30 novembre 2005
Reflexion sur la conscience
Sur la vraie conscience.
Frère K,
Je viens de répondre à un de nos frères qui se nomme "né sous X", ce que je considère comme une aberration ou une injure à toute l´histoire de la civilisation noire, et même si on joue aujourd´hui aux pseudonymes, une preuve flagrante de manque d´identité. Quand Malcolm X s´était adjugé ce prénom, il soulignait par là, avec raison, ses racines perdues. Mais si quelqu´un d´autre le fait sans avoir été ni esclave, ni fils ou petit fils d´esclave, il donne l´impression de ne pas savoir ce qu´il est. Dangereux. Ou serait-ce encore de ceux qui emploient des pseudonymes sans au préalable savoir ce qu´ils signifient. Encore plus dangereux.
Mais revenons à plus sérieux. La conscience, Kriss mon frère, c´est l´âme profonde de toute identité culturelle, sociohistorique et philosophique d´un individu, d´un peuple, d´une Nation. Elle est le lieu de sauvegarde, de promotion et de défense de l´intérêt supérieur de l´existentialisme de tout être humain imbu de liberté, d´indépendance et d´intégrité, autant qu´elle souligne, sans le moindre doute la souveraineté et l autodétermination de ses intentions. C´est dire que lorsque des gens se réclament du consciencisme, il se réclament d´un géant exigeant, toujours à l´éveil, et perpétuellement attelé à chercher des solutions efficaces de réalisation. Et c´est dans notre cas, celui de la race noire, un lourd tribut. Et hélas, dois-je le constater, trop de gens en parlent ou s´en recommandent gratuitement, sans savoir ni de quoi ils parlent, ni des devoirs et obligations qui en découlent. Le fameux manque de réalisme et d´estimation réelle de problématique.
Les vrais kémites, K. ils existent. Et ils sont attelés à trouver une stratégie efficace pour rompre les chaînes visibles et invisibles qui nous affligent. Et tu seras surpris, ils sont tellement brillants, que mon coeur se réjouit et se console de les entendre quelques fois parler de l´avenir.
Ce sont des gens simples, des soldats invisibles de la puissante armée noire. Et crois-moi ils sont brillants, brillants on ne peut plus. Ils ont compris tous les tourments que nous vivons actuellement et souffrent énormément de ce qu´ils doivent assister, impuissants à la décrépitude qui est la nôtre en ce moment. Mais que peuvent-ils faire? Ils ne peuvent tout de même pas violenter le peuple qu´ils aiment et chérissent comme le font tous les petits dictateurs inconscients et vendus à l´occident qui paradent en ce moment en Afrique. Nous devons nous débarrasser de ces imposteurs sans détruire nos idéaux, sans ça, nous ne vaudrons pas plus qu´eux. C´est l´impasse du moment. C´est pourquoi un travail de fond est nécessaire, un consciencisme populaire, de large audition. Tu comprendras pourquoi je m´énerve ou deviens inconsolable lorsque je me rends compte que quelqu´un, au lieu de cultiver la recherche de solutions, s´attache à la subsidiarité ou à la légèreté.
Certes, ces soldats invisibles travaillent et cherchent des solutions, mais il est d´autant important que le discours qu´ils tiendront soit compris et appliqué dans le sens positif, celui qui donne des résultats réels. Or, si tu fais bien attention, tu te rendras compte que l´homme noir gangrené par l´aliénation et poursuivi par le complexe d´infériorité que le manque, la pauvreté, l´écrasante domination occidentale lui a inculqué, passe trop souvent devant la vérité sans la voir ou des solutions simples et efficaces pour adopter de dépendeuses alternatives qui ne conduisent qu´à sa propre faillite. Et pour combler le tout, il se croit tout à coup plus catholique que le pape: pendant qu´en Europe l´église recule et se vide, en Afrique, le nègre embué se met à prier sur la religion chrétienne à t´en fendre l´âme. De cette même religion qui est la cause de ses maux psychiques, de l´esclavage et de la colonisation; et surtout, par l´enseignement que Dieu est blanc, contribue à l´amoindrissement et au dénigrement de la race noire.
Quand tu parles du consciencisme américain, ou que tu évoques son efficacité...laisses-moi te demander de te retenir, parce que ces américains noirs, s´ils avaient réellement compris les enseignements de Malcolm X, ils seraient, à l´instar des blancs qui le font avec leurs pairs, venus investir en Afrique, et nous aurions ainsi créé un bloc qui s´opposerait à celui du Pouvoir Blanc, ce n´est hélas pas le cas. Il se contentent de croire qu´ils sont mieux que les africains qualifiés de sauvages et d´animaux, comme le veut le Pouvoir Blanc pour éviter une unité Afro qui aurait meilleures armes et opposerait meilleure résistance aux inégalités imposées au noirs par les blancs. Ils n´ont donc rien compris, pires, il jouent, sous le prétexte de nationalisme ou de patriotisme le jeu infamant de l´impérialisme américain en l´accompagnant dans toutes ses guerres, dans tous ses abus. Mais as-tu vu dans quelles conditions ils vivent en Nouvelle Orléans? Sais-tu que les chiffres des afro-américains sont effrayants pour un pays aussi riche que l´Amérique? On parle des essais de produits du sida en Afrique, et au Cameroun dernièrement, mais sais-tu que ces essais se pratiquent d´autorité à New York, dans le Bronx, sur les enfants noirs pauvres et dépendant de l´assistance sociale? Et si les parents s´y refusent, ils perdent leurs enfants au profit de l´assistance publique? Voir New York ACS (Administration for Children´s Services) de monsieur Juliani, et tu seras surpris, beaucoup de noirs y travaillent. Les sociétés pharmaceutiques soumettent ces enfants à des médicaments des plus agressifs, ce qui les prive de sommeil, les rend boulimiques, nerveux, hyper agressifs et nombreux en décèdent. On les enterre discrètement. La BBC a fait un reportage élucidant sur ce sujet. C´est te dire, mon frère, que le chemin est long, celui que nous avons entrepris, et parce qu´il est si ardu, nous avons besoin de vrais noirs, de ceux qui ont réellement compris, pas de figurant ou de clowns.
Fais-en ton choix, ta philosophie, ta foi profonde et invincible, K. sois exigeant pour toi-même et n´accepte que la meilleure des alternatives et encore exige que celle-ci te réalise pleinement en tant qu´être, individu socioculturel et historique respectant les hautes valeurs indéniables de la civilisation humaine et désireux d´oeuvrer activement à son bien être autant qu´à celui de la société , alors tu es un vrai kémites, un de ceux dont on est fier de partager le combat qui s´ouvre devant nous parce qu´il est noble et grand. MK
Sur l´Ecole 34 à New York
Commentaire sur Internet.
l´ècole 34 à New York: une enseigante force ses élèves immigrés à manger au sol.
Cette histoire, qu´on le veuille ou non, choque, et prouve par là même que ceux qui se croient enfin relevé du combat de libération, de véritable lutte de reconnaissance parce qu´au Canada, aux Etats-Unis, ou en France avec Taubira, quelques noirs avaient été élevés à des fonctions représentatives. Et ainsi, trompant le noeud du problème et des maux qui nous dérangent et nous affligent, faisaient disparaître le principal: le mal centenaire exercé sur la race noire, ceux-là s´en trouvent rendu à plus de méfiance car toute cette histoire ne veut dire que: attention, les choses n´ont pas changé. Au demeurant, et contre tous les naïfs optimistes de la communauté noire, le mal est bien plus ancré dans la peau de l´homme blanc ou même de l´arabe, si on le veut. Ceci doit nous motiver à un combat de fond, à nous méfier des apparences et surtout, à poursuivre inlassablement notre lutte. Surtout l´aspect de celle-ci qui nous émancipe de toute dépendance quelle qu´elle soit à l´endroit de qui que ce soit, si ce n´est nous-mêmes. Depuis que d´énormes gisements de pétrole off-shore ont été découverts le long de la côte Ouest africaine, l´Amérique de l´impérialisme du pétrole a redécouvert son amour pour l´Afrique. Dieu, cette passion! Et discrètement, les armes sont vendues à qui mieux mieux aux pays concernés dont par exemple le Tchad et tous les pays de la côte. L´or noir est enfin là! Et déjà la Chine et l´Amérique se livrent un sourd duel: c´est à qui obtiendrait le plus de concessions d´exploitation. Au delà de cet heureux évènement, nous espérons très sincèrement que les élites de ces pays saisiront cette occasion pour relancer avec plus d´assistance la formation professionnelle technique, et soutiendront avec une énergie assidue la petite et moyenne entreprise qui s´y réveillerait afin d´ouvrir un grand pas sur le développement. Et non comme par le passé, se laisser gargariser par les pétrodollars et noyer le pays d´exportations dispendieuses des deniers publics et porteur d´aliénation et de dépendance économique. La situation économique de l´Afrique est si déplorable, tellement mauvaise qu´elle met une mauvaise lueur sur les intellectuels africains, et de leurs capacités à comprendre ou même à résoudre les problèmes de ce continent toujours humilié, toujours avili, toujours exploité. On se demande parfois si les africains savent s´aimer eux-mêmes, si depuis des millénaires ils se laissent violenter quid par les hordes arabes islamisantes, quid par les chrétiens méprisants. Et cette histoire de l´école 34 à New York n´aurait jamais eu lieu, si depuis toujours toute cette terre avait appris à nous respecter et à nous craindre. C´est donc vers ce but qu´il s´agit d´aller, et cesser de tergiverser ou de raconter des histoires à dormir debout. Patrice Lumumba disait: "Entre la liberté et l´esclavage, il n´y a pas de compromis." Je rejoins l´avis et le discours d´une grande dame africaine: Aminata Traoré qui estime que trop, c´est décidément trop; il est grand temps de changer les choses. MK
La valeur de l´organisation
Commentaire sur Internet
De tous les temps, la grande faiblesse de l´homme noir a toujours été de manquer de cohésion et d´organisation; ce qui a permis aux arabes, aux occidentaux, en nous divisant, à nous vaincre facilement. Ce qui se passe est regrettable, mais ce vil calcul doit éveiller en nous une plus grande vigilance et un meilleur engagement. Si personne n´a relevé le fait, mais il saute aux yeux que l´ennemi se fait beaucoup de mal en publiant des ouvrages des plus subversifs sur l´histoire faussement interprétée de l´Afrique ou de contes parés de magie et de sorcellerie pour entériner la vérité selon laquelle l´homme noir n´est pas rationnel. Ou encore, on découvre des princesses noires au sang royal français ou c´est l´afflux, ces derniers temps de noirs élus ou nommés à des postes internationaux...tout pour donner l´illusion que l´intégration des noirs est en route...patience, ça viendra! Et en vérité, ce système est devenu plus criminel à l´endroit de ceux qui exigent, comme les africains de toutes origines, leur liberté économique, culturelle, historique. La guerre est à mon sens inévitable, à moins que nos revendications, cette fois, ne soient satisfaites. Pour tous ceux qui veulent maintenant jouer aux bons nègres, et semer la discorde et la désunion, je leur demande encore une fois d´user de leurs petites cervelles. L´objectif que nous nous sommes fixés est trop grand et trop beau pour commencer à le salir par des actes délibérés de basses consciences. Seule une marche unie, seule la marche des noirs en colère répond à notre état d´âme. Et j´espère sincèrement que ceux qui s´adonnent à de l´individualisme borné et pour le moins étroit, reviendront sur leur cécité suicidaire. Pour ceux qui ont compris, ceux qui resteront sur la ligne intransigeante et déterminée de nos légitimes revendications, je leur demande de se souvenir de ces cinq cents dernières années...de compter nos morts, nos blessures physiques autant que morales. Il verront que l´amour que nous portons à notre âme, à notre vie, à tous ceux qui nous ont été ravis, au mépris du mal sournois et injuste qu´on continue à nous faire...cet amour là est trop beau et trop pur pour le salir dans des querelles idiotes. Mais autant grand est notre foi, autant grand est notre détermination que cette fois seule la réparation de nos blessures ne peut assagir nos coeurs. Ce n´est pas une question contractuelle ou cavalière; c´est un lourd tribut de principes qui, sur la liberté et la justice humaine, se réclame tout simplement de la reconnaissance et de la considération humaine. Ni plus, ni moins. Mais, cette fois, pas de mensonges et de faux fuyants s.v.p. MK
Manque de dialogue ou manque de vision
Correspondance Internet
A Y, Sur le manque de dialogue ou de communicabilité.
Chère Y. ta remarque est des plus pertinente et si je peux y répondre, je dirai que depuis des siècles, l´homme noir a été contraint à suivre, à se taire, à imiter plutôt qu´à créer, et à se soumettre plutôt qu´à s´imposer sur l´enjeu de sa propre existence. Voilà le mal, et il est plus profond que certains ne le veuillent le reconnaître, parce que dans leurs subconscient refoulé, s´exprimer, faire part de ses désirs, de ses rêves et s´organiser à les défendre ou à les asseoir dans la réalité, c´est enfreindre un interdit agressif et dominant qui peut conduire à la mort ou à l´exclusion de la part du maître blanc. Et si on y fait attention, on remarque que l´homme noir ne s´exprime réellement que par la musique, par exemple, par un biais somme toute ambiant, complémentaire ou accompagnant l´expression culturelle, plutôt que de s´attaquer au fond: à l´instrument de libération et de forge sensible. Beaucoup vont s´écrier en lisant ces mots, d´autres vont nier la vérité pour ne pas accepter le mal invisible qui les ronge. Et cependant, il est bien là. Et parfois plus puissant qu´on ne le pense, et c´est parce que ce genre de vérité n´est pas accepté que l´homme blanc, ou l´arabe sous lesquels nous avons connu l´enfer, ne s´en utilise que mieux pour nous désorienter et nous conduire à des impasses qui, sous quelques aspects individuels satisfaisant qu´ils soient, ne nous repoussent que d´autant mieux dans son filet de soumission, d´aliénation et de dépendance.
Beaucoup de noirs se répugnent à s´exprimer, parce qu´il ont peur de faire des fautes d´orthographes, ou pire: de dévoiler leur âme, ce que depuis des siècles l´homme noir a appris à protéger, pour ne pas succomber mentalement dans la nullité, ou s´offrir inutilement au couteau de l´ennemi de nos pensées. J´ai donc pris l´habitude de faire des fautes d´orthographe dans mes remarques, pour les encourager à s´exprimer. L´important, ce n´est pas la forme, mais bien le contenu. Et tout le monde sait que le français n´est pas notre langue culturelle. Sur ce site même, quelqu´un m´a taxé d´endormi; encore un à mon avis, qui réagit mal. Je tais ce que je pense de son intervention.
Le niveau intellectuel, moral, éthique de notre existentialisme s´estompe dans le silence parce que ni dans les livres, ni dans l´art ou le discours philosophique dominant blanc il ne trouve sa libre réalisation. C´est pourquoi il faut encourager toutes les formes d´expression qui nous rapprochent de notre sensibilité introversée, afin que notre véritable libération culturelle s´effectue le plus rapidement que possible et vienne refermer ce trou devant lequel nos âmes assoiffées trépignent. Et à mon avis, il n´y a que l´amour de nous-mêmes, l´amour profond de notre race et de notre peau, de notre culture, qui peut le mieux nous ouvrir aux portes de l´assouvissement et ceux de la réparation d´un voeu historique pathétique et merveilleux, parce qu´il révèle, malgré toutes les offenses et les blessures qui nous ont été faites, que nous sommes une des plus belle et des plus courageuse race de cette terre. Et cela, c´est une vérité incontournable; il suffit de se retourner et de voir ce que nous avons, dans des conditions d´oppression incroyable, réalisé. Etre un noir, appartenir à cette culture incomparable, devient un don inégalable de résistance et de ferme fidélité à la première race de Dieu. Il ne suffit pas seulement d´y croire, il faut aussi le dire à haute et intelligible voix, afin que ceux qui hésitent ou qui sont encore imprégnés par la timidité ou la retenue leur imposée depuis trop longtemps, se libèrent et redeviennent créatifs et positifs; nous ne sommes ni des brigands, ni des criminels, ce que nous exigeons est légitime et universel: le droit d´être, de rester et de devenir nous-mêmes. Et sur ce chemin retors et souvent tortueux, nous avons besoin de toutes nos voix, d´une organisation qui nous rende solidaire et imposant pour asseoir sans gêne et sans complexe nos buts: nous épanouir et nous réaliser pleinement, comme tout autre culture, dans sa sensibilité, ses attentes, ses rêves, sa créativité: être libre et indépendant au sens le plus profond et le plus généreux du terme. Sans le moindre doute, quoi qu´il en fasse; c´est notre droit. MK
L´homme noir face à l´histoire
Sur la culture noire et la culture occidentale dominante
Commentaire internet
Le débat dans cette chambre d´opinion était si intéressant que je me permets d´y ajouter mon commentaire. La culture et les usages d´un peuple, autant que ses symboles et ses repères d´expression et de réalisation sociale, sont issus de son historicité, c´est à dire des usages et traditions pratiqués dans son histoire et légitimé par l´esprit qui le gouverne. Et le racisme, en est une des formes. Si quelqu´un me disait aujourd´hui qu´il ne faut pas généraliser, que la France n´est pas partout raciste, je lui dirai qu´il est borgne ou aveugle, et qu´il suffirait, chaque fois que la Marseillaise joue, d´aller dans l´histoire symbolisée par ce chant patriotique sanguinaire pour constater que lorsqu´en 1789, le français faisait sa révolution, pendant ce temps, il vendait et chassait les esclaves, et que la liberté, l´égalité ou la fraternité qu´on adopte en France, n´est qu´un slogan vide et prétentieux qui ne cache que trop de crimes et de sournoiseries. Faut-il ouvrir la page Internet www.stop-francafrique.com pour déguster du contenu de ces mots ? Certes la France essaie de sortir de sa propre histoire, de vaincre le racisme et de devenir réellement multiculturel et humaniste. Mais une chose est de le vouloir, autre chose est de le réaliser; d´autant qu´il faut vaincre de vieux privilèges encroûtés, des sentiments ténébreux, méprisants et criminels qui ont fait la richesse de la France, autant que celle de l´Angleterre, de l´Amérique, de la hollande, de la Suisse...bref, du monde occidental tout entier. Et beaucoup de gens sous estiment cet iceberg qu´est le racisme; ce n´est que la pointe d´un épineux problème: celui de la domination économique, culturelle blanche sur le monde et précisément sur le monde noir au regard duquel cette race blanche se sent complexée et dépendante : en effet, depuis qu´on a découvert que l´homme noir était le premier être humain sur la terre, certaines choses s´expliquent, d´autres, pour la race blanche, deviennent pénibles. Ainsi, c´est l´homme noir, et c´est réellement le cas est la première créature de Dieu, Dieu doit être noir parce qu´on ne voit pas pourquoi il ferait des créatures contraires à son image. Par ailleurs, le fait que l´Afrique aie presque toutes les matières premières sur son sol, pourrait simplement dire que Dieu, dans sa magnanimité, lui a donné les provisions pour son long chemin existentiel. Ce n´est pas le cas pour l´homme blanc qui en dépend et par là même dépend de l´homme noir. Il n´y a en fait que l´homme noir pour n´avoir pas mené le syllogisme existentiel jusque là, et c´est bien dommage, parce que beaucoup de choses deviendraient claires et précises.
Beaucoup diront, dans le désarroi de la situation actuelle de l´Afrique : mais pourquoi sommes-nous dépendants de l´occident et pas l´inverse ? Mais parce que l´occident veut à tout prix instaurer cette dialectique d´inversion; il en va de sa survie. Si l´homme noir se séparait définitivement de lui, sa vie ne vaudrait pas un iota. Essayons ne fusse que pendant 5 ans, vous les verrez ramper et s´entretuer à qui mieux, mieux, comme au moyen-âge.
Pour en revenir au racisme comme tel, permettez-moi de faire une importante conclusion: tant que le monde blanc, ou la France ou tout autre pays du Pouvoir Blanc n´est pas arrivé à sortir de son passé, à émettre et imposer une culture universelle impersonnelle de race, de nationalité, de culture...de naissance ou d´intérêt, ce monde restera aux prises avec ses mensonges et ses complexes, et plutôt que d´encenser la liberté et la démocratie, comme ils le prétendent, ils ne nous réserveront qu´exploitations inhumaines et sournoises patronnées et chapeautées par le FMI ou la Banque Mondiale, ou l´invasion de l´Irak tout en parlant de défendre la liberté et la démocratie. Cela veut tout simplement dire, pour tous ceux qui l´on compris, que pour nous la lutte, la confrontation est inévitable, si nous ne voulons pas abandonner nos femmes et nos enfants à un vil destin. Il suffit de voir les nombreuses prostituées en Europe et à chaque buisson de France pour se rendre compte de la teneur du mal. Et pour citer celui que je considère comme le plus grand penseur africain: Franz Fanon qui disait dans "Peaux noires, masques blancs" : ne pas se laisser abuser par les grands discours. MK
Franz Fanon, l´irréductible
Franz Fanon, ou le retour de l´irréductible
commentaire sur Internet
En France on baptise une rue Patrice Lumumba, et depuis que l´Amérique noire a décidé de faire revivre Franz Fanon, en France, les éditeurs et les critiques de banlieue se mettent à citer ce philosophe noir à tort et à travers pour atténuer son emprise popularisée sur les noirs. Tout cela est du travail bien organisé qui ne trahit qu´une chose: la peur terrible que l´homme noir ne prenne enfin conscience de ce qui se passe devant lui, dans son histoire et sur l´empêchement volontaire, concerté et organisé du pouvoir blanc pour lui priver d´une libre et souveraine réalisation. Sinon, il y aurait un grand perdant: l´homme blanc. Tout cela, à la rigueur, n´est pas nouveau; même le redoublement de la christianisation en Afrique et l´incitation aux gouvernements africains fantoches à restaurer les armoiries de la colonisation dans des monuments déplacés et plutôt inconvenant comme à Brazzaville, dernièrement; tous ces remue-ménage dénotent, au moment où pris au piège dans son propre système à bout de latin avec un endettement exorbitant, un chômage démocratiquement inexplicable, et de jour en jour la mise à jour des méfaits de l´occident envers le tiers monde pour conserver et entretenir une hégémonie, des privilèges économiques et un jusqu´auboutisme racial reniant toute la définition fondamentale de la liberté, de la démocratie, de la souveraineté et du respect humain que ce monde blanc s´était maquillé depuis des siècles.
Les arabes, avec leur terrorisme, l´ont compris: ce système est dictatorial et raciste. Avec son christianisme faussement universel, il ne cache que trop bien ses buts dominants et exclusifs.
Mais où en sont donc les noirs? Prient-ils toujours sous la bannière du Dieu blanc, croient-ils toujours qu´avec l´aide occidentale empoisonnée ils reviendraient un jour en surface; est-ce bien là les buts et l´intérêt occidental? Ou faudrait-il enfin se décider à concevoir une organisation socioculturelle qui rende justice à notre réalisation d´abord, avant de répondre aux désirs du maître blanc ou de son ordre international complice? Les questions sont posées et trouveront réponse si les meilleurs esprits noirs se mettent enfin à vouloir se libérer de l´esclavage mental, comme le si bien Bob Marley. A l´institut de science humaine de Bruxelles, il y a une citation d´Henri Poincaré qui m´a toujours impressionné, si elle est toujours là, "La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n´est aux faits eux-mêmes, parce que, se soumettre, ce serait cesser d´exister." Tonnerre, on se demande, pour toutes les générations d´étudiants qui ont lu cette profonde pensée, s´ils l´ont comprise. Vraisemblablement pas si comme Louis Michel ils allaient en Afrique pour vendre un médiocre produit qui sentait la soumission et la dépendance à s´y méprendre. Il y a bien plus d´idiots et de bornés en occident qu´on ne le pense. Et plutôt que de rendre justice au monde, de remplir de vérité leurs propres préceptes, ils s´attaquent à diminuer la brillante pensée d´un Franz Fanon, parce qu´il est noir, et parce que son discours est plus que jamais actuel. MK
Correspondance sur Internet.
Sur l ´avenir de la race noire
En réponse à une combattante : Sur l´avenir de la race noire
Très chère B. K; si j´ai bien compris ton souci, et bien interprété ton cri, nous devrions nous concentrer à obtenir des résultats. Mais voilà, à mon avis les africains souffrent encore de leurs erreurs congénitales, comme tu l´as relevé. Ce n´est pas que nous nous suicidions ou nous dispersions dans nos efforts, et ce n´est même pas une question d´intelligence ou d´engagement. C´est, à mon avis une erreur d´estimation d´une part: nous nous trouvons devant une montagne, un montre puissant aux cent visages, et comme tu le dis si bien, mais Shaka aussi, la connaissance est le nerf de la guerre. Cela permettrait autant d´appréhender le danger ou les forces qui sont devant nous, à rechercher leurs faiblesses pour y manoeuvrer notre levier. D´autre part, et c´est depuis toujours, l´homme noir néglige la formation de l´esprit de la connaissance: son coeur battant et vif. Beaucoup de docteurs et de licenciés courent les rues en Afrique ou ailleurs, et pourtant, tout le monde sait qu´il sont au bout de leur latin, parce qu´il leur manque la clé pour comprendre et changer la réalité qui se trouve devant eux. Comment reprocher alors à quelques immigrés qui ont choisi de vivre leur vie tout simplement; de réaliser ce que leur continent, s´ils étaient restés en Afrique, ne leur aurait pas offert. Beaucoup parlent d´unité, pour cacher en réalité la mésalliance ou la méfiance. Et on le comprend quand on connaît les lois profondes de l´union: l´unité de combat, l´unité de moyens, la concertation, l´unité d´idéal ou des points de vues avoisinantes. Non, je crois que l´homme noir doit accepter de se soumettre aux règles les plus sévères de critiques, de dialectique, de connaissances historiques ou techniques selon le cas; il n´a plus le choix. Ceux qui survivront, ceux qui pourront relever le défi, seront ceux-là qui pourront aider les autres. Si l´africain se met à tolérer, à faire semblant, à se donner des privilège ou à exiger qu´on soit compréhensif avec lui, il se met à fausser la réalité et croit être ce qu´il n´est pas, et ce faisant, il oubliera de parfaire ou d´entretenir des exigences dont il aura cependant besoin face à son ennemi mieux armé, mieux formé, plus puissant. C´est notre drame à tous: nous n´avons pas le choix; que nous voulions ou non, nous serons sélectionnés par le perfectionnisme, car il est dans la loi naturelle fondamentale de l´existence comme telle. Si nous ne pouvons pas prouver que notre idéal culturel est meilleur que celui qu´on nous a proposé ou imposé jusqu´à aujourd´hui, si nous ne savons pas prouver que nos valeurs éthiques, morales profondes de notre culture sont riches en forces de progrès et de créativité, quoi que nous fassions, nous serons réduits à néant. Ceux qui croient que l´occident ou le monde entier connaît la pitié ou la raison des faibles n´a qu´à aller dans l´histoire africaine...et sans commentaire. J´ai beaucoup aimé ton intervention et si je parlais d´esprit, je pensais à l´amour, à l´amour que nous avons de nous-mêmes, de ceux qui sont les nôtres, pour nos rêves, nos désirs, nos attentes, notre culture...C´est une force immense, et elle est à même de soulever des montagnes. C´est d´elle dont nous avons besoin aujourd´hui, demain, toujours. MK
Africville, un exemple type
| Africville: l´exemple type |
| ( 29 Novembre 2005 19H52 ) |
| Jamais le sort ingrat d´une ville issue pourtant d´un voeu légitime de liberté, n´a montré à quel point l´homme noir, et surtout l´esclave affranchi, lorsqu´il se sauvait ou se libérait de ses chaînes, ne savait ni ce que c´est que la liberté, ni comment il faut efficacement la défendre: notamment par l´organisation, la connaissance et la production de moyens de réalisation à la fois matériels et immatériels. Exactement ce qu´on voit trop souvent en Afrique et partout ailleurs: beaucoup de belles intentions, mais en définitive, un dilettantisme abattant. Et hélas,en fin de compte, cette expérience mourut, étouffée par son incompétence à génerer non seulement l´esprit de sa liberté, mais aussi les instruments réels sociaux de sa réalisation et de sa défense. Et ce qu´elle fuyait la rejoignit: la dépendance à l´homme blanc et son mépris. Elle fut engloutie non sans humiliation, sous les immondices du monde blanc plus averti et mieux organisé et devint un parc public: un lieu, en somme, impersonnel, au lieu d´être et de rester la fierté d´un voeu, d´un rêve organisé et réfléchi: la ville. Cet exemple doit réveiller ceux qui croient que de la liberté, il suffit de la proclamer ou de l´avoir pour qu´elle nous appartienne indéfiniment. Théorie et pratique. C´est souvent ce que beaucoup de gens ne veulent comprendre, par idiotie ou par insuffisance mentale: la liberté, elle a un aspect immatériel et un aspect réel. Et puisque notre vie est, ainsi que nos pensées, bien du domaine réel; la liberté consciente est une réalisation réelle continue. Elle exige, en tant que la plus belle et la plus profonde de nos vertu, qu´elle soit entretenue par les plus belles fleurs de notre créativité, et que nous lui offrons, avec notre intégrité et notre foi, la prière la plus riche, la plus passionnée, mais aussi la plus vigilante. Wendel Phillip dit: " Eternel vigilance is the price of liberty". Se mettre entre les bras de quelqu´un d´autre, et oublier d´arroser ce jardin précieux, ne fait ni monter l´eau à notre moulin, ni enrichir notre vie de l´ardente moisson de nos attentes. Et plus encore que de la possèder et d´y veiller, il faut avoir le devoir, oui, l´intransigeance à la défendre à tout prix, quoiqu´il en soit, et avec tous les moyens à notre portée. Parce que dans son souffle fier et beau, toute notre sensibilité, toutes les racines de nos désirs y ont élu domicile. MK |
Commentaires sur Internet
Sur Africville, une ville noire au Canada
| un Consciencisme actif |
| ( 30 Novembre 2005 20H58 ) |
| Certes, Afrikara fait son devoir; mais il est aussi vrai que tous ceux qui ne font qu´attendre qu´Afrikara leur fasse lecon de l´histoire, ceux-là pêchent par ignorance et passivité, et n´illustrent que d´autant mieux ce malaise qui nous a valu tant de déboires, tant de turpitudes, tant d´injustices de la part des civilisations Islamique ou judéochrétienne qui, elles, ne firent aucun cas ni de nos droits humains, ni de notre liberté. Acclamer, louer les autres, et au besoin se mettre à l´abri sous ceux qui se donnent la peine de chercher la vérité( et c´est déjà ardu dans notre monde inversé) et invoquer la participation de tous, parce que l´enjeu de la liberté est un enjeu social, culturel, communautaire; ce n´est pas seulement être sournois, c´est aussi dévaloriser sa propre créativité. Ceux qui ont attendu Afrikara pour apprendre l´histoire de l´Afrique, pour réfléchir sur le but et la portée de leur propre liberté, font offense à l´intelligence et à la légitimité de leur propre réalisation. Ne pas avoir lu Cheikh Anta Diop, Bwemba Bong, Walter Rodney, Tchundjang Pouémi, Thomas Sankara; ne pas avoir essayé de comprendre et d´apprécier le combat de Shaka Bantou, celui de Patrice Lumumba, Marcus Mosiah Garvey, Malcolm X, Martin Luther King, Kwame Nkrumah Osangiefo, Rosa Parks...et tous ceux qui, au prix de leur vie ont combattu pour la liberté de l´homme noir et la reconnaissance universelle de ses droits; ne pas s´être donné cette peine, en tant que noir, cela frise à la fantomie: vivre sans conscience et sans âme. Et même si ce genre d´individu acclament et récitent ce qu´ils lisent, ce ne sont en réalité que des poids morts et des consciences vides. Il ne suffit plus de lire à longueur de siècle, il s´agit de prendre position et défendre un bien légitime et fondamental à tout être humain, un bien mis à mal sans vergogne depuis des siècles par des civilisations barbares, égoistes et cupides. Des cultures si viles et aveugles qu´elles se sont rabaissées à croire que le monde entier, ou une part de celui-ci, y compris toutes les cultures et les races qui s´y étaient développées, se devaient d´abandonner par violence leurs identités culturelles pour adopter la leur. Cette attitude est tellement mesquine et inqualifiable qu´elle n´éveille, chez tout être réfléchi et de bonne foi que dégoût et aversion. Et cela dure depuis des siècles, depuis de longs siècles de tortures et d´humiliation. Et les larmes des nôtres, celui de nos femmes et de nos enfants empêchés à leur identité légitime originelle, à la liberté et à l´exercice souverain et indépendant de l´expérience sensible, ces larmes chaudes et sourdes, fleuvent l´Afrique tarie de ses propres enfants par l´esclavage, brimée et torturée par la colonisation et de nos jours étouffée et étriquée dans l´impasse au développement. Ainsi que partout où les pas de ses enfants enchaînés les avaient entrainés. Et si aujourd´hui on entendait de pauvres d´esprits inciter à la modération ou qualifier tous ceux qui faisaient reférence à ce passé ignoble pour tirer lecon de l´histoire d´arriérés, on ne peut que leur cracher au visage: où étaient-ils donc pendant que l´arabe violait, volait, excisait et faisait esclaves pendant près de mille ans? Où ètaient-ils donc ces chevalier de la modération et de l´innocence lorsque pendant 500 ans la civilisation occidentale, par hordes volontaires, sanguinaires, violait, pillait, déportait et torturait l´homme noir et détruisait sa culture et son identité? Il faut bien savoir ce qu´on veut et ce qu´on est. Ou on aspire à la liberté, et là le front est clair et défini, ou on joue le faux en espérant que les autres nous serviront la liberté sur un plat doré. L´histoire cependant enseigne que dans cette dernière attitude, cela n´a jamais été le cas. Au demeurant, croire qu´on peut faire la liberté de quelqu´un d´autre sans sa pleine participation libre et souveraine est de la plus belle duperie; un mensonge qui s´avère aujourd´hui comme un immense piège à rats pour tous ceux qui avaient cru que l´hégémonie occidentale leur réservait le repos mérité de l´inconscient. Mêmes les américains noirs, mêmes les francais d´outre mer, et même la culture islamique( le terrorisme actuel n´en est que l´expression évidente); tous, par des chemins différents, sont arrivés aux mêmes conclusion: ce système occidental hégémonique et centraliste n´est pas sorti de son passé, il continue à perpétuer un égoisme et une cupidité malsaine qui ne conduit qu´à ses intérêts étroits. Si à Paris des enfants se révoltent et mettent Pompei, le Paris francais en flamme, ce n´est pas pour des cacahuettes; eux aux moins ont compris qu´on les menait à l´abattoir social, plutôt que de leur donner la chance de partager des valeurs francaises qui étaient aussi les leurs. Croyaient-ils. Le réveil a été bien decevant. C´est dire que nous devons, en êtres conscients assoiffés de valeurs humaines saines, vraies, réalisantes, opposer à tous ceux qui nous réservent ou nous consignent à la médiocrité ou à la négation, un combat sans le moindre compromis et sans le moindre faux fuyant. Comme Patrice Lumumba le disait si bien:"Entre la liberté et l´sclavage, il n´y a pas de compromis." MK www.realisance.afrikblog.com |
29 novembre 2005
L´âme noire face à elle-même
Les Cercles Vicieux III - A
L´âme noire et son tourment
La fin de la semaine se passa sans autre incident ; Lou et Malaïka répondirent à l´invitation de Zola à Londres et revinrent le mardi matin. Le mercredi, Lou prit l´avion pour Buenos-Aires et revint quatre jours plus tard. A son retour, Kalala lui ouvrit la porte avec un étrange sourire satisfait :
- C´est fait, M´fum ; l´opération a été un succès complet.
- Excellent Kalala, en voilà un qui se repentira d´avoir affamé nos femmes et nos enfants…Raymond s´est-il déjà annoncé ?
- Non, M´fum ; mais je crois qu´il viendra ce soir…au plus tard demain.
- Très bien, où est ma femme…
- Elle est allée avec Kalumeh et Fatma chez le pédiatre, pour l´examen périodique.
- Ah, bon…sers-nous donc un bon café, mon ami ; je suis crevé…
Pendant qu´ils buvaient le café, Lou demanda soudain à Kalala :
- Dis-moi Kalala, pourquoi la discussion, la recherche de Dieu est-elle si importante ?
Kalala le regarda, comme s´il voulait sonder s´il voulait réellement une réponse à sa question ou si ce n´était qu´une simple réflexion personnelle. Ayant vu que Lou attendait une réponse, il s´avança :
- Dieu, M´fum, ce n´est pas seulement la divinité absolue au dessus de nous, ce sont des valeurs d´éthique et de morale humaine qui nous rapprochent de la perfection, qui nous mettent sur les traces, la voie de Dieu. C´est aussi nos choix sensibles et rationnels d´organisation, d´institutions, de moyens physiques et immatériel ayant pour but d´œuvrer à notre réalisation : la jouissance de la paix retrouvée au sein de notre spiritualité.
Lou bougea, ce qui provoqua un arrêt de flux dans les dires de Kalala ; mais il leva la main :
- Continues, je t´écoute…
- …Dieu, ce n´est ni un dictat, ni une obligation ; c´est un vœu intime et personnel dont le tourment, à la fois subjectif et rationnel cherche, sur le tourment inconsolable de notre éphémère existence à saisir le véritable sens de la vie : sa finalité la plus belle et la plus pure.
Beaucoup de gens croient…
Lou écoutait d´une oreille ; il ferma les yeux et releva ses pieds sur la table basse du salon. Son esprit fit un bond dans le passé, sur les traces silencieuses de l´histoire de l´homme noir ; il laissa à lui venir toutes les images que lui suggérait ce passé dans tous ses aspects, à la recherche de points de repères, de lieux de jointure ou de césure avec l´invisible sens existentiel de cette race dont il faisait partie. Parfois, il lui arrivait de croire qu´on pouvait saisir l´âme vivante de ce premier habitant de la terre, la disséquer, pour mieux en analyser le profond fondement métaphysique, hélas, il n´y avait que les faits connus qui permettaient d´approcher ce peuple exceptionnellement patient et pacifique, dont le caractère collectif avait des formes de cohésion incroyablement solides et homogènes. Mais l´histoire de ce dernier millénaire semblait avoir désarçonné le sens paisible de son histoire…l´esclavage, la colonisation, ses maux actuels, sa faiblesse et son impuissance témoignaient du mal qu´il avait à se retrouver.
Et la question qui le hantait souvent lui revint à l´esprit : comment en sortir ; comment retrouver la paix et la sérénité perdue tout en répondant aux exigences nouvelles des temps modernes ? Lou rouvrit les yeux et demanda tout à coup à Kalala :
- Dis-moi, Kalala, qu´avons-nous commis comme erreur ; comment pouvons-nous en sortir ?
Celui-ci se tut un court instant, puis énonça d´une voix qui se voulait neutre :
- Notre première erreur est de n´avoir pas pris conscience plus tôt des intérêts du monde qui nous entourait, de ne nous être pas mis à jour par rapport à la connaissance rationnelle et à son accumulation discutée et divulguée. La seconde est d´avoir sous estimé les dangers culturels et économiques que représentait les envahisseurs arabes ou occidentaux.
- Et maintenant, demanda Lou en se levant et en se servant un cognac ; comment en sortir, dans nos conditions actuelles ?
- C´est très simple, M´fum ; réparer les erreurs du passé, cultiver et promouvoir une identité sociohistorique propre, et nous délier de l´aliénation et l´interventionnisme culturel, structurel de la civilisation occidentale, de quelque civilisation que ce soit. Nous libérer de l´esclavage mental, comme le disait si bien Bob Marley, ainsi que la colonisation qui, aujourd´hui encore, tente de nous dominer sans nous reconnaître le droit à une identité propre, sans nous offrir un rôle équitable autre que celui dicté par ses intérêts et sa vision par trop égoïste et cupide de la coexistence, nous sommes tenus à élever la voix pour défendre nos intérêts menacés.
- La liberté, Kalala ; ce que nous voulons à tout prix, c´est la liberté…rien d´autre que la liberté…et pas moins que la liberté !
Lou vit Kalala sourire intérieurement. Il répondit, détendu :
- La liberté, M´fum, nous l´avons ; ce qui nous manque, ce dont on nous prive et ce dont pour lequel nous devons nous battre, c´est de son contenu, c´est à dire de sa pleine réalisation réelle et imaginaire. Malcolm X, Patrice Lumumba, Marius Mosiah Garvey, Zumbi, Thomas Sankara… : tous étaient, dans des situations diverses, arrivés aux mêmes conclusions. La liberté, il faut la prendre comme une belle femme ; lui faire des enfants qui nous ressemblent et qui viennent défendre notre amour, parfaire nos valeurs, et armer la famille contre tout danger qui la menace. Intérieurs et extérieurs.
Ce qui me dérange, avoua Lou en acceptant de la tête les conclusions de son interlocuteur, c´est que l´occident persiste sournoisement à nous mettre dans une situation où nous avons l´impression de lui devoir notre liberté…Dieu est blanc, les structures internationales par trop imprégnées d´utilitarisme et de structuralisme défendant aveuglément les intérêts du grand capital, la domination culturelle héritée de la colonisation…tout cela me semble irritant et pour le moins…handicapant. Je me demande s´ils se rendent compte de ce qu´ils font…sous les beaux slogans de démocratie, de civilisation, de droits humains ?
- De deux choses l´une, conclut Kalala : ou ils ne savent pas ce qu´ils font ou ne se rendent pas des conséquences de leurs actes…dans ces cas, ils sont dangereux : on ne peut pas croire qu´en faisant l´esclavage, en privant des êtres humains de liberté ; en castrant les cultures avec la colonisation qu´on fait du bien au prochain ou qu´on agit en sa faveur. S´ils savent ce qu´ils font et cependant persistent, cela ne veut simplement dire que nous nous trouvons devant la civilisation la plus criminelle et la plus inhumaine de l´histoire humaine. Nous devrions la traiter comme tel et nous méfier de toutes ses néfastes influences.
- Ca…J´ai bien peur que tu n´aies raison, Kalala…j´ai bien peur que tu aies pleinement raison, marmonna Lou pour lui-même.
Lou se tut. Et se replongea dans ses idées ; cette désagréable situation de l´homme noir avait fait naître de drôles de comportements antagonistes : celui du nègre noir, authentique et respectueux de sa culture, qui tentait de se mettre à jour, de réparer les dommages causés à son histoire et à son existence tant bien que mal ; c´est celui que l´occident et ses adeptes inconscients étouffaient et assassinaient chaque jour avec leurs interventionnismes politiques et monétaires, ainsi que le financement de rébellions armées ou de dictatures. L´autre, le nègre blanc, c´était celui qui affichait de toutes ses dents les valeurs du maître blanc et les défendait. Convaincu que Dieu étant blanc comme on le lui avait à tort appris, il lui fallait devenir blanc : adopter son rôle et le jouer avec talent. Il courait vers des valeurs vides, qui souvent l´excluaient lorsqu´il s´agissait de reconnaissance et d´équité, mais qu´importe ; du moment que l´homme blanc le flattait et était content de lui, il était satisfait. Après tout que voulait dire fierté d´être si on était toujours l´objet du pouvoir dominant blanc ; ou encore que valait une culture qui ne connaissait que la faiblesse, la soumission et la misère à léguer à ses enfants ? Une bonne dose d´opportunisme, cela peut bien aider, de temps en temps. Après tout, ça rapportait plus que de vivre d´eau fraîche et de fausse fierté. La dernière invention du monde occidental était le cri démocratique qu´ils lançaient à la périphérie comme un mot magique ; et pourtant, à mieux y regarder, on se demandait quand ce mot magique construirait-il l´industrie qui manque, les écoles, les hôpitaux ? On poussait les sociétés africaines surtout à se « démocratiser » en surveillant leurs votes et l´élection de leurs élites. Tout cela était bien beau, mais était-ce la vraie réponse à la misère, à la pauvreté, à l´exploitation sauvage et partiale du Pouvoir Blanc depuis des siècles envers ce continent, ou n´était-ce qu´un nouveau trompe lapin : un faux visuel qui cachait et embuait le principal : les revendications économiques et sociaux d´un continent croulant sur le poids écrasant de l´exploitation économique la plus inhumaine qui soit. Et avec un peu de jugement, on arrivait à la conclusion que cette fameuse démocratisation n´avait pour but que de dévoiler les forces politiques réelles de ces pays, afin de mieux les corrompre, de mieux les immobiliser. Le peuple ainsi confiant d´être gouverné par ses fils les plus représentatifs, était plus facile à manipuler et à tromper. Car nul n´a jamais vu une démocratie construire des routes, cultiver des champs, enseigner la connaissance, ou produire simplement pour donner du travail aux gens. Pour ceux qui s´y laissaient tromper, c´est l´exemple de celui qui apprenait à dresser une table, sans être invité à y déguster les mets qui y seront servis ou encore celui auquel on demandait d´aimer et de respecter le cadre, les contours d´un chef d´œuvre invisible, qui ne satisfaisait ni ses attentes, ni ses rêves. La vulgaire et méprisante duperie qui consistait à dévoyer les attentes, les revendication africaines vers la vide illusion, plutôt que de les satisfaire. La liberté, comme la fameuse démocratie électorale ou institutionnelle, sont des acquis historiques répondant à l´organisation et à la gestion de quelque chose de plus important : la réalisation sociale et individuelle. Croire qu´on pouvait se parer de démocratie
dans la misère et l´exploitation sans répondre aux exigences réelles du progrès, de la productivité, de la connaissance et de la culture est du plus grand ridicule. Et ceux qui imposaient cette démystification aux autres ne montraient que trop bien à quel point ils méprisaient ceux auxquels ils offraient à avaler ce vide mensonge.
Lou soupira et jeta un regard lourd de contenu à Kalala ; celui-ci était, comme lui, occupé à démêler quelques sombres pensées.
Lou revint à la description de ces africains plus éloquents qu´intelligents, et s´arrêta cette fois aux hybrides : ceux qui au gré des circonstances changeaient de camp, comme par exemple l´ambassadeur Elengesa, à Bruxelles, qui ouvrit l´ambassade pour permettre l´arrestation par la police belge d´un congolais en séjour illégal qui y avait trouvé refuge. Les belges, en colonisant le Congo, en fouettant, en assassinant ou en coupant les mains de récalcitrants, avaient-ils tenus compte de la souveraineté congolaise ? S´étaient-ils comporté en civilisés pour qu´on leur donne aveuglément la bénédiction aveugle de bonne foi ? Quel était donc le devoir premier d´un ambassadeur à l´étranger ; protéger ses compatriotes de tous les dangers qui pouvaient les menacer ou les livrer à leurs ennemis ? Jouer les vertueux, quand on ne connaît pas sa propre histoire ou celui avec lequel on dîne, ça peut être dangereux. Mais Mobutu n´avait-il pas donné l´exemple à son ambassadeur ? Pendant que le peuple se débattait avec sa cuisine africaine, lui se dotait d´un cuisinier français et levait le doigt à Paris en disant : « Mon peuple, je le mène par le bout du nez ». Ce genre de présidents qui prêchaient l´eau fraîche et buvaient le vin quand ils se trouvaient en face du blanc ; ça fait bien, ça fait civilisé car le blanc, il aime qu´on flatte et qu´on adopte ses valeurs. Et pour couronner l´ironie, pendant que ces délégués de multinationales voraces et cupides leur volaient leurs richesses, puisaient abusivement dans leurs accumulations, renvoyant ces pauvre pays dans l´âge paléolithique, on invitait ces pauvres à danser et à se contorsionner à moitié nu devant leurs invités sournois : l´humiliation de la plus basse ironie. On les vole et on leur demande de danser et de chanter ; l´Afrique n´est-il pas un continent merveilleux ? Mais vous reviendrez, n´est-ce pas ? Mais bien sûr ! C´est un pays merveilleux…ces nègres si pacifiques et si avenants ; à quand le prochain dictateur ?
Dans les métropoles occidentales on retrouvait les mêmes camps, le même sectarisme ; mais cette fois c´était le patriote africain qui était en minorité et qui en souffrait, solitaire et incompris. Il avait beau crier sur les toits, personne ne l´entendait ; ici, la survie dictait sa logique : si tu ne te plies pas au système, tu meurs ou tu rentres chez toi. Ces métropoles étaient bondées d´opportunistes, d´illuminés, de frustrés en mal de reconnaissance qui tous attendaient de briller, de participer à la grande bouffe du maître ; mais ils ne savaient plus à quoi, pour qui ils oeuvraient. La logique, la finalité de leur engagement importait peu, seul comptait d´être de la partie. Même si, avec leur aide, on corrompait, on détroussait, on enfonçait les leurs de l´autre côté de l´océan. Qu´importe, on fermait faussement les yeux ; on bouchait sournoisement les oreilles : moi d´abord, le reste…on verra bien. Si au moins tout le monde était content et fier d´avoir fait son choix ; d´autres par contre essayaient de manger à tous les râteliers : à vouloir conférer de café en café qu´ils étaient fiers d´être africains quand ils ne savaient même pas où se trouvait le Maniema, la province de naissance de Patrice Lumumba ou qui était Engelbert Mveng, du Cameroun ; quant à savoir qui était Njoyo, roi des Bamoun, ou Marcus Mosiah Garvey…Harriet Tubman…Toussaint Louverture, Zumbi, peine perdue. On se contentait de jouer le rôle d´être africain, mais en réalité, c´est depuis longtemps qu´on servait le maître français, anglais, hollandais, belge, américain…De ces mêmes intérêts qui s´abattaient sur l´Afrique et à coup de malice, de trafic d´influence, la dévalisaient, l´enfonçaient dans la misère noire ; eh oui : l´intégration avait son prix et ses exigences, dommage que ce soient les pauvres et les démunis de l´Afrique qui en payaient le prix dur de la reconnaissance sociale des étrangers en occident, sinon, d´où viendrait l´argent que diable ! Quand on voyait le nombre de prostituées noires à Paris ou dans tous les buissons du Bois de Boulogne, on avait compris : l´africain noir, décidément, traînait toujours malgré le prix sanglant et douloureux de l´esclavage et de la colonisation, le bas de l´échelle sociale en occident. Mais qu´est-ce qui le poussait donc à s´offrir au dénigrement ? La pauvreté, la famine…n´a pas de vertu. Et dans le capitalisme, la prostitution reflétait le mieux le mal qui séparait les uns des autres : celui qui possède et celui qui s´offre sans vergogne aux désirs, aux bons vouloir du possédant. Servir le plaisir de l´autre en écartant grandes les jambes. Mais diable, pourquoi ne se révoltaient-ils pas ; ou croyaient-ils que tout cela était normal qu´ils soient toujours du mauvais côté de la barrière ? Dieu était blanc et les noirs, eux, il devaient commencer par le bas de l´échelle ? Pudiquement, on fermait les yeux sur les mouvements de va et vient devant les forêts et les buissons remuants dans lesquels, à même l´humus et l´herbe confuse, ou quelques grossières cache vues de pagnes, des jeunes africaines acculées par la pauvreté et exploitées par une mafia africaine de la prostitution, sans espoir, se livraient à la prostitution pour quelques 20 Euro par client.
On faisait des projections, des reportages sur ce mal grandissant, mais cela changeait-il les conditions qui avaient conduits à ces drames ?
Peut-être ne s´agissait-il que d´un malentendu par lequel l´homme noir n´avait pas compris ce dont il était question ? C´est à se demander : ces élites africaines qui devaient protéger les leurs et leur ouvrir un meilleur venir, que faisaient-elles, pardieu ? Vendaient-elles les leurs à bas prix, comme jadis pendant l´esclavage ; pour des mousquets, des chevaux, des bibelots, de l´alcool. L´histoire immonde des incapables, comme le disait si bien Georges Bush se répétait-elle ?
Des intellectuels, il n´en manquait pas, en Afrique, même de bien brillants mais on n´en voyait que trop peu occupé à fouiller l´histoire passée de l´Afrique, et surtout, ce qui était le plus important : de tirer conclusion du passé, et retrouver l´Esprit d´un meilleur avenir. Tout cela était bien joli, les pyramides, les kamites et que sait-on encore…de ceux qui, pour bâtir leur pyramides léguèrent à l´Afrique son désert saharien en abattant tous ses arbres pour rouler ces pierres énormes et les élever sur leurs socles. Et si aujourd´hui seule l´Egypte en profitait, le désert, lui affligeait tout le continent et grandissait inéluctablement de 5 km par ans. Quelle prouesse, n´est-ce pas ? Et tandis que cette brillante culture tournée vers l´adoration des morts disparaissait (comment pouvait-il en être autrement), le désert, lui demeurait, bien réel et menaçant pour les vivants. De beaux monuments d´un fier témoignage de grandeur passée…et cependant des pierres mortes. L´avenir, lui, était fait de vivants aux rêves brûlants, impatients.
Le troubadour instruit avait envahi les rangs de l´intellectuel noir et l´assiégeait de ses belles incantations. Il contait, racontait, et voilait le principal plutôt qu´il n´en rappelait l´importance. Les joies du subsidiaire léger et bon enfant l´emportaient ainsi, suggérant à l´homme noir qu´il suffisait de danser, de jouer, de rire pour oublier ses malheurs. Alors qu´il fallait des concepteurs, des démêleurs rationnels pour résoudre les problèmes réels actuels et ceux de l´avenir. Ce ne seront ni les pharaons, ni les pyramides qui viendront construire des écoles, des hôpitaux, faire la recherche, créer la technologie ou nous sauver du Sida…il ne faut pas rêver. A moins que ce ne soit le prétexte, le refuge de l´impuissance ou de la débandade ? Ce manque de réalisme et d´efficacité réelle à résoudre les problèmes actuels et de sauvegarder l´avenir devenait, à la longue, insupportable. A toute jambes, les cerveaux africains tournaient le dos à leur continent, faute de moyens de réalisation, et curieusement, leurs pays faisaient appels aux chinois ou aux indiens pour pallier aux carences. Fallait-il vraiment croire que ces pays qui n´avaient su donner à leurs propres enfants les moyens de promouvoir et de protéger leur société, avaient tout à coup les moyens d´engager et d´entretenir des étrangers ? De quelle logique s´agissait-il ? On estimait à 47% le nombre d´intellectuels et de cadres formés ghanéens qui vivaient en dehors de leur pays ! Qui veillerait et soignerait les faibles, les malades ; qui donc créerait le progrès afin que la société puisse en jouir et s´épanouir, si les intellectuels, les véritables architectes de l´avenir quittaient le front ? L´illusion déroutante du centrisme métropolitain occidental ne ruinait-il pas la démocratie et la liberté à la périphérie, la condamnant ainsi à végéter et à stagner ?
Sorti de ses réflexions, Lou demanda soudain à Kalala :
- Dis-moi maintenant ce qu´il en est de cette opération « récupération des moyens privés de production » ?
Kalala, cette fois, rit de bon cœur devant cette formule qui rappelait celle des Tupamaros ; cette allusion lui plaisait bien, et montrait à quel point Lou s´amusait de la chose.
- Ca lui a coûté 865 millions…
- Oh là là ; tant que ça ? Et le coup est sans faille ? Demanda Lou surpris.
- Jusqu´au dernier rond, et sans le moindre faille. J´ai clos l´opération jeudi matin. Ce matin j´ai eu la confirmation de la banque : notre compte a été crédité de la somme…après plusieurs détours.
- Et pas de traces…mon Dieu, il doit être en rage… !
- Pas le moindre trace ; en plus, je lui ai préparé quelques surprises…il aura plus à se débattre avec la justice américaine qu´à chercher qui l´a ruiné. Et sans argent et sans ami…
- Excellent, Kalala, excellent…que cela lui serve de leçon. J´ai vu qu´il était mêlé à la vente de sang infecté, de lait, de déchets…bien fait pour lui. Il n´est pas dit que nous ne réagissons pas quand on assassine les nôtres…erreur, grossière erreur. Dieu nous garde de ce genre de voyous.
On sonna à la porte.
- C´est sûrement madame, avança Kalala en quittant la pièce.
Il revint avec un Raymond gai aux anges qui s´exclama aussitôt en entrant dans le salon :
- Bonjour, Lou. Ce coup, c´est digne d´un diplôme en finances et investissements. Chapeau, mon ami ; c´est du tonnerre !
Et il lui tendit une serviette :
- Pour toi.
Kalala regarda la serviette, puis il demanda la permission à Lou de l´ouvrir. Du regard, celui-ci acquiesça. Sans se presser, Kalala ouvrit la serviette de cuir et déversa le contenu sur la table.
- Un million de dollars, lui dit Raymond en riant ; un cadeau de ma part.
Kalala se contenta de ranger les billets dans la serviette.
- Eh bien, demanda Raymond surpris, pas de réaction ? C´est ton argent ; tu l´as bien gagné !
- Merci bien, dit Kalala en prenant des yeux contact avec Lou ; mais ce n´était pas une question d´argent.
- Bien sûr que ce n´était pas une question d´argent ; mais le résultat était de déposséder ce bandit, et nous y avons réussi…hé, ça mérite tout de même qu´on s´en réjouisse, ou pas ?
Lou intervint en souriant :
- Apporte le champagne, Kalala ; Raymond a raison : nous allons fêter cette victoire…
- Mais oui, reconnut Raymond ; quand a-t-on jamais eu l´occasion de sévir un salaud de la même manière qu´il nous a dépouillé ? Musique, c´était de la classe, mon ami ; non, non, ne sois pas modeste …tu es dangereux ! Dit-il en éclatant d´un rire heureux.
Lou et Kalala se laissèrent quelque peu gagner par la bonne humeur de leur ami et cependant, on le voyait sur le visage de Lou surtout, que tout cela n´était pas le plus important. Et pendant que Raymond, légitimement, se réjouissait, Lou avait pensé aux victimes décédées de ce spéculateur sans scrupule ; qui leur rendrait vie, et ceux qui en souffraient encore, qui leur rendrait ce qu´ils avaient perdu de plus précieux : l´innocence, la foi en un monde juste et équitable ? Rétablir la confiance était beaucoup plus difficile que de la détruire.
Lorsque Malaïka revint et qu´elle apprit la nouvelle, elle ne cacha pas son émotion :
- Mon Dieu, ça va lui faire du mauvais sang, une somme pareille…
- Du mauvais sang ? Mais notre ami Kalala l´a complètement ruiné jusqu´à la dernière chemise ! S´il sait encore se payer un sandwich demain, il le devra sûrement à sa femme…
- Tant pis pour lui, c´était un salaud ; qu´il aille donc pleurer dans la rue de faim et de
misère comme les enfants auxquels il avait fait la même chose ! Mais que fait donc cet argent sur la table, un peu voyant, non ?
Il y avait, dans cette phrase une claire accusation de savoir faire.
Lou jeta un regard à Kalala ; celui-ci prit la serviette et la rangea dans un tiroir.
On convint avec Raymond du lendemain en fin d´après midi pour régler les parts. Lorsque Raymond fut parti, Lou s´adressa à Kalala devant sa femme :
- J´ai réfléchi à cet argent, Kalala ; la part de Raymond et celle d Eugénie revient à 110 millions…chacun de nous, de tous ceux qui sont liés au projets de la clinique recevront 10 millions chacun, y compris toi et ta femme. Le reste sera un fond que tu gèreras dans l´intérêt de tous ceux qui ont été lésés. A partir d´aujourd´hui, tu es indépendant.
- Impossible, M´fum ; j´ai un autre devoir…
- Ah, Kalala ; je crois que j´aurai difficile à me passer de toi…et je n´en ai pas l´intention ; mais que cela ne t´empêche pas de veiller, en bon père de famille et dans l´intérêt qui nous est cher, ce capital. Me suis-je clairement fait comprendre ?
- Très clairement M´fum ; je vous remercie de cette confiance…
- Vous êtes quelqu´un qui le mérite, Kalala. Personne à part vous ne vous demandera des comptes. Seule votre conscience sera juge et partie.
- Bien, M´fum…si tels sont vos ordres…
- Ce sont mes ordres…et en ce qui me concerne, cette histoire est terminée. Vous vous occuperez de tout, n´est-ce pas…Kalala ?
- Absolument M´fum.
Kalala se retira. Lou avait vu des larmes dans ses yeux, et avant de sortir il avait hésité devant la porte, puis il l´avait refermée sans bruit derrière lui.
Lorsqu´ils restèrent seuls, Malaïka remarqua :
- Crois-tu qu´il soit à la hauteur de gérer une telle fortune ; j´ai eu l´impression qu´il craignait que tu ne veuilles se débarrasser de lui…
- Je lui fais confiance, et je crois qu´il est le seul homme que je connaisse pour remplir efficacement ce devoir. Et rester tout de même à mes côtés. Il m´est devenu indispensable. J´ai besoin de son intelligence, de sa clarté d´esprit, de son aide.
Il se détendit, alluma la télévision et suivit les informations pendant que rapidement Malaïka se changeait et veillait au souper.
Le soir, il sortit avec Kalala promener, faire quelques pas dans les bois. Au cours de la promenade, Kalala lui demanda :
- M´fum, n´avez-vous jamais pensé à des chiens de garde ?
- Si. Mais c´est plutôt à un léopard que j´ai pensé, répondit Lou.
Kalala se mit à rire franchement.
- Tu me le rappelles, faudra peut-être adopter des chiots ; c´est une bonne idée ; ils pourraient s´habituer à Kalumeh et jouer avec lui…
- …Et cependant veiller sur la famille. Surtout la nuit. Je vais m´en charger.
Au milieu du sombre bois, uniquement illuminé par leurs lampes de poche, Lou convia à une pose sur un tronc d´arbre écroulé par quelque vent.
- Laisses-nous nous reposer un moment, assura Lou.
Kalala accepta malgré lui ; il n´était pas à son aise dans la forêt sombre et insolite. Il resta debout, aux abois et pour calmer quelque peu ses appréhensions, Lou lui dit calmement :
- Allons, assieds-toi et détends-toi ; personne ne nous visitera ce soir : il n´y ni porte ni de richesse à dépouiller. Eteins donc tes lumières, tu vas effrayer les pauvres animaux. Nous sommes aussi des visiteurs.
Lorsque la lumière se fut éteinte et que tout ne fut que sifflement et frottement insolite des feuilles et des vents dans leurs étreintes dansantes, et qu´un silence plutôt engourdissant eut repris sur les ombres incertaines des arbres et des buissons, Lou, tira de sa poche un cigare qu´il alluma et fuma tranquillement, puis il s´adressa à Kalala :
- Vois-tu, Kalala…sur l´immensité irréversible des âges, sur cet océan des temps qu´est l´existence, nous ne sommes que des ombres invisibles, esseulées…sur les vagues déchaînées
de la vie. Nous cherchons notre âme…que nous voulons réconcilier avec son esprit. Notre démarche semble pour beaucoup incompréhensible…et cependant…notre prière, cet appel impérieux que notre âme assoiffée et meurtrie lance du fond de sa solitude, de son invincible tourment ; il est difficile à ignorer…Tout ce qui est arrivé à l´homme noir l´a écarté du noyau secret de son âme en le déchirant, en le séparant de lui-même. En lui imprégnant des voies, des attitudes qui n´étaient pas les siennes parce qu´elles ne répondent pas à la vérité de sa réalisation, aux voies profondes de son expérience sensible et à ses attentes. Nous vivons, certes, mais nous vivons loin de nous-mêmes…plutôt influencés par les autres que répondant à nos propres intérêts.
Plutôt attelés à réaliser les bons loisirs du maître, du courant dominant, qu´à donner à nos enfant le pain et l´avenir dont ils ont besoin pour entreprendre et entretenir l´espoir. N´est-ce pas irresponsable de notre part ? Qui donc nous lavera les pieds, nous apportera de l´eau fraîche à notre moulin lorsque nous serons vieux, sinon eux ?
Lou s´arrêta de parler, les mains raidies dans une posture figée, comme si des images invisibles avaient troublé le cours de ses idées, puis il reprit avec une voix conquérante, passionnée :
- C´est notre devoir de retrouver la voie de notre cœur, celui qui ouvre sur l´amour de notre âme. Nous devons nous donner le courage, la force et les moyens de reconquérir l´esprit, l´âme sacrée de notre existence…nous le devons à un meilleur avenir, à nos enfants, à nos ancêtres…à nous-mêmes, parce que là se trouve notre réel progrès…notre vraie existence. Il est temps d´unir, de rassembler…de réveiller ; de permettre à ceux qui n´ont jamais parlé de s´exprimer, à ceux qui ont souffert de soigner leurs blessures, à ceux qui ont cultivé la haine de revenir à la joie…à ceux qui n´ont jamais été aimé de découvrir l´amour…là est notre devoir : donner à chacun la chance de retrouver, de reconnaître et de chérir l´intérêt de son existence, celui qui mène à la grandeur de notre âme, à sa liberté, à sa paix…à sa réalisation réelle. Je sais, ce ne sera pas facile ; mais c´est ma foi…Et cependant, comme tu sais, une chose est la foi, autre chose est la vertu, et celle-ci ne s´entretient qu´avec le ventre plein ; sans manque, sans cette pénétrante douleur de l´impuissance.
Après quelques minutes de silence, la voix caverneuse de Lou enchaîna, comme pour clore un débat intérieur intense :
- Et celle non moins déchirante de ne valoir sa vie, son existence qu´aux bons vouloir d´un autre, d´un ordre, de normes qui nous définissent ou nous emploient à des fins occultes qui nous réduisent à l´état de sujet ou d´objet de leurs intentions.
Kalala, ému, aux bords des larmes, se contenta, avec un immense effort d´articulation à citer
quelques vers d´Aimé Césaire extraits du Cahier d´un Retour au pays natal :
…
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »
Lou ne dit mot, il se contenta d´apprécier ce petit intermède littéraire ; il fuma longtemps en silence, confiné sur lui-même, puis il se leva, éteignit soigneusement son cigare et lança :
- Allons, bon ; rentrons…
Sur le chemin de retour, ils changèrent de propos, parlèrent de choses et d´autres ; Lou appréciait la conversation avec Kalala, parce qu´elle était riche, intelligente et souvent pleine d´humour. Il savait autant s´enfoncer dans l´histoire, disséquer les faits et les actes du passé que les relier aux courants des temps présents afin d´en rire ou d´en tirer des conclusions rationnelles intéressantes. Il citait, datait les faits, les pensées avec une aisance toute doctorale ce qui lui donnait, dans cette nuit envahie de pénombre et d´ombres diffuses et fluettes, l´aspect d´une lumière dansante ouvrant la marche sur les pas de Lou. Celui-ci trouva la chose plutôt amusante, et suivit sans se presser les larges pas de son ami.
Lorsqu´il quittèrent le petit sentier qui menait à la sortie du bois, Kalala posa enfin la question qui le démangeait depuis quelques jours :
- M´fum…vous ne voulez pas vous défaire de moi…
- Pas du tout, Kalala ; bien au contraire…mes rapports avec toi doivent changer. Je voudrais que tu me considères comme un ami, un frère…plutôt qu´un maître.
- Mais, M´fum…protesta Kalala.
- C´est bien là le problème…ou je serai obligé de me séparer de toi, ce que je regretterai infiniment. Peux-tu arriver à m´appeler par mon nom, à te conduire comme membre de ma famille ? Comme un cousin, par exemple…
- Je vais essayer, M´fum.
Lou se retourna vers lui et grinça amicalement.
- Eh, bien ; espérons que tu t´y feras. Cette histoire à Bangkok…ce n´est pas du grand hasard que je t´en confie la gestion…à propos, de combien est le capital à ta disposition ?
- 485 millions. Il faudra compter quelques 37 millions de frais et commissions bancaires.
- Hem…bien, prends en soin précieusement et mets-toi au travail. Nous ne sommes ni des voyous, ni des bandits…mets l´argent au service du peuple, pas le peuple au service de l´argent. Et prouve qu´avec ton intelligence, ton esprit d´organisation, ta volonté et l´aide de tous les nôtres, et je pense ici aussi à Mbo, tu es capable de fleurir ce capital, de lui donner un caractère réparateur et bienfaisant…un vie de sueur et de créativité, mais une complainte emplie de joie et de satisfaction. Sans ni le détruire, ni en aucun cas le mettre en danger. Et s´il t´arrive de faillir, ce qui peut arriver à n´importe qui, fermes les yeux et imagines-toi que tu te trouves devant toute une nuée des plus pauvres de nos enfants et qu´ils tendent tous leurs mains vers toi…Me le promets-tu ?
- Absolument, M´fum. Sur mon âme.
- Eh bien ; dans ce cas, tout est dit à ce propos. Et plus question de M´fum ou de monsieur, n´est-ce pas ?
- …
Ils arrivèrent devant la grille illuminée de la villa. Lorsqu´elle s´ouvrit automatiquement, Lou satisfait laissa choir :
- Brrr…qu´il fait froid ! Vite un bon bain, un voluptueux cognac, et les beaux yeux d´une femme qui vous aime, est-ce que la vie n´est pas belle, Kalala ?
Kalala ne répondit pas, il se contenta de sourire d´un air complice et entendu.
......
Extrait choisi des Cercles Vicieux Auteur Musengeshi Katata Droits réservés