, que toute spéculation cesse pour laisser place à la réalisation. Et cette dernière doit être libre, consciente, respectant tout un chacun. Parce que non seulement tout individu, toute culture est une qu´on identité propre ; mais on voit mal au nom d´une quelconque universalité (ou philosophie) quelqu´un aurait le droit de priver un autre de droits ou de jouissances existentielles saines et légitimes.

Critiques de l´ouvrage

Ce qui m´a surpris, c´est que tout au long de cet ouvrage, je n´ai pas rencontré un profond débat de liberté ou de réalisation. Or, il s´agit bien de la liberté et de la réalisation ; autant dans leurs valeurs d´organisation que dans celles de projection de la production existentielle qu´est l´art de vivre. Le mot liberté n´est presque pas évoqué dans cette analyse ; est-ce à dessein ?

Sarkozy (eh oui, toujours lui !) a dit à son investiture qu´il était conscient que nous traversions (toute la race humaine) une profonde crise de valeurs. Et je lui donne complètement raison ; tout cela ne date pas d´hier : à force d´imposer aux êtres humains des horreurs telles l´esclavage, la colonisation criminelle, à piller, à violer, à bombarder des innocents surtout s´ils ne savent pas se défendre…l´occident a établi une échelle de valeurs qui, en lieu d´encenser le bien et le cultiver sans la moindre ambiguïté, engendrait, avec ses abus et ses erreurs légitimées une culture de coexistence humaine qui usait par trop allègrement du violentement, de l´exclusion, de l´abus, pourvu qu´on soit puissant ou de facto de ceux qu´on n´arrive pas à punir. Tout cela s´appela civilisation, culture, démocratie ou tout simplement liberté… ! Et maintenant que le système de domination économique, politique et culturel instauré depuis 600 ans sur le monde par l´occident était arrivé à ses limites et se trouvait remis en cause par la montée de la Chine et de l´Inde au firmament de la concurrence industrielle la plus ardue…on avait difficile à s´appuyer sur des valeurs bancales et injustes. Changer les choses, une question d´éducation ? Ou était-il enfin temps de voir les choses comme il se doit, plutôt que confiner dans des définitions vides et oiseuses.

L´économisme de cette analyse laisse à désirer ; ne pas traiter de l´économie laisse toujours l´impression qu´on est plutôt théorique que réel. Or, l´éducation est une production sociale de la plus haute valeur ; il faut non seulement la concevoir, la discuter, l´asseoir dans la société, suivre et améliorer ses résultats, mais il faut aussi la financer !

J´ai été franchement surpris que l´humanisme allemand (Humboldt) eut été cité en exemple par l´auteur, dont on pressent l´admiration allemande de sa formation française. Notez que je ne discute pas cet humanisme ; mais voyez-vous, une société telle que l´allemande qui a, malgré Humboldt et Nietzsche, massacré, entre 1904 et 1907 en Namibie les herero, les nana et les hottentots, et qui, par deux guerres mondiales suivantes causa la mort de près de 100 millions de vies humaines…cet humanisme mérite-t-il qu´on le vante ? Question d´éducation, peut-être ?

Je sais, mes amis disent que je suis très critique, presque inconsolable. Mais faites comme moi, fermez les yeux et repassez en revue tout ce qui a été fait aux africains, et mettez-vous devant les yeux que pendant que tout l´occident renchérissait le prix de nos textiles, de notre café, de notre sucre et de notre coton par des taxes douanières protectionnistes sur leurs territoires qu´ils gardaient jalousement fermé, ils envahissaient avec l´aide la Banque Mondiale et du FMI qui menaçaient les pays africains récalcitrants de résilier leurs crédits auprès de ces institutions s´ils ne pliaient les genoux et ouvraient grands leurs frontières aux excédents agricoles européens de lait, de sucre, de vieux vêtements, de poissons, de riz, de maïs…et de tomates quatre fois subventionnés par le contribuable européen et se vendant en place africaine à des prix de dumping…De quel humanisme s´agissait-il donc ? Vous avez compris ce que je ressens…après 400 ans d´esclavage, 100 ans de colonisation, de mépris et de destruction culturelle…et depuis 46 ans des méfaits d´une francafrique des plus corrompue et dévoyant…Et pendant que tout cela avait lieu, on détruisait l´écologie de ces pauvres en leur parlant de liberté et de démocratie ; question d´Education ? Oui, je crois qu´il s´agit grandement d´éducation, mais aussi de quelque chose de bien plus grand : le respect de la culture, de la liberté et de la réalisation des autres. Votre analyse m´a plu, mais il faut voir et aller au-delà de l´écrit, et produire une liberté saine et franche, plutôt que d´en subir une version criminelle qui n´avait…aucune éducation ! Savez-vous que cette année les attentats racistes ont augmenté de 9,2% en Allemagne ? L´establishment allemand appelle ces délits des délits à raisons politiques. Depuis quand le racisme est-il une cause politique ? Depuis que les radicaux de droite sont devenus une fraction au parlement européen ? Voyez-vous, cher monsieur Antoine Guidjol ; vous avez bon citer de bons penseurs européens…je vous assure que ces gens se conduisent comme les plus bas des incultes, malgré leurs grands penseurs !

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

     

Posté par Musengeshi Kat à 00:05 - Lecture intéressante -